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Lettres à l'indien - 1

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Photo : MOSES ON THE MESA

 

*

Affronter ce regard  où la sérénité des jours heureux s'est perdue.

 

Rencontrer l'inquiétude

posée là, comme un corbeau assis au mouroir de l'espérance.

Envisager une terre sans avenir où l'enfant habite.

 

Mâchoire serrée, sous sa tenue de parade

retenir le sanglot.

 

Le passé me fait mal.

L'avenir me fait peur.

 

JMS

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À la fin des temps

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À la fin des temps,
je crains qu'il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps
qu'à la mitan de l’être,
sans tambour ni major qui claironne,
je redoute que ne s'installe un temps mort.

Aux extrémités de l’âge,
dans ce contretemps des mémoires
où un ventre malaxeur des consciences
ingère et digère les cent saisons du rire,
je T'ai attendu,
espéré, au long des mois d'hiver et de larmes,
des semaines  d'amour, des jours de tendresse
et des folles minutes d’espoir.

À tant effeuiller le temps,
me voilà nu
et Tu n'es pas venu.

À la fin du temps
me voilà nu et seul
face au grand broyeur d'éternité,
ce temps effaceur de mémoire
qui écrase et jette aux vents,
aux orages et aux tempêtes,
l'agenda de vie
où je vous ai tant aimés,
où je T'ai tant prié,
non pas avec des versets de bibles millésimées,
des psaumes ou des mantras tirés de livres,
non pas avec des mots psalmodiés
jetés dans l'étendue de Ton silence,
non pas non plus avec des préceptes philosophiques
ou autres recettes de bonne conscience,
pas plus qu'avec des mots de croyances enseignées
déclamés haut et droit en fixant le ciel et l’espoir,
je ne suis pas un quémandeur
croyant que prier peut acquitter l'homme de son indifférence.

J’ai tant prié, tant aimé,
avec ce qu'il y a de cris de révolte, de candeur,
dans les tréfonds d'un cœur qui quémande le bonheur
pour les enfants qui ont faim,
pour l'oiseau perdu dans un ciel pollué,
pour l'animal qui n'a plus de terre.

Je T'ai tant imploré pour le souffle, la terre et l'eau
qui sont la seule patrie du vivant,
qu'à la fin des Temps,
en cet espace où s'épuise la désespérance et l’espoir,
je crains qu'à la mitan de l'être, il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps,
que mes prières se perdent.

 

jms

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Humour grave sur ton léger et 3 octaves de moins (Réponse rêvée à ma banquière)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'heure était grave, on ne s'entendait plus

Le téléphone avait sonné, sonné, et résonné

comme le cri inachevé d’un bandit manchot à l’heure de la marée

quand la mer se lève si haut que l'eau, les crabes et les bateaux ivres, gâtent ses rêves.

"Au secours" aurait-il voulu dire !

 

Et voilà que la rumeur m'accuse :

a) De ne pas répondre au téléphone

b) De ne jamais répondre au téléphone !

 

Devrais-je me justifier ?

Devrais-je dire :

que la table est dans la cuisine,

Et que le portable joue du vibreur dans la chambre ?

 

Qu'il ne parle pas aux sourds dingues

Que le sourd déjeune à 14 heures

Que l'amour est sourd à la raison

Que l'oreille est si faible qu'elle ploie sous la culpabilité

Que le silence est trop fort

Que le son n'est pas un passe-muraille

Que les mouches rêvent trop haut quand on les met au pied du mur

Que les murs n'ont qu'un pied

Que mes pieds sont analphabètes

Que la poésie ne compte plus ses pieds

Que les écraser la rend inaudible

Qu'à cloche-pied mes vers boitent

Que  parfois la minute piétine sous de trop lointains cocotiers

Que l'absence est un chagrin qui inonde mes oreilles

Que le chahut n'est pas raisonnable

Que le froid masque la chaleur des mots de cœur

Que la sonnerie muette de ce téléphone, même mal raccroché, me parle d'elle

Que penser à elle efface le bruit.

 

Devrais-je lui dire :

a) Que l'arbre est trop vieux pour entendre siffler le train

b) Que je ne suis qu'un vieux tronc

    trop dur de la feuille pour être vraiment honnête.

 

JMS

 

 

 

Publié dans Textes de JMS

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Emile BELLET

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

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Ile Eniger

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il a poussé son chevalet dans une coin de l'atelier. Ses mains ne voleront plus sur une toile. Il a perdu ses couleurs, les noms de ceux qu'il aime. La lumière ne sera plus peinte. Il est l'exil. Une pierre ferme l'horizon. La cisaille mord l'attache du fruit. S'affaisse l'inutile prière. Quelque chose se tait qui étouffe le cri. Comment nommer l'innomable douleur, l'impossible secours, l'inéluctable peine ? Il fait froid partout ce soir. Une pluie glaciale déménage l'automne, sillons roux sur la terre gercée. Je pense aux bêtes loin des terriers, aux gens seuls, aux pas trempés sur les pavés de rues indifférentes. Je pense à ce qui s'efface. Ce qui disparaît. Ce qui n'attend plus. Je pense à ce qui fuit entre les doigts. Il manque tellement ce temps d'insouciance verte à croquer en riant.

 

Ile Eniger - Solaire - (à paraître)

http://insula.over-blog.net/
 

 

Parfois, l'on reçoit certains textes et ils nous submergent comme des bouffées de larmes à consommer sur place. Parfois il nous faut avaler chaque mot et rester muet comme un enfant perdu dans la nuit.

 

Ce texte d'Ile Eniger m'a ému, tout autant que la lettre de Julos Beaucarne écrite quand un dément déroba la vie de sa "Loulou" : On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis…

 

"Comme j'aimerais", moi aussi, "qu'il y ait un paradis" !

Espérance ou questionnement devant ce néant peut-être habité où se scellent les destins. Cette question est depuis toujours arrimée à mon écriture : la douleur est-elle le prix du voyage ?

 

 Ce texte d'Ile Eniger renferme la question, le cri, le rire. Le bonheur et les années espoirs n’existaient-ils donc que pour s'effacer ?

 

Voir partir,  c’est être un enfant aux doigts de plume, impuissant devant la montagne à soulever. "Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis".

JMS

Publié dans Ils disent

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As-tu reçu ma carte ?

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

As-tu reçu ma carte ?

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m'ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs. 

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquet 

et une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n'étais pas là mon amour.

 

La Seine gisait nue sous une robe d'ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu'aux confins du jour.

 

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l'absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

 

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d'encre blanche

que j'ai glissées dans l'enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

 

N'y as-tu pas trouvé un je t'aime qui traînait par là ?

 

Qu'en as-tu fait ?

L'as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L'as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

 

M'auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M'auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures 

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

 

Vois-tu mes pieds m'ont trainé rue des Petits Champs 

mais tu n'étais pas là mon amour.

 

JMS

 

Publié dans Textes de JMS

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Chantez, chantez compagnons

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À Tristan Cabral pour son "Requiem en Barcelona"*

"nous irons à Montjuïc nous écouterons ce fou de Falla

nous irons voir les trois sans noms Ascaso, Durruti et Jover"

À toutes les larmes que Barcelone n'a jamais enterrées

qui encore coulent dans le sang survivants

.

Chantez, chantez compagnons
si aujourd'hui je suis triste
c'est de voir Barcelone pleurer
c'est de ne pas savoir qui a tort qui a raison
c'est de voir dans l'ombre des Ramblas
une odeur de poudre dans le sommeil des justes.

Si aujourd'hui je suis triste
c'est de savoir que l'oubli n'est pas venu
c'est de croire que Franco n'est pas mort
c'est parce que je ne veux pas oublier la mort
c’est parce que le fusil s’oppose à la main tendue
c’est parce que toute douleur est de ma couleur.


Chantez, chantez compagnons
la menace et la force ne sont jamais justes
quand se fissure le droit de la conscience
Si je suis triste c'est qu'aux souvenirs d'hier
de vieilles blessures rejaillissent
et que des hommes sont en prison.

Chantez, chantez compagnons
un peuple fier est à genou
aujourd'hui quand l'ordre claironne

si je suis triste c'est de ne pas savoir

qui a tort qui a raison
si je suis triste c'est de voir Barcelone pleurer.

JMS

*aux Editions Chemins de Plume

 

 

Publié dans Textes de JMS

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Jean-Marc La Frenière - Québec - Lancement de son livre "L'âme" publié aux Editions Chemins de Plume

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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Lettre à mes Pères

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai bu tant de chansons, tant de cris, tant de larmes,
tant de rires, de bonheurs, pour devenir un homme,
je ne suis plus qu'une addition de mémoires et de poèmes,
un verbe nocturne qui s'étiole au ressac des ivresses perdues,
un vieux saumon remontant un torrent de souvenirs.

 

Parfois, une magie insolente me percute,
les ombres exhument de vieux mots
tirés du syllabaire des siècles,
des soupirs d'exil viennent à ma rencontre,
émerge le visage d'un enfant mort que je n'ai pas connu,
de vieilles douleurs que portait ma grand-mère,
une chanson et une voix qui ne sait pas tarir,
je suis une mémoire en marche que le temps videra.

 

En ces jours où les farandoles du néant jouent de la paillette,
je cherche ce lieu où le cœur n'a plus sa raison,
je vous cherche, amis des litanies enchantées,
je vous cherche dans les funérariums où s'efface le poème,
où êtes-vous, Jehan Jonaz, Glenmor, Gilles Servat, Caussimon,
Barbara, Eva, Reggiani, Nougaro,
et vous autres les immenses, les Ferland, Brel, Brassens,
vous qui saviez que les poètes meurent quand le verbe se tait.

 

Et toi Colette Magny, qui nommais "Hibakusha"
les survivants d'Hiroshima, les extirpant de l'exil des intouchables,
n'es-tu que cette voix scandée dans le silence des jours
que j'arrache à ce 33 tours d'où suinte ta voix ?
Où sont donc maintenant nos quelques mots égarés
rue de Flandre autour d'un café ?

 

Et toi Sahara, qui au côté de Claude Delcloo et du Full Moon Ensemble de Chicago,
jetais des mots aussi vibrants
que mon désarroi au crépuscule de mes vingt ans ?
Tes paroles encore tambourinent en moi : 
"Amérique Amérique, j'entends crépiter les enfants d’Hiroshima
et claquent en ce poème de Bob Kauffman
aux tréfonds de mes veines jusqu'à me faire japonais. 


Et toi Jacqueline Danno, qui vivifiait Federico Garcia Lorca
quand tu giflais l'impératif du désir
en ces mots qui faisaient frisson à ma peau :
"Dites à la lune qu'elle vienne, le corps d'Ignatio je ne veux pas le voir".
Et vous Anne et Gilles,
qui endiamantaient "La Centaine d’amour" de Neruda.

 

Combien de fois, dans le coma des espérances anémiées,
ai-je bu vos mots pour noyer les désespoirs d'un siècle désabusé,
combien de fois vous ai-je écoutés,
entendus, jusqu'à la confusion des âmes ?
Combien de fois vous ai-je mêlés à mon sang
jusqu'au profond de l'étrange langage qui irrigue mon encre ?
Vous étiez paroles de Poètes, jamais d'hier,
vous qui bousculiez les soubresauts d'un ordre triomphant
qui aujourd'hui s'embusque sous des silences nouveaux.

 

Où es-tu donc Léo,
toi dont la voix, encore en moi, résonne
comme la fascinante stupeur du cri mauve
qui agite l'inquiétude des crépuscules ?
Où es-tu Léo, toi qui t'emparais des vers d'Aragon
dont le cri en moi porte à jamais cet :
"avril à 5 heures du soir, un dragon planta un couteau dans son cœur" ? 
Où es-tu, toi qui reviens toujours
dans les bouffées tristes d'une jeunesse blessée ?

 

Le sais-tu ami, le savez-vous amis,
ici, la télé-réalité joue l'indécence,
le verbe n'a plus sa place,
la violence des stades joue l'indigence des consciences,
ici la sémantique sert les ambitions,
on égorge le sens,
on fait du sexe et du voyeurisme un passeport
pour la notoriété des imbéciles.

 

Voyez-vous amis,
le verbe, la chanson, la parole, effraient,
ici, on sait que votre silence est une révolte désarmée,
ici, il savent qu'à étrangler le cri
on désâme les consciences.

 

Pourtant amis, chez moi vous vivez,
chaque soir vont, viennent, et reviennent des vivants intérieurs,
chaque soir chez moi vous chantez, déclamez, dansez
sur des symphonies de synapses,
des vagues à l'âme intemporels, des valses neuronales,
chaque nuit, une polka de personnages immortels trahit la mort
pour peupler la face blanche des jours de complaintes disparues.

 

Je te cherche Maurice Fanon toi que la radio efface,
as-tu toujours au cou "ce souvenir de soie
qui fait si doux à ma mémoire ?
Et vous James Olivier, Jean Arnulf, Mouloudji, Marc Ogeret,
Jean Vasca,
et vous autres, amis, qui d'un quatrain,
d'une rime, fusillaient la torpeur des bienheureux,
vous qui tordiez les cœurs et le verbe à en saigner les consciences.

 

Revenez amis, ici, chez nous, chaque jour nouveau,
des barbares se parent de dollars et de couteaux,
décapitent et rongent la parole,
revenez amis, ici, chez nous,
chaque jour des poètes meurent aux triomphes de la violence.

 

Amis, combien de fois, ai-je bu vos mots
si fortement mariés à l'intime espoir
d'une humanité que vous chantiez ?

Où êtes-vous donc amis égarés dans le coït de mes nostalgies ?
Où êtes-vous donc quand le silence est une rumeur
qui piétine les évangiles de la révolte et l'espoir que vous portiez ?
Où êtes vous Jacques Douai, Guy Béart, Leny Escudero,

Georges Moustaki, Jean-Louis Caillat, Claude Reva, Léonard Cohen ?
Où êtes-vous donc frères du mot tendre ou révolté ?

 

Revenez amis, dansez, chantez et encore chantez
dans le creuset de ma mémoire,
restez les arquebusiers de l’arc-en-ciel,
jouez, jouez de la mélodie et du verbe
vous les porteurs d'une conscience en souffrance,
soyez les étendards de la lutte contre l'oubli des promesses.

 

Amis d'un temps égaré, squattez encore,
squattez mes jours jusqu’à l'ultime minute,
squattez ma vie jusqu'à la trame de mon âme,
jusqu'à l'insurrection de la passion antérieure des renoncements,
restez les mots de cette conscience enchantée qui, en mon sang,
sans cesse clame toujours les droits d'une utopie désenchantée.

 

Courrez, chantez, hurlez en moi
vous êtes, amis, les malfrats de l'utopie chantée et de l'espérance.
Courrez, chantez, et si, sur les chemins enneigés de ma mémoire,
vous croisez des odeurs de pays perdus,
Henri IV, un instituteur, les 101 dalmatiens ou des jours de fêtes,
c'est que je suis un homme fragmenté tissé aux mille saisons de l'âge,
et si, sur mes pages aphones ou mes crayons maladroits,
vous croisez des musiques d'antan accolées à mes rimes,
si mon verbe devient le suaire de vos âmes,
si mon cri s'arrime à un inconscient que vous forgiez,
dansez, chantez encore,
et si, parfois encore, vos mots dépassent sur ma rime,
je vous reconnais mes Pères
venus à mon insu jeter la braise d'une vieille fulgurance,
venus me rappeler que tous vous m'habitez.

 

Dansez, chantez, vous dont les voix et les visages
suintent de mes nuits sans lune,
dansez, dansez, immortels jusqu'à mon dernier jour,
jusqu'à mon dernier miroir.

 

Ami, le jour vient, peut-être nous rencontrerons nous
car je ne suis plus qu'un vieux saumon qui remonte le torrent des mémoires
et qui, lentement, s'étiole au ressac des émotions perdues. 

 

jms

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6-7-8 Octobre Festival du Livre de Mouans-Sartoux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'espère vous y rencontrer

Très cordialement

Jean-Michel Sananès

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