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Homère - Jean-Marc La Frenière

Publié le par la freniere

Cet article est reposté depuis LaFreniere&poesie.

Un texte de JML, magnifique, dont je vous livre la fin que je trouve éblouissante.

À chaque jour, je regarde le monde d'un œil neuf. Je regarde le ciel. La neige m'étonne encore. Le feu m'obsède, le miracle d'une perle, la vitesse de l'éclair. Chaque jour apporte sa question, mais les réponses manquent. Mes souliers font partie de mes pieds. J'aurais voulu chausser des bottes de sept lieues. Le moindre mot est un pas sur la route. Tout coexiste dans la vie, le creux, le vide, les choses et les idées, le rêve et le réel, la faim, le pain, le cidre et le pommier, les gestes, les paroles, la jute et le satin. La moindre phrase est une ligne dans le dessin de la terre, une ride dans le visage de l'homme, un point d'orgue sur la carte du tendre.

Je vous invite à lire le texte intégral ici : http://lafreniere.over-blog.net/2019/07/homere.html

JMS

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Lettre à l'impertinence, à mon chat et à la vie

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Les premières fois que cela m'est arrivé, l'impression d'un rendez-vous manqué m'a empoigné. Étais-je arrivé en avance ?
D'un sourire faussement aimable, j'ai remercié l'impertinent qui se levait pour me laisser sa place.
Avais-je déjà l'âge d'être le vieux au chat qui habite la vie et un champ de poèmes ?
M'étais-je laissé emporter par le temps, par le quotidien et les amis de passage ?
Arrivais-je déjà doucement aux heures tendres on l'on se doit de pardonner avant de partir en paix habiter le silence des vivants, et si certains me souviennent quelques sourires aux absents ?
Parfois, voyant ceux que maintenant je ne regarde plus comme des impertinents, je les remercie d'être encore les tenants d'un savoir vivre qui date de ce monde antérieur aux casseurs et aux énarques de la spoliation des peuples. Je les remercie d'être encore les gardiens d'un monde d'avant, d'avant la désillusion et la colère.
Alors, je me demande si mes rêves encore ne sont pas plus grands que les leurs et une tristesse infinie s'empare de moi.
Je me demande où habite encore le rêve d'un temps meilleur ?
Mon chat me console.

Je pardonne aux jeunes d'être non coupables de nos crimes.
Je retourne à ce silence où mon chat me donne de la tendresse et du ronron et quelques mots à moudre.
Avant d'en arriver à oublier l'âge de se sentir jeune, je me dis que, qui aime a la vie belle.
Avant que ne vienne la nuit, j'aime la vie, de plus belle encore.

jms

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30 juil.
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L'ange

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

Parfois l'ange s'empare de ma plume

je ferme les yeux

à son départ

des mots laissés parent une feuille blanche

un poème ferme l'adieu

jusqu'à ce que revienne l'ange.

JMS

 

 

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De drôles d'oiseaux

Publié le par la freniere

Cet article est reposté depuis LaFreniere&poesie.

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Le passé en bagage

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Hammam Salahine près de Biskra en 1904
Trouvée par hasard dans un livre, cette photo d'un lieu, qu'enfant, j'ai visité vers 1950.


Revisitant le passé il y a une vingtaine d'années, je ne sais pourquoi, des impressions d'une journée de voyage en famille dans les années 50, mêlées à un goût d'enfance et à un cri de pays perdu, ont agité mon stylo. J'en ai tiré cette nouvelle insérée dans un livre traitant du rapport au temps et à la réalité : "Le jardin des diagonales".

Dans cette suite de nouvelles, tous les protagonistes sont des internés décalés de la raison et porteurs de mémoires fantasmées.
Aujourd'hui, tant d'années plus tard, cette photo retrouvée me révèle le nom perdu de cet endroit et me ramène un fragment d'enfance.


In "le jardin des diagonales"
(Un passé en bagage)

    Le soleil, le vent, les jeux peuplaient un monde ancien. Heureux, en culottes courtes et en sandales, Manuel l’avait parcouru, traversant des rires ombrés de quiétude. Puis le sang, les cris, les larmes, s’étaient répandus sur les trottoirs gris…
Le bateau, la mer...
L’exil sous un ciel au soleil cassé, la nostalgie pour tout bagage.
Tant de temps passé, depuis, en terre nouvelle.

Manuel, dans sa tête était resté là-bas. Il vivait sur une terre de mémoire où la réalité était devenue étrangère et hostile.
Il n’y avait plus de là-bas.
Là-bas, le malheur avait pris racine.
Là-bas, le sang répandu, les cris, les larmes et des trottoirs inquiets, enfermaient les hommes dans un étrange sortilège.

L’homme avait vieilli depuis… tant de temps, tant de nuits, tant de rêves, tant de larmes. Il  ne vivait plus qu’en cet intérieur de solitude où rien n’existe que sa propre pensée. Il ne vivait plus qu’en ce lieu où les souvenirs épars, embusqués dans des recoins d’âme, rugissent à faire frémir la nuit.

L’homme habitait des recoins du passé, dans la marge du réel.
L’homme vivait en exil.
Manuel, chaque jour, parlait au gamin joyeux et insouciant de son enfance, à celui qui savait courir et sauter, qui avait un père, une mère, du vin et du pain sur la table.
Il était perdu le Manu, coupé de l’enfance, naufragé au pays des hommes. Comme beaucoup d’exilés, il parlait aux habitants de sa tête toujours prêts à raconter les bruits et les odeurs anciennes.

Encore une fois, aujourd’hui Manuel répétait :
- Je suis à la porte du voyage qui mène à hier.
Il savait qu’une odeur de larmes surgissait chaque fois qu’il approchait cette frontière.
Il savait l’étrange buée et la fulgurante nostalgie qui précédaient ses rencontres avec le passé. Il se regardait glisser hors du temps. Il disait tout haut :
- Je fouille, je scrute, j’écoute le silence, je cherche dans un amas d’effluves feutrés et sucrés. Je cherche dans le puzzle des souvenirs. Je vois des fantômes et des morceaux de pays, des morceaux de mémoire.
Parfois Manuel se rebellait :
- Si je pouvais jeter ma mémoire aux orties…
Parfois même, il pleurait et implorait :
- Mémoires, retournez à l’oubli, laissez-moi vivre heureux.
D’autres fois, Manuel était en voyage-mémoire. Il avait huit ans. On l’appelait Manu. Il était dans un bâtiment très long, blanc et bas, un hammam embrumé d’odeurs soyeuses, percé de portes en bois bleu. Manu regardait les rayons fins du soleil s’infiltrer en filets dorés par de vieilles cicatrices du bois. Dans la pièce, l’ombre s’en trouvait découpée en bandes de lumière. Puis, le rêve s’estompait, Manuel le retenait :
- Non, mes chers souvenirs, revenez,  restez...

Ces voyages passaient toujours par la porte entrebâillée d’une larme retenue et d’un serrement de cœur.
Chaque fois qu’il redevenait enfant, dans l’ombre, il sentait la moiteur pesante l’envelopper comme la peau de coquillage sur les épaules d’un bernard-l’ermite.
Aujourd’hui, Manuel partait dans un de ces voyages.
Dehors, le soleil éclaboussait l’ocre tel un feu violent. Par l’ouverture de la porte, il voyait la terre et le vent léger qui tournoyaient en anneaux de poussière. La porte était de forme mauresque. Manuel était dans une grande salle emplie de tables rondes et basses, agrémentées de la lueur rougeâtre de plateaux de cuivre. L’odeur forte du thé à la menthe, les senteurs du miel sur la pâtisserie, caressaient son odorat. Autour d’une table, un cercle magique... l’éclat nacré des dents que libérait un sourire, la voix d’un oncle, celle d’un ami..., un étrange ressenti où le bonheur s’appelait certitude.

Sa conscience se cabrait par moment : "Reviens Manu, l’horloge a tourné".    
Il se sentait loin, si loin… n’était plus qu’un œil qui regarde au-delà du temps. Il était l’intrus dans le jardin de la mort, une âme en dérive.
Manuel ne voyait que le rivage lointain. La rive. Il voulait regagner la rive. Refaire le voyage.
Il voulait refaire le voyage à l’envers, refranchir la porte qui va à hier, rester là-bas. Revoir la palmeraie encore naine, inondée de soleil. Courir entre les palmes, se retourner, voir encore une fois la bâtisse blanche, longue et basse avec ses ouvertures donnant sur une nuit de mémoire, sur une pénombre habitée. Il voulait, comme un forcené, traverser l’étrange brume du temps perdu et revoir, revoir Grand-père... revoir…

Mille fois, il était resté là, dans l’ombre, à décrypter le souvenir. Ils y étaient tous, ils étaient là, tout près, vivants, plus riants, plus présents que jamais.
Ils chuchotaient, attendaient. Leurs voix chuintaient comme une musique incertaine et précise, entendue au hasard d’une route, comme volée au silence et qui colle à l’esprit, plus forte que l’oubli.
Comment voyager vers le passé ?
Où est la clef qui mène à hier ?
Pourquoi cette buée farouche à la porte du souvenir ?
Manuel savait que le mystère du voyage était là, lié à cette moiteur salée qui mouille les regards et précède l’émotion.
Pourquoi toujours revenir à hier par la porte entrebâillée d’une larme retenue ?

Il avait jusque-là sans cesse questionné la mort, la nuit et le néant, sans obtenir de réponse. Pourtant ce soir-là, une voix claire et précise rompit enfin le silence, la voix de l’intime, celle du Condor ordonna :
- Traverse une larme, la clef et le passage sont là.
Instantanément l’homme comprit : en traversant une larme on peut voyager par-delà le temps.
La voix d’ombre insistait :
- Traverse la larme, la goutte salée... tu as la clef du voyage !
Manuel pleurait.
Sans hésiter, il se risqua à l’appel d’un monde antérieur. Il collecta ses larmes et les traversa, pénétrant les brumes salées venues d’outre-monde.

Mystérieusement, il sembla s’y noyer et disparut dans les flux et reflux de sa pupille, ne laissant qu’une ombre bleue couchée sur le tapis.

Je suis l’homme qui parcourt son passé.
Je cours avec mes amis entre de jeunes palmiers pas plus hauts que nous. La terre est rouge, elle joue, elle court avec nous, elle nous poursuit en poussière d’ocre et d’or.
J’ai peur du futur.
Je cours à l’intérieur du bâtiment.
Une porte emprisonne l’ombre et la quiétude, l’ombre cache le bonheur.
Elles sont toutes là, mes ombres de mémoire.
Ma famille y distille une langueur heureuse. Le thé à la menthe et les gâteaux portent une infinie tendresse.
Je suis l’enfant qui connaît le futur.
J’ai peur.
Je suis parti, j’ai quitté mon monde, sans laisser d’adresse.
Je suis loin.
La nostalgie est toujours là...
J’ai fait le voyage à l’envers, à l’aide d’une clef mouillée, j’ai franchi la porte.
Pourquoi cette buée farouche à la porte du souvenir ?

J’ai trouvé le jardin et les enfants qui rient...
Mais, je fouille, je scrute, j’écoute le silence, et maintenant je pense au monde d’où je viens.
Je pense à vous que j’ai délaissés, mangés par mon passé retrouvé.
Je n’ai plus de larmes.
Je suis si loin, je suis l’intrus dans le jardin de la mort.
Je suis l’œil qui regarde au-delà du temps.
J’ai gagné les rivages du passé.
Je m’appelle Manuel Hector Llorca.
Dans ma chambre je crois que l’on retrouvera mon ombre bleue sur le tapis, mon stylo et quelques larmes séchées.

"Le jardin des diagonales" (Éditions Chemins de Plume)

 

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Adieu Leila

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À épurer ma mémoire,
nom après nom, j'égrène des pierres de vie,
le monde rétrécit et les regrets bâtissent leur royaume.
Nous ne nous sommes pas revus,
les jours ont passé,
seule reste la nuit qui tombe sur nos pas.

Je ne t'ai pas revue Leila,
toi, l'héroïque, la combattante,
toi qui étais un feu de vie,
toi la faiseuse de festins,
toi la toujours présente aux désirs de tes enfants.

Tu es partie
toi qui défiais l'inéluctable,
toi qui depuis si longtemps triomphais de la maladie,
tu es partie, mais pas disparue.

Avec toi encore je trinquerai aux crépuscules inassouvis,
aux heures envolées, aux bonheurs en allés,
ce soir ce sera whisky à la nuit car tu es partout.

La vie ne triomphe pas toujours.
Je sais, les forces t'ont manqué,
un jour, une nuit peut-être,
aux résurgences de l'infini,
sur les friches incertaines de l'absence éternelle,
nous nous retrouverons.

Tu étais guerrière,
héroïque, combattante.
Je ne t'ai pas revue.
J'arriverai trop tard.

jms

 

 

 

 

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Ce n'est pas le mot qui piège

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À casse silence
il y a des mots couteaux
qui taillent et entaillent le futur
l'arriment à des promesses, à des espoirs périmés.

Ce n'est pas le mot qui piège
c'est le cœur qui s'accroche à des rêves et des mirages désabusés.

Toi, tu cours
tu cherches l'ami, le cœur qui t'avait tout promis
la vieille école qui a fermé
ta maison inoubliée et ce visage où tu lisais l'amour d'une mère
tu te souviens d'une vieille prière et d'un paradis égaré
tu te souviens de la tempête et des fusils.

Tu  parcours des odeurs de vent, d'amitié et de rêves
où s'encraient les griffes princières de cette chatte que tu aimais.
Tu revois même ce chien avec qui tu jouais…
mais comment s'appelait-il donc ?
Tu cherches dans des puits d'oubli

tu creuses les ricochets d'un silence sans fond

Tu les cherches
tu te cherches où tu n'iras plus.


Où sont les rêves,
les soleils souriants de ce pays de sable, de palmiers et d'enfance
le piétinement des rires avant que l'école n'ouvre ses portes
le bruit des vagues que l'aurore martèle encore ?

Tu cours
tu cours autour de toi
le cri du lointain se fracasse dans des vacarmes d'oubli
mais encore tu t'acharnes à vouloir ouvrir la nuit
tu revois le tableau, le désespoir
l'écharde du jour et les couteaux qui entaillent ta mémoire
il est tard
les hirondelles ne reviendront plus
le cri de la craie vrillé sur le tableau noir s'efface devant l'éponge
la nuit aboie comme un chien oublié.

Il est tard, trop tard
ce n'est pas le mot qui piège
c'est le cœur qui, encore, s'accroche à des rêves.

 

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Le syllabaire des petits crimes (déja publié mais interdit au partage !!!)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je viens d'un temps
où les exigences du bonheur portaient leurs amnésies.
Dans des printemps d'après guerre, nous chantions,
La France croyait habiter en République.

Fut un temps où, se justifiant d'attaques contre le système,
certains affirmaient taxer le négoce pour justifier leurs vols.
Fut un temps où les dictatures, pour habiller leurs crimes,
s'affirmaient démocraties populaires,
Fut un temps où les hommes dansaient dans l'amnésie des fêtes barbares,
un temps où se perdaient les larmes du Chili, de Treblinka ou d'ailleurs.

Rien n'est plus,
mais encore de nouveaux syllabaires reformulent la bienséance,
les vérités se maquillent,
les seniors ont remplacés les vieux,
il n'y a plus de pauvres mais des économiquement faibles,
plus d'évasion fiscale mais de l’optimisation,
on va en prison pour un sandwich
quand d’autres expatrient leurs millions en paradis fiscaux.
Aux festins de l’indécence,
ne dites plus Prince, dites Président.
On traque les chômeurs mais on subventionne les licencieurs,
on laisse les maîtres de la finance orchestrer la désinformation,
le crime économique n'est plus, il y a le libéralisme,
la dépossession des peuples se fait au nom du "il y a pire ailleurs".

Ne dites plus partage des richesses, parlez de ruissellement,
Au pays de leurs ambitions, la liberté semble libertaire,
avoir des droits devient révolutionnaire,
le pouvoir sert ses rois.
Quand l'homme souffre,
la toute-puissance se partage les richesses,
elle écrase le faible et engraisse le capital,
le travail est ailleurs mais on harangue la misère,
on l'accuse de paresse,  
plus d’exploiteurs mais des entrepreneurs,
plus de pauvres mais des assistés
plus de sans-abris mais des cas sociaux.

La Bastille est tombée
mais pour plaire aux Princes
des crétins laissent leur conscience au vestiaire,
le droit chemin ignore la route de l’homme,
le train-train citoyen traine ses réflexes identitaires,
comme papa comme maman,
si t'es de droite tu votes contre la gauche,
si t'es de gauche tu votes contre la droite,
et si tu ne t'y retrouves pas,
ton silence fait leur pouvoir.   

Ton pas cherche l’horizon,
Ton oreille cherche sa voix,
Tu écoutes les faux apôtres,
ceux qui se disent des deux rives à la fois,
ceux qui disent écouter mais te vendent du boniment,
ceux qui, les yeux au ciel et la main sur le cœur,  
affirment avoir compris mais ne changent rien,
et si parfois tu vas aux urnes c'est pour t'opposer au pire.
Si tu aimes la vérité, ferme-la,
si le silence t’indispose,
va aux traquenards des samedis jaunes
où provocateurs et casseurs sont à la fête
pour égorger le vrai cri du peuple,
la police y fait son ball-trap,
l'impunité les gratifie.

Laboratoires et chimies négocient le droit de vivre,
aux clameurs de la Bourse, les docteur Mengele recrutent encore,
une ministre défenestre l’éthique,
dans leurs cages, les vaches garderont leurs hublots,
la recherche torture le vivant,
l’horreur et la douleur ont un avenir.

Aux dimanches des gueules cassées,
le monde s’écroule,
laisse-les à leurs dérives,
nos enfants jugeront.

JMS

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Le syllabaire des petits crimes

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

Je viens d'un temps
où les exigences du bonheur portaient leurs amnésies.
Dans des printemps d'après guerre, nous chantions,
La France croyait habiter en République.

Fut un temps où, se justifiant d'attaques contre le système,
certains affirmaient taxer le négoce pour justifier leurs vols.
Fut un temps où les dictatures, pour habiller leurs crimes,
s'affirmaient démocraties populaires,
Fut un temps où les hommes dansaient dans l'amnésie des fêtes barbares,
un temps où se perdaient les larmes du Chili, de Treblinka ou d'ailleurs.

Rien n'est plus,
mais encore de nouveaux syllabaires reformulent la bienséance,
les vérités se maquillent,
les seniors ont remplacés les vieux,
il n'y a plus de pauvres mais des économiquement faibles,
plus d'évasion fiscale mais de l’optimisation,
on va en prison pour un sandwich
quand d’autres expatrient leurs millions en paradis fiscaux.
Aux festins de l’indécence,
ne dites plus Prince, dites Président.
On traque les chômeurs mais on subventionne les licencieurs,
on laisse les maîtres de la finance orchestrer la désinformation,
le crime économique n'est plus, il y a le libéralisme,
la dépossession des peuples se fait au nom du "il y a pire ailleurs".

Ne dites plus partage des richesses, parlez de ruissellement,
Au pays de leurs ambitions, la liberté semble libertaire,
avoir des droits devient révolutionnaire,
le pouvoir sert ses rois.
Quand l'homme souffre,
la toute-puissance se partage les richesses,
elle écrase le faible et engraisse le capital,
le travail est ailleurs mais on harangue la misère,
on l'accuse de paresse,  
plus d’exploiteurs mais des entrepreneurs,
plus de pauvres mais des assistés
plus de sans-abris mais des cas sociaux.

La Bastille est tombée
mais pour plaire aux Princes
des crétins laissent leur conscience au vestiaire,
le droit chemin ignore la route de l’homme,
le train-train citoyen traine ses réflexes identitaires,
comme papa comme maman,
si t'es de droite tu votes contre la gauche,
si t'es de gauche tu votes contre la droite,
et si tu ne t'y retrouves pas,
ton silence fait leur pouvoir.   

Ton pas cherche l’horizon,
Ton oreille cherche sa voix,
Tu écoutes les faux apôtres,
ceux qui se disent des deux rives à la fois,
ceux qui disent écouter mais te vendent du boniment,
ceux qui, les yeux au ciel et la main sur le cœur,  
affirment avoir compris mais ne changent rien,
et si parfois tu vas aux urnes c'est pour t'opposer au pire.
Si tu aimes la vérité, ferme-la,
si le silence t’indispose,
va aux traquenards des samedis jaunes
où provocateurs et casseurs sont à la fête
pour égorger le vrai cri du peuple,
la police y fait son ball-trap,
l'impunité les gratifie.

Laboratoires et chimies négocient le droit de vivre,
aux clameurs de la Bourse, les docteur Mengele recrutent encore,
une ministre défenestre l’éthique,
dans leurs cages, les vaches garderont leurs hublots,
la recherche torture le vivant,
l’horreur et la douleur ont un avenir.

Aux dimanches des gueules cassées,
le monde s’écroule,
laisse-les à leurs dérives,
nos enfants jugeront.

JMS

 

 

 

 

 

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Minuscule - Ile Eniger

Publié le

Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Dehors, loin, c'est la Fête de la Musique, l'agitation convenue, chaque année plus médiocre, plus accablante. La chaleur est tombée sur la terrasse, les plantes respirent, se redressent. Je remercie leurs présences si simplement nobles. À la lueur douce d'une lampe, Je lis un livre à l'écriture et la pensée éblouissantes, grâce sans tapage qui replace la beauté au centre. Le silence ronronne de petits bruits rassurants. Le chat dort en boule, il s'étire, bâille, me regarde, étonné de me voir assise au milieu des heures du sommeil. Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Et les étoiles veillent une minuscule part de bonheur.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

Publié dans Ils disent

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