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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Rentrée littéraire 2015

31 Août 2015, 16:23pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Mon nouveau recueil de poésie

"ET LEURS ENFANTS PAREILS AUX MIENS",

paraît aux Éditions Chemins de Plume, début octobre, au prix de 13,50 Euros

Lancement au Salon du Livre de Mouans-Sartoux, les 2, 3 et 4 octobre 2015

Commande sur Editions Chemins de Plume : frais de port gratuits

http://www.editionscheminsdeplume.com

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Migrant ?

25 Août 2015, 16:14pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
des rires d’enfants écrasés à même le sol
des larmes et de la peur
plus hautes que les cieux

Laissé mes rêves
laissé mes parents


Parti
parti loin des fanatismes
des kalachnikovs barbares
qui psalmodient leurs haines du vivant
 
Je suis parti chercher le pain
je suis parti sauver mes enfants

Je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
à remercier pour les restes d’un gâteau jeté

 
J’ai faim plus haut que ma honte
pourquoi faut-il toujours que l’opulence
trouve un malin plaisir à l’humiliation des faibles ?

 
Aux tables des cafés une odeur de sucre et de désespoir
aussi grande que ma misère
porte les ailes noires d’un corbeau-révolte
 
J’appelle
je marche
je marche vers ma faim
 
Vers ceux qui encore savent tendre une main
vers d’autres cieux
vers ceux qui avaient écrit sur l’ocre des terres
des mots de pierres, de briques, de chaux
et des frontons de marbre
 
Je vais vers ceux
qui écrivaient le chant des portes ouvertes sur le ciel
vers ceux qui, de trois petites notes au cœur de l’espérance
de trois petites notes sans tambour ni trompettes
de trois petites notes sans préjugés ni  fusils
de trois mots : Liberté Égalité Fraternité

avaient cru embellir l’avenir
et allumer la flamme d’une conscience nouvelle
 
D’où je viens
il pleuvait du crime et de la grenaille
du viol et des femmes écrasées à même le sol
des larmes et de la peur plus hautes que les cieux

Parti sur les chemins
parti chercher le pain
parti sauver mes enfants

Je suis là
je marche
je vais vers cette Marianne
venue d’un temps où l’âme de la France
vivait de mémoires grandioses

Où es-tu
Abbé Grégoire ?
Et toi Abbé Pierre ?

 

Où êtes-vous ?
 
Regardez vos fils
ils ont fermé leurs portes
jusqu’à l’encoignure des regards


Regardez-les
ils ont fermé leurs cœurs
sont devenus experts en indifférence
 
Pleurez mes pères !
Pleurez mes frères !
Vos fils sont devenus traders
ogres nourris aux bonus et au sang des exclus
 
Aux frontières nous quémandons la vie
 
Les oreilles sourdes
survivent aux années noires
 
Je suis là
mains tendues
si loin de mes rêves
si loin de mes parents
pour sauver mes enfants
 
Là bas, ils tuent, ils  violent, ils décapitent
je suis las
je suis là
à frapper aux portes des suffisances étrangères
à fouiller les poubelles
 
Aux tables des cafés, une odeur de sucre
enterre des temps oubliés
j’ai faim plus haut que ma honte
mon désespoir plus haut que ma faim
 
Savez-vous mes frères
Savez-vous mes pères
ils m’appellent migrant

Mais, qui fuit la mort
n’est-il pas un réfugié ?

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Jean-Marc La Frenière

6 Août 2015, 18:42pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Chaque bruit

À voir les hommes se vendre pour un salaire, courir après la gloire et s'empailler sur un trophée, s'entredéchirer pour un bout de papier, préférer le chrome à la lumière et la tôle d'une auto à la peau de pêche d'une femme, je me demande s'ils méritent l'amour.
On demande à l'enfant de devenir un homme sans lui apprendre à vivre. Les temps sont parallèles. On a toujours un pied dans l'un ou l'autre siècle. Le présent est à la rencontre de deux temps. Si chacun se pose les mêmes questions, les mêmes réponses manquent.
Quand je n'éclabousse pas la route de mille éclats de boue, ce sont les pages que je tache de mots. L'écriture est mon pays natal. Je n'étais rien avant les mots. Je m'habille d'images. Chaque page est la vertèbre d'une colonne verbale. Une encre bleue ou noire me fait battre le cœur tout autant que le sang. De l'orage de l'enfance au mystère d'écrire, un même éblouissement m'écarquille les yeux. Je suis un cri de bête dans la mangeoire des mots, le vol d'un pétrel dans le sillage de l'air, le couac d'un trombone que les klaxons canardent. Chaque bruit de l'eau, chaque murmure du vent, chaque hurlement de bête, chaque râle de vieillard, chaque cri d'enfant, introduit le chant dans le poème.
Chaque brin de paille, chaque grain de pollen, chaque senteur, chaque arôme, l'odeur de genêt des pages de Genet, celle du sel dans celles de Vigneault, chatouille mes narines.
Se pencher sur une fourmi n'empêche pas de voir le ciel ni la ligne d'horizon. Chaque pupille reflète un paysage. J'aime le temps perdu, les routes qui s'égarent, les questions sans réponse, les longues phrases de Proust ou celles plus lapidaires de Delteil. À force de grandir dans une maison sans livres, j'ai fini par habiter entre les mots, entre les lignes, entre les pages. J'ai bâti ma demeure dans le souffle du monde, le très vieux chant des hommes.
Je bivouaque dans les mots de la source au delta. En marchant, on a parfois l'impression d'inventer ce qu'on voit. Patauger dans la vase met de la boue dans la bouche. Escalader le roc donne le vertige aux mains. À chaque ruisseau, j'enjambe l'encre d'un cahier. Des centaines d'oiseaux jacassent dans mes phrases. Mot à mot, je me dépose au fond des choses comme une lie d'encre amère. À la gare des années, deux rides donnent l'âge sur le blanc visage d'une horloge. Au bout du quai, chacun attend la
mort et son train-train funèbre. Toutes les portes, un jour, se referment sur nous. Les oiseaux savent d'où ils viennent, où ils vont, mais les hommes qui errent sur les routes sans jamais s'arrêter en ignorent le but. Un chat les observe de loin, tout en lissant son poil et son museau de clown. Je ne sais plus parler aux hommes. L'ais-je jamais su? Je me sens étranger. Je cherche l'inaccessible. Je m'éloigne des villes. Il y a tant de visages dans une foule qu'on n'en voit plus aucun. Ici, les arbres ne font qu'un avec le paysage.
Ils se prolongent dans la terre. Je regarde les collines où grimpe la forêt, le passage du soleil et sa lumière entre les feuilles, l'appel du vent. Il y a toujours un lieu où l'horizon touche la terre. Toute la nature nous veut du bien, même les orages et les typhons. Tout est là où il doit être. C'est nous qui sommes les prédateurs. Il faut toute une vie pour cueillir la douceur. Il en reste si peu. Les mots sont comme du temps que l'on se met en bouche. Mes souvenirs portent des noms d'oiseaux, d'essences de bois, d'odeurs et de sons. J'ai la mémoire végétale, la pensée minérale, l'espérance animale. C'est le silence de chacun que je griffonne en vain. Trop d'insignifiances cachent la vie. La vérité de la mort me tient lieu de lumière.
Je n'ai vraiment jamais parlé avec mon père. Je l'ai connu par ses photographies, mais il y a tant d'invisible sur les albums de famille, tant d'inconnu sur les visages. Un ravin se creuse devant moi, le ravin des années, un ravin de soixante-six ans, un vieux ravin aux falaises de plus en plus abruptes. Je ne sais pas comment naissent mes livres. Lorsque j'écris, je suis entièrement ce que je fais, comme les oiseaux quand ils chantent ou les bêtes quand elles fouissent. Chaque phrase est une trace dans la boue, un rayon de lumière qui filtre sous la porte, une perle noire dans un écrin pourri. Les pattes noires des mots laissent des traces de pas, une odeur de voyelles. Leurs ratures salissent les planches de papier. La vie est bipolaire. Elle a ses hauts et ses bas, mais l'escalier reste le même. On doit toujours monter malgré tout. Les marches disparaissent à chaque nouveau pas. On doit s'accrocher à une rampe fictive. Le corps dépose une ombre sur le sol. Elle disparaît la nuit à la recherche du soleil. Que reste-t-il de nous? Les traces d'un feu de paille, une faille dans la mémoire, un peu d'eau dans l'ornière d'un pas. Les mots
coulent comme la sève des arbres ou le sang des menstrues. Leur odeur indispose ou exalte la soif. Il ne me reste de l'enfance qu'une peluche éventrée, un album d'images taché de confiture. La mort n'emporte qu'un cadavre, mais on ne sait plus quoi faire de la vie. Le cœur a des ratés mais continue de battre. Les doigts s'agitent dans le souffle des gestes. Les fleurs conversent avec la terre, les arbres avec le ciel. Les oiseaux continuent de voler. Les fourmis dans les jambes alimentent les pas. Le phénix vole encore avec ses ailes brûlées. Les fleurs ont des béquilles dans la cour aux miracles. Toujours à deux pas du naufrage, nous fabriquons avec des mots un radeau de fortune ou un tapis volant avec le fil de la parole. Toutes les heures ont bouclé leurs bagages. La vie les porte en titubant. Ce matin, j'écris du cimetière. Je cherche la paix, mais un vieillard tond le gazon. On n'entend plus les morts s'embrasser en silence, mais le bruit d'un moteur grignotant l'herbe fraîche. Aucune parole, aucun signe, je dois me contenter d'une voix intérieure. Le paysage vole mes yeux. C'est par lui que je vois. Une odeur de terre remue celle des fleurs. J'écris sur une table bancale. Les mots sautent à la ligne. La cale d'une phrase ne suffit à trouver l'équilibre. Je n'écris pas pour faire le beau, mais creuser mon terrier. Pas de héros, pas d'histoire, pas de scandale à se mettre sous la dent, pas de quoi tenir un journal, rameuter les clients, pas de compte à rendre, rien que la voix d'un loup, celle d'un mendiant, d'un rêveur, d'un enfant. L'absolu se cache dans les moindres détails. Ma vie est une longue vadrouille. L'appel du large est en papier, mais l'infini reste le même. Le pas d'une fourmi est un très long voyage. Je glisse sur une échelle de corde dans la falaise des années, une échelle de mots, une maille dans l'azur.
Même si mes pieds font corps avec la terre, bras ballants, je porte mon élan dans le vol des oiseaux et l'étreinte du ciel. Le voyage intérieur efface les frontières.

Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.net

 

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Les fous du stade

3 Août 2015, 17:39pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Rebond sur l'article d'Ile Eniger (http://insula.over-blog.net/)

Les stades me font peur. On y rencontre un nouveau genre d’humanoïdes post-Neandertalien : les homos–hooligans, eux-mêmes subdivisés en sous espèces de férocipèdes : ceux qui défendent une caverne en grillage, ceux qui face à eux défendent une autre caverne en grillage, chacun voulant dérober un totem rond et entrer dans la caverne de l’autre. Encore plus déconcertante, une autre caste semble détester tout le monde, ce sont les homos-castagneurs. Et, face à tous, une tribu de chromagnos-CRS semble vouloir ne rien leur laisser.

Foi de martien, je n’y comprends ! Où sont donc passés le Pierrot et les troubadours de clair de lune ? Ce siècle n’est pas le mien !

 

JMS 2015

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