Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Jean-Marc La Frenière

27 Décembre 2015, 11:59am

Publié par Cheval fou (Sananes)

Les menus riens (extrait)

Pour trouver, il ne faut pas chercher, mais aimer, de la graine à la pomme, de l’argile à la tasse, de la mer à l’oiseau, de la mère à l’enfant, de l’atome à la vie. Le paysage coule par les yeux et inonde l’oreille. En regardant les arbres, j’imagine le cheminement de la sève, des racines aux embranchements du tronc, les sentiers sous l’écorce, les routes sur les feuilles par où la chlorophylle vient livrer sa lumière. Du cynisme des épines à l’orgueil des fleurs, chaque arbre a son caractère. Il transparaît dans l’écriture des fruits, l’akène qui tournoie, le gland qui tombe dru, la pomme qui rougit, l’embonpoint de la poire, la douceur de la pêche, la dureté de l’olive s’attendrissant avec le temps, l’amertume du citron, les rides de la figue, la cerise offerte au bec des oiseaux. J’ai toujours voyagé dans ma tête, avec la musique qui met l’âme à l’envers, les patois qui patinent le temps. À six ans, je dessinais des routes dans mon carré de sable. Je sautais à cloche-pied des lignes imaginaires. Je reliais entre eux les craques de trottoir, le pointillé des pas, le sillage des oiseaux. J’ai appris très jeune à galoper sans peur sur les chevaux de la langue. Plus tard, j’ai traversé tous les États-Unis, à pied, à l’encre, en autobus, en train. Je vis. J’écris. Je n’oublie pas l’enfance. J’ai très tôt pris le parti des humbles. À la table des riches, je ne souris qu’aux chaises.

Publié le 23 décembre 2015 par Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.net/

Voir les commentaires

Voeux de Noël

22 Décembre 2015, 14:16pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Léo et JMS

Léo et JMS

Voir les commentaires

Petite mendigote

15 Décembre 2015, 11:51am

Publié par Cheval fou (Sananes)

Je te regarde, petite mendigote
L’œil sombre et le cheveu emmêlé
Une éponge et un seau à la main, tu quémandes
Aux portières des voitures.
 
Petite mendigote, tu traînes en coin de rue
Tu craches sur le sol et sur les indifférents
C’est l’injustice que tu dragonnes
En jaillissements de colère sur la misère.

J’aimerais m’appeler autrement
Coluche, l’Abbé Pierre, ou Magicien
J'aimerais te dire :  
Montre-moi tes blessures
Viens, oublie le froid de tes nuits
Je vais souffler sur l’avenir
Faire disparaître toute la misère.

J’aimerais te dire :
Je suis de taille à effacer le malheur, la souffrance, la peur
Viens, donne-moi la main
Nous allons jouer et chanter
Dans les rayons d’un grand magasin, nous goinfrer
Faire le plein de loukoums
Viens, tes rires seront mes rires
Nous les partagerons avec tous les enfants des rues
 
J’aimerais te dire :
Je connais un pays de droits
Où les enfants ont des lits derrière des murs de pierre
Du pain, du lait, du chauffage
J’aimerais te dire :
Viens, je connais un monde sans douleur
Où les enfants courent sur des chemins de marelles
Où les parents lisent des contes et des poèmes.
 
J’aimerais te dire :
Viens, demain est une promesse
Je connais des lendemains qui chanteront si haut, si fort
Qu'ils feront des ricochets et des étincelles jusque dans tes yeux
J’aimerais te dire…
Mais rien !

J’habite la nuée des nuls
Je ne suis pas magicien
Alors, prends cette pièce
Toi, tu restes là.

Je ne sais plus me battre avec les désespoirs du monde
J’ai peur des banquiers et des fins de mois
S’il te plaît, petite mendigote
Même si j’ai mal
Laisse-moi partir et fermer ma conscience.
 
J’aimerais te dire que j’ai mal
De ne pas savoir changer ton monde
Mais rien !
 
Hé, petite mendigote
Tiens, encore un Euro
Et bon Noël.

 

JMS

Voir les commentaires

Trève de Noël - Voyage en Slobodanie

15 Décembre 2015, 10:48am

Publié par Cheval fou (Sananes)

Trève de Noël - Voyage en Slobodanie

Slobodan
Artiste Peintre
2 rue de la poissonerie
Vieux Nice

Voir les commentaires

Terre d’élection

12 Décembre 2015, 15:55pm

Publié par Cheval fou (Sananes)


En ma terre d'élection
Il y a des apôtres d’Apocalypse   
Qui jouent à la roulette Républicaine
Le mensonge est à table
On joue la Conscience à triche ou perd
Marianne se brade à pile ou face
D’un noir à l’autre
Il  arrive que l’espoir se grise

En ma terre d’élection
Ma conscience se joue à perd, impair
Je m'y sens parfois bien gauche.

 

jms

Terre d’élection

Voir les commentaires

L'ombre des mots

6 Décembre 2015, 14:49pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Quand le matin s’éveilla, le petit homme qui voulait repeindre le temps et mettre du rose et du bleu dans les nuages, eut le sentiment d’avoir perdu quelque chose durant la nuit. Un morceau de rêve ou de cauchemar peut-être ou la carte d’un trésor ou l’adresse d’une personne aimée que l’oubli, l’habitude ou les kilomètres auraient fait disparaître. C’est alors qu’il repéra l’ombre d’un mot qui traînait sur sa table de nuit.
- Un mot évadé de mon sommeil ! se dit-il.
Quand il voulut s’en saisir, un frisson d’effroi parcourut la petite ombre qui aussitôt tenta de s’évader. Triste décision, car elle se perdit inexorablement dans le silence d’un trou de mémoire.
Un grand vide aurait dû alors peupler la matinée du petit homme si l’ombre d’un cri ou peut-être d’un autre mot, ou celle plus vaste encore d’une parole accourue pour lui porter secours, n’était survenue. Le petit homme la considéra avec un grand étonnement et tant de joie, qu’avec la candeur d’un enfant qui parle au Père Noël, il s’exclama :
- MOT, MOT, viens ici ! Je veux savoir ce que tu caches dans ta robe bleue.
Cette interpellation quelque peu brutale semblait impudique, car dans la robe un peu floue des mots se cache toujours quelque chose de plus grand, de plus vaste que le mot : le SENS, ce quelque chose qu’il faut aborder avec la plus grande des précautions pour éviter le contre-sens ou le double sens.
En fait, le mot est très semblable au cœur des humains. Comme lui, il peut héberger des dimensions plus vastes et bien plus grandes que lui.
Le sentiment est au cœur, ce que le sens est au mot.

Le petit homme savait pourtant que l’empressement ne convient pas pour ouvrir l’ombre des mots. Sa précipitation avait fait fuir la petite ombre, jusque dans la niche du silence.

Les cœurs ne s’ouvrent pas plus à contrecœur que les mots ne peuvent s’ouvrir à contresens.
Le petit homme, avait-il oublié que chaque mot, chaque cœur, est la maison de l’immense ou du misérable ?
Avait-il oublié de la vie et de l’histoire, toute prudence ?
Avait-il oublié que les cœurs et les mots misérables sont trop petits pour contenir de l’amour ?
Ne savait-il plus combien de patience et de soins il faut prodiguer au moindre mot et au plus petit des cœurs pour qu’ils puissent un jour contenir le vaste et le précieux pour le mettre à la taille de l’amour ?
Savait-il encore que seuls les mots et le cœur donnent sens à la vie ?

Quand le matin s’éveilla, le petit homme qui voulait repeindre le temps, eut le sentiment d’avoir perdu quelque chose durant la nuit…
L’ombre d’un mot sommeillait encore sur sa table de nuit.

JMS

Voir les commentaires