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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Monsieur le Président

30 Août 2009, 20:50pm

Publié par Cheval fou

Monsieur le Président

je vous fais un mail que vous lirez peut-être

 

À vous balader entre Boeing et grippe aviaire

entre la grippe A et le paraître

en aurez-vous le temps ?

 

La radio danse, la télé chante

Sur la Une, les serials killers font la promo

 

Partout le bling-bling fait écran

Partout le bruit écrase un silence où s’enfoncent

les millions d´enfants que la diarrhée emporte

 

Champagne et loto font la fête

Entre yachts et indifférence

pneumonies, malaria, sida font leurs courses

Par dizaines de millions, les hommes meurent

 

Mais

qui donc meurt ailleurs ?

 

De pauvres manants

plus rentables à armer qu’à guérir

 

De pauvres manants

trop loin d’Elf et d’Areva

trop loin de la Bourse et des magouilles

trop loin des grands labos

trop loin dans la gangrène des brevets

 

Ils vivent dans un ailleurs aux gémissements invisibles

Ils meurent dans ces nulle part des consciences

où les vaccins sont plus coûteux que l’ablation du pétrole

 

Ce sont des trop loin du cœur

des insolvables, de pauvres manants

des gens d’ailleurs, me direz vous

 

Monsieur le Président

je vous fais un mail que vous lirez peut-être

 

Chez nous n’est pas si loin

pourtant chez nous l’hiver et la faim

tuent

comme ailleurs

 

Ce sont des trop loin du cœur et de la Bourse

de pauvres manants, des insolvables,

me direz vous, Monsieur le Président

jms

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Le chemin de Tétouan

25 Août 2009, 10:49am

Publié par Cheval fou (Sananès)

 "Mange" disait Grand-mère… Mais il y a si longtemps déjà… Grand-mère venait d’antiques hivers et de mémoires berbères. Un reste de Tétouan lui rappelait des moments heureux de sa famille et des moments de noires frayeurs. Un sultan avait coupé les oreilles de ses ancêtres pour les reconnaître, il les avait chassés du mellah, avait violé, volé du sang, avait volé leurs biens, les avait exposés nus dans la ville…

Un brin de mémoire au travers du ciel, je traverse la marge.

Un cri éculé comme un silence brode la frange laiteuse d’un café posé en bord de table. J’ai bu une dose de printemps et deux doses d’hiver, j’avance dans l’odeur d’un matin sans brioche. À une croisée de l’automne, j’apprivoise, caresse une odeur de vieilles âmes : une de celles qui habitent les arbres, les pierres et les vents anciens.

L’Histoire balaie les scories du temps, la vie se raconte comme la poussière, s’écrit… Mais que reste-t-il de nos tempêtes, de nos hivers ?

Une main aveugle cherche au fond du sac, sème en route les pierres du destin.

"Pars petit homme", avait dit l’ancêtre, le ciel enveloppe l’horizon, les heures ploient sous le futur, l’automne repeint les feuilles, là-bas arrive une république, nous n’avions que nos âmes et la lourdeur des mémoires…. Oran habitait le lointain.

Du ciel à la terre, j’ai pris mon rêve, mon souffle, je cours, mais déjà mon chat s’est arrêté, c’était l’hiver des fourrures et des bouches édentées. À piste mémoire rien ne meurt, le papier en dit plus que je ne sais.

Tu ne m’as pas abandonné mon chat, je peuple un tropique de quiétude, de cris, de larmes et de rires, j’arpente la vie de l’amour à la révolte, je vois plus loin que l’alphabet.

Le vent ne meurt pas, ils se repose, reprend son souffle et cherche éternellement le chemin du sens...  Il grince, s’étire, soupire.

Où vont la vie, le ciel, les nuages et mes amours ?

Je suis vieux comme un rire assoupi, usé comme un sirocco endormi, j'attends. L'attente est une espièglerie, elle sait que l'éternité est une mort qui s'attend, un éveil en sursis. Je traque un rire d’éléphant, un sourire de fleur, un vieux soupir, un coup de griffe. Je ne crois plus ni au conte du vieux renard, ni aux au-delà qui chantent. Je suis nu dans mon âme comme arbre qui dort. Le vent réveille toujours des frissons de vieux rêves. Je secoue les pierres, bouscule la Question, j'écoute les murs s'effondrer, j’effile les heures, je suis un compte minutes qui s'épuise. J'écoute l’attente enrayer l'avenir, j'écoute mon coeur et la couleur des yeux.

Tu es noire, tu es sur la table, tu me souffles des mots indicibles, tu miaules, tu griffes, je rêve et tu es là à déchiffrer l’attente. Un grain de poil agriffé au temps qui court… Nous restons.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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La colombe

24 Août 2009, 20:30pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Si je cherche encore le rire
aux yeux des bébés
et la joie
aux jeux des adolescents
et le rêve
aux creux des matins
et la paix
à l'aurore des devenirs
et l'amour
aux yeux des visages


Je ne suis pas d'un autre âge

Si je ne suis plus qu'un oiseau blessé
au loin des chemins de certitude
ne sachant se taire
dans des déserts de solitude


Ne coupez pas mes ailes

Et même si je ne bois pas à vos idées
Et même si ma route solitaire
va vers des millions de nulle part
aux crépuscules blafards

 

Même si l'on m'appelle colombe


Chiens gardiens d'idées
ne brisez pas mes ailes
rendez l'amour
aux amitiés disloquées
ouvrez la cage aux principes
libérez la tolérance


Et comme dans le premier matin du monde
je renaîtrai de l'espérance.

 

 

 

JMS - In "Cheval fou - D'amour et de colère" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Je remonte la rumeur

12 Août 2009, 10:26am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Je remonte la rumeur, je descends la rue, c’est une odeur de déjà vu.

Je baisse. Faut dire que je ne suis qu’un personnage à la gomme, pas tout à fait fini, tant le cumul des jours, m’écrase, m’efface, me triture, me rature. À l’Est l’horizon décline et le Sud se brouille. Ma feuille de route se grise. J’ai perdu le Nord,  je ne compte plus mes fautes. Depuis des siècles et trois minutes, je suis entré dans le silence. Longtemps, j’ai cherché la lumière, la sortie, le vent, la pluie. La brume fut intense. Faut dire que nul n’est à l’abri des poussées d’ego, des éclats de vie.
 

Faut dire que je ne compte plus pour grand monde, je ne fais d’ombre à personne, je suis transparent. À reculons, je traverse les orages du siècle, le mal de vivre et l’avenir en berne. Partout les chauves souris cherchent la nuit. J’ai froid, mais le soleil me donne des coups, des coups de chaud, des coups de coeur, des coups de lune.  J’ai-gris, je crains les coups de blues et les coups de gueule. Je me soigne, je me soif et je bois. Je ne suis pas un écrivain digne de ce nom, entre je bois et je dors, je suis une terreur d’encre bleue et de blanc papier. Je dégomme de vieux verbes, je frappe du crayon, j’exhume des rires oubliés, des rhumes de cerveaux. Je tire le verbe à face ou pile, j’efface, je pile je compile, je traque la conscience, je détraque le sens, j’encense la raison, je ficelle des mots, je phrase, je bûche, j’élague, j’arase de la consonne et du chiendent, je m’oripeaux,  je m’horripile, je délire, je lis, je graphite, je hiéroglyphe des alphabets de cris indistincts, je trans-pire de la plume, de la bille, j’efface, je m’efface. Mon crayon ne croque plus rien. Dès le matin, j’ai faim, faim de lire, faim de vivre, faim de dire ; faut dire que je ne suis qu’un perce oreille que personne n’écoute. Je suis un navire aux écoutilles du verbe, j’écoute le vent, la mer, la peur, la frayeur, le rire, la tendresse. Jour nuit plein rêve plein vie, j’écris. Quand je n’ai pas le temps, je cause, je solde, je brade,  je casse, je tracasse, je passe l’arithmétique du mot en profits et pertes, je passe, j’efface !

 

Je ne suis qu’un mille-pattes qui boite au fil des vers, un ver luisant dans des envers de prose, un univers en quête de lumière. Partout c’est la dérime, partout, c’est la déprime. Je frappe du crayon. Je ne suis qu’un mot unijambiste qui marche en crabe et garde son cap, je ne serai jamais un apprivoiseur de mots roses, un matador de salon, un beau parleur de tea for two. Je ne suis pas digne, je suis transparent, je griffe, et je déprime. Dans les gravats de l’alphabet, dans les poussières du vivre, je suis un dégât collatéral du verbe écrire.

Si au fond d’un vieux cahier, un jour j’enterrais mon âme et qu’un croque en mot  découvre le pot aux roses, je serai la dernière épine.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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