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Les pluriels du silence de Ile Eniger

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis PAGES ECRITES.

L'absence ploie dans les souvenirs d'un visage. Cette fois, les orages sont venus non pour donner à boire mais pour détruire. Un mer bat et rebat ses galets d'indifférence. Les ombres dansent à la potence d'un ciel brûlant. Le jardin ne donne plus grand-chose. Des pensées pattes d'oiseaux s'agrippent aux heures. Quelques mots erratiques déchirent les pluriels du silence. En pays de pierrailles, quand la vie tombe, écrire est un abri. Tenir. Traverser. Et au soir, remercier les étoiles qui apaisent l'herbe brûlée du jour.

http://insula.over-blog.net/2021/08/les-pluriels-du-silence.html

Publié dans Ils disent

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Un texte puissant de Ile Eniger

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis PAGES ECRITES.

Peu

J'écris peu. les mots muets me regardent. Ma douleur les effraie. Les tient à distance. Un  signe clément, une attention sublime, aideraient à rompre le cercle de feu. Aideraient les ailes à guérir. Aideraient les pas et la route.  Mais l'ange est loin. Le loriot des jardins ne s'arrête plus ici. Tout est ailleurs maintenant. Tout est dur. Non pas la dureté bienveillante des roches mais celle du compact de l'air qui frappe les volets. Et l'âme. Aux immenses blessantes murailles, aux barrières d'épines sans fleurs ni abeilles,  aux taillis de serpents et de  ronces, je cherche l'aubépine et le miel, le souffle, la faille de lumière. Je murmure un nom. Je tends le regard.  Je demande un fruit pour ma soif, un pain pour ma route, une main pour l'épaule. L'implorante* de Camille n'est pas loin. Il ne reste rien. Qu'un tout improbable où je racle un vieil or.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

* "L'implorante" – Sculpture de Camille Claudel

Publié dans Ils disent

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Entre les lignes de Jean-Marc La Frenière

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J’écris entre les lignes
des phrases qui s’effacent,
des mots noyés dans l’encre,
des paroles sans mots,
des consonnes sans sons,
des voyelles sans voix,
un alphabet sans lettres,                              
des lettres sans adresse.
J’écris avec la main coupée de Cendrars.
J’écoute avec l’oreille de Van Gogh
qui délire dans Arles.
Je marche avec les jambes de Bousquet,
celle amputée de Rimbaud
où la gangrène gagne.
Je vois avec les yeux d’Homère.
Je monte avec les ailes d’Icare
et les bras de Sisyphe.
J’écris à cœur ouvert
pour une femme à ciel ouvert.
Je crois avec la foi d’un loup,
la tendresse des ronces,
la finesse des roses.
Je dessine avec l’encre des poulpes,
la couleur des abeilles,
le dessin des fougères,
la plume d’un oiseau.
Je n’écoute pas les chiens
quand la caravane passe
J’abreuve les chameaux
qui rêvent d’oasis.
J’écris avec la terre, le feu,
l’eau qui monte à la bouche,
le gosier d’André Laude
assoiffé d’utopies,
un arc-en-ciel en terre,
les hanches d’un violon,
la anche d’un hautbois,
les deux mains d’un potier.
J’écris avec les mains,
les yeux plus grands que la panse,
la pensée des pivoines,
le monde sur la langue,
l’injure entre les dents,
la tendresse en sautoir,
une fleur en bandoulière
sur les champs de bataille.
J’écris avec la bouche
qui n’a pas toutes ses dents,
la cervelle d’Artaud
sous les électrochocs,
les lèvres de Godin
qui réapprennent à rire,
la roulotte de Kerwich
où méditent les fleurs,
la sauvagerie des plantes
qui survivent en montagne.
J’écris entre les bombes,
les balles d’un sniper,
les mines à découvert,
les tigres de papier.
Je n’écris pas avec la langue de bois
ni celle des preachers,
le jargon des monnaies,
le charabia des banques.
J’écris comme un chien pisse
au pied des monuments,
comme un ange égaré
au milieu d’une banque.
J’écris comme un poème
dans les colonnes de chiffres,
une phrase d’enfant
au milieu des slogans,
une fleur de rhétorique
sur le bout de la langue,
une métaphore sauvage
au milieu des pelouses.
J’écris avec le cœur
avec tout ce qui manque,
ce qu’on jette au rebut,
ce qu’on n’ose pas dire,
ce qu’on n’ose pas faire.

J’écris avec les dents,
les œdèmes, les plaies,
les pansements de verdure
sur les blessures du fer,
l’humus des caresses
dans le jardin des gestes,
la tendresse des mains
qui soignent les vergers,
la patience des femmes
au chevet des mourants.
J’écris entre deux portes
où s’ouvre l’invisible.
J’écris entre les lignes
sans pouvoir m’arrêter.

Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.com/

Publié dans Ils disent

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Armand Robin 1912 - 1961

Publié le par Cheval fou

LE PROGRAMME EN QUELQUES SIECLES

On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,
Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l'Ame
Au nom de la Raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice,
Puis on supprimera la justice.

On supprimera l'Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l'Esprit de Vérité
Au nom de l'Esprit Critique ;
Puis on supprimera l'esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du Sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le Sublime
Au nom de l'Art,
Puis on supprimera l'art.

On supprimera les Ecrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint
Au nom du Génie ;
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète
Au nom du Poète ;
Puis on supprimera le poète.

On supprimera les Hommes du Feu
Au nom des Eclairés,
Puis on supprimera les éclairés.

 
On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière,
Puis on supprimera la matière.

Au nom de rien on supprimera l'homme ;
On supprimera le nom de l'homme ;
Il n'y aura plus de nom.

Nous y sommes.

Publié dans Ils disent

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Un texte d'Ile Eniger : Un brin

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Le mot de JMS

Un texte  d'Ile Eniger mais quel texte ! Quelle pureté dans le dépouillement d'un cri en diamant de silence. Le "cri", et pas un autre mot. "Le cri mauve des lavandes parfume la serpe", quelle symbolique, la douleur en devient une odeur et le mal n'est pas nommé. Rien n'est dit mais tout est dit, cela dans un monde immense où "Les arbres lentement élèvent leur bonté", et ou chacun peuple l'espace, comme il le peut "Être là, avec ce que l'on est, ce qu'il reste d'outils" sans jamais savoir la taille de l'instant "Nous ne savions pas que c'était le bonheur…".
Magnifique !

Un brin

Vers quoi tendre le cœur quand tout se désavoue ? Quand le vide se fait plus lourd qu'une montagne ? Quand la blancheur du jour nomme l'absence et sculpte la douleur ? Des sons d'absides pures amplifient le silence. L'erratique du vent conduit des ronciers de fleurs. Le cri mauve des lavandes parfume la serpe. Les arbres lentement élèvent leur bonté. L'embâcle d'un ruisseau donne à boire aux oiseaux. Un ciel de verre bleu allume le rien pour un brin de lumière. Être là, avec ce que l'on est, ce qu'il reste d'outils. Uniques et innocents dans le pouls de la Terre. Nous ne savions pas que c'était le bonheur, nous étions le bonheur.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

http://insula.over-blog.net/2020/08/un-brin.html

 

 

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Lettre ouverte de Julos Beaucarne

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Déjà publié le par Cheval fou (Sananès)

À écouter et lire

Claude Nougaro - Lettre ouverte Beaucarne

https://youtu.be/sghdhJBUe3s

 

Amis bien aimés,

Ma loulou est partie pour le pays de l'envers du décor. Un homme lui a donné neuf coups de poignards dans sa peau douce. C'est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour, et l'amitié, et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi, je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes 2 chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

 

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Minuscule - Ile Eniger

Publié le

Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Dehors, loin, c'est la Fête de la Musique, l'agitation convenue, chaque année plus médiocre, plus accablante. La chaleur est tombée sur la terrasse, les plantes respirent, se redressent. Je remercie leurs présences si simplement nobles. À la lueur douce d'une lampe, Je lis un livre à l'écriture et la pensée éblouissantes, grâce sans tapage qui replace la beauté au centre. Le silence ronronne de petits bruits rassurants. Le chat dort en boule, il s'étire, bâille, me regarde, étonné de me voir assise au milieu des heures du sommeil. Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Et les étoiles veillent une minuscule part de bonheur.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

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Jean-Marc La Frenière : Tantôt les mots

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Monter si haut

louper la marche

tomber si bas

se relever comme un enfant

à chaque nouveau pas

réapprendre à marcher

 

Tantôt les arbres

tantôt les mains

tantôt les bêtes

tantôt les uns

tantôt les autres

prendre racines avec chacun

prendre la vie à bras le corps

 

tu es venue

tu es partie

le ciel s'est refermé

sur tes derniers regards

et je t'écris dans les cafés

les cernes de bière et la poussière

 

que l'on soit mille

ou chez personne

tantôt les poings

tantôt les mots

tantôt les uns

tantôt les autres

devant la vie qui en arrache

nous sommes tous un peu coupables

 

Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.net/

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Ile Eniger : Ma terre

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À vous, cet hymne à la Provence que j'aime, avec son goût de terre si magnifiquement décrit par la sobriété et la puissance de Ile Eniger.  Merci Ile - JMS

 

Les platanes généreux, l'herbe forte malgré la soif, les vignes noires sacrant le vin, la paix d'oliviers séculaires, la tisane des  tilleuls, l'ivresse des lilas, la friture des grillons quand dorment les cigales, les lucioles menant aux  bals de villages, les chauves-souris radars de lune,  les braises de géraniums rouges, les joues versicolores des belles-de-nuit, les flèches d'écureuils effrontés, les abeilles goulues aux guinguettes des fleurs, les potagers derrière les canisses et les haies de cyprès, la farine de châtaigne, l'éclair du renard roux, et le Mistral fougueux qui monte à cru tes flancs, ma Provence je t'aime. Je t'aime ma terre dure, sèche, austère, aride, aux paysans fourbus attelés à la houe. Je remercie tes blés porteurs de pain, tes grappilles vétilles de septembre, tes hérissements de lavandes, tes potions de thyms et romarins. De ton ciel  métal fondu planté dans ta chair, à la transparence de tes cerises, à la flamboyance de tes parures, aux volets tirés quand l'été éperonne, à ton ventre blanchi préparant la première fleur d'amandier, je te salue et te bénis ma terre.

 

Ile Eniger - Solaire - (à paraître)

http://insula.over-blog.net/

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Lettre ouverte de Julos Beaucarne

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À écouter et à lire

Claude Nougaro - Lettre ouverte  de Julos Beaucarne

http://www.youtube.com/watch?v=sghdhJBUe3s

Amis bien aimés,

Ma loulou est partie pour le pays de l'envers du décor. Un homme lui a donné neuf coups de poignards dans sa peau douce. C'est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour, et l'amitié, et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi, je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes 2 chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

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