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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Le plomb et le fer

27 Novembre 2008, 12:34pm

Publié par Cheval fou

Longtemps j´ai été sous des soleils de plomb à creuser une mémoire funéraire, à vouloir ouvrir les chapes et les cercueils de plomb, à voir suinter les silences étamés qui enferment le rire. Trois plombes que j´attends les horizons légers. 

Où étais-tu toi mon oiseau à mine de plomb blotti dans ma main, cherchant  une inspiration terne et plombée, danseuse enfermée dans ses chaussures de plomb et de désespoir,  tu te dissimulais ?
La vie ce n´est pas ça, quand enfin te mettras-tu du plomb dans la cervelle ?! 
La vie et ses ronrons, ses rataplombs, son moral de plomb ressemble à une escale en enfer. J´en plombe mes soirées de gin et de vodka, m´endors d´un sommeil de plomb, pleure des larmes de plomb. Je suis à deux doigts de péter un plomb, de me jeter dans la Seine moi qui nage comme une semelle de plomb.

Hélas, je ne suis qu´un soldat de plomb qui étouffe son cri sous un ciel plombé. Me flinguer d´une balle de plomb,  je manque d´aplomb,  ma vie n´est pas d´aplomb. Il me faudrait changer, laisser le plomb pour le fer et tout refaire. Avoir un moral de  fer et d´acier, ne plus me laisser scier, chercher la dame de fer et trouver l´été. Ne plus arrêter le faire avant que le temps ne me rouille, que la vie me dérouille, faire et défaire des grimaces laides comme  l´hiver de Fernand et  léger comme Chagall. Enfin, je ne sais pas quoi faire mais j´y vais d´un train d´enfer et la grève des chemins de fer n´y peut rien. Je ne sais plus que faire dans cet envers de plomb et de fer où ma plume cherche son encre. L´ange a du plomb dans l´aile.

JMS - extrait de : "Lettre à ma plume" (à paraître)

 

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khanouff

22 Novembre 2008, 21:30pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Photo Khanouff

Un blog à visiter : http://tnkhanouff.hautetfort.com

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Solitaire

22 Novembre 2008, 18:49pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Je vole en solitaire
Mes larmes plus hautes que le ciel

Je voulais être serin aux pays des aigles
Devenir un vieil enfant serein au royaume des hommes

J’avais l’âme oblique et ma casquette de travers
J’avais de l’orage sous mes tempes
Et du schnaps dans mes rêves

J’ai pris mon encre et un dictionnaire de rimes
J’ai pris le silence pour maison
Je ne savais pas vivre à ma hauteur
Je vole en solitaire et parcours ma folie
En bas vivent les hommes et la raison.

jms

 

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 13.50 Euros

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Lettre à ma petite-fille

20 Novembre 2008, 16:15pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Il y a de la panique dans ma boîte à rêve
la souris grise s´est évadée
envolée avec mes rêves

As-tu vu passer une souris grise
une souris rouge une souris bleue ?

Quand j´ai ouvert la boîte à rêves
toutes sont parties
l´une criait ton nom
l´autre cherchait ton chemin
l´autre tournait en rond

Dans ses menottes roses
elle tenait un parchemin
une carte du destin

Il y avait inscrit un nom
auprès du mot amour
et j´y ai lu ton nom.
JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Colette Muyard

17 Novembre 2008, 13:59pm

Publié par Cheval fou

Poème silence


Percevoir
le fragile d'une vie
et l'écrire

Recevoir
le matin en sa solarité
et le dire

Prendre jusqu'à l'aubier
le silence de l'arbre
et se taire.

C.M. " L'homme-soeur" 1999

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Ile Eniger

14 Novembre 2008, 10:29am

Publié par Cheval fou

Je me souviens Québec. Tu es de ma mémoire. Des rives de ton fleuve à tes voiliers d'outardes, tu me tutoies. Le loup de tes forêts me parle du grand froid des grandes terres blanches. L'orignal, le bison, conservent le vieux rêve, le totem, l'origine. Et ta langue fleurie de mots de vieilles souches goûte l'érable et la berçante, et la parole rouge. Je me souviens Québec. Ta musique jaillie aux mains des bûcherons. Tes planches de maisons appuyées sur l'hiver. La table pour celui qui passe. Le vent qui porte ton accent. La sueur des ancêtres pour faire la longueur des longues routes longues. Je me souviens Québec. Cette force joyeuse que je n'explique pas. Ta poussière collée à mes pieds d'étrangère. Et le chaud de tes mains qui a fait mien, ton pays.
Ile Eniger, Poivre bleu

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Jean-Marc La Frenière

14 Novembre 2008, 10:10am

Publié par Cheval fou

Je n'habite pas une maison mais le vent et la pluie, le moindre atome d'homme, la queue d'un chat, l'enfantement de l'arbre. J'ai le visage du pardon sur le corps d'un orage. Je mets des balles à blanc dans la culasse du malheur. Même leur bruit n'effarouche personne. Mes veines dessinent un coeur au milieu des blessures. Le sentier de montagne ressemble au dos d'un vieillard. J'y grimpe comme un enfant avec le pied léger. Sans train sans gare sans papier je déraille de ma vie. Je fais de mes jours des semaines de mots. André Laude fraternise avec Néruda. Sananès et Darwich échangent leur exil. La semaine Guillevic précède la semaine Bobin. Les grottes de Lascaux envahissent mes rêves, sans compter les nuits blanches d'Artaud qui s'immiscent partout, les comètes de Velter, les smigrovig de Gauvreau, les vieilles lignes de Grack, l'eau de la Sorgue dans les grands pas de Char, la voix grognonne de Cioran se moquant de l'espoir, les pages tachées de vin de Pierre Autin-Grenier. J'ai pendu mon dégoût au cintre du suicide pour refaire ma vie. J'en fait des tas de bois, des stères de voyelles. Je soupçonne deux vieux arbres d'avoir caché ma scie à chaîne. Ils complotent dans mon dos et se moquent de moi. Ils me surnomment «le castor», me lancent des feuilles, me crient des noms, me font des croc-en-jambe avec leurs racines. Je n'ai pas retrouvé ma scie mais j'ai trouvé ma hache. Ce doit être l'esprit des ancêtres qui reveut sa terre, cette terre qui nous tend les mains et qu'on souille de pétrole et d'argent.

lafreniere.over-blog.net

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Pierrot n´y peut rien

11 Novembre 2008, 21:47pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Se créa la vie
le vent, l'espace, la terre, le silence
le matin, le jour, la nuit, l´infini
et la forme cosmique du sourire
Lundi

Se créa la pomme, le miel, les animaux, le ciel
les premières couleurs de la tendresse
le pouvoir de marcher, l´envie de pleurer
le chant des étoiles, le rire, et l´aimer
Mardi

Se créa l´heure venue, le sens, le bon, le mauvais
des fragments de conscience
des montagnes d´indifférence
Mercredi

Se créa la créature, le pouvoir d´aller plus loin
l´avidité comme un manteau à sa taille
elle s´appela homme
il alla trop loin
Jeudi

Se créa la colère
la peste des virus, et des trous noirs
Vendredi

Se créa le chagrin, et l´eau pour s´y noyer
Samedi

Quand se créa le remords
la lune se pendit à un rayon
Dimanche

Pierrot n´y peut rien
Si l´encre est un peu triste.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Écoute

11 Novembre 2008, 08:09am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Écoute la nuit qui se froisse.

Les continents perdus effacent leur route.

Enfant je parcourais le rire

j’avais un vaisseau fantôme

la carte du ciel et des mondes engloutis

je craignais les dessins de l’ombre

je pactisais avec l'ange et le démon

j’aimais les soleils froids et les matins d’avril

Écoute,

la nuit monte de de vieilles étoiles

le ciel grince comme une solitude endeuillée

j’habite la lisière, je trace des frontières

j'ai soir

j'ai gris

je traîne comme une vieille torpeur

j’ai  mal au sud

j’ai mal à l’est et au cœur

Main gauche, ligne du destin

La carte était froissée

Main droite

le vent ne fait que passer

Perdu l’oasis du rire

le jour est venu et je me suis perdu.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Lettre ouverte de Julos Beaucarne

7 Novembre 2008, 10:29am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Amis bien aimés,

Ma loulou est partie pour le pays de l'envers du décor. Un homme lui a donné neuf coups de poignards dans sa peau douce. C'est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour, et l'amitié, et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous ni moi, je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes 2 chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien-aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah ! Comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles.

En attendant, à vous autres, mes amis de l'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui : Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Julos - nuit du 2 au 3 février 1975 - Ecrit après l’assassinat de sa femme par leur jardinier. (Texte dit par Claude Nougaro dans son album "Femmes et famines")

 

 

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