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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Lettre à Armand Robin

28 Octobre 2010, 21:21pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Se souvient-on du jamais ?
Se souvient-on de l'après du vent ?
De l'après l'hiver, de l'après la vie ?

Dans l'impasse du silence
Je vous ai rencontré un soir d'automne chez Emmila
Vos mots, comme une résurrection, encore s'allongeaient sur le blanc d'une toile 

Quelques lignes de vous ont suffi
Je vous ai lu jusqu'à l'émotion
Je vous ai ressenti jusqu'à la fratrie
Pourtant, déjà, vous parcouriez le lointain exil

L'entendrez-vous mon ami ?
Se souvient-on de l'après la vie ?
Se souvient-on de ceux qui restent, de ceux qui viennent ?

Dans mon étui de chair et de vie
J'ai du mal à savoir que vous n'êtes plus là
Vos mots Trop imagés de mort pour n'être pas présages
Sont si vivants que je les crois un peu à moi

Le saurez-vous mon ami, comme je le sais ?
Avant que je ne sois au flanc du mouvement
Aux jours kaki et aux cœurs de marbre
Vous étiez pensée habillée de vie
Vous parcouriez une lucidité habitée de mots

Se souvient-on de ceux qui vivent ?

Le saurez-vous jamais mon ami ?
Vos mots sont là comme un fleuve de vie qui coule devant mes yeux
Un flux d'amour et de désespoir
Au sang de votre verbe, je croise la dimension d'homme
J'exhume la coquille de mots qu'une conscience d'autre temps éventre
Mais rien ne change, rien n'a changé sur cette rive
Ils sont toujours là, ils ont d'autres alibis, d'autres habits
Et de l'or sans âme au cou de leurs femmes
Et l'approbation, cette putain servile qui danse à leurs côtés

Se souvient-on de ceux qui meurent, de ceux qui viennent ?
Vous êtes si proche et si loin mon ami
Vos mots sont là comme la chanson d'un monde sourd
Une rivière de cris à mon oreille
J'écoute et j'ai du mal à croire, mon ami, que jamais je ne vous parlerai

Les décennies courent et déjà, vous êtes si loin dans les contrées d'exil
Je vois la vie comme elle est, comme elle reste
Avec ses creux, ses bosses
La couleur noire de l'oubli, la lumière du cri
Et votre présence rebelle sur l'encre des papiers
Et votre présence hirsute
Que l'on extirpe de vos mots qui brûlent le silence des morts
Et votre chant de vie qui réfute l'oubli

M'entendrez-vous mon ami ?
Il y a longtemps déjà
Vous parcouriez la vie comme je parcours l'exil des possibles
Comme je parcours la douleur d'être homme quand on croit à la vie
Et que l'on se sait prisonnier d'un monde que l'avidité dévore

Se souvient-on du jamais ?
Se souvient-on de l'après du vent,
De l'après l'hiver, de l'après la vie ?

JMS

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Armand Robin 1912 - 1961

28 Octobre 2010, 21:18pm

Publié par Cheval fou

LE PROGRAMME EN QUELQUES SIECLES

On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,
Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l'Ame
Au nom de la Raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice,
Puis on supprimera la justice.

On supprimera l'Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l'Esprit de Vérité
Au nom de l'Esprit Critique ;
Puis on supprimera l'esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du Sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le Sublime
Au nom de l'Art,
Puis on supprimera l'art.

On supprimera les Ecrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint
Au nom du Génie ;
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète
Au nom du Poète ;
Puis on supprimera le poète.

On supprimera les Hommes du Feu
Au nom des Eclairés,
Puis on supprimera les éclairés.

 
On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière,
Puis on supprimera la matière.

Au nom de rien on supprimera l'homme ;
On supprimera le nom de l'homme ;
Il n'y aura plus de nom.

Nous y sommes.

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Le mouton noir

26 Octobre 2010, 11:18am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Quand j’étais mouton noir

J’avais des rêves coursiers d’étoiles qui voyageaient

En peaux de lapins et sauts de gazelles

 

Entre ciel et lune, mémoire et futur

Ils parcouraient ma vie sans que je les attrape

J’avais tout mon temps, j’avais l’âge du coeur

 

Quelle heure était-il donc quand je chantais ? Quand je courais ?

Au matin le vent tombait, repliait les crépuscules éreintés

Le jour frappait à la porte et le soleil me levait

J’habitais loin

 

La plage s’est éloignée, j’ai traversé des mers

Porté la larme, le kaki, le fusil, et traversé l’hiver

La Marseillaise s’est épaissie, elle marche comme une mémoire trahie

Je n’ai plus froid aux yeux, mes mains sont froides

 

Quelle heure était-il ?

 

Le bourdon noir se souvient

Je survolais l’alternative, les cartes, la diagonale du fou

Les guirlandes, les horizons adjacents de l’espoir

J’étais mouton noir

Je débusquais l’intense, les coups de poing

Les accroche-cœurs, les crocs en pattes du destin

Je narguais la ride et la pendule

Je me parlais français, anglais, chinois,

En rêve, j’interrogeais le vieux Seattle

Qui n’avait voulu vendre ni le ciel, ni la chaleur de la terre

Je pleurais Lorca, Anne Franck, Allende

J’habitais une bulle bleue aux lisières du réel

J’habitais en cœur intérieur

En rire et rime intérimaires d’espoir

 

Au nord il y avait les barbelés, le cynisme, l’hiver et l’orage

Je rêvais sans frontières

J’habitais loin

Quelle heure était-il ?

 

L’heure avance, mes mains plissent de vieilles joies.

Au calendrier des griffes émoussées

Mon chat regarde les souris danser

Quel jour sommes nous donc ?

 

Un soir, la lune s’est couchée

L’abeille du désir a fait la mouche du coche

J’ai tissé ma laine, coupé du bois, plié le jour

Courbé le rire, raboté l’arc-en-ciel.

C’était un jour où la misère souriait

Quelle heure était-ce donc quand ma colère est tombée ?

 

À l’horizon je croise des hommes cassés et des avenirs d’enfants sans rêves

Je déneige la mémoire, je dis oui, je dis non

Je suis mouton blanc, je ne rêve plus

Je me repose sous un ciel toujours gris

Qui va du printemps à l’hiver.

Je tricote une toile de soie, j’attends que le jour s’y prenne

Parfois entre la vie et le verbe le bourdon noir se grise

Me tient par la barbiche

 

Je ne me raconte plus d’histoires

J’ai posé mon stylo

J’attends que la colère revienne

 

Quelle heure est-il ?

JMS

 

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Aphorisme

18 Octobre 2010, 11:18am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Être à hauteur d’homme,

n'est pas toujours suffisant pour vivre debout.

JMS

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Jean-Marc La Frenière à Nice

18 Octobre 2010, 10:40am

Publié par Cheval fou

 

Une excellente nouvelle, l'auteur québécois

 

JEAN-MARC LA FRENIERE,

 

Prix Nouvelle Voix en Littérature 2010, au Canada

sera l'hôte des Éditions Chemins de Plume

à Nice les 21 et 23 Octobre 2010

 

L'auteur parlera de son œuvre

lors des manifestations suivantes :

 

le Jeudi 2I Octobre 2010 à 17 h 30

à la BIBLIOTHEQUE LOUIS NUCERA

1, avenue Saint Jean-Baptiste - 06364 NICE

 

***

puis lors d'une rencontre littéraire conviviale

le Jeudi 2I Octobre 2010 à 20 h 30

au CENTRE BAHA'I

24, Rue Maréchal Joffre - 06000 NICE

Cette présentation sera suivie d'un échange poétique

avec scène ouverte aux amis poètes de la région

Accompagnement musical et Collation campagnarde

 

Entrée gratuite

Renseignements : 04 92 09 89 22

 

***

 

le Samedi 23 Octobre 2010 à 15 h

Victor Varjac

reçoit l'auteur québécois de passage en France

Jean-Marc LA FRENIÈRE

LIBRAIRIE "BROUILLON DE CULTURE"

23, rue Hôtel des Postes - Nice

Renseignements : 04 92 09 89 22 

Entrée gratuite

 

 

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De la désinvolture du profit au crime éco-humanitaire

10 Octobre 2010, 09:30am

Publié par Cheval fou

Cher JMF, dans un livre, vous dénonciez l'écologie, ce contre-pouvoir sans mandat qui, selon vous, faisait de l'éco-terrorisme en empêchant l'économie de tourner. Les industriels, disiez-vous, sont des hommes responsables. Vous ne connaissiez sans doute rien de l'appétit et de l'avidité des grandes entreprises ! Pas plus que celui d'une haute finance qui s'est toujours exonérée de ses devoirs envers l'humanité.
Connaissez-vous un laboratoire qui fasse de la recherche primordiale pour le genre humain qui ne dépose pas de brevet ?
Connaissez-vous un industriel qui refuse de jeter son personnel à la rue quand il peut faire fabriquer en Chine ?


Cher JMF, j'aurais tant aimé que vous ayez raison mais encore aujourd'hui, les boues rouges d'un industriel de l'aluminium vont bouleverser l'écosystème d'un affluent du Danube, bientôt la Croatie, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, l'Ukraine et la Moldavie et peut-être la Mer Noire seront pollués, empoisonnés. C'est le territoire de mes enfants et des habitants du futur qu'ils massacrent. L'industrie ne se lasse pas des catastrophes : Tchernobyl, Three Mile Island, Exxon Valdez, Seveso, San Juan de Ixhuatepec, Bhopal, n'en finissent pas de compter l'agonie des survivants. Combien de poissons, de mammifères marins, de pélicans, pour un Amoco Cadiz ? La douleur animale, existe-t-elle ? La souffrance d'une pieuvre ou d'un oiseau mazouté touche-t-elle les industriels plus que leurs dividendes ? Je vous en laisse juge.

Cher JMF, je ne doute pas que vous soyez un honnête homme, mais mon pessimisme me parait plus lucide que votre confiance en l'homme de pouvoir et de richesse. Les royaumes se construisent toujours sur la destruction et la mort des derniers ayants droit. Ce n'est pourtant pas une rubrique nécrologique que je tiens en ces mots, mais un cri de désespoir. Hélas, je sais qu'il n'est ni du domaine des banques ni de celui du grand capitalisme de faire du social autrement que pour éviter des révolutions. Appropriation des richesses et respect, partage et équité ne sont pas d'un même royaume. Hélas, avant que cela ne soit, j'aurai probablement appris à marcher sur la tête ! À moins qu'à force de manger de la vache folle aux prions dopée aux antibiotiques et hormones, en sauce dioxine-becquerel, assaisonnée au plomb et saupoudrée de zinc et de quelques autres métaux lourds, qu'à force de respirer de l'air remodelé par nos pollutions, moi qui ne sais faire autrement que de respirer sans masque, je sois parti au pays des vieux poètes en colère quand ce temps viendra.

Cher JMF, je vous livre un extrait de mon livre "Le manifeste du pélican". Le terrorisme n'est pas dans l'écologie mais bien dans l'insouciance capitaliste


***
Moi
l'homme animal
l'homme conscient

Moi
l'homme Homme
je condamne
les fils de la chimie
les fils de la consommation irréfléchie

ceux qui empoisonnent
les lacs et les océans
ceux qui jettent des PCB
au ventre de la terre
au ventre du futur
au ventre des banquises endeuillées

je les déclare coupables de leurs actes

Je réclame
le droit du vent, de l'eau
et de la fleur

Je réclame
le droit de l'homme Homme
le droit de l'homme debout
Moi,
l'homme animal
l'homme fleur
l'homme conscient
moi
l'homme Homme
 
Je condamne
les tueurs silencieux
leurs serviteurs en col blanc
leurs serviteurs à stylo
leurs serviteurs à matraques
et autres affameurs

Je condamne
ceux qui
au nom de mercantilismes assassins
revendiquent le droit
d'exploiter leurs semblables
et de tuer la terre
 
Je condamne
ceux qui
revendiquent leur part
de Bhopal, de Minamata, de Seveso
de Tchernobyl
de marées noires
à venir

Je déclare
que la douleur n'est pas fatale
que le statu quo n'est pas final
 
Moi, l'homme Pélican
l'homme cosmique, l'homme chat
l'homme maïs, l'homme grenouille
l'homme fleur

Moi
l'homme conscient
je condamne
ceux qui opposent
la raison d'état
la raison d'argent
au droit de vivre
digne et debout
sur sa tige
sur ses jambes.


Extrait de : Le Manifeste du Pélican - Jean-Michel Sananès - Éditions Chemins de Plume - 10 Euros
 

 

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Guy Bedos à Mouans-Sartoux

6 Octobre 2010, 20:03pm

Publié par Cheval fou

Merci à toi vieux* baroudeur du verbe qui, entre griffes et humour, pousse ton cri. Je sais le poids de la lucidité et la marche des désespoirs où le rêve blanchit. Ceux qui arment leurs stylos et leurs mots forgent l’avenir. Merci à toi gardien d’utopie.

(Le mot vieux* est à comprendre dans ce qu’il porte d’affectueux, c’est à dire : compagnon de conscience. La jeunesse est éternelle pour qui rêve et s’insurge)

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"États d'Urgence" au Festival du Livre de Mouans-Sartoux

6 Octobre 2010, 19:57pm

Publié par Cheval fou

Ce Festival du livre, comme d’habitude, a permis à celles et ceux qui étaient dans l’urgence de Parole, aux trublions de la République et à celles et ceux qui résistent à la pensée formatée, de dire leur désaccord avec un système économique qui se nourrit d’idées reçues et d’inégalités, quelles qu'elles soient, sociales ou culturelles. De même que ce Festival du Livre leur a permis de dire leur dégoût de politiques au service de la déréglementation et d’un libéralisme cannibale. Nous devons prendre conscience et clamer haut et fort que ce monde n’a d’autre problème que ce libéralisme du profit et  de la consommation qui écrase la Culture et les idées, qui fait croire que l’espérance égalitaire est une utopie. Ce n'est pas seulement notre planète qu’ils mangent en nous laissant croire que leur choix est le seul possible, c’est aussi la planète de nos enfants, le futur de la vie sur terre qu’ils détruisent. Ce sont des millénaires d’évolution qu’ils annihilent.

Merci à ceux qui ont affirmé par leurs écrits et leurs mots, que le partage est un acte de vie. Merci à ceux qui affirment que hommes et femmes sont égaux. Merci à tous ceux qui font résonner la conscience et affirment qu’un autre monde est possible.

Merci aux organisateurs et à nos amis lecteurs d'en avoir fait une fête du livre.

JMS

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