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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Combien de fois ai-je dit

20 Juillet 2008, 15:10pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Combien de fois ai-je dit
pourquoi aller plus loin
pourquoi rêver plus vieux ?
Le ciel adoucira-t-il ses couteaux ?

 

Lames de miel et lames de fiel
toujours laminent les pavés de l’utopie

Les marelles de l’enfance
claquettent de sautillements
estompés par des mémoires infidèles

Viens
viens dans ma cour
les hirondelles volent encore
je connais tous les carrés de l’ombre

Viens
j’ai la mémoire algérienne
l’odeur mauve des fleurs en pleurs
l’envol caquetant des cigognes en exil

Viens
j’ai voyagé sur le vent qui court
dans les blés parsemés de rêves coquelicots
la mémoire grippée dans un chant rouge de non oubli

Combien de fois ai-je dit
pourquoi rêver plus vieux ?

Déjà, j’ai eu un printemps ailleurs.

JMS - "La diagonale du silence" - Editions Chemins de Plume

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Mon chat est impertinent

18 Juillet 2008, 08:51am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Mon chat dit :
En politique, il convient de ne pas
confondre gouvernance et mariage
La France on l’aime mais on ne la baise pas.

JMS

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Ne pars pas

11 Juillet 2008, 12:55pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Ne pars pas
J’ai le cœur en hiver
L’oiseau cherche son chemin

Ne pars pas
J’ai le cœur à l’envers
Le monde a perdu l’endroit

Pas maintenant
J’ai le stylo blessé
Un oursin sur ma voix

Je meurs de guerres et de tempêtes
Face aux armes
Le juste n’a pas de droits

Je meurs une radio allumée
Le monde court de travers

Ne pars pas
J’ai le cœur en hiver
L’effroi glace mon sang
Comme une bouffée de mort
J’aspire la radio
Partout guerre et tempête
Le froid gicle en moi

Ne pars pas
Pas maintenant
Je meurs de nouveaux désespoirs
J’ai le stylo blessé
J’ai des rêves d’encre rouge

Va mon fils,
Ne m’attends pas
Ne m’attends plus
Va et marche devant

Aux quatre vents
Je t’ai légué la mort
J’ai cassé la pendule
Et si mon sang se fige
Et s’il n’y a plus d’étoile
Et si l’effroi me glace
J’ai voulu le droit chemin

Marche devant, mon fils
Je t’ai laissé mes cendres
Marche, ne m’attends pas
Ne m’attends plus
Marche et va tout droit
Moi, je ne sais plus rêver
Marche, je n’irai pas plus loin.

JMS - In "Plus frère que frère" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Lettre

10 Juillet 2008, 20:19pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

suite au texte l'encre et le papier de Jean-Marc La Frenière (à découvrir sur son blog)

Avec toi qui "brûles le mot feu pour réchauffer ton coeur", qui pleures dans "cet univers qui s'émiette", avec toi qui allumes des lumières et "sème des graines de vivant", qui "traîne le mot frère avec les noms des camarades", avec toi, le Desesperado de l'amour qui mets au rancard les tontons Macoute du libéralisme et leur paradis fiscaux, les écritures millésimées du malheur de l'ailleurs des coeurs, avec toi qui révoques les houries sanglantes et autres fruits de paradis, avec toi je crois que, par l'encre et le papier, nous appellerons à la conscience qui nourrit l'amour plus haut que l'amour, celui de l'amour ici et maintenant.
JMS

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Colette Muyard

7 Juillet 2008, 16:16pm

Publié par Jean-Michel Sananès

"La mer et mon amour rivalisent de couleurs. Elle éclabousse le jour de fastes phosphorés. Il embrasse le monde en ses moires marines. Je te serre en mes mots comme tout contre soi on serre le silence."

Colette Muyard "Etreinte" extrait de L'Homme soeur 2.

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Poings serrés, du sel au regard

7 Juillet 2008, 16:10pm

Publié par (Sananès)

Il a riposté comme un rire qui tombe.

Le silence n’est pas ce cri tiré à blanc, une transparence de mots posée sur un matin d’hiver quand la neige se tait. C’est une intensité de calme qui arrête le "rien dire", un flot vide sur une tablée de vie où j’invite les étoiles. C’est cette rue immobile où j’attends le bonheur qui passe, c’est mon chat qui cligne des yeux, un nuage qui hésite, c’est une impertinence qui arrive.

Dans la contradiction du temps, l’oiseau s’est arrêté comme une douleur impatiente que le froid a, à jamais, figé. Il fait neige et glace. Poings serrés je regarde passer le jour et ce trop plein de « rien » qui enveloppe le sens – le brut, le non-sens de la vie. Une vie en grève. L’oiseau n’est plus. Il a riposté comme un rire qui tombe.

Un copeau de plume, un duvet, une fenêtre fermée. L’enfant ne rit plus. Un ciel trop grand nous écrase comme une odeur de poudre, comme un cri de sel dans la brume d’un regard.

JMS

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Jean-Marc La Frenière

7 Juillet 2008, 16:01pm

Publié par Jean-Michel Sananès

Nous n'étions qu'un atome
sous la peau de la terre.
Nous en sommes le chancre,
la blessure, la mort.
Nous sommes le venin
qui empoisonne l'âme
et ronge les racines.
Les animaux nous fuient.
La pluie qu'on tient en laisse
finit par éclater.
Faute de survivants,
l'avenir s'étiole
sans un remords de l'homme.

Il continue de vendre
ce qu'il pille à la terre,
à fabriquer des bombes
de plus en plus puissantes,
à tricoter des chaînes
pour les fleurs trop sauvages.
Il ne conte plus, il compte
non pas les os des morts
mais le moindre caillou
qu'il peut vendre au désert,
ni les banquises qui fondent
ni les nuages qui meurent
mais le prix du pétrole
et le cours de la Bourse.
Il remplace le temps
par une grille horaire
et laisse dans l'espace
un grand vide à combler.
Au nom de la logique,
d'un drapeau, d'une idée,
d'un dieu omniprésent,
il brûle un à un
les rêves de bonheur.

Je continue d'écrire
malgré les arbres morts.
Avec mes phrases mal équarries,
la sève sémantique
sous l'écorce des lettres,
je creuse de ma vie
un sillon dans la langue
pour y semer l'espoir.

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Mon chat, dans l’ombre de l’été

4 Juillet 2008, 17:43pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Mon chat ne paresse pas dans l’ombre de l’été, il l’habite, il en parle.
Dans l’ombre dont il parle, il y a des valises de clinquant, des rivières de paillettes, il y a des taureaux tête baissée et du rouge dans l’arène, il y a des désirs carnassiers, des bravos, des t’es beau, des m’as-tu vu, des pendules qui courent, des ambitions et des coups de cœur qui jouent et toute la clique des agitations inutiles…
Dans l’ombre dont il parle, il y a le clique et la claque des flonflons du bal et toujours quelqu’un qu’on oublie, un rêve en jachère et une lumière qui se perd, celle qui brille si haut que l’on ne peut la voir que les yeux fermés, il y a le scintillement d’un rubis que les paillettes éclipsent, le frisson d’un ange qui meurt dans une odeur de frites, il y a la lumière du sens, il y a celui qui la cherche et se perd à l’appel des sunlights.
Dans l’ombre dont il parle,
il y a la boussole du jour que l’on perd à trop courir.

Mon chat sait qu’il faut creuser l’ombre, jeter les faux-semblants et les jeux de miroir pour trouver la lumière du vrai, s’appeler par son prénom, devenir soi-même et habiter ses rêves.

Mon chat sait la mort de l’étoile et l’ombre du soleil cannibale.

JMS - "Dernières nouvelles de mon chat" - Dessins Jms  - Editions Chemins de Plume - 12€

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