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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Des enfants et des hommes sont morts

23 Mars 2012, 22:01pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

Des enfants, des hommes sont morts et c’est un drame.

Cependant, je suis irrité par le besoin que certains ont de désacraliser les enfants et les victimes, je suis blessé par le besoin que certains ont de laisser penser que les enfants morts ailleurs méritent que l’on efface les enfants assassinés et les morts de Toulouse.

 

Devrait-on penser qu’après tout ce n’étaient "que  des soldats" et "que des Juifs" ?

Certains médias semblent s'en faire écho.

Mais la mort, où qu’elle soit, est toujours irrémédiable et injuste quand elle peut  être évitée.

 

Oui, à quelques heures de chez nous, des enfants mêlés à une guerre, meurent prisonniers d’un engrenage où tirs de missiles et représailles s’enchaînent.

 

Dieu pardonnera-t-il aux parents d’exposer leurs enfants pour en faire des martyrs ?

Aux récurrences de l’insupportable, je hurle à l’imposture des dieux qui opposent les peuples. Je griffe du papier et m’insurge pour tous les enfants d’ici et d’ailleurs à qui l’on a volé le futur, à qui on a pris tout ce qui devait leur advenir.

 

Oui, moi l’athée, je pleure sur tous les enfants qui meurent de l’indifférence d’une société de consommation et de profit qui laisse les enfants d’Afrique mourir de misère et de famines que l’on pourrait éviter par le simple sacrifice d’une seule journée du budget mondial des dépenses des armées. Je pleure sur l’avidité des puissants qui refusent d’offrir l’eau potable aux déshérités, je pleure sur les gouvernants d’ici et les corrompus d’ailleurs qui regardent sans rougir les enfants au ventre ballonné aller à leur mort. Je pleure sur l’aveuglement des présidents qui font négoce d’armes et oublient la plus élémentaire morale.

 

Oui, chaque jour, je suis triste à en pleurer, pas besoin du drame de Toulouse pour que mon verbe et mon encre s’insurgent.

 

Mais un peu de décence. Ici,  en France, des enfants ont été arrachés à leurs jeux, à la vie, à leurs familles. En cette circonstance, je demande aujourd’hui que les langues au venin sirupeux se taisent, qu’elles laissent ceux qui ont des larmes s’adonner à leur chagrin. Je demande qu’ils rengainent leurs justifications. Il faut que chacun sachent que choisir une enfant dans une cour d’école, l’attraper par les cheveux, mettre un pistolet sur sa tempe et tirer une balle dans la tête de la fillette en pleurs, n’est pas une bavure, ni un dégât collatéral. C’est le paroxysme d’une haine paranoïaque inculquée et que je ne veux pas voir excusée. C’est le paroxysme d’une haine qu’il faut soigner.

 

À chacun d’entre nous, je demande de rester homme, je  ne veux voir ni la vengeance ni la mort reproduite. Je veux que chacun d’entre nous déterre au plus profond de lui-même l’humanité avec laquelle l’on construit le verbe aimer. Je veux que les enfants redeviennent enfants tous pareils aux miens. Je veux que l’école ne laisse plus d’enfants à la dérive et en proie aux idéologies criminelles.


Je veux que chacun sache que l’autre n’est pas notre simple prochain mais notre identique.

Je n’ai pas de prochains je n’ai que des pareils. Il nous faut réapprendre le mot frère.

 

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Jean-Marc La Frenière

22 Mars 2012, 18:27pm

Publié par Cheval fou (Sananes)

De la haine, des kilos de fureur, des mots à cran d’arrêt, je ferai de l’amour. Des hommes à angle droit dénaturent la terre. Ils rasent les montagnes et aplatissent l’arc-en-ciel. On mange du pétrole mêlé au sang des bêtes. On boit des sanglots secs. J’ai moins peur des canons que de ceux qui les font, moins peur des soldats que de leurs chefs d’état, moins peur de la faim que des billets de banque. Dans le concert des nations, toutes les notes sont fausses. Tout craque comme les os des branches mortes. C’est quand qu’on fera moins de fusils qu’on n’aura moins faim. C’est quand qu’on fera moins d’avions qu’on ira plus loin. C’est quand qu’on fera moins de choses qu’on aura le temps de s’aimer. C’est quand qu’on recommence la vie, plus propre, plus belle, plus chaleureuse ? C’est quand qu’on recommence à vivre sans marchand, sans prêtre, sans soldat ? C’est quand qu’on danse avec les loups en laissant les héros masturber leurs médailles ? 

Ne restez pas là plantés comme des piquettes. Faites plutôt les arbres. Faites bouger vos mots comme des feuilles, plonger dans vos racines jusqu’à toucher le ciel. Faites l’amour pas l’argent. Faites la sourde oreille aux sirènes marchandes. Faites la vie non la haine. Ne faites pas la chaîne mais l’accolade. Ne faites pas la banque mais le lit. Ne faites pas la tour mais le nid. Faites l’abeille, le pollen, la fleur. Ne faites pas la cour mais l’azur. Ne faites pas la guerre mais la danse, l’horizon, la cigale. Ne faites pas la rue mais la route. Ne faites pas le paon mais la roue de brouette, le galet des ruisseaux, la groseille, la luge, la sève des érables. Ne faites pas l’armure mais la peau. Ne faites pas le pied de grue mais l’aile de l’oiseau. Ne faites pas la queue mais le pépin. Ne faites pas la montre. Faites la pluie et le beau temps. Ne faites pas la bombe mais l’avion de papier, le tire-pois, la chiquenotte. Ne faites pas la tête mais le cœur. Ne faites pas l’habit, l’uniforme, le rôle. Faites l’ange. Faites l’homme. Faites l’âme.

Ma main gauche prolonge ses lignes sur la page. Les mots rendent parfois visible la part manquante de l’univers. Quand le monde est trop lourd, je me penche sur une phrase pour l’alléger d’un mot. La moindre pluie d’été, le souffle d’une bête, le sel d’une larme me rassure sur la vie. Même en lettres attachées, l’écriture libère. Sur un carnet aux ailes dépliées, un sang d’encre palpite. Les saisons passent, des ombres de Rembrandt au soleil de Van Gogh, des rires de Mozart aux prières de Bach. Le temps est un artiste. Le ciel bat des cils au passage des nuages. Même derrière le pire, un bout d’âme dépasse, s’apprêtant à aimer. Je ne veux pas être quelqu’un mais simplement un homme. J’aspire à l’infini. L’amour n’a pas de fin puisque son terme nous échappe. La beauté est là, partout, du vert des rivières à l’envers des feuilles, des vers sur la page au ver dans la pomme, de la poussière des étoiles jusqu’à l’eau du langage.

J’aime la poésie légère des comptines. Un simple mot d’enfant fissure la masse des opinions. J’écris avec les pattes des oiseaux, le poil des chevreuils, les miettes de pain, la poussière des routes, la mousse des rochers. Je cherche au fond de l’encre des fétus de lumière, un peu d’émerveillement, la grâce d’une langue. Les évènements importent peu dans une vie. Dès l’enfance, les routes sont tracées. Le silence porte tant d’images. Il faut écrire pour les voir. J’ai situé partout ma chambre d’écriture, un banc de parc, une pierre, un arbre renversé, une table de bois, une banquette de train. Tout me sert de papier. Les mots poussent partout, de l’humus au désert, dans la glaise ou la gravelle, le lisse des galets et la chair des fruits. Même si ce qui est écrit ne tient pas, je m’y tiens comme on s’accroche à la vie.

 

 

Par la freniere - Publié dans : Prose

http://lafreniere.over-blog.net

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Un goût du sang sur la pointe du jour

20 Mars 2012, 16:43pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Obsédante
L’image d’une enfant me revient
Image funeste comme le naufrage d’un continent
Triste comme une boîte à rêves que l’on massacre

Horreur lancinante
L’image d’une enfant me revient
Un homme la tient par les cheveux
une arme contre sa tempe


et la mort qu’il lui donne

Peut-on mourir à quatre ans ?
Peut-on vivre sans son enfant ?

Il y a un goût du sang sur la pointe du jour
Et l'image d’une enfant qui revient

J’ai mal au cœur des parents
J’ai mal à l’absence des enfants

Une image me revient
Un goût du sang sur la pointe du jour
Et des enfants comme mes enfants
Et des parents au cœur comme le mien


JMS "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Les croqueurs de silence

20 Mars 2012, 10:59am

Publié par Cheval fou (Sananes)

Je les regarde ces salauds de poètes

Je les regarde ces assassins du non-dit

Ces dompteurs de phrases qui espionnent le silence

Pour lui voler ses mots !

 

Le silence est-il intérieur ou extérieur ?

Faut-il fermer les yeux pour regarder en soi ?

Faut-il fermer le réel pour ouvrir les yeux ?

 

Je ne sais pas où habite le silence

Je ne sais pas où sont mes mots

Je ne sais rien de tout cela

Une page blanche me regarde.

JMS

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