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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Le lamento de la vieille étoile

31 Mai 2008, 19:08pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Je me souviens du monde d’avant le silence des cœurs, d’avant le large silence. Je me souviens du temps où seuls existaient les continents de la pensée. Quand le magma des énergies immobiles contemplait les nuances et les frissons irisés du néant, quand le rêve inventait le bleu. Quand le Tout méditait, ciselait le prisme de la conscience. Quand n’existait que la musique du Cœur, bien avant que l’on écartèle le vide, bien avant que l’on en extirpe l’eau, le vent et les premiers songes, bien avant que les plus mauvais ne fussent nommés cauchemars et que les plus beaux soient appelés rêves.

C’était bien avant l’envie, avant l’avidité, le pouvoir et la peur. Je me souviens, au creux de mon enfance, il fut un temps où Dieu n’habitait pas encore les buissons ardents. Il ne se cachait pas.
C’était au commencement, au temps où les dieux créèrent le vent et le posèrent sur mes épaules, je n’étais pas encore stone mais j’étais déjà ivre, ivre du plaisir de vivre au calme dans la largeur du temps. J’étais déjà casanière et bien trop paresseuse pour faire ma route. Le serpent dormait. Comme moi, il buvait la douceur des jours. Sous des soleils de plomb, nous portions l’ombre. Libre de toute ambition, insensible au désir, indifférent à la futilité des pommes, le silex dormait parmi les canyons et les plaines. Il n’armait pas encore les flèches. La lune souriante se croyait intouchable. La pomme et le serpent n’avaient pas jeté leurs sortilèges.
Un jour, pourtant, ils le firent et, l’univers changea. L’eau porta mes larmes, l’oiseau habita le ciel, les cartes du destin brandirent leurs piques, il me fallut faire ma route, m’extraire de mon milieu naturel. Certains parlèrent de l’évolution des choses, d’autres dirent qu’il me fallait faire carrière : c’était l’âge de pierre.
Moi qui me croyais de roc, moi qui étais brute, on me préféra polie, on me préféra de marbre et d’albâtre, on me sélectionna : les fils de la pomme me domptèrent, me façonnèrent à leur image. L’Assyrien incrusta sa forme sur ma peau, y grava des profils, des roseaux, des chevaux, une panthère blessée. On mit à bas mes hauts reliefs, on me fit bas-relief. On me fit murs et palais, l’Égyptien me fit pyramide, l’intellectuel me tatoua ses hiéroglyphes, l’amoureux ses cœurs et ses flèches. Quand je chantais j’étais rolling stone, plus rock, plus roll que stone.

Je ne chante plus.
Plus rien ne va, ici-bas. Au coup du burin, chaque caillou saigne sa poussière, j'ai perdu mon moral de béton, je faiblis, j’essuie les plâtres. Je suis ne suis plus la pierre angulaire où l’on appuie le vent, le socle de l’univers où le ciel se pose. Je suis l’arène du monde. Plus rien ne va.
Ainsi, moi qui fus montagne, je suis devenue caillou, dalle, fronton, colonne, parfois même trottoir. Ils m’utilisent, m’asservissent, me bitument, me broient, me pressent, me stressent, me compriment, me dépriment.
Il fut un temps où l’on m’appelait Terre, roc, planète, univers…
Mais… rien n’est joué, je me révolte. Je suis le pavé dans la mare, la colère des dieux. Mes larmes de pierre sont des laves chaudes, des magmas en révolte qui attendent leur heure. Mes larmes froides sont des tsunamis en furie, mes coups de gueule des volcans, mes frissons des tremblements de terre.
Dans ce monde fait de briques et de broc, je ne tourne plus rond. J’ai envie de faire le mur, de courir les étoiles…
Restons terre à terre, ce n’est pas pour demain. Mais… déjà mes grains galets descendent la montagne.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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coup de griffe

30 Mai 2008, 10:41am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Mon chat qui n’est pas fou déclare volontiers que
les hommes
qui ont des idées carrées
ne tournent pas rond
Mon chat n’est pas un plaisantin.

JMS

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Jean-Marc La Frenière

26 Mai 2008, 21:17pm

Publié par Jean-Michel Sananès


Il faudra bien un jour revenir au partage, remplacer le profit par la bonté des fleurs et le prix des objets par la beauté des choses.

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Poète !

25 Mai 2008, 16:22pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Poète ! Je ne suis peut-être pas poète. Ce mot, plein d’ombre et de lumière, est si vaste, si lointain du genre humain enfermé dans l’étroitesse du carré de ses ambitions, si peu adapté aux compteurs de la bourse qui diversifient les dividendes, que je ne suis sûr de rien.
Poète, est un mot qui ne s’enferme pas dans une définition, qui ne réside pas dans un fait culturel. Personne ne nous apprend à rire, à regarder, à sentir, à aimer. Certains nous encouragent, ou nous découragent, voudraient faire de nous des soldats ou des littéraires, mais nul ne peut nous imposer d’être ce que nous ne sommes pas. On ne nous apprend pas à vibrer, à parler aux fleurs, aux couleurs ou aux nuages. Les dictionnaires de rimes sont, comme les précis grammaticaux, des outils pour nécessiteux. La règle et l’usage sont deux territoires étrangers. Il n’y a pas de dictionnaire de cœur, de courage, de syllabaire du sentiment, ou de cartographie des rêves. Il n’y a pas de mode d’emploi de la passion. La carte du tendre est enfermée dans le dernier soupir. La Poésie est un mot que les barreaux ne retiennent pas. Si parfois je marche à ses côtés, je reste et resterai ce que je suis, un hippie échevelé sur les routes du rêve. Un vieux rêveur qui cherche son Katmandou et le paradis des éphémères, toujours en quête de la vibration de la lumière, toujours émerveillé par les soleils intérieurs que cachent les yeux d’un chat. Si longtemps que je serai là, je chercherai des poissons qui chantent et des amis en hiver, des rires dégoupillés, des edelweiss en été. Dans les soirs embrumés de la mémoire, je chercherai à revoir Jeux Interdits, agrippé à une tendresse qui saigne. Encore, je chercherai demain dans le lit des rivières, et, si j’en suis enrhumé, soyez sans pitié : riez.
JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

 

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Dernier rivage

21 Mai 2008, 21:04pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

 

Photo A. Richard

***

Accoudés aux galets
les escaliers du vent regardent la pleine mer

Un ciel de gris posé sur de vieux rêves
cherche dans la nuée des mots perdus
les lettres de l’espoir

La palette désossée des blancs et noirs
regarde un monde que les jours effacent.

JMS

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Le cri d’ombre et la fleur coupée

21 Mai 2008, 20:49pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Photo Virginie Aymard

***

Une photo a arrêté le temps
image extrêmement précise
effraction dans le passé – parcours de l’instant
voyage en noir et blanc.
Huit doigts visibles - ceux d’une petite fille.
Enserrées dans la petite main – six fleurs - pétales ébouriffés
à peine étranglées
étrangeté d’une mort sans cris – minute de douce panique
instant volé.
Un regard d’ange qu’on ne peut pas voir
qu’on devine
l’ange contemple le crime invisible  
inutile
des pétales de neige sale
un jeu  qui arrive.
Déjà, j’entends bruisser le murmure
une comptine se décline
du "je t’aime un peu, beaucoup" - "jusqu’à la folie"
des fleurs jetées – un pré piétiné
et la vie qui court.

 Je suis sorti de la photo,
dans l’immensité du vertige, où suis-je ?
Dans la photo ?

Des pas… et d’autres pas fracasseront le temps sur des jeux de marelle
et la vie qui court
dans ce déjà passé
confondra le futur.
Je ne sais où, des milliers d’enfants useront leurs rêves
du "un peu, à la folie" - au "pas du tout".

Et partout des fleurs en frayeur.

JMS

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Mon chat se questionne

19 Mai 2008, 08:00am

Publié par Cheval fou (Sananès)

(Dessin JMS - Mon chat en peau de nuit agitée )

 

Est-ce raisonnable  ?

La pollution réchauffe l’atmosphère
*
L’amour réchauffe les cœurs !

JMS - In "Les confidences de Maxime le chat" - Editions Chemins de Plume - Petite collection - 10 Euros

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Jean-Marc La Frenière

15 Mai 2008, 14:20pm

Publié par Jean-Michel Sananès

Elle a beau se nourrir de l'innocence des enfants,
de femmes traquées et d'hommes détraqués,
la guerre a toujours l'estomac vide.
L'appétit du profit est un ver solitaire.
Le capital s'est vendu à son propre néant.

Les hommes rentrent du bureau en se crevant les yeux.
Un bandeau d'apparences leur sert de lunettes,
un mensonge de foi, un mirage d'espérance.
L'oasis n'est pas dans le désert des chiffres.

Si je marche à l'envers,
c'est pour me rencontrer.
Il faudra bien un jour qu'on retourne les mots
pour voir à l'intérieur.

Ont-ils touché mes larmes ceux pour qui j'ai pleuré ?
Ont-ils vu la lumière qui traverse leur ombre ?

Pourquoi le poing tendu, le bras d'honneur,
la crosse des fusils et celle des évêques ?
Il a fallu des millénaires pour apprendre la caresse.
Il suffit d'une seconde pour tuer un oiseau.

Suant de la tête aux pieds,
mes mots attelés comme des chiens
tirent le traîneau de la phrase.
Leurs yeux s'abritent sous la laine frileuse des images.
J'arrache les portes pour faire du feu,
le bois des croix pour me chauffer.
La vérité des arbres me protège du factice.

Il faut redonner l'eau aux fleuves morts de soif,
rendre la parole aux sages qu'on musèle,
effacer de la terre sa date de péremption.

Il ne faut plus marcher vers l'est ou vers l'ouest
mais s'avancer vers l'autre avec les mains tendues,
accorder nos oreilles à la rumeur des étoiles,
que la sève renaisse dans le tombeau des feuilles.

 lafreniere.over-blog.net/

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Un jour,

10 Mai 2008, 10:23am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Un jour, quand je serai grand
un jour, quand mes ailes auront poussé
en lieu et place de la constellation du dragon
en lieu et place de la constellation du scorpion
quand les oiseaux-mouches et l’oiseau de paradis
auront gagné la guerre des mondes
sous mes ailes déployées
dans un univers ailleurs
dans les forêts du ciel
dans la tempête des bleus
je sèmerai les mille étoiles
de la constellation du Chat
Même hors d’Égypte il sera mon maître.

JMS - "Dernières nouvelles de mon chat" - Dessins Jms  - Editions Chemins de Plume - 12€

 

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Ile Eniger

8 Mai 2008, 17:56pm

Publié par Jean-Michel Sananès

Le mensonge est verbeux, il étouffe la clarté. Car le mensonge ne parle pas, il vomit pour que glisse la vie. Pourrissement stérile qui gangrène la langue, il joue ses cartes truquées dans un remugle d'artifices. Il détruit le regard, abat la loyauté, tranche la parole. Le mensonge est un égorgeur. Sur ses béquilles volées il séduit la confiance. Et la tue.

Ile Eniger, Poivre bleu

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