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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Le mouton noir

26 Octobre 2010, 11:18am

Publié par Cheval fou (Sananès)

Quand j’étais mouton noir

J’avais des rêves coursiers d’étoiles qui voyageaient

En peaux de lapins et sauts de gazelles

 

Entre ciel et lune, mémoire et futur

Ils parcouraient ma vie sans que je les attrape

J’avais tout mon temps, j’avais l’âge du coeur

 

Quelle heure était-il donc quand je chantais ? Quand je courais ?

Au matin le vent tombait, repliait les crépuscules éreintés

Le jour frappait à la porte et le soleil me levait

J’habitais loin

 

La plage s’est éloignée, j’ai traversé des mers

Porté la larme, le kaki, le fusil, et traversé l’hiver

La Marseillaise s’est épaissie, elle marche comme une mémoire trahie

Je n’ai plus froid aux yeux, mes mains sont froides

 

Quelle heure était-il ?

 

Le bourdon noir se souvient

Je survolais l’alternative, les cartes, la diagonale du fou

Les guirlandes, les horizons adjacents de l’espoir

J’étais mouton noir

Je débusquais l’intense, les coups de poing

Les accroche-cœurs, les crocs en pattes du destin

Je narguais la ride et la pendule

Je me parlais français, anglais, chinois,

En rêve, j’interrogeais le vieux Seattle

Qui n’avait voulu vendre ni le ciel, ni la chaleur de la terre

Je pleurais Lorca, Anne Franck, Allende

J’habitais une bulle bleue aux lisières du réel

J’habitais en cœur intérieur

En rire et rime intérimaires d’espoir

 

Au nord il y avait les barbelés, le cynisme, l’hiver et l’orage

Je rêvais sans frontières

J’habitais loin

Quelle heure était-il ?

 

L’heure avance, mes mains plissent de vieilles joies.

Au calendrier des griffes émoussées

Mon chat regarde les souris danser

Quel jour sommes nous donc ?

 

Un soir, la lune s’est couchée

L’abeille du désir a fait la mouche du coche

J’ai tissé ma laine, coupé du bois, plié le jour

Courbé le rire, raboté l’arc-en-ciel.

C’était un jour où la misère souriait

Quelle heure était-ce donc quand ma colère est tombée ?

 

À l’horizon je croise des hommes cassés et des avenirs d’enfants sans rêves

Je déneige la mémoire, je dis oui, je dis non

Je suis mouton blanc, je ne rêve plus

Je me repose sous un ciel toujours gris

Qui va du printemps à l’hiver.

Je tricote une toile de soie, j’attends que le jour s’y prenne

Parfois entre la vie et le verbe le bourdon noir se grise

Me tient par la barbiche

 

Je ne me raconte plus d’histoires

J’ai posé mon stylo

J’attends que la colère revienne

 

Quelle heure est-il ?

JMS

 

Commenter cet article

JMS 12/08/2014 15:17

oui sheep, l'exil est l'insomnie d'un bonheur volé
Amicalement,
Jms

sheep 12/08/2014 14:11

L'exil est une espèce de longue insomnie disait Hugo...

saadou 02/11/2010 08:27



touchée en plein coeur par ce poème moi qui vient d'un pays qui a connu la guerre



Cheval fou 03/11/2010 15:01




Bonjour Saadou


Il est vrai que mon écriture est ancrée dans un passé ou le sang et l'exil restent une constante de mémoire.


Amicalement,
Jms