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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Dors mon enfant

28 Février 2010, 16:56pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Dors mon enfant
Partout au monde les moutons mangent l’agneau noir
Je suis un mode irrégulier du verbe aimer
On me décline en émissaire
L'agneau noir, le bouc, la chèvre
J’égrène le devoir de vivre et de penser
J’appelle au droit à la différence
Dors mon enfant

Grand père est parti
Il est en nous

 

Dors mon enfant
Ils reviendront les moutons
Cachés sous des toisons de colombe
Ils viendront dans le cortège
Des anges noirs, des griffes et des djihads
Dans les par cœur de Livre de haine
Dors mon enfant
Et si un jour je meurs
Je resterai dans l’écorce du verbe
Et si je ne suis plus
Je resterai en vous.

JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"

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Ile Eniger

27 Février 2010, 22:29pm

Publié par Cheval fou

Ne viens pas. Tu toucherais le côté des choses qui doute. La peur de la morsure. La parole rangée. La maison sans oiseaux. Tant de jours ont filé sans l'heure certaine. Tant de pierres ont tracé pour peu un semblant de chemin. Plus rien ne ressemble. Les pivoines ne fleurissent plus. Le cahier est fini. Les arbres paraissent tristes. Tu ne verrais que verbiage, encens de reliefs consumés, le dernier barreau trop haut, les mains tendues risquant le fer. Tu ne saurais où trouver la fontaine. Ne viens pas. Il ne pleut plus. Ne neige plus. Ne vente plus. Un soleil désertique dessèche la récolte. Ne viens pas. Le cri de la chouette n'éclaire plus la nuit.

Ile Eniger - Les amandiers fleurissent dans la neige

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Je gomme je dégomme

26 Février 2010, 17:36pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Je gomme je dégomme
J'efface, retrace
Je crie
J'arrache les yeux du rire
Je bannis la plume et l'encre

Les doigts enfoncés dans la poitrine
J'écrase une poignée de cœur

J'enfonce le cri
Je me rappelle des lendemains
Je me rappelle des jours de fête
Mais hier s'efface
Je ne sais plus où se cache le futur

Le vent a percé mes mains
La pluie a mouillé le chemin
Le sel a lavé mon regard
La neige a effacé mon pas
J'ai cassé le miroir
Je crie pour effrayer le silence
J'habite la foule pour tuer la solitude
Les guerres ont pris mon âme

Comme une vieille lettre
Je marche sur mes traces
Je ne vois pas demain

J'ai dégommé le rire
Je ne sais plus où je vais.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Les arbres rêvent

25 Février 2010, 19:35pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Les arbres rêvent

c'est pour cela qu'ils ne parlent pas

Les arbres rêvent
c'est pour cela qu'ils ne marchent pas
Ils inventent des mondes

Nous ne sommes qu'une odeur de mots et de vie
dans l'imaginaire d'une feuille :
        un frisson chlorophylle

Nous ne sommes qu'une frayeur d'arbre
et l'arbre fait un cauchemar

Un homme s'est évadé du cauchemar
Entre des étoiles vacillantes
il court
dans une nuit froissée de mauvais rêves
Il court
dans le cliquetis des lumières scintillantes

L'arbre ne voulait pas Hiroshima
L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent
Mais l'arbre a fait un cauchemar
Un mauvais génie l'a inspiré
Il l'a appelé
Homme.

Ce n'était pas une bonne idée
La mauvaise graine,
comme toujours, court
        court plus vite que la vie
                hors de son rêve
                        en royaume cauchemar

Elle court,
une tronçonneuse à la main
cette mauvaise idée qui s'appelle homme
        cette mauvaise idée qui abat l'arbre

Les étoiles s'étiolent et le vent se brise en odeurs fétides
La vie se casse en goudron mangeur d'oiseaux

L'homme n'était pas une bonne idée
L'arbre ne voulait pas Hiroshima
Un mauvais génie l'a inspiré

L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent.

JMS - Extrait de "La diagonale du silence" - Editions Chemins de Plume

 

Texte inclus dans le spectacle de la "Dégaîne Rêve"

    "Le 8ème Horizon"

dit et écrit par : Ile Eniger - Jean-Michel Sananès

avec

  Bruno Sananès (chansons et musique)
Printemps des Poètes 2010
12 Mars 20h30
au Centre Culturel "La laiterie" - Bd de la Liberté - 84160 Cadenet

 

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Si la mort se pendait à mon cou

17 Février 2010, 14:12pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Si la mort, ne serait-ce qu’une fois, se pendait à mon cou

si d’aventure je sortais du petit rien de ma conscience

du plein de riens de ma grosse tête avec ses chats et ses poèmes

avec ses éclats d’amours et ses trop pleins de rires

 

Si d’aventure je n’étais plus rien

ou rien d’autre qu’une gravure de cendres qui affronte l’horizon

rien n’empêcherait Bagheera ma vieille panthère, de courir de vieux rêves

rien ne m'empêcherait de dire encore merci

à Kipling, Hugo et Neruda d’avoir ouvert ma route

rien ne m’empêcherait de dire merci

merci la vie la mort, d’avoir attendu que je sache l’amour.

 

JMS

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Mano Dayak

16 Février 2010, 15:53pm

Publié par Cheval fou

Ce texte, parce qu’il y a une Internationale des mères, de la vie et de l’espoir. Il nous affirme que, ce qu’il y a de plus admirable dans la mission de l’homme, c'est ce don qui consiste à transmettre à l’enfant quelque chose de plus grand encore que la route des étoiles, de lui offrir la cartographie infinie qui jalonne les alphabets du monde et nous sort de notre condition animale pour nous ouvrir la route du savoir et de la conscience.
Je voudrais que pour chacun, ce texte soit lu comme une lettre à nos mères et à ceux qui de Sapiens à Erectus ont fait de nous des hommes qui ne seront Hommes que lorsqu'ils sortiront de leur statut de nains culturels voués à un seul livre unique et parfois inique dans son désamour de l'autre, pour chanter tous les livres de la Conscience.
jms
____________________________________
"Avec des gestes graves, elle (ma mère) m'a appris à lire les vingt-six lettres de l'alphabet tifinagh qui compose la langue tamasheq. Je revois ses doigts voltiger  pour tracer sur le sable des signes géométriques : le cercle qui désigne le "R",  le trait horizontal qui indique le "N", les quatre points pour la consonnance "KH",  le rond précédé de deux points et d'une parenthèse renversée qui compose le mot "chat". Elle faisait une pause,  effaçait de la main ce qu'elle avait écrit, me demandait de répéter ses gestes. J'essayais de mon mieux. Pour me récompenser, ses ongles dessinaient des poèmes; Elle griffait le sable de ses doigts de joueuse d'imzad. A peine avais-je le temps de m'étonner que'elle effaçait ce qu'elle avait écrit pour composer de nouveaux caractères.
Combien de fables et de ballades se sont ainsi envolées sous l'aile de sa main ou bien au vent des dunes ?"
(...)
" Je dois tout aux leçons de ma mère. C'est elle qui m'a appris à démonter  et à remonter la tente, à plier et à déplier le lit taillé dans le torcha, un arbre au tronc épais mais au bois tendre et léger. C'est elle qui m'a fait découvrir les étoiles qui annoncent les changements de saisons. C'est elle qui m'a révélé les différentes castes des gens de ma tribu, les Iforas.
C'est elle qui m'a enseigné la lecture, le chant, la poésie. C'est elle qui...".
 
MANO DAYAK

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Les temps changent

13 Février 2010, 21:42pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

Les temps changent

depuis la fin de la guerre la glace fond

les Américains ne jouent plus à la roulette russe

les Russes n’ont plus de casse-têtes chinois

les Chinois jouent à la bourse

Rien ne va

Je n’ai gagné aucune guerre

j’ai perdu mes illusions et mon banquier

J’avoue j’ai joué

à la roulette

perdu mes dents

il en coûte cher de jouer

mon dentiste a gagné

 

Mes nuits sont longues et mon cœur trop rapide

la surprise est immense

je n'en suis jamais revenu

depuis ma femme me cherche.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Jean-Marc La Frenière

13 Février 2010, 19:10pm

Publié par Cheval fou


Le Messie est une carte de crédit

Le monde nous convoque à shiner son cercueil. Le pire problème de l’homme est l’argent est ses dieux. La véritable foi n’a pas besoin d’église. Les minarets et les clochers assujettissent les croyants. Pendant que le clergé encense tous les Franco du monde, le Pape répudie les prêtres rouges en Amérique du Sud. Celui qui aime n’a pas besoin de simagrées ni de salamalecs, le front tourné vers la Mecque, les genoux usés sur un prie-Dieu. Quand un semeur se crache dans les mains, sa sueur est sa seule prière à la moisson future. Dans un monde de profit, la bonté de l’homme est devenue un vice. Tu es trop bon. Tu es trop bonnasse. Tu penses trop aux autres. L’homme préfère sa voiture à son chien, son portable au voisin, la pub à la réalité, le nom des acteurs et les effets spéciaux à l’histoire du film et sa partie de hockey à la voix des enfants. Le vieux mur du monde se barbouille d’affiches. La pauvreté se cache derrière les néons. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Tous les slogans s’annulent dans la bouillie des ondes. Le sang sur les écrans anesthésie la honte.

 Nos frères s’entretuent de prières et d’argent. Les chemises noires reviennent déguisés en banquiers, le cash pour Fuhrer. Le sourire aux lèvres, l’attaché-case au bras, ils vendent les cadavres et crachent sur le cœur. La haine les unit dans le goût du profit. Les peuples s’entre-égorgent en croyances contraires. Chaque monnaie d’échange nous éloigne de vivre. Chaque prophète hurle en tuant son prochain. Ni carte Visa ni Mastercard ! Ni Vishna ni Allah ! Ni Euro ni Dollar ! Ni les bras du passé ni le baiser du ciel ne nourrissent l’espoir. Le temps presse aujourd’hui. Même le désespoir accouche par césarienne. Les âmes que nous sommes se perdent sous la peau. Les phrases les plus belles s’écrivent sur le sable. Il ne suffit pas de retirer les clous des mains d’un crucifié pour qu’un ange apparaisse. Il suffit d’une main prolongeant d’autres mains, d’une paume tendue pour accueillir le vent, le pollen, la pluie, d’un petit doigt d’enfant cicatrisant la nuit, d’une voix dans le silence déclarant son amour.

  Le sang ne trouve plus son chemin vers le cœur. Comme des petits Poucet, les doigts de la mémoire laisse échapper des miettes. L’eau bénite à la fin se retrouve à l’égoût. Un rat dans une église est le seul à prier. Les hommes font semblant de parler aux statues. Le capital est un assassinat. Son travail n’est jamais que la paresse du cœur. L’homme n’est plus qu’un singe au volant d’une auto. Serait-il possible qu’on redevienne humain ? Je cherche une lime dans un pain pour m’évader du vide. Je resterai fidèle au bois mort, à la chair, à la terre, aux étoiles. Je défends l’infini contre les billets de banque. Je colmate les brèches avec des mots doux. Je sers la poésie comme on sert la soupe. J’expose à la lumière les instruments de l’ombre. J’écrase les pépins dans le fond des voyelles. Je tire l’étincelle d’une poignée de cendres. Une fourchette m’émeut à l’égal d’un pain. J’attends quelque chose ou quelqu’un dans l’encre sur la page. Qu’une question se pose ou non, aucune réponse ne suffit à l’enfant. Je cherche une grammaire où le verbe vivre n’a pas de conditionnel. Je n’attends pas que les bourgeons soient saouls, que les branches soient folles, que les feuilles soient foule pour parler aux oiseaux. Ils jettent sur la page leurs petits grains de vol qui fleurissent en ciel. Mon cœur se réfugie entre les anges et les mésanges, les dahlias et les roses. L’amour aux lèvres et la colère aux tripes, je grimpe sur les mots pour saisir un éclair dans le gâchis des ombres.


Par la freniere
- Prose

http://lafreniere.over-blog.net

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Il fait neige

8 Février 2010, 18:59pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

"Relève toi" disait mon père…

Il fait neige

il y a du sel dans mes cheveux

je me suis coincé un doigt dans le silence

mon enfance est tombée

 

J’ai peur

j’ai mal

j’ai des bleus à l’âme

dehors il y a le tic il y a le tac

il y a la vie qui m’emporte

et le vent qui s’épuise

 

Chaque matin j’écoute battre la rumeur

et une étoile pleure

un homme se déchire

j’attends que l’on me donne le rire

j’attends que l’on me donne le la

un la sans bémol sans lassitude

un la chaloupé dans une symphonie tendresse

j’attends un "je suis là"

mais l’aquarium est de larmes

dehors il y a du plat

il y a du plastoc dans l’océan

des baleines et le vent qui s’épuisent

 

 

J’ai peur

j’ai mal,

j’ai des bleus à l’âme

il y a du tic il y a du tac

il y a le las de mon pas qui s’épuise

le jour qui recule, le crépuscule qui avance

c’est la danse des tocantes

 

"Relève toi" disait mon père…

Il fait neige

il y a du sel dans mes cheveux

je me suis coincé un doigt dans le silence

mon enfance est tombée.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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