À Mahmoud Abou Ramah

Publié le par Cheval fou (Sananès)

À Mahmoud Abou Ramah,*

La mort et toutes les erreurs du ciel
La vie et tous ces crimes sur les chemins d’enfance
L'espoir qui court de l'âme au de profundis de l’oubli
Partout je ne vois que des tombeaux
Où est l’homme qui se voulait debout ?

Écoute Mahmoud, j’entends gémir la conscience.

Au grand bazar du ciel, je cherche la pitié, la justice
La compassion, le pain et le rayon amour
Partout pullulent les Amin-Dada,  Himmler, Torquemada*
Enver et Talaat*,  Staline,  Custers, Nivelle     
Et autres bouchers qui salissent l’Histoire

Écoute Mahmoud, j’entends les hommes pleurer.

J’ai une mémoire Arménienne, Rwandaise, Tutsi
Juive, Cambodgienne, Indienne
Je sais la douleur des tiens
Chaque matin j’appelle les enfants disparus
Mais les mots, leurs noms, explosent.

Écoute Mahmoud, le ciel tangue sous les assauts du vide.

Le ciel bascule comme un épervier sans visage
Le ciel nourrit des anges perfides 
Les dieux sont en campagne, ils bradent
ils vendent la foi et des rasoirs, des prières et des bombes
Ils troquent conscience contre territoire, ventres de femmes contre plaisir

Écoute Mahmoud, la voix des frères déchirés

En terres lointaines, je cherche les tribus
Partout le dieu goudron les a chassées
Les fils de bonne conscience ont pris leurs terres
Les marchands arabes ont vendu les hommes
Les blancs s’en sont servis

Écoute Mahmoud, partout les sermons éduquent au meurtre.

Le ciel est désert. Dieu est ailleurs
Ses héritiers sont capitalistes, barbus hermétiques ou croyants sanguinaires
Ses fidèles sont à l’église du loto
Ils misent leurs espoirs sur papier chiffré
L’hostie des prières s’arrose au champagne

Écoute Mahmoud, j’entends gémir la conscience.

La mort et toutes les erreurs du ciel courent
sur des chemins de vie où je piste la vertu
Partout la mort et toutes les erreurs du ciel dépravent le bonheur et l’amour
Peut-on grandir sans justice ?
Vivre peut-il se faire sans bonheur ?

Écoute Mahmoud, j’entends mourir la conscience.

JMS "Et leurs enfants pareils aux miens"
______________________________
* Mahmoud Abou Ramah, militant des droits de l’homme poignardé à Gaza, miraculeusement rescapé (source « Le Nouvel Observateur avec AFP »)
**Amin Dada : dictateur africain  -  Himmler : bras droit d’Hitler, maitre d’œuvre de la solution finale - Torquemada : inquisiteur espagnol  - Enver et Talaat : massacreurs d’Arméniens - Nivelle : boucher du Chemin des Dames, guerre de 14-18 - Cortez : conquistador massacreur d’Aztèques - Staline : déporta au goulag des millions d’innocents  - Custer : massacreur d’Indiens en Amérique du Nord


 

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N

J'ai du lire oh je ne sais combien de fois. Je n'ai jamais trouvé de mots pour vous dire. Je peux juste vous dire aujourd'hui que je suis profondèment touchée par vos mots, par ce cri , si
touchée que les frissons m'envahissent, souvent en lisant ici.


Je suis donc repassée, voyez vous, c'est aussi" prenant" que de passer devant une peinture, une gravure qui dit tout en se tordant d'une douleur universelle.Quelquechose attire sans que l'on ne
sache vraiment quoi, les yeux, les sens ont comme besoin d'y venir. Sans doute un appel du coeur de s'éprouver dans la vivance de l'émotion, de l'empathie envers l'autre.


Merci Jean Michel, vous êtes ce que j'appelle un homme grand, comme ceux dont le monde a besoin pour ne pas s'écrouler définitivement.
Votre mémoire est belle , tout ce qui est beau peut être si douloureux cependant,  j'espère que dans votre quotidien , il y a chaque jour un éclat de lumière qui vienne rassurer votre coeur
d'homme.
Je pense que ce texte, je ne l'oubierai jamais, d'ailleurs si vous me le permettez, j'aimerais l'imprimer.
Bien à vous Jean Michel et belle soirée... 


Nath
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C


 


Je vous remercie de ce magnifique commentaire.


Les mots sont des chemins d’hommes, pour les comprendre il faut avoir croisé les routes qui portent à la
générosité du regard. Le vôtre en a l’envergure. Vous pouvez utiliser ce texte.


Cordialement


jms


 



C

Pour que ne meure pas la conscience prenons exemple sur celle de Monsieur Hessel qui milite pour l'indignation, qui agit et s'expose. Je connais de vieux messieurs qui s'indignent dans leur
coin qui voudraient mourir pour ne pas voir cette époque,. Alors je leur rappelle qu'ils ont été professeurs de faculté et qu'aujourd'hui, nous avons besoin d'hommes de courage qui reprennent
leurs places de repères et donnent l'exemple à nos jeunes générations en perdition, assoiffés de chemins de lumière que seuls la sagesse et l'engagement peuvent montrer
Répondre
C


Bonjour Chantal


Excuse cette réponse si tardive,  un travail me tient loin de mon blog, oui crier et
dénoncer la laideur est un fondamental du devoir de conscience, mais que de pièges ! Hors les voyous avides de pouvoir et de richesses, combien d’entre nous ne sont pas prisonniers de
logiques d’éducation, de défenses de dogme.  La conscience, distancée des contraintes de dogme est si difficile à atteindre, nous traversons des réalités complexes et partisanes
où le règne des dogmes s’impose comme un cancer/


Amicalement


jms