Où es-tu ma mère ?

Publié le par Cheval fou (Sananes)

En ce 10 juin, jour d'anniversaire la naissance de ma mère, d'une mémoire bousculée me revient cette avant dernière lettre écrite quelques jours avant son grand départ et ce cri resté à jamais posé sur l'infini silence des attentes inoubliées.

Où es-tu ma mère ?
 
Où es-tu ma mère ?
Toi qui te perds dans les couloirs du Temps
Toi qui nommes et qui regardes les jours d’hier
Toi qui te cherches à l’orphelinat des vieux
 
Où es-tu ma mère ?
Dans cette foire aux souvenirs
Où le temps voleur efface la couleur
Où les noms et les visages se perdent
 
Où es-tu ma mère ?
Dans ces couloirs blancs
À scruter l’enfance et vouloir restaurer le temps
Et tant d’amours que la nuit emporte
 
Je te suis ma mère
Dans ton ombre je ne suis plus qui j’étais
Les ruelles joyeuses où les enfants chantaient
Ne mènent plus au bar de La Marine
Le jour traîne des vies à marée basse
Nous n’irons plus où tes amies dansaient
 
Je suis à l’heure des comptes
Il n’est plus temps de pleurer
Il n’est plus temps de gémir
Je ne suis plus où j’ai été
Je ne sais plus voler, mes ailes sont coupées
J’apprivoise les regrets
Avant que le Temps voleur n’efface la couleur
Avant que les noms et les visages ne se perdent
Avant d’être convié à la foire aux souvenirs
J’apprends à mieux aimer
Où es-tu ma mère ?
Toi qui te cherches dans les couloirs du Temps.

JMS  in : Et leurs enfants pareils aux miens

 

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G

Cette période ou etre n'existe plus et est remplacé par les echos trompeurs et sourds d'avoir été.


Comme le diamant lancé dans l'eau, on ne voiit plus que les ondes qui se répétent dans l'eau mais là pierre précieuse a disparu à jamais.


Mais elle a été.
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M


Alzheimer


 


 


« J’ai peur ! » Dit-elle à l’inconnue dans le miroir. 


Ses doigts tremblants essaient d’effacer ce visage 


Dont les yeux tristes tout emplis de désespoir


Fixés sur elle, la retiennent en otage.


 


Sa main rencontre la surface froide et lisse


Qui ne reflète plus que vagues souvenirs.


Sa vie entière entre ses doigts fragiles glisse.


Elle n’a plus la force de la retenir.


 


Fut-il un temps où cette femme c’était elle ?


Le spectre pâle qui a volé son destin


Ne répond pas et reste là, ombre cruelle


En face d’elle à  se moquer de son chagrin.


 


« J’ai peur ! » Dit-elle et elle ignore que ce soir


Même sa peur aura sombré dans les abysses.


L’oubli effacera l’inconnue du miroir


Mieux
que sa main sur la surface froide et lisse…


©Anne-Marie Lejeune


2011


  
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L

cette souffrance ne se partage pas, l'un porte les deux dans son coeur. Terrible cette maladie qui entraîne l'être aimé, la vague se retire lentement, le sable de plus en plus présent où s'enlise
la mémoire, l'eau ne reviendra plus, comme la mère se retire
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B

Dans mes bras, ma mère, ma terre.


Avant que l’heure sonne sa sentence


Tu me reviens et je te reviens


Comme l’eau se retourne dans la vague.


Dans mon cœur, ma terre et ma mère


Je vous cède l’amour et m’attache à lui.
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