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CHEVAL FOU - (Jean-Michel Sananès)

Albert CAMUS

21 Mars 2010, 16:56pm

Publié par Cheval fou (Sananès)

tombe-de-Camus.jpg

Cet homme a modifié ma vie. J’avais 20 ans. Il a modifié deux fois ma vie de manière irréversible.

D'abord par la lecture de "La chute ". Ce livre est resté ma cicatrice la plus douce depuis qu'il m’a pénétré d'une phrase récurrente qui s’impose à moi chaque fois que la question de faire ou de laisser faire se pose : "Les plongeons rentrés laissent parfois d'étranges courbatures". Cette phrase ressurgit des abîmes de ma mémoire et ses mots, comme un fer rouge sur ma conscience, dénoncent, guident, me rappellent que, quel que soit le naufrage et même si on l'ignore, le récif du remord à jamais restera là, entre le miroir et moi, entre ma nuit et mon sommeil.

Puis, la lecture de "Caligula " fut ma cicatrice la plus douloureuse. Elle m’a irrémédiablement appris que les hommes appartiennent à leur vécu, que la vie les forge, que la vie en fait des anges, des moutons ou des loups. On ne choisit pas toujours d’être assassin, la vie, ses blessures et ses cadeaux, font de nous les armes du malheur ou de l’amour.

Camus, mon frère, mon ancien, mon maître, celui qui parlait trop simple, trop humain pour que le gratin prétentieux de l’intelligentsia l’accepte en son sein, repose là dans ce petit coin du Luberon, à Lourmarin, en Provence, dans un pays de soleil et de Mistral, près d’une femme, son épouse.

Qui voudrait le kidnapper, lui offrir le lustre d’un monument pédant, le faste des fiers de la médaille !?

Qui voudrait commettre ce crime ?

De grâce, Monsieur, laissez mon frère, mon ancien, mon maître reposer dans ce coin tranquille de Provence, chez lui.

Laissez-le avec les cigales, lui sait que les cigales, aussi, sont d’ici.

 

  La-tombe-d-Albert-Camus-contraste-sur-madame.jpg

Lettre à Albert

 

Tu es parti sans partir

tu es mort sans mourir

ta voix est là

dans la ténèbre des vivants

elle éclaire le chemin

 

J’habite chez les gris

les orphelins de la conscience

dans la jachère des idées

 

Au côté de mes pères

tu es un essentiel

qui éclaire ma voie

 

Tu es parti hier

il y a longtemps

parti sans partir

sans emporter ton ombre

sans emporter ton cri

tu précèdes mon pas

tu enfantes mes mots

Je traverse le jour

Il est toujours hier

 

Je vais

dans un silence habité

tu es là

 

Il y a longtemps

tu n’es jamais parti.

 

JMS

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still-life 22/03/2010 19:56


n'oubliez pas de prévenir vos lecteurs lorsque le recueil sortira. j'ai hâte de l'avoir entre mes mains.
votre écriture est un cadeau pour nous tous monsieur Sananès. merci.


Cheval fou 27/03/2010 22:55



Je suis heureux que vous appréciez les textes de ce recueil, ils me sont importants car plus profondément engagés dans la mise au jour de mes convictions, de mes doutes et parfois de l’illusoire
de l’espoir – le livre est en parution prévue pour le mois de juin.


Amicalement,


JMS



jeanne 22/03/2010 00:31


beaux mots pour cet homme
je suis certaine qu'il aimerait
je ne pouvais parler du premier homme
 sans larmes
sans sanglots dans la voix
oui vous, tu as raison
laissons le sous ce ciel bleu
et dans cet air qui est aussi 
l'air de là bas
merci


Cheval fou 27/03/2010 22:55



Merci Jeanne de ce commentaire qui trahit la puissance de ton écriture. J’invite ceux qui ne connaissent pas ton univers à visiter ton blog qui marque tant par la qualité des textes que par
l’originalité


Amicalement,


JMS