À la fin des temps

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À la fin des temps,
je crains qu'il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps
qu'à la mitan de l’être,
sans tambour ni major qui claironne,
je redoute que ne s'installe un temps mort.

Aux extrémités de l’âge,
dans ce contretemps des mémoires
où un ventre malaxeur des consciences
ingère et digère les cent saisons du rire,
je T'ai attendu,
espéré, au long des mois d'hiver et de larmes,
des semaines  d'amour, des jours de tendresse
et des folles minutes d’espoir.

À tant effeuiller le temps,
me voilà nu
et Tu n'es pas venu.

À la fin du temps
me voilà nu et seul
face au grand broyeur d'éternité,
ce temps effaceur de mémoire
qui écrase et jette aux vents,
aux orages et aux tempêtes,
l'agenda de vie
où je vous ai tant aimés,
où je T'ai tant prié,
non pas avec des versets de bibles millésimées,
des psaumes ou des mantras tirés de livres,
non pas avec des mots psalmodiés
jetés dans l'étendue de Ton silence,
non pas non plus avec des préceptes philosophiques
ou autres recettes de bonne conscience,
pas plus qu'avec des mots de croyances enseignées
déclamés haut et droit en fixant le ciel et l’espoir,
je ne suis pas un quémandeur
croyant que prier peut acquitter l'homme de son indifférence.

J’ai tant prié, tant aimé,
avec ce qu'il y a de cris de révolte, de candeur,
dans les tréfonds d'un cœur qui quémande le bonheur
pour les enfants qui ont faim,
pour l'oiseau perdu dans un ciel pollué,
pour l'animal qui n'a plus de terre.

Je T'ai tant imploré pour le souffle, la terre et l'eau
qui sont la seule patrie du vivant,
qu'à la fin des Temps,
en cet espace où s'épuise la désespérance et l’espoir,
je crains qu'à la mitan de l'être, il y ait un autre temps
où le temps prend tant son temps,
que mes prières se perdent.

 

jms

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
J'aime vraiment beaucoup ce poème, un profond ressenti, comme s'il m'était familier, intime. J'aime ta façon d'écrire et c'est pas d'hier ! :)
Amitié
Laurent
Répondre
C
Bonjour Laurent
J'aime aussi ce que tu écris, j'ai tenté de te poser une question sur ton blog,
mais elle n'a pas été enregistrée "Histoire à dormir debout" : fiction ?
Merci pour ton écriture
Jean-Michel