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Est-cela qu'être Homme ? J’appelle au cri et à la colère

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Est-cela qu'être Homme ? J’appelle au cri et à la colère
Petite rupture dans ma trêve de Noël,
en hommage au combat pour le droit animal de Brigitte Bardot,
je réitère un de mes textes : Est-cela qu'être Homme ?
J’appelle au cri et à la colère (5 mars 2014 sur Cheval fou)
 

Cosmique,
la douleur glisse dans le silence,
glisse comme le serpent déroule la nuit.
Partout
les écrans s’agenouillent
au confort des consciences

Être un homme et ne pas savoir
où habite la douleur,
est-ce cela le bonheur ?

Un silence blanc
un silence noir
oblitèrent des douleurs-poignards
et le cri majuscule que devrait porter chaque conscience.

Devant les écrans
et les flonflons de vos fêtes,
passent l’hermine et le vison,
coule le champagne.
Dehors une douleur cosmique,
venin silencieux,
déporte la raison.

Partout
les écrans s’agenouillent
au confort des consciences
et, minuscule,
le cri se meurt d’indifférence.

À regarder l’ignominie triomphante
des massacreurs de vie,
à voir l’acharnement de tous ceux
qui, au nom de la raison économique
usent et abusent de la douleur du vivant,
à voir ceux qui tirent leur jouissance
de la contemplation de la mort et de la souffrance,
je m’arrache le cri
jusqu’au plus profond de l’humain

Où sont donc passés les jardiniers de l’amour
quand l’homme, chaque jour,
répète les mêmes crimes et les mêmes silences ?

17 heure 04
Télé aveuglement éteint
J’ai vu les Himmler de laboratoire
et leur satisfaction dégoulinante sur la souffrance des victimes.
J'ai vu les marchands de foie gras
éviscérer à vif sans mesurer leur crime.


J’appelle au cri et à la colère
tous ceux qui s’élèvent contre la douleur industrielle,
tous ceux qui s’insurgent
quand on parque et encage des animaux
 dans des espaces d’engraissements si petits,
qu’ils ne quittent leurs mangeoires
 que pour rejoindre l’abattoir.

J’appelle à l’insurrection des cœurs
tous ceux qui hurlent contre les mises à mort
sans jamais dénoncer
ni la barbarie ni l’abomination
des camps de concentration
qui précédent l’extermination du vivant.

Je dénonce le silence,
et les coupables de silence.
Je dénonce ceux qui tolèrent l’élevage industriel,
l’écorchement des bébés phoques,
le démembrement à vif des grenouilles,
l’amputation des requins jetés à l’agonie,
le massacre des dauphins.

Je dénonce ces fausses civilisations
qui, au nom de la coutume et du spectacle,
plantent leurs lances et leurs épées
dans la douleur des taureaux.

Je désigne comme criminels
ces scientifiques pervertis
qui fabriquent des pondeuses génétiquement trafiquées,
et qui, du haut de leur suffisance,
exercent leurs sorcelleries expérimentales
sur nos cousins les primates et des millions d’animaux.

17 heure 24
Télé aveuglement fermé,
j’ai vu et j’affirme
que devant le bâillonnement des consciences
je préfère être clown et poète,
ami d’un bonobo qui essuie les larmes de son maître,
ami de n’importe quel chien qui protège un enfant,
que de me sentir frère
d’une engeance de laborantins qui martyrise des lapins, des singes et des chats.
Et j’affirme être étranger
à leurs congénères arracheurs de fourrures,
tueurs de rhinocéros, d’éléphants, de tigres, et d’ours
et de tous autres industriels de l’élevage intensif.

Le vivant, Messieurs les tortionnaires,
ce n’est pas que de la viande
ou son équivalence en fric.
Le vivant est un chant de joies et souffrances ordinaires,
cette souffrance que vous distribuez si généreusement
tant elle ne vous coûte rien
et tant vous la niez !

L’homme originel est devenu produit économique
conditionné à prendre, profiter, tuer.
il ne sait plus rien de l’essentiel,
des valeurs non négociables.
Il ignore volontairement le respect de la vie.
Les frontières de son univers sont courtes :
Il va que de son ego à son ambition,
les autres n’existent pas.
S’il le faut, demain,
il fera de ses semblables des denrées utilisables,
des unités de travail,
de la matière médicale destinée à réparer les puissants.

L’homme nouveau a hypothéqué son âme
il est devenu un expert en profits !

Mais l’homme existe-il sans compassion ?

Messieurs les rationalistes,
Messieurs les productivistes,
je vous accuse
d‘avoir fait du monde
un Dachau à ciel ouvert
pour les animaux,
mais pas seulement,
d‘avoir fait du monde
un Dachau à ciel ouvert
pour tous ceux des vôtres
que vous jugez inférieurs !

Vous vous croyez homme-étalon
mais c’est votre brutalité
que vous avez érigée en modèle sociétal.

Je vous accuse
d’avoir fait un monde à votre image
où le barbare vit sans uniforme,
où les galons se prévalent du sang et de la sueur versés.

Je vous accuse
d’avoir fait de la vie des hommes,
des animaux et de tout le vivant,
une marchandise soumise à vos appétits démesurés.

Messieurs les rationalistes
Messieurs les productivistes
vous ne savez plus ce que c'est qu'être humain.

Car être Homme,
c’est être capable de mesurer la portée de ses actes,
c’est savoir différencier la justice et l’infâme,
c’est porter en soi un devoir de fraternité et d’humanité
envers tout ce qui vit.
C’est savoir qu’aucun profit ne doit naître de la souffrance d'autrui.
Être Homme
C’est se savoir responsable et respectueux de la vie,
de toute la vie.


Cosmique,
la douleur glisse dans le silence,
glisse comme le serpent déroule la nuit.
Partout les écrans s’agenouillent.

J’appelle à la Conscience.

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Le ciel est si vaste

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le ciel est si vaste que même le mot aimer ne puisse l'emplir,
si étroit qu'un regard fermé ne puisse l'obscurcir,
qu'une branche opiniâtre de vivre haut n'en fasse son domaine,
qu'une main, qu'un refus ne puisse le cacher,
qu'un rêve perdu ne puisse le masquer.
 
Redonnez-moi le jour et l'infini,
je cherche la lumière.

JMS 19/12/25

Variation sur un arbre de CJB

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La mer c'est toujours un peu plat

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La mer c'est toujours un peu plat quand elle dort,
pourtant, que j'aime ses platitudes avant l'éveil, 
avant que ne tremble le Capitaine,
et qu'encore dorment les poissons, 
loin des filets.

À l'éveil du cri, me connaissais-tu,
moi qui dormais dans mes écailles 
avant de fixer le plafond
 de mes yeux de merlan frit ?

Me connais-tu, 
quand, plus haut que les flots,
les outrances de l'angélisme 
fréquentent le ciel 
en enfouissant leurs crimes
dans la botte du Père Noël ?

Pourtant, la mer est si belle 
quand elle dort,
quand, dans mon sommeil, 
je me prends pour un homme
qui ne pêche pas. 

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Impitoyable

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Impitoyable 
un moustique me regarde
découper la question

Les traqueurs de réponses 
cherchent une piste
dans une nuit aveugle

Les étoiles croisent 
mes derniers rêves
demain semble vide

Partout la raison 
s'enferme dans la croyance
et le diable danse

Que fait la canicule
quand les chiens jappent
dans cette course où l'ombre
forge son avenir ?

À quoi pense le nuage
qui jette son eau 
si loin de la soif du lion 

Les oiseaux sont tous fous 
qui marchent sur le ciel 
et n'ont pas peur du froid !

Ton nom me revient Liberté 
si inutile 
pour l'homme qui a faim

Un jour je prendrai le train 
pour nulle part
mais rien ne presse

Je veux tout savoir
du dernier rêve de l'oiseau
 du nuage et de la faim

J'ai peur de creuser le temps
pour n'y cacher 
que des mots perdus

La boussole perd son aiguille
je cours la déraison
sans trouver la raison

Le nord cherche sa latitude
la question
est sans réponse

jms 11/10/2025

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Cro-Magnon était-il, l'homme fait à l'image de Dieu ?

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Ce matin, attentif,
j'écoutais les gérants autoproclamés
du domaine des vérités divines,
tous ensemble affirmer :
"Dieu a créé l'homme à son image".
Inquiet, moi qui ne ressemble en rien aux créations premières,
ni à Lucie, ni a pépé Cro-Magnon,
moi dont le crâne a perdu la douce chevelure de sa jeunesse,
suis-je un objet démodé ?

Je m'inquiète : Dieu a-t-il évolué ?
Se ressemble-t-il encore ?
Ne suis-je que la copie d'un brouillon ?
Une version intermédiaire ?
Dieu 2025 ressemble-t-il maintenant à Ken ou Barbie ?

L'inquiétude qui me traverse est grande.
Dieu est-il polymorphe, a-t-il changé au cours des temps ?
Ressemble-t-il encore à la première cellule
qui s'est agitée dans l'univers ?
Cro-Magnon était-il l'image parfaite de l'Homme,
du semblable à Dieu ?

Tout cela me laisse perplexe.

Je ne suis pas le seul à m'interroger,
c'est bien ce que mon chat chaque jour aussi se demande,
lui qui n'en croit rien et parfois même croit en moi.
Mais si nous partageons la même interrogation,
je me demande pourtant :
pourquoi vouloir être une réplique du Créateur ?
n'est-ce pas un tantinet égotique ?

Religieusement installé devant ma TV,
j'écoute avec attention cette réunion des sages
en train de parler de l'âme de l'homme,
de documenter la supériorité de la pensée religieuse,
d'argumenter sur la liberté à être ou ne pas être
qui l'on veut.

Messieurs d'en haut et du ciel
je déclare
ne pas avoir peur de la souffrance
mais craindre  la déchéance
et plutôt que de voir "mon âme"
(c'est ainsi que les bien-pensants
nomment mon ressenti et ma pensée)
ne plus habiter mon corps quand ma tête n'existera plus,
je préfère que l'on me tue
et ne jamais être un débris qui ne se gère plus.

N'en déplaise à tous ceux qui veulent décider pour moi,
je suis seul face au bonheur et à la douleur d'exister,
personne n'a droit à décider de mon droit à décider pour moi !
JMS

 

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Couleurs

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Un jour je serais équation interrompue
une note blanche étreinte par le silence
que dissout l'arc-en-ciel

Où vais-je perdu dans cette agitation des palettes
quand le noir et le rouge percutent le chaos ?

Munch, dis-moi,
quelle est la couleur du cri ?

Pourquoi le bleu a-t-il la texture névrotique
d’une société à l’anxiété viscérale,
où chaque cœur bat son propre blues ?

Dis-moi pourquoi, dans le noir des nuits,
l’attente rouge de l’aurore agite les cormorans ?

Pourquoi, à la fête rouge des corridas,
l’œil du taureau prend la pâle couleur
de la peur et des nuages ?

Pourquoi le jaune des folies
a-t-il l’odeur d’une enfance ?

Je ne veux pas d’une vie pastel,
pas finir les doigts coincés
dans la douleur d’un désir incolore.

Devrais-je oublier qu’à trop brusquer le rouge,
le noir sanglote des mélodies d’ivoire ?

Oublier la couleur ciel
d’un exil de sel et de sang
qui efface une enfance d’encre pâle.

jms 11/11/25

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Le dernier Chaos

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Quand la nuit s’entrouvrit, des corps de rêves déchirés comme les bulles d’un vieux bonheur s’échappèrent du champagne pour aller si haut dans les jardins où l’on rit à chaudes larmes que seul resta le cauchemar.

Je ne mange plus de chocolat, je ne regarde plus le lilas, j’ai fermé mes cahiers de rire, mes cahiers d’écrire, mes cahiers d’espoir. J’écoute à Radio la Vie, une comptine pleine d’entrain : "Marche avec le mangeur d'âme, marche avec le banquier, marche avec l’entrepreneur, écoute le président…". Il est tard pour rêver et la nuit s’entrouvre. Il est tard dans le monde, l’avidité a fait ses lois et la nuit monte. J’entends s’évaporer le corps des rêves. À mes pieds, seul reste le cauchemar posé sur la plainte aiguë du jour. Des  cris d’enfants interrogent l’avenir. La terre gémit d’un curieux bonheur, c’est un bonheur de porte qui grince, un bonheur carnassier, puissant, souriant et repu. Plus rien ne va et cela comble la horde des banquiers, la horde des multinationales, la horde des présidents...

L’opulence du plaisir, l’opulence de la richesse, ricochent sur la patinoire des luxures. La pute et l’or se côtoient et l’une et l’autre en demandent plus encore. Une clique cannibale, affamée de terre, de béton, de devises, d’ivresses et de pouvoir, proclame que c’est l’heure du carnage. Les mangeurs d’âme passent à table. L’auberge s’appelle "La demeure du chaos", on y enterre des amours apocryphes et un ange au sang de grenade ; on y oublie un vent aux odeurs de jasmin.

Face aux mangeurs d'âmes, rien, sinon un ange hypothétique et de pauvres bougres qui vendent leur âme et gémissent leurs pathétiques jérémiades pour du travail, pour le pain et pour le droit d’aller à demain. Au menu, on brade des âmes de travailleurs, de fonctionnaires, de chômeurs, de petits commerçants, de bergers. On damne, on condamne dames et enfants.  Âme après âme, sans ramdam, on mange des âmes noires, des âmes blanches : dix fois dix âmes pour le banquier, dix fois cent âmes pour l’entrepreneur, dix fois mille âmes pour une multinationale, des millions d’âmes pour la bourse. Il faut asservir, manger goulu, tuer des âmes et ne pas laisser traîner de corps et de paroles libres sur la voie publique. Mille malheureux pour un qui damne. Le salarié sauce "subprime" ou la salade crédit à risques, vous connaissez ? Monsieur le président nous fera bien une guerre ? 

Face à eux l’ange hypothétique n’a pas d’armes, il distille la raison, boit d’étranges liqueurs et rit sous son blanc manteau, rit de toutes ses larmes et d’une mémoire de plomb et d’épines.

C’est une heure d’horloge éventrée, il est cinq heures. C’est un temps à pleurer. Sur le fil du rasoir, je me souviens de mon ultime visite au rêve, un vendredi où les danseuses de l’impossible jonglant avec le bonheur, avaient brisé les diagonales de ciel. Une pluie de musiques jamais cartographiées avaient alors froissé d’infernales images et des rires d’enfants soldats.

Ce jour-là à 5 heures au Grand Théâtre, devant une chorégraphie d’hommes écartelés, les mangeurs d'âmes ont bousculé les tabous, expurgé les dictionnaires, banni les mots de l’amour, les mots de la fraternité, les mots du droit au travail, les mots simples, les mots vrais du partage et ceux de l’égalité. Ce jour-là à cinq heures, ils ont chanté l’impératif et les mots du pouvoir, érigeant un ordre soumis à la force et à l’ambition. Ce jour-là à cinq heures, ils ont créé un monde où les âmes n’auraient plus leur place et les ont remplacées par des monuments qu'ils ont appelés Wall Street, Cac 40, Nasdaq, Dow Jones -NYSE, Euronext…

Depuis, l’ange hypothétique est vaincu. La horde des mangeurs d'âmes festoie.

Je reste nu dans les déserts du rire, il est tout juste 5 heures. Je ne mange plus de chocolat.

JMS (16/04/2009) 

*****

- Bourse : Par ordre d'importance le New York Stock Exchange (NYSE) et le Nasdaq, (le NYSE a racheté Euronext qui rassemblait les bourses de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne). Viennent ensuite Tokyo et Londres.
- Firme multinationale : " firme en mesure d'élaborer une stratégie qui s'appuie sur les différences socio-économiques entre différents  pays.

Publié dans Textes de JMS

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Préambule 2025 à un texte de 2012

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois l'heure grince comme une question, reviennent de vieux poèmes, et tu demandes si le crépuscule des heures te laissera achever ton cri. J'ai tant de choses à dire, à faire et aimer avant que ne vienne la nuit, et pourtant... Me revient "Amis, un jour je partirai" ce poème écrit dans un lit d’hôpital.

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Amis, un jour je partirai

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Amis, un jour je partirai dans le silence des mots inécoutés.
Je partirai avec tout ce que je n’ai pas fait, pas dit, pas écrit.
Je partirai comme une encre effacée.
Je m’en irai loin, loin de vous et des miens.
Parmi les enfants du néant.
Dans les immensités de l’in-savoir.
 
Amis, peut-être nous sommes-nous déjà rencontrés.
Dans un monde ailleurs.
Au profond des réalités incontournables.
Peut-être même avons-nous échangé quelques mots,
une phrase ou un poème en ce langage des cœurs
que nul n’enseigne alors même qu’il est indispensable.
 
Amis, peut-être avons-nous bousculé la raison.
Jeté des pavés dans la mare aux certitudes.
Peut-être avons-nous cartographié quelques-uns des hiéroglyphes du Mystère.
Peut-être même que du haut de nos cultures,
nous les avons brutalisés parce que pour les approcher,
il nous aurait fallu être nus de culture et de savoir.
Il nous aurait fallu les décrypter loin des bibles et des guides de savoir-vivre.
 
Il aurait fallu tant et si peu de choses pour que le regard soit autre.
Pour que l’autre soit un prochain.
Pour que l’indifférence n’obstrue plus le paradis.
Il aurait fallu refaire la matrice et désinventer le crime.
Il aurait fallu plus de rêves que de réalisme, plus d’amour que d’argent.
Vous le saviez amis, et pourtant, peut-être ne nous sommes-nous jamais rencontrés.
Où allez-vous, ou courez-vous amis ?
D’où venons-nous amis ?
Tant de temps que je vais ma route,
que je parcours l’agitation désespérée de milliards d’hommes
qui se cherchent à la parade dans une course effrénée aux images
sans jamais regarder en arrière, sans jamais voir en eux.
 
Si la vie n’était ce virtuel où les contraintes empêchent de vivre,
peut-être aurions-nous pu nous rencontrer amis.
Un jour, peut-être, nous rencontrerons-nous plus loin que nos états d’âme,
cabotant ou dérivant vers des continents de fraternité.
Peut-être traverserons-nous ensemble les fleuves de la vie et de la mort.
Peut-être partirai-je sans que nos vies se soient croisées.
Peut-être partirai-je sans avoir usé la Question.
 
Peut-être qu’à la traversée du siècle,
j’aurais dû cesser de chercher un sens au voyage et partir sans boussole,
 ne plus user mes mots et mes cris à pleurer sur l’abdication de la beauté.
Peut-être aurais-je dû comprendre que la sagesse est dans l’acceptation
et ne jamais croire que l’acceptation est un renoncement.
Peut-être aurais-du bâillonner les cris de ma conscience.
Ne plus arpenter le rêve et l’amour.
Ne plus vouloir en habiller ceux que j’aime.
 
À la croisée des jours, j’ai voyagé, tendu la main,
appelé, lancé des bouteilles aux étoiles, à la toile et aux quatre univers.
Peut-être me suis-je trop nourri de tendresses d'enfants.
Peut-être ai-je trop traversé la larme et le rire.
Peut-être ai-je trop oublié mes certitudes.

Amis, je vous ai cherchés en ce royaume de chair et de sang
où mon rire se noie dans la marée des jours perdus.
Si dans cet ici, Dieu n'a jamais occupé plus de place que mon chat,
ne Lui en tenez pas rigueur, peut-être aurait-Il pu être, aussi, mon ami.
Les êtres de l’absence ne portent-ils pas plus de rêves
que les cyniques terroirs du visible ?
 
Amis, quand viendra l'instant,
je partirai riche d'amour et plein de ceux qui ont donné sens à ma vie.
Je partirai dans le silence des mots inécoutés.
Du fond de ma vieille peau d'enfance froissée,
je suis prêt.

JMS - Clinique St George nov. 2012

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Mon cri

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Qu’ai-je fait de toi, mon cri ?
T’ai-je tordu, emprisonné dans le silence ?
As-tu défendu ?
T’es-tu défendu ?
As-tu servi la vérité ?
La peur t’a-t-elle fermé ?
As-tu hésité jusqu’à en perdre ta route ?

Eh, mon cri !
As-tu servi la paix, la justice,
As-tu parlé humblement,
As-tu défendu le rire et la vie ?

De quoi avais-tu si peur
Pour bâillonner l’indignation
Et même l’aveu d’aimer ?
En mesurais-tu les conséquences ?
Mesurais-tu tes engagements ?
N’étais-tu qu’une pudeur
Pour ceux que tu aimais ?

Eh, mon cri !
Mon cri de silence coupable,
Mon cri-supplique perdu
Dans l’immensité des désarrois,
Qui es-tu, mon cri ?
Où vas-tu ?     
Toi qui sais qu’à trop parler
Parfois le vent t’évente
Sans jamais empêcher l’histoire
De faire son chemin.

Eh, mon cri !
As-tu repris le chant de l’oiseau ?
As-tu repris la voix de l’enfant blessé ?
As-tu parlé au nom de ces noces de sang
Qui hurlent dans mes mémoires cosmiques ?
As-tu parlé du vent sur le champ de blé,
De l’oiseau posé sur le chemin
Devant la moissonneuse-batteuse ?
Qu’as-tu fait, mon cri ?
As-tu porté la voix des sages ?
N'as-tu jamais oublié
Le rire des enfants ?

Mon cri,
te souviens-tu
De cette cuisine,
Et du soleil du matin
Quand maman préparait le repas ?
Que fais-tu, mon cri,
Quand ma mémoire s’endort
Et que je crois n’avoir rien à dire ?

Eh, mon cri,
Te souviendras-tu encore de nous,
Des aurores de la sidération,
Du chant de l’espoir ?

Eh, mon cri,
Ne laisse jamais
Le silence nous enterrer,
Sois vrai,
Hurle, chante et vibre,
Car nous portons le monde.

jms 28/102025

 

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