Entre atome et prophète
je cherche ma route
j'ai jeté les vérités atones
que l'inculture collective arrache à la nuit
Entre le gouffre et l'étoile
je cherche la lumière
j'ai vu la fleur et le goudron
dans les jardins de l'eau-delà
où se noient les solitudes
Seul mon chat sait :
entre l'être et l'absence
il y a la peur de ne pas savoir être
Qui es-tu petit homme
en quête de bonheur
toi qui vacilles dans cette virgule d'éternité
toi qui désespérément, sans boussole
au gré d'un fleuve intuition
traques la vérité ?
N'étais-tu qu'un navire de chair
perdu dans les déroutes de la raison ?
Pèlerin des vérités
veux-tu toujours sauver le monde
dans cette usure du jour
où ta voix côtoie le silence des justes ?
Je souhaite à tous
une bonne Pâque ou de joyeuses Pâques,
et à mes amis musulmans
une belle fête de l'Aïd-el-Kebir
et à ceux qui croient
que la tendresse n'a pas à attendre le printemps
de recevoir comme moi
un retour de magie
en souvenir d'un temps de jeunesse
où j'emmenais à la traversée des décennies
ma fille, mes nièces, mes petites filles
à mon arbre enchanté
sur lequel poussaient des fraises tagadas
Aujourd'hui au jeu de la roue tourne
c'est pour moi que l'arbre est revenu
cumuler la Pâque et mon anniversaire
Le temps nous porte
me porte et nous emporte.
Sur une vieille photo et une décennie
un visage disparu
porte à jamais fermée
qui ouvre une écharde de lucidité.
Je ne sais pas si j'aurai le temps d'assumer mes chagrins
le temps de voir renaître l'espoir
de donner un sourire à l'amour
mais déjà je sais qu'être un homme
c'est aller au bout de sa désillusion
sans jamais perdre espoir
sans peur d'aimer sans retour.
JMS - 8 ans plus tard, avec une pensée pour Pascal.
Facebook : image souvenir - Printemps des Poètes à Saint Jean Cap Ferrat
À l'arrachement des larmes,
j’ai éventré mon cœur,
creusé l’écume de l’apparence
jusqu’au nid du mensonge,
ouvert la nuit et éborgné l’étoile du matin.
La nuit est si vaste
que je ne suis pas sûr
d’avoir envie d’attendre le jour.
La colombe est partie,
je cherche l’écho du rire
dans l’affirmation des fraternités.
Chaque jour, je renais
et meurs de mes désespoirs.
Chaque jour, le ciel est de fer,
je bombe , je tombe, tu meurs.
L'espoir est une balle,
un crime qui emporte le soldat.
Un jour, je me cacherai,
dans cet incognito des espaces
où, dans l’écho de Ton absence,
le verbe s'use,
à en rétrécir l’infini.
Le doute et la tombe nous séparent.
Je n’ai pas d’ennemis,
qui donc trace ces frontières
où la déchirure est si rouge ?
Qui es-Tu,
Toi qui m’emportes
dans l’hémorragie des jours ?
Toi,
qui n’es pas venu ?
J'ai chevauché le psaume et l'utopie J'ai tué mon Dragon Noir C'était hier, c'était jamais Je ne vis ni ne meurs pour passer le temps Je jappe à la quiétude des chiens Me reste trois arpents et d'incertaines décennies.
Je rêve je résiste et me bats Je vis encore en altitude Je règne en sud mémoire C'était demain, c'était hier La tour rebelle n'est jamais assez haute Je tire à l'encre noire L'eau de mes larmes ne lave rien Ils ont cerné l'espoir ils ont trahi le rêve Les bruits qui courent me pourchassent Demain je partirais.
C'était jamais, c'était peaux de chagrin, c'était hier J'ai chevauché le psaume et l'utopie Je parle aux colombes et j'appelle l'enfance Je ne crie ni ne pleure pour passer ma vie Je brode la douleur à mes armes Je suis le prince de mon royaume J'ai tué mon Dragon Noir Je jappe à la quiétude des chiens Me reste trois arpents et d'incertaines décennies.
Aux bruits qui courent, mes mots sont folie Du haut de ma tour, ma fureur ne retient plus le sable Je sème dans le désert D'un revers de vie, je tourne les sabliers Du haut de ma tour, le vent fracasse la goélette des heures Je viens d'hier et de jamais Je suis une peau blessée Une musique perdue que rien ne retient J'écule le précieux des jours Je suis fantôme venu de mon passé Je suis un esprit frappeur qui cogne aux vérités.
Sabliers sabliers Sonnez les cloches Sonnez le glas sonnez les vêpres Je ne vis ni ne meurs pour passer le passer le temps Dans la cage du mensonge, je suis chasseur de vérité.
Sabliers sabliers Je suis l'homme à mains de papier Le prince au masque de fer La plume dans l'argile du mot À l'autopsie de mes utopies Je suis le bistouri au cœur sanglant.
Sabliers sabliers Je partirai sans voir la lumière Chaque feuille perdue m'enfonce dans la nuit Je voudrais rire comme un enfant.
Je suis prince de mon royaume Je brode la douleur à mes armes Je parle aux colombes et j'appelle l'enfance Dans la rumeur des bruits qui courent Mes mots sont folie Sans épée je me répare Le rire du printemps reconstruit les jardins perdus Je ne crie ni pleure pour passer ma vie.
Sabliers sabliers Je ne vis ni ne meurs pour passer le temps C'était hier c'était jamais Encore je voudrais pouvoir dire Demain le monde sera plus beau Mais j'ai tué mon Dragon Noir Je suis prince d'un royaume où l'on décapite le mot.
Je ne vis ni ne meurs pour laisser le temps passer.
Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.
Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.
Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.
Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.
Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !
Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.
Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.
Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.
Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.
Je pense à l’Île de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.
Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.
Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.
Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.
Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur. JMS
1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam
Quand crisse le neurone, je vois ma vie qui passe,
fétus de cris, de mots,
de désirs et de rêves écornés.
Il y a du vent dans ma caboche, et si je ne me cherche plus,
c’est qu’inlassablement je m’explore,
me cogne à la question, me heurte à la réponse,
j’ébrèche mes certitudes.
Qui suis je quand je sors de moi pour entrer chez les vivants,
dans leur univers tapioca où le caviar ne me côtoie pas,
où l’on dépiaute la misère pour nourrir les riches,
où la vie — ma vie — inexorablement, incurablement,
me mène vers le silence des rires ancestraux.
Où vous êtes vous perdues, mes ombres d’éternité ?
Depuis si longtemps que je découds le temps
pour te connaître, mon père ?
Alors je marche, je cours, je pleure,
où sont passés mes rêves ?
Je croyais en l’humain,
mais la bourse a ses échelles
et la mémoire ses fantasmes.
Pourrais je encore vivre parmi les hommes,
tous les hommes ?
Mémoire, qu’as tu fait de l’humanisme ?
On arrache les âmes à Téhéran,
à Lyon, on défenestre au nom d’une sourate,
il pleut des drones sur Kiev.
La fissure déchire l’espoir
et ma route se perd dans l’incertain.
Partout où passe l’arme à gauche,
là où la mort joue le trépas,
j’ai l’âme en larmes.
Le ciel me dépasse,
le calendrier déverse mes décennies,
la lucidité émiette mon optimisme
et j’ai peur de l’avenir qui se dérobe.
Aux revoyures, peut être,
dans les champs d’éternité,
nous tiendrons nous par la main,
par le cœur,
ou chanterons nous, mon père,
les psaumes de la désespérance ?
Raconte-moi le jour,
là-bas, chez moi en Iran,
il fait nuit en pleine vie
on coupe les cheveux
on crève les yeux
on arrache le cœur des vivants
on mange le rêve en sauce mollah.
Avec mes yeux,
ma peine
regarde.
Ils on fermé le monde,
tué les livres,
mis de l'obscur sur l'avenir,
jeté le crime sur la raison.
Je marche à la recherche
de cadavres,
les miens.
Trente mille des miens
attendent.
Avant de les mettre en terre,
Il faudra racheter leur corps
Trente mille d'entre eux attendent
que je les libère de l'oubli. Ils attendent
que je ferme ma mémoire.
Dans la douleur d'être un homme déchiré, je réitère ce ressenti, je suis frère de l'herbe et du sang.
Je mesure l’odeur de l’herbe, la larme de sève à mes chaussures, la goutte de sang à la blessure du monde. La vie est une béance plus grande que l’univers. J’avance, l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles ; j’avance l’œil moins grand que l’infini ; je tutoie le vent et l’arbre. Des miettes de mes ancêtres s’y promènent, s’y reposent, se marient à l’écorce des arbres, à l’écorce du vent et au parchemin de mes rêves. J’avance l’œil sur l’horizon et je bois le soleil, et je bois la plaine. J’arpente un chant d’oiseau, un rêve de givre et de futur, un rêve de passé. Où es-tu ? Qui es-tu ? Toi dans l’ombre de mes pas : un arbre qui me regarde, un oiseau plus haut que le ciel, une étoile perdue dans les années lumière. Une larme de sève à mes chaussures, j’avance à ma rencontre.
Quand je sauve une abeille tombée à l’eau, un oiseau prisonnier des griffes de mon chat, le petit homme raisonnable, celui qui se croit si grand qu’il pense que la terre n’est pas assez grande, qu’il faut coloniser l’espace, le petit homme raisonnable rit. Il croit que certaines vies sont infimes. Je ne suis pas raisonnable, toutes ces vies me sont indispensables comme l’enfance, comme le rire. Toutes vont à mes côtés comme une partie de moi. Je suis un fils du ciel et du vent. Inlassablement, je scrute à la recherche de l’ancêtre, l’ancêtre homme, l’ancêtre brindille, l’ancêtre poisson, l’ancêtre amibe. Je cherche l’ancêtre du rêve, le premier frisson de la goutte d’eau.
L’homme raisonnable n’en a que faire, il règne dans une jungle de marchands de papier, de marchands d’hommes, de marchands de vies, de marchands de biens. Il règne sur les territoires de la monnaie.
Je parcours la vie en indigène. Je suis d’un ailleurs de paix si incompréhensible aux hommes raisonnables que leurs cartographes s’y perdent. Dans mon monde, j’habite avec des abeilles, des chats et du ciel, aucune place pour les marchands de terre, aucune médaille pour les spéculateurs de l’opulence. La terre, même captive, même soumise, même arrachée à la nature, violée, lapidée, empoisonnée de chimie, reste et restera un morceau d’univers indigène. Ma Terre pleure quand vous la détruisez, elle est mon manteau, ma parure, ma vie, mon tombeau.
Mesurez-vous l’odeur de l’herbe, le chant de l’oiseau, la douleur de l’arbre, quand vous abattez la forêt, quand vous goudronnez ?
Vous parcourez la vie à la hussarde. Vous évaluez l’oiseau, l’arbre et le chant, en poids, en profit. La bête n’est plus la bête, dans votre regard elle devient viande. La forêt n’est plus la forêt, dans votre regard elle est stères, mètres cubes, charpentes, charbon, copeaux. L’homme n’est plus homme, dans votre regard, il est bras, sueur, consommateur et machine exploitable. Vous oubliez que le chant, l’odeur et l’horizon, sont ma richesse.
Vous en tirez vanité. Le reste n’est que dégâts collatéraux.
J’avance l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles. J’avance l’œil moins grand que l’infini. Je tutoie le vent. J’attends que l’arbre me parle. J’attends que cesse le tumulte.
La vie est une béance plus grande que l’univers.
Je suis frère de l’herbe et du sang.
JMS - In "Plus frère que frère" - Editions Chemins de Plume - 13.50 Euros (réimpression)