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Croiser l'Infini

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

*
Parcourir l’étonnement d’un regard,
entrer dans un coin de jardin
comme on entre dans le cosmos.
Dans la clarté du matin,
découvrit la fleur aux couleurs fuchsia
mini galaxie dans l’explosion des lumières,
fragment d’étoile tombé sur la terre.
Pourquoi cette beauté ?
Pour qui cette architecture ?
Pour quel regard avant que l’homme n’existe,
avant que n’arrive l’indifférence au sacré du monde,
avant que ne viennent des passants
d’une éternité silencieuse ?

Homme, toi qui te crois destinataire
des architectures du cosmos,
qui crois que l’étoile brille pour toi,
que la fleur t’offre sa couleur,
que l’animal t’appartient,
que tu peux couper, prendre, posséder,
que sais-tu du regard premier,
toi qui n’es qu’une vibration parmi d’autres,
une particule consciente dans l’infini du vivant ?

Toi qui oublies que le virus
peut renverser ton empire,
qui ne sais que dans l’infini et dans le minuscule
se cachent des univers, des forces invisibles 
plus anciennes que tes dieux,
apprendras-tu la cohabitation avec la vie,
avec le chant des fleurs,
le bruissement des feuilles, 
le bavardage des oiseaux,
et tout ce qui respire, 
pulse, vibre, dans l’immense ?

La croyance t’extirpe du Tout,
elle te fait oublier que nous ne sommes qu’un regard,
une poussière consciente, un souffle dans la matière.
Mais nous ne sommes qu’une particule du Grand Tout,
aussi fragile que la feuille des arbres
qui tombe pour laisser place à autre chose.
Nous sommes une part de la matière,
une étincelle dans l’univers vivant,
une production de la lumière,
un instant du cosmos qui se cherche dans l’infini.

*

 

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La vie sans paillasson ou l’enfant suicidaire

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Quand mars fut venu
funambule aux clairières du non être
j'hésitais


Minuscule fagot cellulaire
à peine lié à un souffle de vie
je m'attendais


Sans essuyer mes rêves au paillasson des étoiles
j'ai replié la nuit
fermé l'ailleurs
sans clef, sans certitude
j'ai ouvert la vie
et le bruit est venu


Mon premier mot fut un cri sans larme
un effroi
une attente de nuits éternelles
et de soleils vagabonds
entre le sel et les herbes amères
aux encornures du vacarme
je découvrais le jour
et les frontières de la raison


Précocement, j'appris la larme funambule
et les soubresauts de la douleur


De loin
j'imaginais une mère en rires
les frissons torsadés de l'amour
des clairs de joies sous des cascades de lune
De loin
J'imaginais l'innocence du bonheur
dans les ailleurs du monde
Déjà
à l'ombre hachurée des persiennes
je me disais : n'aie pas peur du voyage
avant de vivre tu as déjà connu la mort
J'étais l'enfant du noir espoir
l'adolescent du non espoir


Comme des larmes de mère
l'épine du devoir
enfermait ma vie
funambule du vivre
dans l'odeur du néant
je creusais l'hiver pour en extraire le soleil
j'attendais que passe le jour
je cherchais le jardin des âmes


Sur fond de mort
sur fond de guerre
j'attendais que la vie se lasse


Dans l'hiver algérien j'écoutais Lorca
je cherchais le sens
j'attendais que les jours passent
j'attendais
je cherchais à être


On ne vit pas sans s'attendre
je m'attendais


Et si, de ce passage ici, il reste quelque chose
je ne veux emporter que la lumière d'un rire.
Au paillasson des étoiles, j'essuierai mes peines.

 

JMS - in "Derniers délires avant inventaire" 

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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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Derniers paramètres de la conscience

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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Retour

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Me revoilà
Si mon absence a été partiellement due à une panne d’ordinateur, depuis quelques mois je me suis surtout livré à une excursion intérieure. J’ai affirmé ma vocation de spéléologue du voyage intérieur, d’explorateur de la Question, de ce que depuis longtemps, dans ma poésie, je nomme le Mystère majuscule.
Un étrange besoin s’est saisi de moi : que se tient-il de l’autre côté des apparences ?
Désolé si, à cette interrogation, je ne peux donner le nom de dieu ; si je ne parviens pas à réduire cette infinie question à l’image d’un petit enfant posé sur les genoux d’une dame ou croire que notre univers et notre Terre seraient nés en six jours, juste avant l’arrivée d’un grand-père universel, cet Adam trop curieux ou trop gourmand qui aurait cédé au fruit défendu.
Désolé aussi pour ceux que cela pourrait choquer si je qualifie de démences consenties toutes les soumissions aux mythologies du sacré et aux cosmologies explicatives.
Sur la cosmo-route des savoirs, en quête de possibles et de certitudes, je me suis appuyé sur la physique. Dans ce dernier essai, « Derniers paramètre de la conscience », j’ai parcouru le chemin qui va de l’instant zéro de notre univers : du Big Bang à la lumière, de la lumière aux particules et des particules à l’atome qui, en structurant ses architectures et ses géométries, ouvre les formes primaires et essentielles. Dans leur périple, de la rencontre de l’hydrogène et de l’oxygène devenus eau, naitront les vies primitives. 
Je les ai suivies jusqu’à ce que, au fil de milliers de millénaires, elles engendrent l’animal — et ce que mon essai nomme l’homnimal. Cet être primaire, mû par ses nécessités de survivre, de procréer, de dominer, de posséder… jusqu’au jour où, par le mot, il dépasse l’image, devient porteur d’intangibles ressentis, et entrouvre la porte de la conscience.

jms

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Retour en tristesse dix ans plus tard

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parce que la haine reste l'arme des fanatismes, parce que ce jour s'y prête, ce souvenir d'un 14 juillet à Nice, où sous la joie assassinée, la mort jouait, aiguisait ses dents, prête à saigner l'avenir. En hommage, ces personnages du grand Slobodan, artiste peintre (rue de la Poissonnerie à Nice) et ce poème mémoriel écrit .

Aux anges et aux survivants

À Nice
la musique a une odeur myosotis
parfois rouge
parfois noire
les anges ont quitté leur baie
les anges ont migré
ici et partout
ils donnent aux misères d'hier
du cœur
et jettent l'amour
sur les soleils de demain
Autour du kiosque
la musique a une odeur de myosotis


Voyageur
à Nice
l'amour refuse le naufrage
à Nice
le ciel a la couleur des cœurs

JMS


in Nissa-Nice, voyage côté rêve
 

 

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La mort

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

(L’homme de Bel-Abbès)

 

La mort,

c'est ce chat qui m'attend

dans une rue de Sidi-Bel-Abbès

pour me dire que les fleurs étranglées

ont écrit des zéros

 

La mort,

c'est cette belle vitriolée

par l'Amour, par le Temps,

par les crèves et les chemins de détresse

jouant aux dames derrière le carreau

 

La mort,

c'est se revoir sur un banc au collège

chez les marchands de mensonge

avec son copain qu'est devenu un autre

 

La mort,

c'est ce marchand d'étoiles

sorti d'un manège

qui joue de la déchirure mémoire

et de la gomme à songes

 

La mort,

c'est quand on n'est même plus un autre.

 

La mort,

c'est ce chat qui m'attend

dans une rue de Sidi-Bel-Abbès

 

JMS

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Algérie, le chemin où le loup guettait

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Le cristal de l’enfance s’ébrèche quand vient le loup. L’hiver 1954, le loup guettait quand il prit Grand-père. Aucun rire, aucun blagueur ne résiste à son l’appel. Même Sethi, le vieux Sethi, celui qui lui rendait visite, l’ami, aussi revenu du Chemin des Dames, l'avait rejoint avec son tablier de pauvre et sa béquille. Longtemps qu'il toussait des restes de gaz moutarde, longtemps que le cri du fauve soufflait dans ses vieilles bronches.

C'était un temps où la campagne grondait comme une souricière. La mort avait de longues dents.

À 8 ans, à la Toussaint, j’ai su que nous habitions la tanière du loup. À 8 ans, j’ai su qu’il n’y a pas d’âge pour être grand, ni d’âge pour être enfant. À 8 ans, j’ai appris que vouloir être qui l’on est, suffit. À 8 ans, j'ai compris que la destination m’était moins importante que le chemin.

Grand-mère avait la patience de ceux qui partent. Le secret habitait sa maison. Lorca la faisait pleurer, des noms jaillissaient du noir. Je n’ai jamais su s’il avait été utile à mon père de vouloir être plus fort que ses peurs d'homme, je n’ai jamais su ce qu’il savait du bonheur, il était mon père.

Depuis le premier hurlement du loup, je n’ai jamais cessé d'être le petit garçon qui en a peur, le petit garçon qui sait que, jusqu'au bout, il lui faudra se battre pour mériter la vie.

J’ai toujours su qu’il me faudrait parcourir cette brisure d’éternité où seule la beauté rassure. Tout cela, je l’ai appris en regardant le ciel d’Algérie et ses hirondelles hiéroglyphes courir entre le silence de mon père et l’aridité des peurs.

Depuis, le loup a tout mangé, les amis ont essaimé loin d’une enfance devenue étrangère, mon père est parti, et ma mémoire est un pays d'exil. Sur ma route de Poucet, si vieux que je sois, il me faudra encore semer des mies de beautés et des croutons de douceurs, si les oiseaux les mangent, plus fort que mes peurs je ferai canard et chanterai le bonheur d'être encore là.

Il y a longtemps que je le sais : les imbéciles ne croient pas au loup.

jms

Publié dans Mémoires d'Orient

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Que devient l’attente ?

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Que devient l’attente
quand même le silence renonce à la lumière
quand l'homme face à ses désarrois 
oublie ses nostalgies  

J'ai oublié la mère, le chat premier 
et les printemps de l'amour 
Le ciel était trop lourd

Oubliés ces matins
où le goût du café au lait
teintait d'une voix qui disait : 
"Ne sois pas en retard"
sur le pas de la porte, 
suivait le coup de peigne dans les cheveux

Oublié le cliquetis des talonnettes de fer 
quand la chaussure ressemelée
martelait les chemins de l'école

J'ai l'amnésie si vaste 
qu'au jeu des qui suis-je
mon nom se cherche

Je me suis perdu 
dans les placards de l'enfance
à attendre le regard d'un père

Le temps est si vaste 
qu'encore je cherche mes copains
un chien que je n'ai pas su aimer
un chat que j'ai trop aimé
l'heure de la dictée
et la règle sur les doigts

Et le temps et le vent  
à l'érosion de l'être
n'y peuvent rien

Dans la lucidité d'être
je parcours le temps des regrets 
et des attentes

Parfois je me parle, 
dans le miroir je me demande :
"Quand reviendras-tu ?"
Seul un souffle de nuit
me répond :
"L'hiver arrive"

JMS

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Comme Poucet

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Demain dans les clairs de nuit, 
à la remontée des rêves, 
j'irai chercher l'étincelle oubliée en chemin, 

Comme Poucet,
 j'irai questionner la pierre des souvenirs 
et ce qu'il me reste de jours.

Trouverai-je cette source des destinées
où mes pensées cherchent la naissance du cri ?

Ai-je assez aimé, assez dit je t'aime ? 
Ai-je assez voulu sauver la joie ? 
la fraternité, le monde ?

La Question, ce galet d'incertitude 
qui ricoche sur mes vagues à l'âme,
ouvre des vides abyssaux. 
Les poissons poisons s'y noient
dans des incantations à l'espoir.
Comment pourrais-je les consoler
devrais-je leur parler de mon nounours,
de ma Baghera, oubliés dans des lits d'enfance ?

Devrais-je leur dire : attendez-moi j'arrive ?
Répudier ma mémoire ?
Écrire et dire, haut et clair : je suis d'ici et de maintenant ?
Ne plus brader mon souffle, aimer ce qui mérite de l'être ?
Être au côté de l'avenir des enfants, du côté du futur ?
Et enfin être la part de moi que je suis venu accomplir ?

Roule la Question du sens et de la vie,
Résonne ce silence qui ricoche sur mes vagues à l'âme.

Demain, dans les clairs de nuit, 
j'irai chercher l'inaltérable étincelle oubliée en chemin.

JMS

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