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Jean-Marc La Frenière : LA MÊME PÂTE

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Les jours de paranoïa, je me demande combien ils sont dans ma peau à vouloir me faire la peau, à troquer la chair des mots pour le cuir d’un cahier. Les faux pas mènent plus loin que les marches militaires. Des pensées frôlent ma tête sans déplacer un cheveu. La fumée est-elle plus libre que le feu ? Les deux obéissent au vent. À tant guetter les choses de la terre, les yeux finissent par s’ouvrir. Ils montent vers le ciel. Ce qu’on fait semblant de voir finit toujours par se voir. Sans invisible, on ne verrait plus rien. Les marins qui ont le mal de mer naviguent sur les mots. J’utilise l’aphorisme lorsque j’ai peur des mots, de me noyer dedans, de crouler sous les phrases, de dérouler un fil qui ne s’attache à rien. J’écris à quelques sous de l’essai, en-deçà du roman, à quelques pas de l’absurde. J’écris avec des mots trempés à l’eau salée de la souffrance, des mots aborigènes faisant flèche de tout bois, des pouces de maçon sur la pensée du plâtre, des mots de saint glin-glin disparus de la carte, des mots de cuir usé, des mots de brousse dans le creux des formules, des mots qui s’ouvrent comme une fleur au cimetière des livres, des mots qui roulent de gros yeux, des mots de chat de gouttière et de tam-tam indien, des mots faisant la gueule dans la lâcheté du monde, des mots comme des poings s’ouvrant à la caresse, des mots d’électron libre dans l’alphabet des choses. J’écris comme un enfant retient son souffle pour éloigner la peur et ses fantômes. J’avance du pas des bœufs jusqu’à la transhumance. Là où la fragilité se colletaille avec le dur des choses, là où la vie a faim, la poésie peut lui servir de pain. L’air n’est jamais vide. Lorsque l’eau se met à nu, on voit ses muscles tressaillir. Le vent est transparent au milieu des oiseaux. Le vent n’attend jamais. Il balaie quand il veut. Un arbre est toujours plus qu’un arbre. Le temps est une grande maison ouverte sur le temps. Chaque paysage a son propre visage. De la risette aux rides, il change selon les yeux qui le regardent. Des milliers de points se rejoignent partout en dessinant le monde.
Même en écrivant, il m’arrive d’être ailleurs sans quitter ma plume, devant la mer, sur un sentier de peaux-rouges, dans un sous-bois aux odeurs grosses comme un homme, sur la branche d’un arbre au milieu des oiseaux. Lorsque les yeux du vent s’élargissent, on voit danser les branches, les vagues se dresser comme des poils sur la peau du lac. On entend les éoliennes gronder et mordre le silence. Leurs moignons tournent en vain au sommet des montagnes tuant la paix du paysage. Mes regards volent jusqu’à loin, poursuivant les nuages et l’écume supersonique des avions sur le tarmac du ciel. Au bout d’un peu, je regagne la page. Tant de forces secrètes agitent la navette dans les fils du monde. Il faut tant d’humus, d’émotions, de larmes, de caresses pour le fruit rouge du cœur. Mon pouls bat du même pas que je marche. Le temps varlope les secondes pour alléger le gros des choses. Le temps a son travail tout tracé. On s’en arrange comme on peut. Lorsque le vent est comme de l’eau, les milles bouches de la terre agrandissent les lèvres. Il n’y a pas que l’air qui touche à tout. Les mots se frottent à chaque atome, à chaque pierre, à chaque main. De partout, on entend le bruit de la vie, le pas des fourmis, la montée de la sève, le gros bourdon des taons, le sifflement des merles, même la chlorophylle silencieuse, le craquement des os, le chant que fait la soupe quand elle bout, l’odeur des saisons, l’automne avec ses arbres en bras de chemise, l’hiver dans sa pelisse blanche comme un grand chien couché, son museau dans les cendres, l’été en calicot de fleurs, le printemps où tout éclot, de la peau des graines à celle des bourgeons. En lisant, c’est la vie aussi qui entre en moi, par la science du texte, le sexe de la forme, le poids des mots, la soif des images, le grain des métaphores sur la peau de la page, l’encre à la préscience des insectes, l’alphabet gorgé de sens tout autant que de sensualité, son allégresse tout autant cosmique qu’élémentaire.
Il m’arrive de lire dans les herbes, d’écrire sur la neige, tournant les pages avec des gants, de brouiller l’eau des mots avec la rame d’un crayon. L’écriture fait passer les formes de vague en vague, de main en main, de nuage en nuage. Des doigts du boulanger à celle d’un pianiste, c’est la même pâte qui lève sous la levure du temps, celle du blé rejoignant celle du son. Le monde existe par la vie qu’on y met, par le soleil et l’eau, par la sève et le fruit. Celui qui ne boit pas aux mots en aura soif toute sa vie, sans savoir de quoi, sans apprendre pourquoi. Il faut entrer dans l’écriture dans un semeur dans son blé, une femme dans son ventre, un homme dans ses muscles, une jambe dans ses pas, un oiseau dans son vol. Il faut parler avec ses mains tout autant que sa voix, entendre avec les yeux, toucher la terre avec sa tête, mettre du sel de mer dans la soupe du rêve. Chaque parole a son poids de chair, de sang, de sueur, ses goûts et ses odeurs comme un gros paquet d’herbes. Les arbres, les racines, les sèves, les oiseaux, les pierres, les renards, les abeilles, les fleurs, même les hommes, vivent serrés grain à grain comme un immense fruit. La peau touche à l’écorce. Le ventre de la terre touche au ventre du ciel. Au déplié du vent, le mou de l’air s’endurcit. Parfois mes phrases partent à la volée, allant de ci de là. Je les retrouve dans un coin quêtant le pain de mots. Où que l’on soit, la vie est là tout autour.

9 janvier 2014

Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans :  Poésie - http://lafreniere.over-blog.net

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De Jean-Marc La Frenière : Il ne faut pas désespérer

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Il ne faut pas pleurer sur l'homme
mais lui apprendre l'espérance.

Il ne faut pas craindre la mort
mais apprendre à aimer.

Il ne faut pas désespérer
mais relire Bobin et le gitan Kerwich.

Il ne faut pas prier dans une église
mais à la messe des cigales.

Il ne faut pas vêtir l'enfant dans un habit de cendre
mais redonner aux vieux leurs billes et leur ballon.

La tendresse n'est pas dans les mots que l'on dit
mais les gestes qu'on pose en façonnant les choses.

Il ne faut plus compter les heures
mais boire l'eau des contes
et relever les fleurs piétinées par la horde.
Ne pleure plus maman.
Je veux t'embrasser dans la distance

De la vie à la mort,
te tricoter des mots comme des bas d'hiver,
des kilomètres de laine protégeant de la haine.
Je veux te dire je t'aime
pour toutes les fois où je ne l'ai pas dit.

Jean-Marc La Frenière

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Sidérante, un texte d'Ile Eniger

Publié le par Ile Eniger

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Jours après nuits, cette paroi lisse, muette. Et l'aiguille du vent qui gifle le ciel absent. Le silence a fermé sa porte où se cassent les ongles et la douleur. Où es l'amour maintenant ? Le manque fatigue comme un jour sans soleil. La voix est rouge d'avoir crié. Elle tombe entre les doigts. Où es ce qui ne laisse plus de traces ? Un deuil de neige sale transite entre les mots. L'été gèle à l'éperon du vide. La parole pleure doucement. Un jour d'été, entre midi et deux, une brûlure jusqu'à la lumière a surgi, sidérante de fin et de commencement.

Ile Eniger - Les pluriels du silence - (à paraître)

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De Ile Eniger, : Tu es la-bas

Publié le par Ile Eniger

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Tu es là-bas, errant entre les murs et le pauvre jardin qui t'enserrent. Entre le vide et tes gestes qui n'en sont plus. Tu ne sais plus ton nom, ni le mien, ni ce que nous avions tissé. Tu ne sais plus rien. Tu es fantôme coincé entre les mondes, trimballé de dérives en oublis. Depuis des années  ton existence a déserté ta vie. Les autres peuvent garder leurs raisonnements, leurs conseils ! Bien à l'abri de la douleur, que savent-ils du gouffre de l'absence, de l'insidieux abandon, de l'enveloppe vide, des jours déteints ? Encore un printemps dont tu ne sais pas qu'il est printemps. Encore ces jour après jour qui nomment l'abîme, la vacuité de l'exil. Et moi, seule à penser à toi qui manques. Et moi, seule et de roc fragile, qui veille sur le chat et l'amour. Et moi, seule à parler à nos roses.

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Sur un fil

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Quand l'idée du bonheur
se jette sous le train
à 5 heures du matin.

Quand l'infini bascule
du côté noir des choses
à 5 heures du matin.

Quand un fleuve d'oiseaux
perd ses vagues en volant
à 5 heures du matin.

Quand la fiancée des fleurs
perd sa bague d'odeurs
à 5 heures du matin.

Quand on marche sur un fil
qui ne tient plus à rien
à 5 heures du matin.

Quand la chair des mots
n'est qu'une peau de chagrin.
Quand le cuir des bottes
n'est qu'une chair de poule.

Quand le sommeil abat ses rêves
comme des cartes truquées
 5 heures du matin.

Quand personne ne m'attend.
Quand les morts me rejoignent
À 5 heures du matin.

J'invente à l'espérance
une sœur jumelle.

Jean-Marc La Frenière

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Le bruit et la fureur

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Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes.

Jean-Marc La Frenière

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Encore une fois de Ile Eniger dans, "Les pluriels du silence" (à paraître)

Publié le par Ile Eniger

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Un soleil neuf réveillait la blondeur des pierres. Le matin poussait le volet de la chambre bleue. Un air frais de jardin souverain s'avançait, lavait le regard. Ton sourire m'attendait porteur d'une odeur de café. Des effluves de thym, romarin et lavande entraient avec toi dans la maison. Ton baiser ouvrait ma journée. Tes gestes arrondissaient l'heure. Tous mes matins ainsi fleurissaient. Retenir ces images. Juste un moment. Sentir ton épaule solide et accueillante. Parcourir avec toi la transparence des oliviers, la terre fertile du potager, le babil des mésanges. Ratisser le pied des lilas, respirer ensemble les roses anciennes, revoir le chat courir après les libellules. Et attendre avec toi la rougeur des cerises, un goût de bonheur sur la langue. Juste un moment, amender l'indigence des jours pour goûter, encore une fois, la douceur des mûres au jardin.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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Ile Eniger - Extrait de "Les pluriels du silence (à paraître)"

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Les mains vides de mots, elle touche aux heures sans paroles. Plus rien ne précipite un élan, un désir. Elle écoute le printemps qui a sûrement quelque chose à dire, à transmettre. Ce ne sont pas des murs qui entourent son jardin, mais une fatigue de longue nuit. Ô cette fatigue qui retient les jonquilles au ras du sol. Elle s'appuie sur la lumière dorée qui éveille plus tôt le jour. Un souvenir de caresses ponctue ses gestes. Du linge claque au vent comme un ange qui sèche. Des mésanges font la fête aux graines. Un chien aboie dans le lointain. Elle ressemble au soleil qui dort en rond sur le paillasson de l'entrée. Elle n'a plus d'âge.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître) 

insula.over-blog.net/

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Ile Eniger : Cette lettre

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Cette lettre

Cette lettre est pour toi. Vieux chat au soleil blanc d'une presque dormance. Penser, écrire, dire, être, cette lettre en frissonne. Brindilles d'air, pailles brûlées des jours, quelque chose palpite qui maintient le vivre. J'ai froid, j'ai froid. Tes gestes manquent aux miens pour les réchauffer. Blottie entre les lignes, je suis si loin, si près. L'alphabet de ton absence assemble des mots. Consolation.  Sous la lueur bleue de la fenêtre, je t'écris. Le jasmin penche vers le seuil. Quelques oiseaux ouvrent le matin.  Une odeur de café et d'encre respirent la vie naturelle. Je t'écris pour me souvenir de ta main. Au bois des étagères, des livres parlent de choses, de vies,  d'amour. Cette lettre aussi.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

http://insula.over-blog.net/

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Chaque pas

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Du train où l’on s’en va
chaque rail s’égare vers une gare absente.
Chaque pas est une épine
sur la fleur de l’âge.
Chaque pas soulève la poussière
sur le tapis du cœur
usé jusqu’à la corde.

Sur le chemin des hommes
chaque pas est une mort.
Chaque pas est une phrase trahie
sur les carnets de l’âme.
Chaque pas est un mot
que l’on n’ose plus dire.

Chaque pas est un clou
sur le bois de l’angoisse.
Chaque pas est un cri
dans la mémoire du silence,
rarement une miette de pain, une goutte d’eau
sur le plancher des vaches.

Dans l’ombre où les chiens lèvent la poussière,
lèchent la plaie,
lâchent la proie pour l’ombre,
chaque pas est un os
dans la gueule des ombres.

Chaque pas est une balle
dans le pacage des moutons.
Chaque pas est un éclair
dans le ciel des vautours,
un éclat dans la chair.

Un jour je l’espère
chaque rêve durera plus longtemps que la nuit,
chaque main retrouvera son autre main
et les os de la vie une chair de lumière.

Jean-Marc La Frenière

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