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Quand la grisaille ouvre les nostalgies, Je pense à toi Lennon,

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.

Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.

Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.

Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.

Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !

Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.

Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.

Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.

Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.

Je pense à l’Île de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.

Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.

Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.

Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.

Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur.

JMS


1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam

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Quand crisse le neurone

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand crisse le neurone, je vois ma vie qui passe,
fétus de cris, de mots, 
de désirs et de rêves écornés. 
Il y a du vent dans ma caboche, et si je ne me cherche plus, 
c’est qu’inlassablement je m’explore, 
me cogne à la question, me heurte à la réponse, 
j’ébrèche mes certitudes.

Qui suis je quand je sors de moi pour entrer chez les vivants, 
dans leur univers tapioca où le caviar ne me côtoie pas, 
où l’on dépiaute la misère pour nourrir les riches, 
où la vie — ma vie — inexorablement, incurablement,
me mène vers le silence des rires ancestraux.

Où vous êtes vous perdues, mes ombres d’éternité ?
Depuis si longtemps que je découds le temps 
pour te connaître, mon père ?
Alors je marche, je cours, je pleure, 
où sont passés mes rêves ?

Je croyais en l’humain, 
mais la bourse a ses échelles 
et la mémoire ses fantasmes. 
Pourrais je encore vivre parmi les hommes, 
tous les hommes ?

Mémoire, qu’as tu fait de l’humanisme ? 
On arrache les âmes à Téhéran, 
à Lyon, on défenestre au nom d’une sourate, 
il pleut des drones sur Kiev. 
La fissure déchire l’espoir 
et ma route se perd dans l’incertain.

Partout où passe l’arme à gauche, 
là où la mort joue le trépas, 
j’ai l’âme en larmes.
Le ciel me dépasse, 
le calendrier déverse mes décennies, 
la lucidité émiette mon optimisme 
et j’ai peur de l’avenir qui se dérobe.

Aux revoyures, peut être, 
dans les champs d’éternité,
nous tiendrons nous par la main, 
par le cœur, 
ou chanterons nous, mon père, 
les psaumes de la désespérance ?

JMS 15/02/2026

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Mort par désespoir

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Raconte-moi le jour,
là-bas, chez moi en Iran,
il fait nuit en pleine vie
on coupe les cheveux
on crève les yeux
on arrache le cœur des vivants
on mange le rêve en sauce mollah.

Avec mes yeux,
ma peine
regarde.
Ils on fermé le monde,
tué les livres,
mis de l'obscur sur l'avenir,
jeté le crime sur la raison.

Je marche à la recherche
de cadavres,
les miens.

Trente mille des miens
attendent.
Avant de les mettre en terre,
Il faudra racheter leur corps

Trente mille d'entre eux
attendent
que je les libère de l'oubli.

Ils attendent
que je ferme ma mémoire.

Trente mille
m'attendent.

JMS

 

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Frère de l’herbe et du sang

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Dans la douleur d'être un homme déchiré, je réitère ce ressenti, je suis frère de l'herbe et du sang.

Je mesure l’odeur de l’herbe, la larme de sève à mes chaussures, la goutte de sang à la blessure du monde. La vie est une béance plus grande que l’univers. J’avance, l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles ; j’avance l’œil moins grand que l’infini ; je tutoie le vent et l’arbre. Des miettes de mes ancêtres s’y promènent, s’y reposent, se marient à l’écorce des arbres, à l’écorce du vent et au parchemin de mes rêves. J’avance l’œil sur l’horizon et je bois le soleil, et je bois la plaine. J’arpente un chant d’oiseau, un rêve de givre et de futur, un rêve de passé. Où es-tu ? Qui es-tu ? Toi dans l’ombre de mes pas : un arbre qui me regarde, un oiseau plus haut que le ciel, une étoile perdue dans les années lumière. Une larme de sève à mes chaussures, j’avance à ma rencontre.

Quand je sauve une abeille tombée à l’eau, un oiseau prisonnier des griffes de mon chat, le petit homme raisonnable, celui qui se croit si grand qu’il pense que la terre n’est pas assez grande, qu’il faut coloniser l’espace, le petit homme raisonnable rit. Il croit que certaines vies sont infimes. Je ne suis pas raisonnable, toutes ces vies me sont indispensables comme l’enfance, comme le rire. Toutes vont à mes côtés comme une partie de moi. Je suis un fils du ciel et du vent. Inlassablement, je scrute à la recherche de l’ancêtre, l’ancêtre homme, l’ancêtre brindille, l’ancêtre poisson, l’ancêtre amibe. Je cherche l’ancêtre du rêve, le premier frisson de la goutte d’eau.

L’homme raisonnable n’en a que faire, il règne dans une jungle de marchands de papier, de marchands d’hommes, de marchands de vies, de marchands de biens. Il règne sur les territoires de la monnaie.

Je parcours la vie en indigène. Je suis d’un ailleurs de paix si incompréhensible aux hommes raisonnables que leurs cartographes s’y perdent.  Dans mon monde, j’habite avec des abeilles, des chats et du ciel, aucune place pour les marchands de terre, aucune médaille pour les spéculateurs de l’opulence.  La terre, même captive, même soumise, même arrachée à la nature, violée, lapidée, empoisonnée de chimie, reste et restera un morceau d’univers indigène. Ma Terre pleure quand vous la détruisez, elle est mon manteau, ma parure, ma vie, mon tombeau.

Mesurez-vous l’odeur de l’herbe, le chant de l’oiseau, la douleur de l’arbre, quand vous abattez la forêt, quand vous goudronnez ?

Vous parcourez la vie à la hussarde. Vous évaluez l’oiseau, l’arbre et le chant, en poids, en profit. La bête n’est plus la bête, dans votre regard elle devient viande. La forêt n’est plus la forêt, dans votre regard elle est stères, mètres cubes, charpentes, charbon, copeaux. L’homme n’est plus homme, dans votre regard, il est bras, sueur, consommateur et machine exploitable. Vous oubliez que le chant, l’odeur et l’horizon, sont ma richesse.

Vous en tirez vanité. Le reste n’est que dégâts collatéraux.

J’avance l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles. J’avance l’œil moins grand que l’infini. Je tutoie le vent. J’attends que l’arbre me parle. J’attends que cesse le tumulte.

La vie est une béance plus grande que l’univers.

Je suis frère de l’herbe et du sang.

JMS - In "Plus frère que frère" - Editions Chemins de Plume - 13.50 Euros (réimpression)

Publié dans Plus frère que frère

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Culture héritée et asservissement des subconscients

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Comment faire appel à la raison alors qu’au plus profond de nombre d'entre nous, l’éducation religieuse s’érige comme une vérité absolue, un fait intangible dont il est interdit de douter sous peine de blasphème contre la source de l'infaillible vérité ?

Pourtant, chacun, y compris le croyant et le monothéiste, devrait s’interroger sur cette croyance traditionnelle qui, selon la généalogie biblique, affirme que le premier homme est apparu il y a seulement 7000 ans !

Certains, en dépit des idées promues par le monothéisme, conviennent pourtant que la Terre n’est pas plate, et seraient même tentés de croire que nous sommes tous issus de l’évolution d’une cellule originelle apparue il y a des millions d’années. Si, comme je le crois, une ou plusieurs intelligences moléculaires ont permis l'apparition de la vie, elles ne peuvent donc qu’être liées ou issues du Big Bang.

À notre insu, une part de nous serait encline à rejeter le savoir vérifiable et la logique car, dès l’enfance, les enseignements nous ont enfermés dans la continuité d’un conditionnement culturel. Cette soumission à des croyances héritées s'érige trop souvent en bornages et barrières mentales où le doute devient trahison ou blasphème.

La sacralisation d'acquis hérités, n’est‑ce pas là une soumission crédule, une mise entre parenthèses de notre intelligence et de notre libre arbitre ? Cette acceptation, en n'induisant aucune remise en cause de l'enseignement reçu, n'est-elle pas une camisole qui n'est rien d'autre qu'une forme de démence consentie ? L'acquis des certitudes subconscientes imposées ne formatent-ils pas nos réflexes et comportements culturels ?

Les exactions des Djihadistes, de l’Inquisition, des hégémonies et impérialismes culturels ou de tout autre abus, en sont la preuve et témoignent de la perte de la conscience personnelle et compassionnelle que chaque humain devrait opposer à toutes formes de perversions culturelles instaurées, par exemple, les certitudes millénaires ayant fait de la femme un objet extrait de la cuisse de l’homme ! Cette aberration fait que dans le monde, des dizaines de millions de personnes considèrent les petites filles et les femmes comme des objets à dissimuler, et parfois même à tuer si elles osent s’émanciper de la loi du père !

Ce mal profond, répandu dans toutes les cultures, réside dans le fait que l'obligation de soumission à l’appartenance culturelle a toujours court-circuité la raison en imprégnant les inconscients collectifs. Des siècles après Augustin, l’antisémitisme demeure pour une partie de l’Occident chrétien, en raison de l'imprégnation des souvenirs premiers transmis, répétés, assimilés, dès l’enfance. Qui n'a pas entendu dire que "les Juifs avaient tué Dieu" ? Alors, comment s’étonner que des enfants, convaincus par des maîtres à penser, aient développé un ressentiment envers ceux qu’on leur désignait comme responsables de la souffrance divine ?

Face au réflexe identitaire, les hommes rationnels qui doutent ou refusent la parole d’un dieu omnipotent ayant élu domicile dans un lieu sacré comme Jérusalem ou La Mecque, continuent d’être persécutés, égorgés, décapités.

Pourtant les religions aident aussi à supporter le malheur et donnent un sens à l’insupportable bien qu'elles ne soient que des rumeurs historisées et remaniées, des paraboles soumises à la volonté des puissants qui ont perverti les messages moraux initiaux et asservi le réel pour en faire leur légende.

Face à ces subconscients inaltérables et aux certitudes qu’ils engendrent, que faire ?

L'homme en quête de conscience et de vérité n'a qu'une issue : se réapproprier le droit de comprendre, de comparer, et d'avoir un accès à une Histoire libre de toute directive d’interprétation.
Je crois en la conscience, en la science, en une histoire des faits qui ne se fonde ni sur la mythologie ni sur les certitudes aveugles, mais sur la recherche de la vérité et la compréhension de l’autre, hors haine, hors dogmes, hors obscurantisme.

Ce thème sera repris dans mon essai à paraître : "Derniers paramètres de la conscience ".

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