La complainte de la fleur et du lapin
La fleur disait au vent :
Je ne veux pas finir ma vie
comme une grenouille
qui chante au soleil,
comme un caillou qui dort,
comme un brin d’herbe
qui ne dira jamais
ce qu’il ressent aux étoiles.
Je ne veux pas être
un soupçon de vie
revenu trop tôt
à l’oubli des poussières.
Et le lapin,
assis dans l’ombre, réfléchissait.
Il se disait qu’il ne partirait pas
sans tenter de sauver le jour,
sans essayer au moins une fois
de tenir tête à la nuit.
Il regardait la fleur
comme on regarde un miroir fragile.
Il voyait dans ses pétales
tout ce qu’il craignait de devenir :
un souffle trop vite passé,
un silence de plus,
une vie qui n’aurait rien tenté.
Alors il dit :
Fleur, si tu trembles, je tremblerai avec toi.
Si tu veux parler au monde,
je creuserai pour toi un chemin jusqu’à lui.
Si tu veux défier l’oubli,
je porterai ton parfum plus loin que mes pas.
Et la fleur comprit
qu’on ne sauve pas le monde,
mais qu’on peut sauver un instant,
une lumière,
un geste,
un souffle.
Et que parfois,
cela suffit.
JMS 9/05/26
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