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Quand la grisaille ouvre les nostalgies, Je pense à toi Lennon,

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.

Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.

Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.

Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.

Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !

Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.

Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.

Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.

Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.

Je pense à l’Île de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.

Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.

Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.

Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.

Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur.

JMS


1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam

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Quand crisse le neurone

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand crisse le neurone, je vois ma vie qui passe,
fétus de cris, de mots, 
de désirs et de rêves écornés. 
Il y a du vent dans ma caboche, et si je ne me cherche plus, 
c’est qu’inlassablement je m’explore, 
me cogne à la question, me heurte à la réponse, 
j’ébrèche mes certitudes.

Qui suis je quand je sors de moi pour entrer chez les vivants, 
dans leur univers tapioca où le caviar ne me côtoie pas, 
où l’on dépiaute la misère pour nourrir les riches, 
où la vie — ma vie — inexorablement, incurablement,
me mène vers le silence des rires ancestraux.

Où vous êtes vous perdues, mes ombres d’éternité ?
Depuis si longtemps que je découds le temps 
pour te connaître, mon père ?
Alors je marche, je cours, je pleure, 
où sont passés mes rêves ?

Je croyais en l’humain, 
mais la bourse a ses échelles 
et la mémoire ses fantasmes. 
Pourrais je encore vivre parmi les hommes, 
tous les hommes ?

Mémoire, qu’as tu fait de l’humanisme ? 
On arrache les âmes à Téhéran, 
à Lyon, on défenestre au nom d’une sourate, 
il pleut des drones sur Kiev. 
La fissure déchire l’espoir 
et ma route se perd dans l’incertain.

Partout où passe l’arme à gauche, 
là où la mort joue le trépas, 
j’ai l’âme en larmes.
Le ciel me dépasse, 
le calendrier déverse mes décennies, 
la lucidité émiette mon optimisme 
et j’ai peur de l’avenir qui se dérobe.

Aux revoyures, peut être, 
dans les champs d’éternité,
nous tiendrons nous par la main, 
par le cœur, 
ou chanterons nous, mon père, 
les psaumes de la désespérance ?

JMS 15/02/2026

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Mort par désespoir

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Raconte-moi le jour,
là-bas, chez moi en Iran,
il fait nuit en pleine vie
on coupe les cheveux
on crève les yeux
on arrache le cœur des vivants
on mange le rêve en sauce mollah.

Avec mes yeux,
ma peine
regarde.
Ils on fermé le monde,
tué les livres,
mis de l'obscur sur l'avenir,
jeté le crime sur la raison.

Je marche à la recherche
de cadavres,
les miens.

Trente mille des miens
attendent.
Avant de les mettre en terre,
Il faudra racheter leur corps

Trente mille d'entre eux
attendent
que je les libère de l'oubli.

Ils attendent
que je ferme ma mémoire.

Trente mille
m'attendent.

JMS

 

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Frère de l’herbe et du sang

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Dans la douleur d'être un homme déchiré, je réitère ce ressenti, je suis frère de l'herbe et du sang.

Je mesure l’odeur de l’herbe, la larme de sève à mes chaussures, la goutte de sang à la blessure du monde. La vie est une béance plus grande que l’univers. J’avance, l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles ; j’avance l’œil moins grand que l’infini ; je tutoie le vent et l’arbre. Des miettes de mes ancêtres s’y promènent, s’y reposent, se marient à l’écorce des arbres, à l’écorce du vent et au parchemin de mes rêves. J’avance l’œil sur l’horizon et je bois le soleil, et je bois la plaine. J’arpente un chant d’oiseau, un rêve de givre et de futur, un rêve de passé. Où es-tu ? Qui es-tu ? Toi dans l’ombre de mes pas : un arbre qui me regarde, un oiseau plus haut que le ciel, une étoile perdue dans les années lumière. Une larme de sève à mes chaussures, j’avance à ma rencontre.

Quand je sauve une abeille tombée à l’eau, un oiseau prisonnier des griffes de mon chat, le petit homme raisonnable, celui qui se croit si grand qu’il pense que la terre n’est pas assez grande, qu’il faut coloniser l’espace, le petit homme raisonnable rit. Il croit que certaines vies sont infimes. Je ne suis pas raisonnable, toutes ces vies me sont indispensables comme l’enfance, comme le rire. Toutes vont à mes côtés comme une partie de moi. Je suis un fils du ciel et du vent. Inlassablement, je scrute à la recherche de l’ancêtre, l’ancêtre homme, l’ancêtre brindille, l’ancêtre poisson, l’ancêtre amibe. Je cherche l’ancêtre du rêve, le premier frisson de la goutte d’eau.

L’homme raisonnable n’en a que faire, il règne dans une jungle de marchands de papier, de marchands d’hommes, de marchands de vies, de marchands de biens. Il règne sur les territoires de la monnaie.

Je parcours la vie en indigène. Je suis d’un ailleurs de paix si incompréhensible aux hommes raisonnables que leurs cartographes s’y perdent.  Dans mon monde, j’habite avec des abeilles, des chats et du ciel, aucune place pour les marchands de terre, aucune médaille pour les spéculateurs de l’opulence.  La terre, même captive, même soumise, même arrachée à la nature, violée, lapidée, empoisonnée de chimie, reste et restera un morceau d’univers indigène. Ma Terre pleure quand vous la détruisez, elle est mon manteau, ma parure, ma vie, mon tombeau.

Mesurez-vous l’odeur de l’herbe, le chant de l’oiseau, la douleur de l’arbre, quand vous abattez la forêt, quand vous goudronnez ?

Vous parcourez la vie à la hussarde. Vous évaluez l’oiseau, l’arbre et le chant, en poids, en profit. La bête n’est plus la bête, dans votre regard elle devient viande. La forêt n’est plus la forêt, dans votre regard elle est stères, mètres cubes, charpentes, charbon, copeaux. L’homme n’est plus homme, dans votre regard, il est bras, sueur, consommateur et machine exploitable. Vous oubliez que le chant, l’odeur et l’horizon, sont ma richesse.

Vous en tirez vanité. Le reste n’est que dégâts collatéraux.

J’avance l’œil sur l’horizon, l’horizon sous les étoiles. J’avance l’œil moins grand que l’infini. Je tutoie le vent. J’attends que l’arbre me parle. J’attends que cesse le tumulte.

La vie est une béance plus grande que l’univers.

Je suis frère de l’herbe et du sang.

JMS - In "Plus frère que frère" - Editions Chemins de Plume - 13.50 Euros (réimpression)

Publié dans Plus frère que frère

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Culture héritée et asservissement des subconscients

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Comment faire appel à la raison alors qu’au plus profond de nombre d'entre nous, l’éducation religieuse s’érige comme une vérité absolue, un fait intangible dont il est interdit de douter sous peine de blasphème contre la source de l'infaillible vérité ?

Pourtant, chacun, y compris le croyant et le monothéiste, devrait s’interroger sur cette croyance traditionnelle qui, selon la généalogie biblique, affirme que le premier homme est apparu il y a seulement 7000 ans !

Certains, en dépit des idées promues par le monothéisme, conviennent pourtant que la Terre n’est pas plate, et seraient même tentés de croire que nous sommes tous issus de l’évolution d’une cellule originelle apparue il y a des millions d’années. Si, comme je le crois, une ou plusieurs intelligences moléculaires ont permis l'apparition de la vie, elles ne peuvent donc qu’être liées ou issues du Big Bang.

À notre insu, une part de nous serait encline à rejeter le savoir vérifiable et la logique car, dès l’enfance, les enseignements nous ont enfermés dans la continuité d’un conditionnement culturel. Cette soumission à des croyances héritées s'érige trop souvent en bornages et barrières mentales où le doute devient trahison ou blasphème.

La sacralisation d'acquis hérités, n’est‑ce pas là une soumission crédule, une mise entre parenthèses de notre intelligence et de notre libre arbitre ? Cette acceptation, en n'induisant aucune remise en cause de l'enseignement reçu, n'est-elle pas une camisole qui n'est rien d'autre qu'une forme de démence consentie ? L'acquis des certitudes subconscientes imposées ne formatent-ils pas nos réflexes et comportements culturels ?

Les exactions des Djihadistes, de l’Inquisition, des hégémonies et impérialismes culturels ou de tout autre abus, en sont la preuve et témoignent de la perte de la conscience personnelle et compassionnelle que chaque humain devrait opposer à toutes formes de perversions culturelles instaurées, par exemple, les certitudes millénaires ayant fait de la femme un objet extrait de la cuisse de l’homme ! Cette aberration fait que dans le monde, des dizaines de millions de personnes considèrent les petites filles et les femmes comme des objets à dissimuler, et parfois même à tuer si elles osent s’émanciper de la loi du père !

Ce mal profond, répandu dans toutes les cultures, réside dans le fait que l'obligation de soumission à l’appartenance culturelle a toujours court-circuité la raison en imprégnant les inconscients collectifs. Des siècles après Augustin, l’antisémitisme demeure pour une partie de l’Occident chrétien, en raison de l'imprégnation des souvenirs premiers transmis, répétés, assimilés, dès l’enfance. Qui n'a pas entendu dire que "les Juifs avaient tué Dieu" ? Alors, comment s’étonner que des enfants, convaincus par des maîtres à penser, aient développé un ressentiment envers ceux qu’on leur désignait comme responsables de la souffrance divine ?

Face au réflexe identitaire, les hommes rationnels qui doutent ou refusent la parole d’un dieu omnipotent ayant élu domicile dans un lieu sacré comme Jérusalem ou La Mecque, continuent d’être persécutés, égorgés, décapités.

Pourtant les religions aident aussi à supporter le malheur et donnent un sens à l’insupportable bien qu'elles ne soient que des rumeurs historisées et remaniées, des paraboles soumises à la volonté des puissants qui ont perverti les messages moraux initiaux et asservi le réel pour en faire leur légende.

Face à ces subconscients inaltérables et aux certitudes qu’ils engendrent, que faire ?

L'homme en quête de conscience et de vérité n'a qu'une issue : se réapproprier le droit de comprendre, de comparer, et d'avoir un accès à une Histoire libre de toute directive d’interprétation.
Je crois en la conscience, en la science, en une histoire des faits qui ne se fonde ni sur la mythologie ni sur les certitudes aveugles, mais sur la recherche de la vérité et la compréhension de l’autre, hors haine, hors dogmes, hors obscurantisme.

Ce thème sera repris dans mon essai à paraître : "Derniers paramètres de la conscience ".

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Toutes certitudes en avant

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Change-t- on vraiment ? Me revient ce vieux texte où encore je Le cherche, dans l’indécence d'appeler au bonheur quand là-bas on arrache des yeux, on empoisonne, on tire à l'arme lourde sur la foule. Je pense  à un pays où les femmes qui refusent d'être des objets sont des héroïnes. 
Mais où est la conscience des grands défenseurs de l’Islamisme du Hamas quand, en deux semaines, de trente à cinquante mille civils désarmés sont  torturés et assassinés !  
Que faire de mes croyances en la fraternité, de ma laïcité, quand la couardise et le pétrole pèsent plus que les consciences ? 
Devrais-je encore croire au bonheur d'être homme parmi les hommes quand certains meurent d'une indifférence collective ? 
Je pleure avec mes amis Iraniens aujourd'hui, comme je pleure avec le peuple Ukrainien et tous les habitants de ma blessure.

 

Toutes certitudes en avant


Va loin, aime grand
Rêve l’IMMENSE
Partage, creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Tends ta main, ouvre ta voix
Dis le bonheur
Cherche
Et trouve

 

Je suis venu
cheval fou aux portes du monde
toutes certitudes à l’horizon.
Je me suis cabré, j’ai trépigné
dans les insomnies du réel.

Je me croyais licorne ailée
je vous appelais amis
je vous voulais famille.

De l'enfance à l'exil
des palmiers aux peupliers
de bien malin à qui pleurera le dernier
de plein soleil à peine perdue
je T’ai cherché

Toutes certitudes en avant
j’ai marché, bûché, trébuché
couru dans les rivières du temps
traversé les corridors de la désillusion.

 

Va loin
Aime grand
Rêve l’IMMENSE
M'avais-Tu dis
Encore je m’en souviens

Je marche face au passé
encore je cours à l’envers
encore je rêve, je bute, trébuche
encore je Te piste
encore je Te cherche.

Cheval fourbu sur les toboggans du vent
je vais plein cap sur de vieux rêves
je rame à contre-courant.
Cheval d’enfance perdue
je marche face au passé.
Cheval mémoire, je marche face à moi.
Cheval éreinté, je vais face à Toi.

Je vole ailes attachées
comme une chrysalide.
Je vole comme un oiseau à la ramure blessée.
Je traverse l’attente.
Je cours, je vais, comme on devient.
Encore je Te rêve.

Ouvre tes mains, tes bras
Partage, creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Va loin, rêve l’IMMENSE
Aime grand, disais-Tu


J’ai été aussi loin que le vent
j’ai rêvé aussi grand que l’immense
j’ai aimé plus fort que le silence
j’ai ouvert mes bras plus large que l’espérance
j’ai fait le voyage intérieur
plus profond que la désespérance.
Je ne T’ai pas trouvé.

Encore, cheval fourbu
je Te piste, Te cherche.
Encore je rêve, je bute, je trébuche
je cours à l’envers
je traverse l’attente
je deviens, je m’efface.

Partage
Creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Ouvre ta voix
Dis le bonheur
Avait dit Grand-Père

 

Quand je m’en retournerai
empli de rêves fermés
usé d’avoir aimé trop grand
usé d’avoir trop grand ouvert
mes mains, mes bras,
désespéré d’avoir trop fréquenté l’Absence
le présent ne posera plus problème.

 

jms in : Dieu le Silence et moi

ISBN : 978-2-84954-132-6  ©/Éditions Chemins de Plume

 

Publié dans Dieu le silence et moi

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Jean-Marc La Frenière : LA MÊME PÂTE

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Les jours de paranoïa, je me demande combien ils sont dans ma peau à vouloir me faire la peau, à troquer la chair des mots pour le cuir d’un cahier. Les faux pas mènent plus loin que les marches militaires. Des pensées frôlent ma tête sans déplacer un cheveu. La fumée est-elle plus libre que le feu ? Les deux obéissent au vent. À tant guetter les choses de la terre, les yeux finissent par s’ouvrir. Ils montent vers le ciel. Ce qu’on fait semblant de voir finit toujours par se voir. Sans invisible, on ne verrait plus rien. Les marins qui ont le mal de mer naviguent sur les mots. J’utilise l’aphorisme lorsque j’ai peur des mots, de me noyer dedans, de crouler sous les phrases, de dérouler un fil qui ne s’attache à rien. J’écris à quelques sous de l’essai, en-deçà du roman, à quelques pas de l’absurde. J’écris avec des mots trempés à l’eau salée de la souffrance, des mots aborigènes faisant flèche de tout bois, des pouces de maçon sur la pensée du plâtre, des mots de saint glin-glin disparus de la carte, des mots de cuir usé, des mots de brousse dans le creux des formules, des mots qui s’ouvrent comme une fleur au cimetière des livres, des mots qui roulent de gros yeux, des mots de chat de gouttière et de tam-tam indien, des mots faisant la gueule dans la lâcheté du monde, des mots comme des poings s’ouvrant à la caresse, des mots d’électron libre dans l’alphabet des choses. J’écris comme un enfant retient son souffle pour éloigner la peur et ses fantômes. J’avance du pas des bœufs jusqu’à la transhumance. Là où la fragilité se colletaille avec le dur des choses, là où la vie a faim, la poésie peut lui servir de pain. L’air n’est jamais vide. Lorsque l’eau se met à nu, on voit ses muscles tressaillir. Le vent est transparent au milieu des oiseaux. Le vent n’attend jamais. Il balaie quand il veut. Un arbre est toujours plus qu’un arbre. Le temps est une grande maison ouverte sur le temps. Chaque paysage a son propre visage. De la risette aux rides, il change selon les yeux qui le regardent. Des milliers de points se rejoignent partout en dessinant le monde.
Même en écrivant, il m’arrive d’être ailleurs sans quitter ma plume, devant la mer, sur un sentier de peaux-rouges, dans un sous-bois aux odeurs grosses comme un homme, sur la branche d’un arbre au milieu des oiseaux. Lorsque les yeux du vent s’élargissent, on voit danser les branches, les vagues se dresser comme des poils sur la peau du lac. On entend les éoliennes gronder et mordre le silence. Leurs moignons tournent en vain au sommet des montagnes tuant la paix du paysage. Mes regards volent jusqu’à loin, poursuivant les nuages et l’écume supersonique des avions sur le tarmac du ciel. Au bout d’un peu, je regagne la page. Tant de forces secrètes agitent la navette dans les fils du monde. Il faut tant d’humus, d’émotions, de larmes, de caresses pour le fruit rouge du cœur. Mon pouls bat du même pas que je marche. Le temps varlope les secondes pour alléger le gros des choses. Le temps a son travail tout tracé. On s’en arrange comme on peut. Lorsque le vent est comme de l’eau, les milles bouches de la terre agrandissent les lèvres. Il n’y a pas que l’air qui touche à tout. Les mots se frottent à chaque atome, à chaque pierre, à chaque main. De partout, on entend le bruit de la vie, le pas des fourmis, la montée de la sève, le gros bourdon des taons, le sifflement des merles, même la chlorophylle silencieuse, le craquement des os, le chant que fait la soupe quand elle bout, l’odeur des saisons, l’automne avec ses arbres en bras de chemise, l’hiver dans sa pelisse blanche comme un grand chien couché, son museau dans les cendres, l’été en calicot de fleurs, le printemps où tout éclot, de la peau des graines à celle des bourgeons. En lisant, c’est la vie aussi qui entre en moi, par la science du texte, le sexe de la forme, le poids des mots, la soif des images, le grain des métaphores sur la peau de la page, l’encre à la préscience des insectes, l’alphabet gorgé de sens tout autant que de sensualité, son allégresse tout autant cosmique qu’élémentaire.
Il m’arrive de lire dans les herbes, d’écrire sur la neige, tournant les pages avec des gants, de brouiller l’eau des mots avec la rame d’un crayon. L’écriture fait passer les formes de vague en vague, de main en main, de nuage en nuage. Des doigts du boulanger à celle d’un pianiste, c’est la même pâte qui lève sous la levure du temps, celle du blé rejoignant celle du son. Le monde existe par la vie qu’on y met, par le soleil et l’eau, par la sève et le fruit. Celui qui ne boit pas aux mots en aura soif toute sa vie, sans savoir de quoi, sans apprendre pourquoi. Il faut entrer dans l’écriture dans un semeur dans son blé, une femme dans son ventre, un homme dans ses muscles, une jambe dans ses pas, un oiseau dans son vol. Il faut parler avec ses mains tout autant que sa voix, entendre avec les yeux, toucher la terre avec sa tête, mettre du sel de mer dans la soupe du rêve. Chaque parole a son poids de chair, de sang, de sueur, ses goûts et ses odeurs comme un gros paquet d’herbes. Les arbres, les racines, les sèves, les oiseaux, les pierres, les renards, les abeilles, les fleurs, même les hommes, vivent serrés grain à grain comme un immense fruit. La peau touche à l’écorce. Le ventre de la terre touche au ventre du ciel. Au déplié du vent, le mou de l’air s’endurcit. Parfois mes phrases partent à la volée, allant de ci de là. Je les retrouve dans un coin quêtant le pain de mots. Où que l’on soit, la vie est là tout autour.

9 janvier 2014

Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans :  Poésie - http://lafreniere.over-blog.net

Publié dans Ils disent

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Marin sans navire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai ouvert les yeux 
aux couleurs du monde 
comme on ouvre la porte d'un pays.

Comme le marin sans navire 
à la recherche de l'étoile du Nord,
sans boussole 
dans la frénésie des traqueurs de vérités,
je voyage dans l'envers de mes yeux.

Qui est Tu, Toi l'invisible
dans cet inaudible ciel,
un flux de mots en attente d'existence
parmi les mille autres moi 
jetés dans ce cosmos des possibles
où chaque mot est une couleur, un cri, 
l'enfance d'un ressenti
dans cet arc-en-ciel des transparences 
où s'embusque ma raison ?

Devrais-je toujours chercher 
le chemin des vérités,
le précieux,
arpenter ces comptines d'enfance 
où mes doigts agrippaient des rêves sans retour.

Encore, je cherche l'inimitable odeur de pureté,
la voix du canari sur l'arbre de l'été,
le balbutiement d'un enfant à l'aurore du printemps.
 
À croiser la Question,
aux traversées du jour, 
je me suis si souvent égaré 
qu'il me faudra le réécrire ce chemin,
il me faudra l'apprivoiser
plus haut que le point et l'interrogation.

D'où viens-tu 
Toi qui ouvres ma voix,
froisses ma raison,
Toi sans qui je serais une encre effacée,
un doute, une matrice de rêve, un neurone figé,
un chahut du silence, une exubérance du chaos 
l'extravagance d'une utopie désarimée,
une parole muette dans l'énigme d'être
toujours trop loin de l'espérance.

Je Te cherche
Toi, le Verbe de toutes les réponses,
le sens du chemin,
cette route de l'avenir
qu'il me faudra léguer.

jms 2 janvier 2026

 

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Conte du vent et de la mémoire de l’eau

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, j’écoute le vent,
il me rapporte des paroles de pluie
venues de la mémoire de l’eau.
 
Elles me murmurent des histoires
jaillies de temps immémoriaux.
 
Il fut un temps, disent-elles,
où la compassion n’avait pas besoin d’exister
car toutes les âmes, tous les êtres,
étaient reliés d’un même souffle.
 
Ainsi, la panique s’emparait du jardin
dès que Monsieur Escargot,
laissant derrière lui une trace diamantée
s’approchait de Dame Chèvrefeuille,
qui jetait au vent des fragrances
que chacun ressentait.
 
Hélas, ces parfums attisaient les convoitises,
tout le monde en voulait,
et, de mille lieux à la ronde,
l’hermine, l’abeille, le papillon,
 et une multitude d’autres êtres arrivaient.
 
Les uns affirmaient qu’il était criminel
de lancer au vent une musique aux senteurs irrésistibles
sans en payer le prix 
car, selon eux, la convoitise ouvrait des droits. 
D’autres prétendaient le contraire.

Alors naquit un terrible brouhaha,
les défenseurs du Chèvrefeuille s’exclamaient :
"Aucun droit de préemption ne s’impose !
Mesdames, Messieurs limaces et escargots,
vous racontez des salades !".

Le monde était sens dessus dessous,
l’eau elle-même sanglotait,
tant la compassion coulait à flot.
 
La moitié du monde hurlait de douleur
dès qu’un éléphant — et l’éléphant lui-même —
barrissait de désespoir lorsqu’il piétinait une fourmi,
quand l'autre moitié justifiait la prédation.
 
La douleur partagée éclipsait l’humilité des joies,
alors un jour, pour que le calme revienne,
on interdit, hélas, la compassion universelle.
 
Madame l’Eau ferma sa mémoire
à ceux qui refusaient d’écouter
ce que dit le cœur de la vie.

Et le monde devint sourd.

JMS le 3 janvier 2026

 

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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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