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Toutes certitudes en avant

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Change-t- on vraiment ? Me revient ce vieux texte où encore je Le cherche, dans l’indécence d'appeler au bonheur quand là-bas on arrache des yeux, on empoisonne, on tire à l'arme lourde sur la foule. Je pense  à un pays où les femmes qui refusent d'être des objets sont des héroïnes. 
Mais où est la conscience des grands défenseurs de l’Islamisme du Hamas quand, en deux semaines, de trente à cinquante mille civils désarmés sont  torturés et assassinés !  
Que faire de mes croyances en la fraternité, de ma laïcité, quand la couardise et le pétrole pèsent plus que les consciences ? 
Devrais-je encore croire au bonheur d'être homme parmi les hommes quand certains meurent d'une indifférence collective ? 
Je pleure avec mes amis Iraniens aujourd'hui, comme je pleure avec le peuple Ukrainien et tous les habitants de ma blessure.

 

Toutes certitudes en avant


Va loin, aime grand
Rêve l’IMMENSE
Partage, creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Tends ta main, ouvre ta voix
Dis le bonheur
Cherche
Et trouve

 

Je suis venu
cheval fou aux portes du monde
toutes certitudes à l’horizon.
Je me suis cabré, j’ai trépigné
dans les insomnies du réel.

Je me croyais licorne ailée
je vous appelais amis
je vous voulais famille.

De l'enfance à l'exil
des palmiers aux peupliers
de bien malin à qui pleurera le dernier
de plein soleil à peine perdue
je T’ai cherché

Toutes certitudes en avant
j’ai marché, bûché, trébuché
couru dans les rivières du temps
traversé les corridors de la désillusion.

 

Va loin
Aime grand
Rêve l’IMMENSE
M'avais-Tu dis
Encore je m’en souviens

Je marche face au passé
encore je cours à l’envers
encore je rêve, je bute, trébuche
encore je Te piste
encore je Te cherche.

Cheval fourbu sur les toboggans du vent
je vais plein cap sur de vieux rêves
je rame à contre-courant.
Cheval d’enfance perdue
je marche face au passé.
Cheval mémoire, je marche face à moi.
Cheval éreinté, je vais face à Toi.

Je vole ailes attachées
comme une chrysalide.
Je vole comme un oiseau à la ramure blessée.
Je traverse l’attente.
Je cours, je vais, comme on devient.
Encore je Te rêve.

Ouvre tes mains, tes bras
Partage, creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Va loin, rêve l’IMMENSE
Aime grand, disais-Tu


J’ai été aussi loin que le vent
j’ai rêvé aussi grand que l’immense
j’ai aimé plus fort que le silence
j’ai ouvert mes bras plus large que l’espérance
j’ai fait le voyage intérieur
plus profond que la désespérance.
Je ne T’ai pas trouvé.

Encore, cheval fourbu
je Te piste, Te cherche.
Encore je rêve, je bute, je trébuche
je cours à l’envers
je traverse l’attente
je deviens, je m’efface.

Partage
Creuse ton cœur
Fais le voyage intérieur
Ouvre ta voix
Dis le bonheur
Avait dit Grand-Père

 

Quand je m’en retournerai
empli de rêves fermés
usé d’avoir aimé trop grand
usé d’avoir trop grand ouvert
mes mains, mes bras,
désespéré d’avoir trop fréquenté l’Absence
le présent ne posera plus problème.

 

jms in : Dieu le Silence et moi

ISBN : 978-2-84954-132-6  ©/Éditions Chemins de Plume

 

Publié dans Dieu le silence et moi

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Jean-Marc La Frenière : LA MÊME PÂTE

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Les jours de paranoïa, je me demande combien ils sont dans ma peau à vouloir me faire la peau, à troquer la chair des mots pour le cuir d’un cahier. Les faux pas mènent plus loin que les marches militaires. Des pensées frôlent ma tête sans déplacer un cheveu. La fumée est-elle plus libre que le feu ? Les deux obéissent au vent. À tant guetter les choses de la terre, les yeux finissent par s’ouvrir. Ils montent vers le ciel. Ce qu’on fait semblant de voir finit toujours par se voir. Sans invisible, on ne verrait plus rien. Les marins qui ont le mal de mer naviguent sur les mots. J’utilise l’aphorisme lorsque j’ai peur des mots, de me noyer dedans, de crouler sous les phrases, de dérouler un fil qui ne s’attache à rien. J’écris à quelques sous de l’essai, en-deçà du roman, à quelques pas de l’absurde. J’écris avec des mots trempés à l’eau salée de la souffrance, des mots aborigènes faisant flèche de tout bois, des pouces de maçon sur la pensée du plâtre, des mots de saint glin-glin disparus de la carte, des mots de cuir usé, des mots de brousse dans le creux des formules, des mots qui s’ouvrent comme une fleur au cimetière des livres, des mots qui roulent de gros yeux, des mots de chat de gouttière et de tam-tam indien, des mots faisant la gueule dans la lâcheté du monde, des mots comme des poings s’ouvrant à la caresse, des mots d’électron libre dans l’alphabet des choses. J’écris comme un enfant retient son souffle pour éloigner la peur et ses fantômes. J’avance du pas des bœufs jusqu’à la transhumance. Là où la fragilité se colletaille avec le dur des choses, là où la vie a faim, la poésie peut lui servir de pain. L’air n’est jamais vide. Lorsque l’eau se met à nu, on voit ses muscles tressaillir. Le vent est transparent au milieu des oiseaux. Le vent n’attend jamais. Il balaie quand il veut. Un arbre est toujours plus qu’un arbre. Le temps est une grande maison ouverte sur le temps. Chaque paysage a son propre visage. De la risette aux rides, il change selon les yeux qui le regardent. Des milliers de points se rejoignent partout en dessinant le monde.
Même en écrivant, il m’arrive d’être ailleurs sans quitter ma plume, devant la mer, sur un sentier de peaux-rouges, dans un sous-bois aux odeurs grosses comme un homme, sur la branche d’un arbre au milieu des oiseaux. Lorsque les yeux du vent s’élargissent, on voit danser les branches, les vagues se dresser comme des poils sur la peau du lac. On entend les éoliennes gronder et mordre le silence. Leurs moignons tournent en vain au sommet des montagnes tuant la paix du paysage. Mes regards volent jusqu’à loin, poursuivant les nuages et l’écume supersonique des avions sur le tarmac du ciel. Au bout d’un peu, je regagne la page. Tant de forces secrètes agitent la navette dans les fils du monde. Il faut tant d’humus, d’émotions, de larmes, de caresses pour le fruit rouge du cœur. Mon pouls bat du même pas que je marche. Le temps varlope les secondes pour alléger le gros des choses. Le temps a son travail tout tracé. On s’en arrange comme on peut. Lorsque le vent est comme de l’eau, les milles bouches de la terre agrandissent les lèvres. Il n’y a pas que l’air qui touche à tout. Les mots se frottent à chaque atome, à chaque pierre, à chaque main. De partout, on entend le bruit de la vie, le pas des fourmis, la montée de la sève, le gros bourdon des taons, le sifflement des merles, même la chlorophylle silencieuse, le craquement des os, le chant que fait la soupe quand elle bout, l’odeur des saisons, l’automne avec ses arbres en bras de chemise, l’hiver dans sa pelisse blanche comme un grand chien couché, son museau dans les cendres, l’été en calicot de fleurs, le printemps où tout éclot, de la peau des graines à celle des bourgeons. En lisant, c’est la vie aussi qui entre en moi, par la science du texte, le sexe de la forme, le poids des mots, la soif des images, le grain des métaphores sur la peau de la page, l’encre à la préscience des insectes, l’alphabet gorgé de sens tout autant que de sensualité, son allégresse tout autant cosmique qu’élémentaire.
Il m’arrive de lire dans les herbes, d’écrire sur la neige, tournant les pages avec des gants, de brouiller l’eau des mots avec la rame d’un crayon. L’écriture fait passer les formes de vague en vague, de main en main, de nuage en nuage. Des doigts du boulanger à celle d’un pianiste, c’est la même pâte qui lève sous la levure du temps, celle du blé rejoignant celle du son. Le monde existe par la vie qu’on y met, par le soleil et l’eau, par la sève et le fruit. Celui qui ne boit pas aux mots en aura soif toute sa vie, sans savoir de quoi, sans apprendre pourquoi. Il faut entrer dans l’écriture dans un semeur dans son blé, une femme dans son ventre, un homme dans ses muscles, une jambe dans ses pas, un oiseau dans son vol. Il faut parler avec ses mains tout autant que sa voix, entendre avec les yeux, toucher la terre avec sa tête, mettre du sel de mer dans la soupe du rêve. Chaque parole a son poids de chair, de sang, de sueur, ses goûts et ses odeurs comme un gros paquet d’herbes. Les arbres, les racines, les sèves, les oiseaux, les pierres, les renards, les abeilles, les fleurs, même les hommes, vivent serrés grain à grain comme un immense fruit. La peau touche à l’écorce. Le ventre de la terre touche au ventre du ciel. Au déplié du vent, le mou de l’air s’endurcit. Parfois mes phrases partent à la volée, allant de ci de là. Je les retrouve dans un coin quêtant le pain de mots. Où que l’on soit, la vie est là tout autour.

9 janvier 2014

Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans :  Poésie - http://lafreniere.over-blog.net

Publié dans Ils disent

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Marin sans navire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai ouvert les yeux 
aux couleurs du monde 
comme on ouvre la porte d'un pays.

Comme le marin sans navire 
à la recherche de l'étoile du Nord,
sans boussole 
dans la frénésie des traqueurs de vérités,
je voyage dans l'envers de mes yeux.

Qui est Tu, Toi l'invisible
dans cet inaudible ciel,
un flux de mots en attente d'existence
parmi les mille autres moi 
jetés dans ce cosmos des possibles
où chaque mot est une couleur, un cri, 
l'enfance d'un ressenti
dans cet arc-en-ciel des transparences 
où s'embusque ma raison ?

Devrais-je toujours chercher 
le chemin des vérités,
le précieux,
arpenter ces comptines d'enfance 
où mes doigts agrippaient des rêves sans retour.

Encore, je cherche l'inimitable odeur de pureté,
la voix du canari sur l'arbre de l'été,
le balbutiement d'un enfant à l'aurore du printemps.
 
À croiser la Question,
aux traversées du jour, 
je me suis si souvent égaré 
qu'il me faudra le réécrire ce chemin,
il me faudra l'apprivoiser
plus haut que le point et l'interrogation.

D'où viens-tu 
Toi qui ouvres ma voix,
froisses ma raison,
Toi sans qui je serais une encre effacée,
un doute, une matrice de rêve, un neurone figé,
un chahut du silence, une exubérance du chaos 
l'extravagance d'une utopie désarimée,
une parole muette dans l'énigme d'être
toujours trop loin de l'espérance.

Je Te cherche
Toi, le Verbe de toutes les réponses,
le sens du chemin,
cette route de l'avenir
qu'il me faudra léguer.

jms 2 janvier 2026

 

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Conte du vent et de la mémoire de l’eau

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois, j’écoute le vent,
il me rapporte des paroles de pluie
venues de la mémoire de l’eau.
 
Elles me murmurent des histoires
jaillies de temps immémoriaux.
 
Il fut un temps, disent-elles,
où la compassion n’avait pas besoin d’exister
car toutes les âmes, tous les êtres,
étaient reliés d’un même souffle.
 
Ainsi, la panique s’emparait du jardin
dès que Monsieur Escargot,
laissant derrière lui une trace diamantée
s’approchait de Dame Chèvrefeuille,
qui jetait au vent des fragrances
que chacun ressentait.
 
Hélas, ces parfums attisaient les convoitises,
tout le monde en voulait,
et, de mille lieux à la ronde,
l’hermine, l’abeille, le papillon,
 et une multitude d’autres êtres arrivaient.
 
Les uns affirmaient qu’il était criminel
de lancer au vent une musique aux senteurs irrésistibles
sans en payer le prix 
car, selon eux, la convoitise ouvrait des droits. 
D’autres prétendaient le contraire.

Alors naquit un terrible brouhaha,
les défenseurs du Chèvrefeuille s’exclamaient :
"Aucun droit de préemption ne s’impose !
Mesdames, Messieurs limaces et escargots,
vous racontez des salades !".

Le monde était sens dessus dessous,
l’eau elle-même sanglotait,
tant la compassion coulait à flot.
 
La moitié du monde hurlait de douleur
dès qu’un éléphant — et l’éléphant lui-même —
barrissait de désespoir lorsqu’il piétinait une fourmi,
quand l'autre moitié justifiait la prédation.
 
La douleur partagée éclipsait l’humilité des joies,
alors un jour, pour que le calme revienne,
on interdit, hélas, la compassion universelle.
 
Madame l’Eau ferma sa mémoire
à ceux qui refusaient d’écouter
ce que dit le cœur de la vie.

Et le monde devint sourd.

JMS le 3 janvier 2026

 

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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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