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André Chenet

Publié le par Cheval fou

La parole des rêves

 

Je parle d'une silhouette

entre minuit et l'aube

 

Je parle d'un sein nu

que je n'ai jamais vu

 

Je parle de l'enfance

et de ses chemins déployés

 

Je parle d'un orage

où s'enfle la révolte

 

Je parle d'un amour

qui ne veut pas mourir

 

Je parle d'une fenêtre

et de la fée dans la dentelle des rideaux

 

Je parle d'une coupe de cristal

brisée en mille morceaux

 

Je parle des ailes du silence

et de la chute d'un empire

 

Je parle d'un oiseau

dont le nom m'est inconnu

 

Je parle dans une langue

qui n'existera jamais

 

Je parle de l'eldorado

que j'ai découvert en dormant

 

Je parle d'un devenir

qui a eu lieu hier

 

Je parle d'une fleur rouge

qui s'ouvre dans la cendre

 

Je parle avec des hommes

qui écrivent sur la neige

 

Je parle d'une mémoire

criblée d'étoiles filantes.

                              

                            

Publié dans Ils disent

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Étrange

Publié le par Cheval fou (Sananès)

C’était étrange, le ciel se reposait sur la mer, les hirondelles dans le ciel. Sur leurs têtes, la multitude des bleus baignait dans une odeur de silence. Parfois, un petit cri strident bousculait le vol d’un nuage ou une vieille rengaine échappée de la tête d’un homme. C’était étrange, parfois le vent s’arrêtait et on disait qu’il n’y avait pas de vent. Myopie d’homme me direz vous, tant il est vrai que hommes ne savent pas plus traverser le silence que l’absence. Jamais, ils n’ont su comprendre que le silence n’est qu’une courte absence de mots, un ralenti de vie, une simple syntaxe qui dort. Ils ne savent toujours pas que silence n’est jamais vide, qu’il est empli de rêves, de nécessités et de mots incolores.

Les hommes ne savent pas voir. Ils ont dit : il n’y a pas de vent, pourtant le vent était là, qui dormait. Moi, depuis des heures, je l’observais. Il avait dormi d’un œil avant de dormir à poings fermés. Son lourd sommeil s’était fait léger, si léger, qu’il se fissura pour devenir demi sommeil. Comme un roturier insomniaque harcelé par un banquier, il s’était retourné et les arbres avaient tremblé, les feuilles s’étaient mises à frétiller, à voler. Un petit rêve de fin d’été l’agitait.

Les hommes avaient dit : oh, un courant d’air !... mais non, il ne courait pas, il était là, allongé le long d’un chemin de paresse, sur le dos, à même la terre, il dormait et rêvait de l’Andalousie, de l’odeur des mots sur la peau des danseuses, de la pale des ventilateurs qui imitent l’alizé, il rêvait d’un été indien et du trot des buffles.

 

Le matin j’écoute. J’écoute penser mes livres. Le silence m’appelle, me parle d’hier, de demain, fracasse la peau noire de l’ombre, ouvre des mondes ailleurs. Avant-hier, dans la poussière d’une brisure d’heures, j’ai croisé Grand-mère. Entre une odeur de chèvrefeuille et un mouchoir brodé, enroulée à un morceau d’absence, elle squattait de vieilles pensées.

 

Les hommes ne voient rien, ils croient à la permanence du bonheur quand il ne fait que passer. Comme eux, le bonheur court, il est toujours pressé et exige une pleine attention. L’apparence du bonheur leur est plus importante que le bonheur. Les hommes, pensent que l’amour est une utopie.

Ils courent en quête de possessions de fausses beautés, de fausses richesses, de fausses amours. Le bonheur, l’amour, le vent, et moi qui passons, ils ne nous voient pas ! Quand s’arrête leur course folle, entre deux tic-tacs de pendule, dans l’interstice d'une fin de semaine, ils croient voir le nirvana, le bonheur, leurs enfants, l’amour, puis ils rangent tout ça dans un sac à routine. Les hommes courent.

 

Le mouchoir brodé de grand-mère est là dans une odeur de chèvrefeuille repliée entre un monceau d’absence et le tic-tac d’une pendule oubliée. Je suis assis près d’un almanach de douleurs éreintées. Dehors, le soleil chauffe un banc, une cohue d’hommes traverse mon regard, mes pensées, le jardin. Le chat griffe la vie. Dehors les hommes courent, mais ici nous passons. Je sors peu, je reste en moi à me regarder passer. Il y a du vent, il fait un temps d’absence mais je sais où je suis. J’habite la traversée d’un silence. Grand-mère sourit. Je me souviens d’autres temps, celui où je sautais à la corde, où je jouais à saute-mouton, où je jouais à jouer, mais je ne fais que passer.

 

Il y a longtemps, le monde marchait différemment. En France les saisons passaient à la queue leu leu, en Amérique elles allaient en file indienne, aux Indes se suivaient à saute moussons… Quand j’étais petit ences temps, à trop les voir passer on devenait grand, on quittait la petite école, la grande école, et on entrait dans la vie… 

Sur terre c’était comme ça… jusqu’à ce jour où les choses ne tournèrent plus rond. C’était un 30 d’un janvier 1948, loin de nous une Grande Âme s’envolait. Grand-mère avait dit : l’Histoire a plus de sang que de sens. Ce jour-là eut lieu le grand soulèvement des feuilles. Elles ne voulurent plus tomber, ne voulurent plus être foulées aux pieds. L’espoir perdit un bras, on édenta l’amour, on étrangla, on étripa le mot et le verbe fraternel. Et l’ordre du monde changea.

Les grands ne voient rien, ce jour-là pourtant, ils m’avaient dit : tu es un homme maintenant. Ce jour là dans la pénombre de ma chambre, je décidais de ranger mes jouets, me promettant de ne jamais jouer avec des bombes et de faire la paix avec mon être intérieur. J'acceptais tous mes rêves. Désormais je chercherai la Grande Âme*, j’achèterai un cahier et, au besoin, je tuerai le réveil ! 

*La Grande âme : Le Mahatma Gandhi

 

JMS - in "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Jacques Salomé

Publié le par Cheval fou

texte-scann-sur-blog.jpg

 

 

Publié dans Ils disent

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou

 

Jean-Marc La Frenière
On peut le croire enfant espiègle, l'œil assidu
à regarder l'autre pour y rencontrer le monde,
photo jean marc
à regarder la feuille pour y trouver la vie.


 Il semble issu de l'esprit de la forêt,
dans l'errance des jours, il a tout connu,
c'est un voyageur du mot,
il sait que l'âme sans mots est infirme.

-
Jean-Marc La Frenière
vient de recevoir le Prix

"Nouvelles Voix en Littérature"
au Salon du Livre de Trois-Rivières

(Québec)

pour son livre
"UN FEU ME HANTE
illustré par Lino
Éditions Art le Sabord (Québec) Collection Exentric.
Toutes nos félicitations
 

 

JMS

Publié dans Informations

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Albert CAMUS

Publié le par Cheval fou (Sananès)

tombe-de-Camus.jpg

Cet homme a modifié ma vie. J’avais 20 ans. Il a modifié deux fois ma vie de manière irréversible.

D'abord par la lecture de "La chute ". Ce livre est resté ma cicatrice la plus douce depuis qu'il m’a pénétré d'une phrase récurrente qui s’impose à moi chaque fois que la question de faire ou de laisser faire se pose : "Les plongeons rentrés laissent parfois d'étranges courbatures". Cette phrase ressurgit des abîmes de ma mémoire et ses mots, comme un fer rouge sur ma conscience, dénoncent, guident, me rappellent que, quel que soit le naufrage et même si on l'ignore, le récif du remord à jamais restera là, entre le miroir et moi, entre ma nuit et mon sommeil.

Puis, la lecture de "Caligula " fut ma cicatrice la plus douloureuse. Elle m’a irrémédiablement appris que les hommes appartiennent à leur vécu, que la vie les forge, que la vie en fait des anges, des moutons ou des loups. On ne choisit pas toujours d’être assassin, la vie, ses blessures et ses cadeaux, font de nous les armes du malheur ou de l’amour.

Camus, mon frère, mon ancien, mon maître, celui qui parlait trop simple, trop humain pour que le gratin prétentieux de l’intelligentsia l’accepte en son sein, repose là dans ce petit coin du Luberon, à Lourmarin, en Provence, dans un pays de soleil et de Mistral, près d’une femme, son épouse.

Qui voudrait le kidnapper, lui offrir le lustre d’un monument pédant, le faste des fiers de la médaille !?

Qui voudrait commettre ce crime ?

De grâce, Monsieur, laissez mon frère, mon ancien, mon maître reposer dans ce coin tranquille de Provence, chez lui.

Laissez-le avec les cigales, lui sait que les cigales, aussi, sont d’ici.

 

  La-tombe-d-Albert-Camus-contraste-sur-madame.jpg

Lettre à Albert Camus

Tu es parti sans partir
tu es mort sans mourir
ta voix est là
dans la ténèbre des vivants
elle éclaire le chemin

J’habite chez les gris
les orphelins de la conscience
dans la jachère des idées

Au côté de mes pères
tu es un essentiel

qui éclaire ma voie
 

Tu es parti hier
il y a longtemps
parti sans partir
sans emporter ton ombre
sans emporter ton cri
tu précèdes mon pas
tu enfantes mes mots
 

Je traverse le jour
Il est toujours hier

Je vais
dans un silence habité
tu es là
 
Il y a longtemps
tu n’es jamais parti.
 
JMS
.
 
 

 

Publié dans JMS - A paraître

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Michel SEYRAT.

Publié le par Cheval fou

ÊTRE EN COLÈRE

 

Être en colère

contre les colères
aux mots blessants
aux mots amers
aux mots de feu
aux mots de guerre.
Mais être en colère
pour changer demain.

Être en colère
contre les idolâtres des frontières
qui pillent, brûlent, violent et tuent
tout ce qui déborde
la ligne de leurs fantasmes
ils arment les enfants contre les mères
chassent les femmes au long des routes
laissent les morts pourrir au soleil.

Être en colère
mais espérer grâce
aux médecins à mains nues
aux maîtres d'école obstinés
aux femmes qui sèment l'avenir.


Être en colère
contre les faux prophètes
qui tuent le progrès au nom du progrès
contre les libéralistes
qui détournent la liberté
vers leur comptabilité
contre les dérégulateurs sans frein
qui enchaînent sous le nom de nouveauté.
Et tant pis si les esprits s'égarent
si les trains déraillent
si les avions s'écrasent
si les risques calculés
améliorent les calculs d'intérêts.
Être en colère
mais espérer en un pouvoir
qui serve l'homme
plus que les comptes en banque.

Être en colère
contre ceux qui font
du travailleur un esclave
du laboureur un pollueur
de l'enfant une marchandise
du progrès une pompe à fric
du savoir une manipulation
de l'art un trafic
du passé un âge d'or
de l'avenir une peur
de la jeunesse un délit
de la vieillesse une maladie
de la faim une fatalité
de la nourriture un pouvoir.
Être en colère mais espérer
en cet homme au poing dressé
qui révèle la révolte
en cet enfant aux mains levées
qui fait prier l'aurore
en cette femme aux mains tendues
qui change l'homme en homme
en ces foules qui avancent
dans la force de leur silence
pour faire taire l'horreur.

Être en colère
contre ceux qui changent
la foi des hommes en systèmes
l'amour de Dieu en code pénal
la tragédie de vivre
en réponses obscures
les utopies en totalitarismes.
Être en colère mais espérer
en l'homme aux bras ouverts
qui fait germer les déserts
et chanter le monde.


Être en colère
mais voir la barque au loin
éclairer l'horizon
être en colère
mais revoir l'arbre en fleurs
entrouvrir la fenêtre
être en colère
mais voir sourire l'aube
au bonjour de la nuit
être en colère
pour que le plus beau jour
soit demain.
                                

Michel  SEYRAT.

 

Publié dans Ils disent

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J’ai voyagé

Publié le par Cheval fou (Sananès)

J’ai voyagé, j’ai vu, j’ai rencontré. J’ai cru, cru me tromper, cru aimer, cru que le vrai avait une couleur, cru que le malheur, le bonheur, comme toutes choses, avaient leur couleur. Je ne savais pas les larmes de joie, les rires de douleur et le festin des pélicans. Je ne savais pas qu’il y a dedans et dehors, je croyais le bien et le mal partout pareils. Je croyais que le bonheur du maître et celui de l’esclave avait une même odeur. Je n’avais rien vu du dehors. Je croyais au blanc et au noir je ne savais rien du "ni blanc ni du noir". Je ne savais rien du gris.

 À la décrue du croire, j’ai saigné du sel, frotté mes paupières, tué la nuit jusqu’au soleil. J’ai vu tout ce que l’on voit, j’ai perçu tout ce que l’on ne voit pas. Mon compagnon le plus fidèle fut ce rêve fou que l’on appelle délire. J’ai toujours habité un doigt dans l’ailleurs, à ronger des odeurs de voyage, de départ et de fuite. Fuite du toujours pareil, fuite du père, fuite de l’appareil, fuite de l’impératif, fuite du réveil, fuite du quotidien. Entre fuite et exploration, entre raison et déraison, entre cynisme et rêve, je cherche des frontières, je lance des SOS, j’appelle l’impossible.

Aussi loin que je regarde j’ai toujours aimé le vent du large, la mer qui divague, la peur du retour et le cri des crépuscules. J’ai toujours habité le plus près possible de moi, j’ai toujours eu la divagation à la porte de mes mots. J’ai toujours habité sur le fil, entre fuite et départ, parfois en voyage et souvent seul. Peu d’êtres ont partagé ma vocation à parcourir les ailleurs de la raison, très peu ont avec moi visité les satellites d’Andora et ces pays où les poules à 4 têtes marchent dans la direction de leur regard. Peu ont vu ces pays où les autruches à tête creuse entrent dans leur peur pour fuir le soleil et tombent dans des sommeils pailletés pour échapper à la vie. Très peu ont avec moi visité ces archipels du rêve où les baleines des sables vont à l’Est quand leur regard est à l’Est, vont au vent quand leur regard est au Levant. Peu d’entre nous ont vu aux portes de la conscience la chute des mésanges quand le doute fripe l’avenir. Peu ont visité le cri bleu du Zen où l’on voyage assis en tailleur, peu ont visité cette planète égarée où les hommes marchent sur la tête, où l’ombre fait moins peur que le savoir.

J’ai voyagé loin, j’ai voyagé en moi, cherché le point de fuite, trouvé la tangente, traversé l’horizon et la peur. J’ai déchiré le siècle, griffé le millénaire, mais encore je suis là. Mon rire est chauve, mes cheveux édentés, mon désir encore exigeant ne rêve plus que d’un œil. Je dérive entre espérance et contrainte, je ne dors jamais sur mes deux oreilles, je vais à ma rencontre je me cherche… je ne suis jamais où je veux.

Le voyage est si lent et l’avancée si peu à l’écoute des mots de hasard, que je n’ai pas toujours su entendre.

Un jour, la compagne anglaise d'un de mes compagnons de dérive, indignée de me voir manger de la viande, m'écrivit  dans son français maladroit : "Connaisses-tu* la peur de la bête, avec son cœur en papier froissé avant d’être dans ton assiette ?". Ce jour-là, j’ai mangé, fini mon steak avec un cœur en papier froissé, puis j’ai oublié.

Pourtant, ce jour-là, le ciel est devenu plus large. Ce jour-là, j'ai compris que certains hommes ne sont pas à la dimension de leur âme, qu’ils restent enfermés dans les vanités infantiles du paraître, dans le petit habit de leur condition humaine. Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore cheminer pour apprendre que la douleur, la peur et le désir de vivre, n’appartiennent pas qu’aux hommes, que l’infini est peuplé d’une multitude complexe que nos regards estropiés ne savent pas toujours apercevoir. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait grandir dans ces incernables de la conscience, que seules l’étendue et la profondeur du regard font la grandeur d’âme. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait voir plus grand que l’apparence, plus loin que mon assiette, qu’il me faudrait creuser pour savoir ce que cache un sourire, et aussi savoir que, dans chaque larme, meurt un univers. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait encore et encore passer la frontière de mes rêves pour peupler mes mots du cri des arbres et des caresses de mon chat. J'ai compris que pour grandir il me faudrait garder les langages de l’enfance et traverser l’amour et l’amitié comme on traverse l’horizon. Ce jour là, j’ai appris que ni la main ni l’œil ne vont jamais au fond des choses, que l’invisible est plus profond qu’il ne parait, que rien sauf la vie n’est à la dimension de l’amour.

Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore traverser ces ailleurs où se cachent les grandes vérités, qu’il me faudrait encore et encore creuser et chercher pour être un jour à la mesure de mon âme.

J’ai voyagé loin, aussi loin que possible, mais la question reste immense, encore je dérive. J’ai beaucoup voyagé mais ai-je été assez loin pour habiter mon âme ?

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

 

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Ile Eniger

Publié le par Cheval fou

Ne viens pas. Tu toucherais le côté des choses qui doute. La peur de la morsure. La parole rangée. La maison sans oiseaux. Tant de jours ont filé sans l'heure certaine. Tant de pierres ont tracé pour peu un semblant de chemin. Plus rien ne ressemble. Les pivoines ne fleurissent plus. Le cahier est fini. Les arbres paraissent tristes. Tu ne verrais que verbiage, encens de reliefs consumés, le dernier barreau trop haut, les mains tendues risquant le fer. Tu ne saurais où trouver la fontaine. Ne viens pas. Il ne pleut plus. Ne neige plus. Ne vente plus. Un soleil désertique dessèche la récolte. Ne viens pas. Le cri de la chouette n'éclaire plus la nuit.

Ile Eniger - Les amandiers fleurissent dans la neige

Publié dans Ils disent

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Les arbres rêvent

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Les arbres rêvent

c'est pour cela qu'ils ne parlent pas

Les arbres rêvent
c'est pour cela qu'ils ne marchent pas
Ils inventent des mondes

Nous ne sommes qu'une odeur de mots et de vie
dans l'imaginaire d'une feuille :
        un frisson chlorophylle

Nous ne sommes qu'une frayeur d'arbre
et l'arbre fait un cauchemar

Un homme s'est évadé du cauchemar
Entre des étoiles vacillantes
il court
dans une nuit froissée de mauvais rêves
Il court
dans le cliquetis des lumières scintillantes

L'arbre ne voulait pas Hiroshima
L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent
Mais l'arbre a fait un cauchemar
Un mauvais génie l'a inspiré
Il l'a appelé
Homme.

Ce n'était pas une bonne idée
La mauvaise graine,
comme toujours, court
        court plus vite que la vie
                hors de son rêve
                        en royaume cauchemar

Elle court,
une tronçonneuse à la main
cette mauvaise idée qui s'appelle homme
        cette mauvaise idée qui abat l'arbre

Les étoiles s'étiolent et le vent se brise en odeurs fétides
La vie se casse en goudron mangeur d'oiseaux

L'homme n'était pas une bonne idée
L'arbre ne voulait pas Hiroshima
Un mauvais génie l'a inspiré

L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent.

JMS - Extrait de "La diagonale du silence" - Editions Chemins de Plume

 

Texte inclus dans le spectacle de la "Dégaîne Rêve"

    "Le 8ème Horizon"

dit et écrit par : Ile Eniger - Jean-Michel Sananès

avec

  Bruno Sananès (chansons et musique)
Printemps des Poètes 2010
12 Mars 20h30
au Centre Culturel "La laiterie" - Bd de la Liberté - 84160 Cadenet

 

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Mano Dayak

Publié le par Cheval fou

Ce texte, parce qu’il y a une Internationale des mères, de la vie et de l’espoir. Il nous affirme que, ce qu’il y a de plus admirable dans la mission de l’homme, c'est ce don qui consiste à transmettre à l’enfant quelque chose de plus grand encore que la route des étoiles, de lui offrir la cartographie infinie qui jalonne les alphabets du monde et nous sort de notre condition animale pour nous ouvrir la route du savoir et de la conscience.
Je voudrais que pour chacun, ce texte soit lu comme une lettre à nos mères et à ceux qui de Sapiens à Erectus ont fait de nous des hommes qui ne seront Hommes que lorsqu'ils sortiront de leur statut de nains culturels voués à un seul livre unique et parfois inique dans son désamour de l'autre, pour chanter tous les livres de la Conscience.
jms
____________________________________
"Avec des gestes graves, elle (ma mère) m'a appris à lire les vingt-six lettres de l'alphabet tifinagh qui compose la langue tamasheq. Je revois ses doigts voltiger  pour tracer sur le sable des signes géométriques : le cercle qui désigne le "R",  le trait horizontal qui indique le "N", les quatre points pour la consonnance "KH",  le rond précédé de deux points et d'une parenthèse renversée qui compose le mot "chat". Elle faisait une pause,  effaçait de la main ce qu'elle avait écrit, me demandait de répéter ses gestes. J'essayais de mon mieux. Pour me récompenser, ses ongles dessinaient des poèmes; Elle griffait le sable de ses doigts de joueuse d'imzad. A peine avais-je le temps de m'étonner que'elle effaçait ce qu'elle avait écrit pour composer de nouveaux caractères.
Combien de fables et de ballades se sont ainsi envolées sous l'aile de sa main ou bien au vent des dunes ?"
(...)
" Je dois tout aux leçons de ma mère. C'est elle qui m'a appris à démonter  et à remonter la tente, à plier et à déplier le lit taillé dans le torcha, un arbre au tronc épais mais au bois tendre et léger. C'est elle qui m'a fait découvrir les étoiles qui annoncent les changements de saisons. C'est elle qui m'a révélé les différentes castes des gens de ma tribu, les Iforas.
C'est elle qui m'a enseigné la lecture, le chant, la poésie. C'est elle qui...".
 
MANO DAYAK

Publié dans Ils disent

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