Anniversaire de l'Abolition de l'esclavage
Cie La Dégaine-Rêve :
Bruno Sananès - Ile Eniger - Manu Brun - JM Sananès
Aucune nuit n'est plus large que le rêve
Cie La Dégaine-Rêve :
Bruno Sananès - Ile Eniger - Manu Brun - JM Sananès
Chers notables,
À propos du colloque sur les Droits des Peuples dits minoritaires que vous organisez aux "Abattoirs de Toulouse", excusez-moi je n’irai pas, bien qu’à moi seul je sois une ethnie étrangère au monde, bien que je sois l’unique responsable et représentant de ma langue ; excusez-moi, je n’irai pas à Toulouse, je n’ai pas été invité !
Faut dire : à quoi bon parler !
Je ne me comprends pas toujours… et les autres donc !
Les autres m’ignorent ou se foutent de moi. Il en est même qui préféreraient mes silences ! Du haut de leurs verbiages et leurs langues de bois, ils me font la guerre et klaxonnent ou causent, et capturent les mots pour en faire du bruit. Derrière la barricade de mes charades, de mes sarcasmes, de mes poèmes tirés à boulets rouges, j’exhorte le silence à taire la clameur. Je suis l’intrus extérieur que l’on parque seul au banc de la société du tohu-bohu. Je ne veux plus qu’ils mettent le silence aux arrêts et le mot sous censure, et les langues… !
Les langues survivantes doivent armer leur syntaxe car, eux, préfèrent les langues mortes, sans exigences, sans peuple, sur des territoires apatrides et à prendre pour y jeter leurs onomatopées, leurs lexiques commerciaux, leurs friches linguistiques, leurs montres digitales, leurs barbelés et leur économie. Il leur est nécessaire d’apprendre à ne pas comprendre les gens pour être aptes à les mépriser et les rendre inexistants.
La grammaire dehors, disent-ils ! Car la grammaire c’est l’histoire des peuples !
Le mot est une arme insoupçonnable. Il leur faut tuer le mot, pour avoir des hommes sans voix et des peuples sans âmes, sans couleurs, sans idées, sans revendications. Ils arment de leurs censures, de leurs chahuts et de leurs bêtisiers, les télévisions, les radios. Ils ferment, privatisent les écoles, les usines à réflexion, et vive le ballon rond, le ballon de rouge ; les agitateurs au ballon ! Ils veulent des républiques et des peuples de veaux, la poésie à la poubelle et le reste au musée des cultures incalculables !
Mais on s’habitue à tout. À l’école déjà, je fréquentais la dyslexie et le banc du fond. Encore maintenant, j’écris dans le silence. Pourtant les mots de ma langue crient et s’insurgent.
… Mais que le temps passe vite, des Arts déco de la rue Tonduti, bien loin de l’Escarène, à maintenant. Pourtant, dans mes silences verbeux, je me parle parfois avec le désuet accent de la sincérité ou l'accent grave, d’autrefois, dans le patois de ma mélancolie, ou dans mon dialecte identitaire essentiel, celui de la folie. Mais au matin, quand ma tête s’agite, quand le jargon des mes insomnies fait du blanc dans ma nuit, j’apprends les langues absentes ; je veux devenir Jivaro et lancer à la volée des flèches puisées dans mes gibecières de mots, tirer des balles venues de mes cartouchières à jurons, plomber la bannière étoilée, lui retourner son rap et ses buzz. Je veux parler à Rimbaud dans une langue ancienne que la connerie censure, et si NTM a de la peine, ça fera rire les étoiles... Et Dieu s’en fout.
JMS
Parfois je me demande pourquoi
Dieu créa le temps et tous ces contretemps où mon temps se perd
je me demande pourquoi la parole donnée et la parole perdue
je me demande pourquoi
ma mémoire et tous ses trous où se perdent mes mots.
J’attends que les étoiles me parlent
j’attends les cascades de sucre emplies d’avenir
j’attends que les enfants ne soient plus fusillés
par la faim, par la guerre.
J’attends l’amour plus fort que le canon.
Parfois je me demande pourquoi
Dieu créa le sens et tous ces contresens où ma raison se perd
je me demande pourquoi
ces amours éternels que la nuit emporte
pourquoi le rire, pourquoi la larme, la vie et la mort.
Tout m’alarme
le fini et l’infini
le bruit des matins sur les chants d’oiseaux
le dernier crissement de ma jeunesse sous la cicatrice de l’âge.
J’attends l’amour plus fort que la raison.
Tout m’alarme
de tout temps j’ai aimé les sens uniques et la parole droite
les promesses jamais reprises
et l’espoir comme une caresse heureuse
à jamais posée sur le labeur du jour.
Tout m’alarme
j’attends que les étoiles me parlent.
JMS - Extrait de "Dieu, le silence et moi" - Editions Chemins de Plume
Toi qui es venu au pays des hommes
Toi qui es venu dans ce coin d’univers
Où les puissants vendent l’atome et le ciel
Accaparent le monde et oublient d’être hommes
T’appelles-tu mon fils, ma fille, ou l’enfant ?
Toi qui es venu sur une terre captive du goudron
Longtemps que j'attends ici, dans la déchirure des rêves
Je n’étais venu que pour dire
Le bruit de l’aile à l’envolée des oiseaux
Et la musique du jour quand l’espoir se lève
T’appelles-tu Hugo, Natacha ou Lucie ?
Longtemps déjà que je vous attends
Dans ce pays sans ciel où l’avidité foudroie l’avenir
Où le ciel se négocie, où l’argent vaut l’enfer
T’appelles-tu l’enfant ?
Loin du goudron et du fracas des guerres
J’étais venu dire la beauté et l’amour
Dire, loin du goudron et du fracas des guerres
Prends mon cœur
Pour essuyer tes larmes
Prends ma main
Pour aller plus loin
T’appelles-tu mon fils ?
Dans ce capharnaüm des richesses
Où les sans terre crèvent de faim
T’appelles-tu ma fille ?
Dans ce monde où l’ambition remplace l’amour
T’appelles-tu l’enfant ?
Sur cette terre où les puissants oublient d’être hommes
Qui que tu sois, toi qui es fait de chair et de sang
Que tu sois d’âge ou de jeunesse
Loin du goudron et du fracas des guerres
Je voulais te dire
Le sentier de mes rêves
Le chemin de mes larmes
La route de l’avenir
T’appelles-tu Hugo, Natacha ou Lucie ?
T’appelles-tu mon fils, ma fille, ou l’enfant ?
Je ne suis qu’un vieil enfant
Qui ne retrouve plus le chemin.
JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"JMS
JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"
J'ai trimé, j'ai travaillé, délavé le ciel, les nuages, l'escalier. Le tablier s'est usé à frotter l'établi du jour, à voir le soleil noircir.
L'heure est en pente raide, je piétine, glisse, m'éreinte, dit l'homme en route sur le chemin de l'âge. Entre deux sourires affaissés, il les regarde jamais contents et assoiffés de vouloir. La table toujours trop petite, jamais à leurs faims.
Le jour me lève, je cours, travaille, me glisse, m'insinue dans le flot des minutes, m'essouffle, piétine, cours, travaille, travaille.
Pas content le boss ?
Pas contente mon amour ?
Et les rires, les rires où sont-ils ? Dit l'homme assis sur un recoin aigre de sa mémoire.
Ce soir, le ciel est courroucé. Le lézard, le chat, le frigidaire, le petit frère et les trois sœurs, tous, sont assoiffés. Ils boivent, ils mangent tes heures et des quenelles, du chocolat et des couleuvres, mais face à l'infini des désirs, ta vie est petite, si petite que tu la logerais dans une peau de chagrin. Et tu cours, tu cours, t'arrimes, t'éreintes à en faire plus et plus…
Tu es seul sur la ligne d'horizon et le jour recule.
Le soleil est trop gris, le tablier usé. Et toi, toi tu en as assez, tu as envie de tout poser, de jeter le marteau et l'enclume, de retirer les doigts, et d'aller dormir.
Déjà au matin lundi est là, et tu as une overdose de vie. Tu veux fermer les yeux, fermer le jour, fermer la vie. Courir plus loin que Las Planas, plus loin que le Mont-Blanc, plus loin que Valparaiso, tu as de la neige dans tes cheveux, tu te sens petit, trop petit, et tes épaules sont étroites, trop étroites, ton genou est malade, tu ne veux plus courir. Les exigences sont grandes, trop grandes, et tes jours trop courts.
Tu te couches et tu te demandes.
Tu te lèves et tu demandes.
Et la vie, c'est quand ?
Et le rêve, c'est où ?
Je ne suis pas venu pour ça.
J'exige du soleil, des frites et des vagues, un horizon plus loin que les étoiles.
JMS

L’immigré de l’intérieur
Camarade,
Courons,
de froid en nuit,
de trottoirs en poubelles
La ville m’a chassé
j’ai migré
mauvais côté du rire
côté mal espoir
j’ai migré
vers les banlieues sans travail
Là où, à l’arrache rêves,
Là où la nuit tue ses enfants
Là où l’on a faim, froid et peur
J’ai migré
loin d’opulence
et des terres promises
entre des tours de béton
et les jardins de nulle part,
loin de bien-être
Je suis l’immigré de l’intérieur
Chez vous,
là où les vanités se chiffrent
à prix Dior
et les nippes se signent,
Fauchon fournit vos tables
Loin de nous
vous surfez sur le Web
Nous sommes une réalité virtuelle
Camarade,
j’ai faim, j’ai froid, j’ai peur
Courons
La mort et la violence
sont à nos trousses
En marge de la vie,
rongeons nos ongles
comme l’on dépèce l’espérance
jusqu’à la cornée du rêve
Un coin de soleil et de trottoir
pour nos vacances,
du déchet pour nos tables
Encore vivant, mon frère,
Là où le béton tue le ciel
je respire
là où la pauvreté
et la nuit désossent la peur
Je suis encore vivant,
vivant parmi le peuple des cartons
Je suis citoyen de la rue
exclu et sans droits
sans amour
sans ambassadeurs
je suis immigré de l’intérieur
Camarade,
Courons,
de froid en nuit,
de trottoirs en poubelles
La mort et la violence
sont à nos trousses
Encore vivant, mon frère
En centre ville
la misère ne s’exhibe pas
Nous n’avons
que la légitimité du dérisoire
Dans nos lits cartons,
oublions nos vies
La mort est une ivresse
JMS - In "À l’ombre des réverbères" - Éditions Chemins de Plume
Fallait-il que je reste de marbre, figé face aux douleurs du monde, que je regarde la douleur des autres, perché sur le piédestal de l’impuissance ? Aurais-je dû me demander s’il est judicieux d’aider des "peut-être intégristes" ennemis de la démocratie alors qu’un dictateur fou les massacre ? Aurais-je dû me demander si, face à un empoisonnement nucléaire, le principe de précaution s’applique aussi à une population dont le gouvernement par fierté nationale néglige l’utilisation des sauveteurs étrangers ?
La question se pose. La conscience peut-elle être mise entre parenthèses et soumise à des motivations extérieures ?
Les Malraux, Hemingway et autres étaient-ils des niais manipulés ? Vu par Franco c’est certain. L’assassinat du poète Federico Garcia Lorca et par la suite de près d’un million d’hommes, et Guernica, furent-ils une simple parenthèse de la conscience ?
Certains politiciens, ces jours-ci à la télévision, tentent de nous faire croire que socialistes et staliniens c’est pareil. Pour eux, participer à un front républicain n’est pas une priorité. Le retour du pétainisme les inquiète moins que la démocratie. La bassesse politicienne leur parait plus rentable que la morale.
La question se pose, où réside la morale ? Un pacifique doit-il rester une fleur à la main quand les autres meurent ? Devrais-je devenir un idéaliste exilé dans un temps ailleurs alors que le cynisme fait loi ?
Je ne sais pas.
Cependant je sais que si, d’aventure, avant d’aller ramasser un accidenté, où avant de parler à un désespéré, il me devenait utile de lui demander ses papiers, ses options politiques, ou de lui demander s’il m’aime et pourquoi pas de savoir si mon action est rentable avant de l’aider, j’arrêterais de me regarder dans une glace et j’irais chercher mon humanité chez Marine.
Qui me fera croire que le calcul doit primer sur l’éthique ! Mais je ne suis pas politicien…
L'incendie à la centrale de Fukushima
vu par Natacha
bientôt 6 ans et l'univers qu'on lui lègue

Le commentaire de Natacha :
Il y a des secouristes qui viennent du monde entier
Ils ont des nacelles pour récupérer les gens
et ils ont des poches pour récupérer les jouets
Dans les sacs à dos il y a de la nourriture,
mais mon dessin n’est pas terminé, je ne l’ai pas encore colorié !
Madame, Monsieur,
Venant d’apprendre avec stupeur le projet Européen concernant l’interdiction des plantes médicinales, je m’insurge quant à cette
violation primaire aux droits humains.
De nombreuses personnes se sont toujours soignées par les plantes et ont constaté leur grande efficacité.
Doit-on devenir des cobayes des lobbys pharmaceutiques sans alternative, sachant que les médicaments qui soignent un problème
spécifique peuvent avoir des effets secondaires catastrophiques à d’autres niveaux ?
J’estime qu’on ne peut pas annuler un savoir ancestral de médecine par les plantes pour le seul
profit de multinationales pharmaceutiques.
L’heure est très grave et je vous prie de prendre en compte ce cri d’alarme avant que de sérieux problèmes
n’émergent.
Il convient d’apporter en urgence des amendements à cette directive afin qu’elle prenne davantage en compte les préparations à
base de plantes non-Européennes.
Je vous prie instamment d’exercer les pressions nécessaires au Parlement européen ainsi que sur la Direction générale de la
santé et des consommateurs (DG SANCO) afin de présenter de tels amendements.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes meilleures salutations.
*****
Les morales indigentes et la non assistance à pays en danger
ou
L’urgence de ne rien faire
Messieurs les politiques, devrais-je encore voter, hurler des Marseillaises pétrifiées, alors que la honte me ronge ?
La honte me ronge car rien n’a changé depuis l’abandon des républicains espagnols, depuis la trahison des soldats juifs étrangers offerts aux nazis, depuis le massacre consenti des harkis ; oui, rien ne change. Dans l’Europe des rats, Marine fait son cirque, Mamie règle ses comptes et la tv passe ses pubs. Circulez y’a rien à voir.
En Libye, à coup de canons, de chars, et de massacres aériens, un dictateur taille la liberté dans le sang d’un peuple.
Et vous, Messieurs les Chefs d’États, comme toujours vous arpentez le devoir d’attente.
En Côte d’Ivoire un autre dictateur organise ses chasses à l’homme.
Et toujours, chers politiques, de ronds de jambes en discours creux, vous perpétuez vos stratégies de l’immobilisme. Votre perpétuelle urgence, c’est l’attente, l’attente que ça passe.
Un pays bascule dans l’horreur absolue : tremblement de terre – tsunami - catastrophe nucléaire… des millions d’hommes sont prisonniers d’une zone à risques et toujours cette infâme comptabilité, cette même mesure du justifiant, cette même équation : ce qui ne me touche pas peut attendre.
Trop longtemps, Messieurs les dirigeants, que dans le monde, les ONG sous-traitent votre indifférence.
Qui empêchera les peuples de se faire assassiner ?
Qui fera un pont aérien pour sauver une population d’un possible holocauste nucléaire ?
Messieurs les gérants de belles idées, vous qui chantez la fraternité et qui, les bras croisés, laissez la mort courir, ne donnez plus de leçons aux marchands de morts.
Rentrez vos discours comme je rentre mes larmes comme explose ma honte.
Une civilisation qui économise ses moyens quand il faut sauver des peuples, n’est pas plus une démocratie, qu’une république, c’est une puissance d’opérette, un caroussel pour pantins.
Messieurs les idéologues, la liberté et la dignité valent le prix du sang.
Messieurs les Présidents, qui peut encore croire à l’avenir, quand vous bradez nos utopies.
Rien n’a changé. Les couards gémissent devant la télévision en bouffant leur pâtée audiovisuelle quotidienne.
Rien ne change et nous sommes encore complices.
Je ne dis pas merci.
JMS