Cristian-Georges Campagnac

Publié le par Cheval fou

CERTITUDES OU FAIBLESSES ???


J’erre au cœur froid, désolé du coup de vent virant en tempête. Les lames déchirent un horizon bas, lacèrent la surface de la mer limoneuse. Alentour, c'est le vertige irisé, les traînées d'écume, la chute et le rappel embusqués, l'ascension aussi de la mer qui se confie aux ciels et lui donne ses larmes d'embruns. Les flots gardent la tessiture mélancolique des voix d'outre tombe. Ils susurrent l’eau brisée de trop courir, de braver la terre. Derrière moi, une trace d'absences, une marque de passage qui virevolte dans la bourrasque, sitôt engloutie, avalée, dissoute comme la souvenance de ce que je fus d’existence sur cette terre, comme le vol de l‘oiseau, un unique sillage. Et puis des éclairs, ces lueurs familières qui dansent dans le regard, s’en vont à la recherche des racines d'un passé disséminé, des vestiges du futur. Je m'attelle à l’impérissable certitude de ne jamais mourir, de demeurer éternellement l’enfant de la vie dispersé de par le monde et la planète, comme si le temps de durer avait multiplié à l’infini ce même être parvenu à la conscience universelle. Étranges impressions que les rafales et les montagnes d’eau dévalées ne sauraient affecter, d’être encore et toujours sur le fil tangent, au-dessus de la mort, si près de l’existence, du mal et du bien, de cette injustice immanente de la nature, de l’esprit en perpétuelle révolte. Oui, je vais, j’habite un jour de tempête et cours l’arène de la mer, la grande fresque bleue peuplée d’errances, de nuages et de vagues que la liberté exalte et confond. Je grave sur le parchemin fluide et éthéré de l'eau la mémoire d’un être à la poursuite de l’instant ou de l’éternité, allant jusqu’à en perdre, un moment, l’illusion éphémère de la certitude d'exister, pour sombrer dans le  gouffre pétillant et feutré de l’océan unitif. Quand je ne serais plus qu’une évocation, l’impossible ressouvenir, je sais que je poursuivrais ma route et mon cap, menant un autre vaisseau à travers les grands espaces et la destinée qui font l’âme seule des hommes vrais. Il est en chacun d’entre - nous une parcelle d’universalité, de sentiment revenu du fond des âges, un fragment impérissable de fraternité qui fonde le verbe au-delà de tous les écarts, de toutes nos différences. Noyé dans la cohue, la multitude ou perdu dans les solitudes mouvantes, chaque mot, chaque image vogue et navigue, conscient du fait irréfragable d’être d’une étape du grand voyage multiple, de la valse des naissances, bravant la mort, toisant les siècles et les saisons pour les avoir au moins une fois révélés, du moins comprises au confins de l’amour, du partage incessant de tous les jours, de ces secondes éprises d'éternel. La mer, le désert, les airs, l’absolue hauteur des monts couverts de blancheur me convainquent de l’indicible beauté qui coudoie le chaos, de l’extrême diligence de la vie au terme de chaque virée que nous aurions accomplie, oubliée, abîmée dans le long fleuve des années….

C’est ici, en ces moments de fusion et de proximité avec la nature et les éléments que je défais tout ce que l'illusion pourrait infliger de néant. C’est en ces pages de grandes vérités que je mesure aussi les desseins intemporels que l’âme forge sur l’échelle, l'enclume de notre si courte vie battue de chair qui n’aurait aucun sens, aucune raison de s’arrêter brutalement  dans l’infamie de la matière désorganisée. Au milieu des vagues et des délires de l'hiver, j'ai tant de fois chasser mes craintes d'une mort imminente pour découvrir enfin les curiosités de l'au-delà...Va! Navire, vaisseau ailé, Albatros, poursuis ton vol d’ultimes rencontres que seule l’âme ou l’amour reconnaît, pour renaître inlassablement des flots purs qui t’ont encensé à toujours et raconté l'océan!

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Cristian-Georges Campagnac http://milema.canalblog.com

Publié dans Ils disent

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J
<br /> quel texte où je me reconnais<br /> dans les vagues et les échos !<br /> "dans cette parcelle d'universalité"<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Effectivement il y a des êtres qui se reconnaissent dans la tourmente des éléments et du vivre, conscient de n'être qu'un des échos de vie.<br /> Merci de votre visite.<br /> JMS<br /> <br /> <br /> <br />