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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou

 

Jean-Marc La Frenière
On peut le croire enfant espiègle, l'œil assidu
à regarder l'autre pour y rencontrer le monde,
photo jean marc
à regarder la feuille pour y trouver la vie.


 Il semble issu de l'esprit de la forêt,
dans l'errance des jours, il a tout connu,
c'est un voyageur du mot,
il sait que l'âme sans mots est infirme.

-
Jean-Marc La Frenière
vient de recevoir le Prix

"Nouvelles Voix en Littérature"
au Salon du Livre de Trois-Rivières

(Québec)

pour son livre
"UN FEU ME HANTE
illustré par Lino
Éditions Art le Sabord (Québec) Collection Exentric.
Toutes nos félicitations
 

 

JMS

Publié dans Informations

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Albert CAMUS

Publié le par Cheval fou (Sananès)

tombe-de-Camus.jpg

Cet homme a modifié ma vie. J’avais 20 ans. Il a modifié deux fois ma vie de manière irréversible.

D'abord par la lecture de "La chute ". Ce livre est resté ma cicatrice la plus douce depuis qu'il m’a pénétré d'une phrase récurrente qui s’impose à moi chaque fois que la question de faire ou de laisser faire se pose : "Les plongeons rentrés laissent parfois d'étranges courbatures". Cette phrase ressurgit des abîmes de ma mémoire et ses mots, comme un fer rouge sur ma conscience, dénoncent, guident, me rappellent que, quel que soit le naufrage et même si on l'ignore, le récif du remord à jamais restera là, entre le miroir et moi, entre ma nuit et mon sommeil.

Puis, la lecture de "Caligula " fut ma cicatrice la plus douloureuse. Elle m’a irrémédiablement appris que les hommes appartiennent à leur vécu, que la vie les forge, que la vie en fait des anges, des moutons ou des loups. On ne choisit pas toujours d’être assassin, la vie, ses blessures et ses cadeaux, font de nous les armes du malheur ou de l’amour.

Camus, mon frère, mon ancien, mon maître, celui qui parlait trop simple, trop humain pour que le gratin prétentieux de l’intelligentsia l’accepte en son sein, repose là dans ce petit coin du Luberon, à Lourmarin, en Provence, dans un pays de soleil et de Mistral, près d’une femme, son épouse.

Qui voudrait le kidnapper, lui offrir le lustre d’un monument pédant, le faste des fiers de la médaille !?

Qui voudrait commettre ce crime ?

De grâce, Monsieur, laissez mon frère, mon ancien, mon maître reposer dans ce coin tranquille de Provence, chez lui.

Laissez-le avec les cigales, lui sait que les cigales, aussi, sont d’ici.

 

  La-tombe-d-Albert-Camus-contraste-sur-madame.jpg

Lettre à Albert Camus

Tu es parti sans partir
tu es mort sans mourir
ta voix est là
dans la ténèbre des vivants
elle éclaire le chemin

J’habite chez les gris
les orphelins de la conscience
dans la jachère des idées

Au côté de mes pères
tu es un essentiel

qui éclaire ma voie
 

Tu es parti hier
il y a longtemps
parti sans partir
sans emporter ton ombre
sans emporter ton cri
tu précèdes mon pas
tu enfantes mes mots
 

Je traverse le jour
Il est toujours hier

Je vais
dans un silence habité
tu es là
 
Il y a longtemps
tu n’es jamais parti.
 
JMS
.
 
 

 

Publié dans JMS - A paraître

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Michel SEYRAT.

Publié le par Cheval fou

ÊTRE EN COLÈRE

 

Être en colère

contre les colères
aux mots blessants
aux mots amers
aux mots de feu
aux mots de guerre.
Mais être en colère
pour changer demain.

Être en colère
contre les idolâtres des frontières
qui pillent, brûlent, violent et tuent
tout ce qui déborde
la ligne de leurs fantasmes
ils arment les enfants contre les mères
chassent les femmes au long des routes
laissent les morts pourrir au soleil.

Être en colère
mais espérer grâce
aux médecins à mains nues
aux maîtres d'école obstinés
aux femmes qui sèment l'avenir.


Être en colère
contre les faux prophètes
qui tuent le progrès au nom du progrès
contre les libéralistes
qui détournent la liberté
vers leur comptabilité
contre les dérégulateurs sans frein
qui enchaînent sous le nom de nouveauté.
Et tant pis si les esprits s'égarent
si les trains déraillent
si les avions s'écrasent
si les risques calculés
améliorent les calculs d'intérêts.
Être en colère
mais espérer en un pouvoir
qui serve l'homme
plus que les comptes en banque.

Être en colère
contre ceux qui font
du travailleur un esclave
du laboureur un pollueur
de l'enfant une marchandise
du progrès une pompe à fric
du savoir une manipulation
de l'art un trafic
du passé un âge d'or
de l'avenir une peur
de la jeunesse un délit
de la vieillesse une maladie
de la faim une fatalité
de la nourriture un pouvoir.
Être en colère mais espérer
en cet homme au poing dressé
qui révèle la révolte
en cet enfant aux mains levées
qui fait prier l'aurore
en cette femme aux mains tendues
qui change l'homme en homme
en ces foules qui avancent
dans la force de leur silence
pour faire taire l'horreur.

Être en colère
contre ceux qui changent
la foi des hommes en systèmes
l'amour de Dieu en code pénal
la tragédie de vivre
en réponses obscures
les utopies en totalitarismes.
Être en colère mais espérer
en l'homme aux bras ouverts
qui fait germer les déserts
et chanter le monde.


Être en colère
mais voir la barque au loin
éclairer l'horizon
être en colère
mais revoir l'arbre en fleurs
entrouvrir la fenêtre
être en colère
mais voir sourire l'aube
au bonjour de la nuit
être en colère
pour que le plus beau jour
soit demain.
                                

Michel  SEYRAT.

 

Publié dans Ils disent

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J’ai voyagé

Publié le par Cheval fou (Sananès)

J’ai voyagé, j’ai vu, j’ai rencontré. J’ai cru, cru me tromper, cru aimer, cru que le vrai avait une couleur, cru que le malheur, le bonheur, comme toutes choses, avaient leur couleur. Je ne savais pas les larmes de joie, les rires de douleur et le festin des pélicans. Je ne savais pas qu’il y a dedans et dehors, je croyais le bien et le mal partout pareils. Je croyais que le bonheur du maître et celui de l’esclave avait une même odeur. Je n’avais rien vu du dehors. Je croyais au blanc et au noir je ne savais rien du "ni blanc ni du noir". Je ne savais rien du gris.

 À la décrue du croire, j’ai saigné du sel, frotté mes paupières, tué la nuit jusqu’au soleil. J’ai vu tout ce que l’on voit, j’ai perçu tout ce que l’on ne voit pas. Mon compagnon le plus fidèle fut ce rêve fou que l’on appelle délire. J’ai toujours habité un doigt dans l’ailleurs, à ronger des odeurs de voyage, de départ et de fuite. Fuite du toujours pareil, fuite du père, fuite de l’appareil, fuite de l’impératif, fuite du réveil, fuite du quotidien. Entre fuite et exploration, entre raison et déraison, entre cynisme et rêve, je cherche des frontières, je lance des SOS, j’appelle l’impossible.

Aussi loin que je regarde j’ai toujours aimé le vent du large, la mer qui divague, la peur du retour et le cri des crépuscules. J’ai toujours habité le plus près possible de moi, j’ai toujours eu la divagation à la porte de mes mots. J’ai toujours habité sur le fil, entre fuite et départ, parfois en voyage et souvent seul. Peu d’êtres ont partagé ma vocation à parcourir les ailleurs de la raison, très peu ont avec moi visité les satellites d’Andora et ces pays où les poules à 4 têtes marchent dans la direction de leur regard. Peu ont vu ces pays où les autruches à tête creuse entrent dans leur peur pour fuir le soleil et tombent dans des sommeils pailletés pour échapper à la vie. Très peu ont avec moi visité ces archipels du rêve où les baleines des sables vont à l’Est quand leur regard est à l’Est, vont au vent quand leur regard est au Levant. Peu d’entre nous ont vu aux portes de la conscience la chute des mésanges quand le doute fripe l’avenir. Peu ont visité le cri bleu du Zen où l’on voyage assis en tailleur, peu ont visité cette planète égarée où les hommes marchent sur la tête, où l’ombre fait moins peur que le savoir.

J’ai voyagé loin, j’ai voyagé en moi, cherché le point de fuite, trouvé la tangente, traversé l’horizon et la peur. J’ai déchiré le siècle, griffé le millénaire, mais encore je suis là. Mon rire est chauve, mes cheveux édentés, mon désir encore exigeant ne rêve plus que d’un œil. Je dérive entre espérance et contrainte, je ne dors jamais sur mes deux oreilles, je vais à ma rencontre je me cherche… je ne suis jamais où je veux.

Le voyage est si lent et l’avancée si peu à l’écoute des mots de hasard, que je n’ai pas toujours su entendre.

Un jour, la compagne anglaise d'un de mes compagnons de dérive, indignée de me voir manger de la viande, m'écrivit  dans son français maladroit : "Connaisses-tu* la peur de la bête, avec son cœur en papier froissé avant d’être dans ton assiette ?". Ce jour-là, j’ai mangé, fini mon steak avec un cœur en papier froissé, puis j’ai oublié.

Pourtant, ce jour-là, le ciel est devenu plus large. Ce jour-là, j'ai compris que certains hommes ne sont pas à la dimension de leur âme, qu’ils restent enfermés dans les vanités infantiles du paraître, dans le petit habit de leur condition humaine. Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore cheminer pour apprendre que la douleur, la peur et le désir de vivre, n’appartiennent pas qu’aux hommes, que l’infini est peuplé d’une multitude complexe que nos regards estropiés ne savent pas toujours apercevoir. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait grandir dans ces incernables de la conscience, que seules l’étendue et la profondeur du regard font la grandeur d’âme. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait voir plus grand que l’apparence, plus loin que mon assiette, qu’il me faudrait creuser pour savoir ce que cache un sourire, et aussi savoir que, dans chaque larme, meurt un univers. Ce jour-là, j’ai compris qu’il me faudrait encore et encore passer la frontière de mes rêves pour peupler mes mots du cri des arbres et des caresses de mon chat. J'ai compris que pour grandir il me faudrait garder les langages de l’enfance et traverser l’amour et l’amitié comme on traverse l’horizon. Ce jour là, j’ai appris que ni la main ni l’œil ne vont jamais au fond des choses, que l’invisible est plus profond qu’il ne parait, que rien sauf la vie n’est à la dimension de l’amour.

Ce jour là, j’ai compris qu’il me faudrait encore traverser ces ailleurs où se cachent les grandes vérités, qu’il me faudrait encore et encore creuser et chercher pour être un jour à la mesure de mon âme.

J’ai voyagé loin, aussi loin que possible, mais la question reste immense, encore je dérive. J’ai beaucoup voyagé mais ai-je été assez loin pour habiter mon âme ?

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

 

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Ile Eniger

Publié le par Cheval fou

Ne viens pas. Tu toucherais le côté des choses qui doute. La peur de la morsure. La parole rangée. La maison sans oiseaux. Tant de jours ont filé sans l'heure certaine. Tant de pierres ont tracé pour peu un semblant de chemin. Plus rien ne ressemble. Les pivoines ne fleurissent plus. Le cahier est fini. Les arbres paraissent tristes. Tu ne verrais que verbiage, encens de reliefs consumés, le dernier barreau trop haut, les mains tendues risquant le fer. Tu ne saurais où trouver la fontaine. Ne viens pas. Il ne pleut plus. Ne neige plus. Ne vente plus. Un soleil désertique dessèche la récolte. Ne viens pas. Le cri de la chouette n'éclaire plus la nuit.

Ile Eniger - Les amandiers fleurissent dans la neige

Publié dans Ils disent

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Les arbres rêvent

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Les arbres rêvent

c'est pour cela qu'ils ne parlent pas

Les arbres rêvent
c'est pour cela qu'ils ne marchent pas
Ils inventent des mondes

Nous ne sommes qu'une odeur de mots et de vie
dans l'imaginaire d'une feuille :
        un frisson chlorophylle

Nous ne sommes qu'une frayeur d'arbre
et l'arbre fait un cauchemar

Un homme s'est évadé du cauchemar
Entre des étoiles vacillantes
il court
dans une nuit froissée de mauvais rêves
Il court
dans le cliquetis des lumières scintillantes

L'arbre ne voulait pas Hiroshima
L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent
Mais l'arbre a fait un cauchemar
Un mauvais génie l'a inspiré
Il l'a appelé
Homme.

Ce n'était pas une bonne idée
La mauvaise graine,
comme toujours, court
        court plus vite que la vie
                hors de son rêve
                        en royaume cauchemar

Elle court,
une tronçonneuse à la main
cette mauvaise idée qui s'appelle homme
        cette mauvaise idée qui abat l'arbre

Les étoiles s'étiolent et le vent se brise en odeurs fétides
La vie se casse en goudron mangeur d'oiseaux

L'homme n'était pas une bonne idée
L'arbre ne voulait pas Hiroshima
Un mauvais génie l'a inspiré

L'arbre ne voulait que des fleurs et du vent.

JMS - Extrait de "La diagonale du silence" - Editions Chemins de Plume

 

Texte inclus dans le spectacle de la "Dégaîne Rêve"

    "Le 8ème Horizon"

dit et écrit par : Ile Eniger - Jean-Michel Sananès

avec

  Bruno Sananès (chansons et musique)
Printemps des Poètes 2010
12 Mars 20h30
au Centre Culturel "La laiterie" - Bd de la Liberté - 84160 Cadenet

 

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Mano Dayak

Publié le par Cheval fou

Ce texte, parce qu’il y a une Internationale des mères, de la vie et de l’espoir. Il nous affirme que, ce qu’il y a de plus admirable dans la mission de l’homme, c'est ce don qui consiste à transmettre à l’enfant quelque chose de plus grand encore que la route des étoiles, de lui offrir la cartographie infinie qui jalonne les alphabets du monde et nous sort de notre condition animale pour nous ouvrir la route du savoir et de la conscience.
Je voudrais que pour chacun, ce texte soit lu comme une lettre à nos mères et à ceux qui de Sapiens à Erectus ont fait de nous des hommes qui ne seront Hommes que lorsqu'ils sortiront de leur statut de nains culturels voués à un seul livre unique et parfois inique dans son désamour de l'autre, pour chanter tous les livres de la Conscience.
jms
____________________________________
"Avec des gestes graves, elle (ma mère) m'a appris à lire les vingt-six lettres de l'alphabet tifinagh qui compose la langue tamasheq. Je revois ses doigts voltiger  pour tracer sur le sable des signes géométriques : le cercle qui désigne le "R",  le trait horizontal qui indique le "N", les quatre points pour la consonnance "KH",  le rond précédé de deux points et d'une parenthèse renversée qui compose le mot "chat". Elle faisait une pause,  effaçait de la main ce qu'elle avait écrit, me demandait de répéter ses gestes. J'essayais de mon mieux. Pour me récompenser, ses ongles dessinaient des poèmes; Elle griffait le sable de ses doigts de joueuse d'imzad. A peine avais-je le temps de m'étonner que'elle effaçait ce qu'elle avait écrit pour composer de nouveaux caractères.
Combien de fables et de ballades se sont ainsi envolées sous l'aile de sa main ou bien au vent des dunes ?"
(...)
" Je dois tout aux leçons de ma mère. C'est elle qui m'a appris à démonter  et à remonter la tente, à plier et à déplier le lit taillé dans le torcha, un arbre au tronc épais mais au bois tendre et léger. C'est elle qui m'a fait découvrir les étoiles qui annoncent les changements de saisons. C'est elle qui m'a révélé les différentes castes des gens de ma tribu, les Iforas.
C'est elle qui m'a enseigné la lecture, le chant, la poésie. C'est elle qui...".
 
MANO DAYAK

Publié dans Ils disent

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Les temps changent

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Les temps changent
depuis la fin de la guerre la glace fond
les Américains ne jouent plus
à la roulette russe
les Russes n’ont plus
de casse-têtes chinois
les Chinois jouent à la bourse

Rien ne va
je n’ai gagné aucune guerre
j’ai perdu mes illusions et mon banquier

J’avoue
j’ai joué
j’ai perdu mes dents

Il en coûte cher de jouer
à la roulette
mon dentiste a gagné

Mes nuits sont longues
mon cœur trop rapide
la surprise est immense
je n’en suis jamais revenu
depuis ma femme me cherche

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou


Le Messie est une carte de crédit

Le monde nous convoque à shiner son cercueil. Le pire problème de l’homme est l’argent est ses dieux. La véritable foi n’a pas besoin d’église. Les minarets et les clochers assujettissent les croyants. Pendant que le clergé encense tous les Franco du monde, le Pape répudie les prêtres rouges en Amérique du Sud. Celui qui aime n’a pas besoin de simagrées ni de salamalecs, le front tourné vers la Mecque, les genoux usés sur un prie-Dieu. Quand un semeur se crache dans les mains, sa sueur est sa seule prière à la moisson future. Dans un monde de profit, la bonté de l’homme est devenue un vice. Tu es trop bon. Tu es trop bonnasse. Tu penses trop aux autres. L’homme préfère sa voiture à son chien, son portable au voisin, la pub à la réalité, le nom des acteurs et les effets spéciaux à l’histoire du film et sa partie de hockey à la voix des enfants. Le vieux mur du monde se barbouille d’affiches. La pauvreté se cache derrière les néons. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Tous les slogans s’annulent dans la bouillie des ondes. Le sang sur les écrans anesthésie la honte.

 Nos frères s’entretuent de prières et d’argent. Les chemises noires reviennent déguisés en banquiers, le cash pour Fuhrer. Le sourire aux lèvres, l’attaché-case au bras, ils vendent les cadavres et crachent sur le cœur. La haine les unit dans le goût du profit. Les peuples s’entre-égorgent en croyances contraires. Chaque monnaie d’échange nous éloigne de vivre. Chaque prophète hurle en tuant son prochain. Ni carte Visa ni Mastercard ! Ni Vishna ni Allah ! Ni Euro ni Dollar ! Ni les bras du passé ni le baiser du ciel ne nourrissent l’espoir. Le temps presse aujourd’hui. Même le désespoir accouche par césarienne. Les âmes que nous sommes se perdent sous la peau. Les phrases les plus belles s’écrivent sur le sable. Il ne suffit pas de retirer les clous des mains d’un crucifié pour qu’un ange apparaisse. Il suffit d’une main prolongeant d’autres mains, d’une paume tendue pour accueillir le vent, le pollen, la pluie, d’un petit doigt d’enfant cicatrisant la nuit, d’une voix dans le silence déclarant son amour.

  Le sang ne trouve plus son chemin vers le cœur. Comme des petits Poucet, les doigts de la mémoire laisse échapper des miettes. L’eau bénite à la fin se retrouve à l’égoût. Un rat dans une église est le seul à prier. Les hommes font semblant de parler aux statues. Le capital est un assassinat. Son travail n’est jamais que la paresse du cœur. L’homme n’est plus qu’un singe au volant d’une auto. Serait-il possible qu’on redevienne humain ? Je cherche une lime dans un pain pour m’évader du vide. Je resterai fidèle au bois mort, à la chair, à la terre, aux étoiles. Je défends l’infini contre les billets de banque. Je colmate les brèches avec des mots doux. Je sers la poésie comme on sert la soupe. J’expose à la lumière les instruments de l’ombre. J’écrase les pépins dans le fond des voyelles. Je tire l’étincelle d’une poignée de cendres. Une fourchette m’émeut à l’égal d’un pain. J’attends quelque chose ou quelqu’un dans l’encre sur la page. Qu’une question se pose ou non, aucune réponse ne suffit à l’enfant. Je cherche une grammaire où le verbe vivre n’a pas de conditionnel. Je n’attends pas que les bourgeons soient saouls, que les branches soient folles, que les feuilles soient foule pour parler aux oiseaux. Ils jettent sur la page leurs petits grains de vol qui fleurissent en ciel. Mon cœur se réfugie entre les anges et les mésanges, les dahlias et les roses. L’amour aux lèvres et la colère aux tripes, je grimpe sur les mots pour saisir un éclair dans le gâchis des ombres.


Par la freniere
- Prose

http://lafreniere.over-blog.net

Publié dans Ils disent

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Je n’irai plus au café du coin

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Promis, juré
je n’irai plus au café du coin
m’accouder sur un comptoir
écouter la musique des rues
et les litanies de bistro

Je n'irai plus voir
"Intempéries" le cantonnier
qui s’y réfugie les jours de pluie
je ne verrai plus Pierrot-la-canne
le facteur aux doigts gelés qui boit son canon
ni Mado-les-gros-chagrins

Promis, juré
je n’irai plus au café du coin
voir la misère qui piétine au comptoir
les tickets d’espoir que l’on vend à la loterie

Je suis sorti de ma vie
je n’écoute plus le vent
j’entame l’hiver
je regarde un carré blanc
dehors, il pleut
je n’écoute plus Dylan, Duclos et le Full Moon Ensemble
j’écartèle la frayeur pour me faire un passage
je silence, je ferme, je solde
et pourtant j’aime tant le printemps
l’enfance et le soleil

J'attends que Dieu revienne.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Éditions Chemins de Plume - 12 Euros

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