Si loin
Peuple aux étranges beautés
fils des dieux perdus
hommes de nulle part jetés dans ce chaos
où les vérités s’étripent au nom de l’Unique
Peuple si loin
de cet univers où la vie ploie
sous le poids des ambitions
Peuple des vertes brumes et d'une terre immaculée
que le capital n’a pas encore consommées
sens-tu ramper le péril ?
Tu es photographié, cartographié,
pesé, mesuré, chiffré
déjà prisonnier
des convoitises affutées
des marchands de bois
et des marchands de labeur
Peuple de l’ailleurs millénaire
qui ne sait pas encore que la loi du profit
a eu raison de la maison des cœurs
Mes larmes n’y pourront rien
ils arrivent avec leurs logiques
leurs camions et leurs banques
Peuple de l’enfance du monde
tu leur es peuple virtuel
déjà au catalogue des civilisations perdues
et tes enfants pareils aux miens
perdront leur liberté
perdront leur dignité de peuple debout
Mes larmes n’y pourront rien.
JMS à paraitre
in : Et leurs enfants pareils aux miens
Surtout ne rien changer ! (réforme scolaire)
Voici les archétypes qui devraient enchanter les opposants à la réforme scolaire : sauvegarder le vieil idéal des sociétés conservatrices et pour cela tout faire pour que les femmes ressemblent à leurs mères, qu’elles soient soumises aux principes familiaux. Donc, avec madame Machin, disons : vivent les bombasses, les soumises, les voilées, les répudiables (pourquoi pas les sans droit au chéquier) et vivent les hommes, les vrais, les soldats, les durs qui savent parler aux femmes. Évidement je comprends : les madame Machin ne voudraient pas avoir d’enfants qui ne leurs ressemblent pas… mais je connais des enfants qui, eux non plus, n’aimeraient pas avoir de mères comme elles, je connais des suicidées pour mariages forcés et des machos qui battent leurs femmes : une femme qui meurt tous les trois jours, ce n’est rien, un homo brûlé, ou pendu de temps en temps, ce n’est rien. Pour les braves conservateurs fiers de leurs guerres, de leurs massacres et de leurs carottes Vichy, bien sûr, le monde qu’ils ont forgé, il ne faut pas le changer ! Alors, inutile de modifier l’éducation et vivent les machos, les bombasses et la téléréalité ! À moins que les madame Machin aient fait semblant de ne pas comprendre l’esprit des réformes.
JMS
Gitanos gitanos
Gitanos gitanos
Que le vent emporte que le vent emporte
Où allez-vous où allez-vous
Dans ce siècle qui rapine sur la peau des pauvres ?
Gitanos gitanos
Mon chien n’a plus de terre
Mon hibou n’a plus de nuit
Gitanos gitanos
Où vont vos vies ?
Au royaume barbare partout la mort cogne aux portes
La nuit n’a plus d’étoiles
Mon chien n’a plus de rêves
Où va le vent que le jour emporte ?
Où est votre place où est ma place ?
Gitanos gitanos
Mon hibou mange la nuit
Mon chien ronge sa chaîne
Les hommes vivent en laisse
Les hommes s’enchaînent entre Dieu et Diable
Ils ferment les portes
Mettent le rêve sous clef
Se gavent de fausses vertus
Gitanos gitanos
La liberté roule à contre sens
Le vent mange mes mots
Les préjugés menottent l’amour
Où allez-vous loin des prisons dorées ?
Gitanos gitanos
Le long de nos routes, la misère est une ortie blafarde
Partout où les hommes souffrent
la vie s’étire comme une flamme sur nos douleurs
Partout le flamenco ouvre la nuit
comme l’aube illumine l’espoir
Gitanos gitanos
Mon chien cherche la lumière
Et le vent nous emporte
Gitanos gitanos
Où est votre place
où est ma place ?
Gitanos gitanos
Où va le vent que le jour emporte ?
JMS - "Et leurs enfants pareils aux miens"
"Mémoires d'outre-tombe"
D’une telle écriture au texto, de son élaboration aux ânonnements phonétiques informatisés, le temps semble avoir rogné une part essentielle à la dimension de l’homme. L’avenir nous fait-il rétrécir ? L’ange a-t-il perdu sa plume, n’est-il devenu qu'une clameur d'ignorance et de haine, un chien qui oublie l’hygiène du réverbère et ne trouve plus son espace ?
Quand tout semble perdu la sagesse ne devrait-elle pas, au delà de glorieuses nostalgies, s’affirmer au corps à corps des mots dans un ultime combat pour la sauvegarde de la beauté absolue, celle des idées qui grandissent le rêve ?
JMS
Pas trop Net
Tu cours après la vie, mais tu n’en as pas.
Dans le silence du siècle
dans l’effondrement des codes
tu cherches un projet de de beauté
une vision de l’avenir
mais où es-tu ?
Que fais-tu dans ce néant ?
À la foire aux misères
derrière son œil de verre
Big Brocante te regarde.
Au forum de l’insignifiance
tout est Net.
Au portemanteau du réel
tu accroches ta vie
tu entres dans l’écran
tu t'éclates à l’infini
en milliards d’échos.
Tu cherches l’œil qui te regarde
et le vide se répand comme la rumeur.
Les rêveurs et les quêteurs d’humanité
se perdent dans des torrents de médiocrité
les Dieux-volés lancent leurs djihads
leurs cris de haine
on vend du cul à la criée
la bourse cote l’indécence du voyeurisme.
Assis sur ta chaise face à l’écran glauque
tu meurs d’un futur estropié
tu meurs dans un monde d’utopies virtuelles.
JMS
Rue Cortot
Était-ce ici, était-ce ailleurs ?
un jour qui vient, une nuit qui part ?
Sur un kiosque à journaux
Brel émaillait le paysage
une femme sentinelle, frontière d’horizon,
essorait l’envers d’un regret.
Sous un ciel sans croissant
s’effaçaient les cantates de Thibhirine,
un rire piétinait les rêves d’Anne Franck.
Était-ce à Ostende ou bien ici ?
Dans cet entrelacs où périssent les Poulbot,
Léo habitait la rumeur et encore se demandait
"Si c'est utile
Et puis surtout si ça vaut l'coup
Si ça vaut l'coup d'vivre sa vie."
Loin de La Tamise
la voix de Radio Londres se dissipait,
rue Cortot sur un flot des pavés
le siècle fermait ses utopies.
Était-ce hier ou maintenant
Étais-ce une nuit qui part, un jour qui vient ?
Quai des revers de vie et des regards perdus
dans un ailleurs où la mémoire s’assombrit
un train plombé de souvenirs déchirait la brume.
L’heure demandait :
Où vont ces voix, où va la vie ?
Nul ne savait
s’il était encore bon de rallumer le jour.
Était-ce ici, était-ce ailleurs ?
Était-ce un jour qui vient, une nuit qui part ?
Rue Cortot le siècle me faisait mal.
JMS sur une photo de Robert LOÏ
Madiba
Nous étions mille et millions parmi le peuple des chagrins,
à savoir que, où l’on maltraite,
le bâton et la voix qui humilient sont toujours pareils,
à savoir que, partout où l’on exploite,
la colère du fils et la douleur du père sont un même cri,
à savoir que le cœur n’est grand que lorsqu'il sert la justice.
Nous étions mille et millions enfermés dans une conscience sans armes.
Mais toi Madiba, qui habitais si loin parmi les peuples martyrisés,
tu savais que les hommes
ne devraient avoir d’autre couleur que celle du bonheur,
d’autre bonheur que celui de vivre libre et de nourrir les enfants.
Je t’ai regardé voler, Madiba,
voler haut, si haut que tu as rejoint Martin Luther et Gandhi,
je t’ai regardé élever la conscience
si haut qu’elle n’a laissé de place ni à la haine ni à la vengeance.
Je t’ai regardé, Madiba, tu avais de trop grandes ailes
pour regarder la misère d’en bas,
le cœur trop grand pour accepter cela.
Si loin que tu aies habité, Madiba,
j’ai toujours su que nous étions frères, plus frères que frères,
j’ai toujours su que ta voix bouleverserait le monde,
j’ai toujours su que ton pas ouvrait la voie.
Gandhi, Martin Luther, Madiba,
nous qui marchons dans votre ombre,
nous savons, où l’on maltraite,
le bâton et la voix qui humilient sont toujours pareils.
Il faudra que nos enfants gardent votre chemin.
JMS





