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L’homme qui entendait des voix (SF.)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Partout où s’agite la révolte,

qui fait taire les lois invisibles,

fait taire sa conscience

***

Le matin s’étirait en froids frissons. De toutes parts, l’aube bleue s’effrangeait en de mornes lueurs jaunes. Les premiers rayons de soleil, griffés par la pierre et la gerçure, traversaient l’opacité pour caresser les doigts de Pierre-le-Chevelu.

Comme d’autres, Pierre, un manant de basse campagne, survivait en extirpant des résidus de la vieille mine et d’un braconnage qu’il avait jusque-là partagé avec Margot, la Dame-des-Bois.

 

Ce jour-là, très tôt, il avait quitté son désert ocré d’herbages irradiés pour assister aux cérémonies. Il avait pris place sur le parvis de l’imposant bâtiment de verre orné des symboles de l’Empire et de motifs colorés.

Hostile et solennel, mi-forteresse, mi-cathédrale, démesuré, le Palais enfonçait ses flèches et ses tours dans un ciel lourd sans transparence, presque gris, où de grands nuages de soufre, jaunes, phosphorescents, effrayants, naviguaient.

 

La foule s’amassait sur la grand place, une armée de zombies aux visages enduits de crème kaki. Tous avaient les yeux cachés par d’énormes lunettes qui intégraient un module de communication. L’Empire pouvait ainsi les informer des dangers météo et "être à leur écoute".

Une projection holographique sculptait dans le ciel une voûte arborant des armoiries. Un lion et une croix s’y entrelaçaient. Quatre cosmopendules indiquaient la direction des quatre grandes institutions de l’Empire. Toutes quatre affichaient : An de Grâce 2812, 15 avril, 10 heures 12 minutes.

 

Ce n’était pas par crainte d’être pris pour un opposant à l’Institution ou pour échapper aux nécessaires travaux qu’imposait l’Empire, que Pierre avait hâté son pas. Une force impérieuse le guidait. Il fallait qu’il salue une dernière fois Margot, sa voisine. Il fallait qu’elle le sente là, près d’elle. Il ne pouvait lui offrir rien d’autre qu’un adieu. L’appétit d’étrange curiosité et d’excitation malsaine de la foule se mêlait au terrible besoin confus de miracle et à la tristesse qu’il éprouvait.

 

Les cloches sonnaient et appelaient à la fête. Le soleil d’avril avait répondu à cet appel. Miraculeusement, ses rayons parvenaient à glisser entre les inquiétantes tours gothiques de verre et de fer. Chaque rayon rognait les brûlures d'un froid intense qui régnait en maître sur tous les coins de l’ombre.

Les gigantesques constructions où siégeait la Nouvelle Rome, distillaient une ombre noire démesurée et semblaient lutter contre la lumière, cela au propre et au figuré, comme la réalité assiège le rêve, comme l’oppression, en ce temps, cernait la liberté.

Les cloches, battues par un homme en noir, se mirent à tonner, assourdissantes. Elles couvraient l’ombre et la reléguaient en détails de perception, elles résonnaient, piétinant le vent et le frisson.

Pierre se blottit dans un recoin où étincelait un rayon de chaude lumière. Chaque parcelle de son corps buvait cette chaleur douce et laiteuse avec un plaisir non dissimulé.

Les autres s’étaient groupés autour de l’amoncellement de bois et de cubes en méthane carboné que l’on extirpait de la mine.

Un glapissement strident de moyeux mal graissés et de roues crissant sur la chaussée, déchira le brouhaha qui enveloppait la foule. Pour la circonstance, l’Empire avait fait reconstituer un antique chariot.

La foule se figea dans un silence religieux et l’on entendit alors distinctement l’approche du convoi ainsi que le claquement de sabots des chevaux mutants à tête de champignon.

Les cavaliers impériaux se raidirent quand le tambour se mit à battre. Des roulements méthodiques revenaient sans cesse, martelés comme le bruit des vagues, syncopés de très courts silences. Des Inquisitors portaient l’habit et la coiffe pointue et noire des antiques pèlerins de la Semaine Sainte à Séville sur Terre, là où l’ordre des défenseurs de la Nouvelle Rome avait vu le jour.

Pierre frissonna. Certains des manants riaient devant cette solennité.

 

Comme un couteau, le convoi fendit la foule et arriva au podium. Les soldats extirpèrent la Dame-des-Bois de sa cage roulante. Les supplices de la Question n’avaient laissé d’elle qu’une plainte sans forme et déguenillée. Elle était couverte de sang et des immondices dont la pieuse foule des bien-pensants l’avait gratifiée.

Pierre eut un sentiment d’horreur et de révolte. Les capteurs de pensées repérèrent son indignation et, instantanément, braquèrent sur lui des faisceaux scintillants et le regard des Inquisitors.

Margot coupa l’instant d’un hurlement.

Les capteurs réagirent aussitôt, délaissant Pierre. Leurs faisceaux s’orientèrent sur elle et le flux d’émotion qu’elle avait libéré, l’auréolant d’un voile surréaliste. Tous rirent ou glapirent des horreurs à son encontre, nourrissant les sourires des Inquisitors.

Le goût noir de la peur avait un instant envahi Pierre. Il savait qu’en détournant l’attention, Margot l’avait remercié, tant de sa compassion que de son indignation. Elle lui avait offert son dernier message, sa dernière rébellion. Quand une phrase, venue de nulle part, aiguë, claire, dominante, surprenante et incontournable, inonda la conscience de Pierre : méfiez-vous des hommes en noir.

   

Le Prélat, les yeux protégés par un cosmoverre, portait la cape noire des dignitaires de l’Empire. La texture brillante et soyeuse des fibres antiradiations qui composaient ce vêtement, ainsi qu'une coiffe pointue et démesurée, attestaient de son rang. L'ensemble lui donnait une silhouette conique et inquiétante.

D’une voix sifflante et ferme à peine perceptible, il imposa sa volonté :

- Silence ! 

Deux soldats en justaucorps soyeux bâillonnèrent la femme d’un tampon de gomme adhésive.

Le silence traversa la foule comme une onde tétanisante.

Le tambour se tut.

Le Prélat se raidit, et croyant brandir ainsi sa légitimité, pointa "la chose". Sa voix claqua comme un fouet.

- Margot, la Dame des bois, a été arrêtée pour conspiration contre l’Ordre. À l’encontre de tous nos principes, elle a détruit des pièges et noué intelligence avec l’ennemi. Elle a aussi reçu et abrité chez elle des créatures qu'elle dit dotées d’intelligence et d’amour, ce qui est blasphème et pure folie. Margot doit expier ses crimes.

L’index du Prélat se déplaça, changeant de cible, il désigna un sac. Un Marshal-Inquisitor en extirpa la petite forme noire d’un félin mutant pareil à une mini panthère molle aux yeux démesurés : c’était un néochat.

Le discours du Prélat reprit :

- Les animaux, pas plus que les mutants, ne disposent de conscience ou d’âme. Si tel était le cas, les savants de l’Empire le sauraient et si cela était ces "choses" seraient sujets de l’Empire. Payent-ils tribut à l’État, comme vous le faites ? 

La foule rodée à ces manifestations beugla un NON sourd qui résonna comme un tocsin. Par trois fois, la foule répéta ce NON comme un mantra purificateur qui lave les consciences.

Le Prélat reprit d’une voix métallique, glaciale et impérieuse, qui fit frémir plus d’un manant :

- Ils n’ont pas d’âme ! Car aucune âme ne peut vivre hors de la Foi et de l’Empire ! Luttons contre les créatures du Mal et de l’Inconscient qui convoitent notre monde, brûlons-les, brûlons ces monstres ! En la Foi nous croyons.

Les flammes léchèrent les pauvres corps.

Margot parut laisser partir sa vie sans une plainte, presque souriante, peut-être attentive aux voix d’un ailleurs qui ne pouvait être pire.

Tous burent un breuvage qui, symboliquement, contenait quelques cendres, indiquant que, maintenant purifiée, la suppliciée revivrait en chacun d’entre eux.

   

La fumée se dissipa dans le bruit des tambours, portant l’odeur âcre de la souffrance muette, du sang et de l’encens.

 

Alors que Pierre quittait la place et tentait de se faire oublier, une autre phrase incongrue venue de nulle part, emplit à nouveau sa conscience. Elle ricochait dans sa tête, cherchant sa pleine dimension : la mort est un passeur d’absence.

L’étrangeté de cette formulation le percuta de plein fouet et le tint aux aguets d’un indicible ailleurs.

Sur la route sableuse, pendant qu’il parcourait des taillis de plantes et de buissons étranges aux formes parfois frémissantes, d’autres pensées venues d'ailleurs le maintinrent dans un état d’extrême tension : méfie-toi des hommes en noir… la colère guette dans l’ombre… viens à nous fils de l’homme, rejoins-nous.

Pierre se décida enfin à converser avec l’étrange :

- Est-ce toi Margot ?

Un rire l’ébranla de spasmes incontrôlés : la cendre ne parle pas, fils d’homme. Regarde autour de toi !

Un étonnement né de sa conscience le fit sourire. Pierre formula alors une pensée en forme de doute : je n’ai mangé ni champignons, ni humé les brûlis d’herbes folles, je crois halluciner !

D’un regard circulaire, il détailla la campagne et vit frissonner de noirs feux follets étincelants. Sa vision se disséqua en trois néochats. Il crut reconnaître certains protégés de la Dame-des-Bois.

 

Les interférences de pensées avec les races mutantes étaient rares mais elles étaient connues. Autrefois, l’homme avait harmonieusement cohabité avec toutes les espèces du monde. Les liens et les contacts entre tous avaient foisonné au point d’en être devenus courants.

Hélas, cela avait cessé le jour même où les ligues de défense des espèces avaient réclamé un statut et des droits pour ces créatures. La revendication avait entraîné la condamnation de tous ceux qui prônaient cette idéologie. De même avait été promulguée l’interdiction et la mise hors la loi de toute cette "folle propagande". Ce qui s’était appelé "réclamation universelle" avait été décrété "folie utopique" !

Quelle puissance penserait à partager le monde avec des partenaires désarmés ?!

Le pouvoir et ses légistes avait alors sorti de vieux textes empoussiérés, d’encyclopédies millénaires. Ils avaient alors chanté "l’idéologie de la première Rome", celle qui avait fait la toute puissance de l’Homme, celle qui avait régné sur l’Ancien Monde, soumettant ou détruisant ceux qui lui résistaient. Pour la Nouvelle Rome, rien ne devait changer l’Ordre, le monde lui appartenait et ce n’était pas des mutants qui modifieraient cela !

 

De retour chez lui, Pierre traversa rapidement l’unique pièce de sa maison, ferma porte et fenêtre pour éviter toute lumière. Un grand miroir flanqué de deux réflecteurs ovoïdes occupait une place de choix entre un vieil évier et une douche délabrée. Ayant jeté ses vêtements sur le lit, Pierre prit place devant le miroir. Un fin jet d’eau glacé recyclée l’aspergea et le débarrassa de la crème filtrante qui le protégeait des rayonnements. Pierre regarda ses mains, une verrue attira son attention. La voix séditieuse l’interpella à nouveau : serais-tu en train de muter par hasard ? Il haussa les épaules et, mentalement, répondit en riant : allez-vous me dénoncer ?!

Il eut un sourire de satisfaction en voyant sa silhouette encore athlétique dans le miroir. Il actionna le gros commutateur. Les réflecteurs vibrèrent et, imperceptibles, les champs magnétiques destinés à piéger les radiations traversèrent son corps. Il eut envie de siffler mais il se retint, conscient d’une possible écoute indiscrète.

Nu, il s’affala sur sa paillasse et s’endormit profondément. Très vite son sommeil fut perturbé par cette voix qui sans cesse lui disait : crains les hommes en noir. Il fit un de ces cauchemars qui laissent d’interminables courbatures et un inexplicable sentiment de malaise.

Le matin arriva, impitoyable. Il essayait de terrasser son apathie quand la voix le prévint : fuis, ils arrivent !

Comme si, de tous temps cette voix avait côtoyé ses pensées, ou comme s’il obéissait à une vieille habitude, il répondit en ami désabusé : fuir serait un aveu… et fuir pour aller où ?

Émue, la voix crissa : fuis, rejoins-nous en zone contaminée, rejoins les mutants, nous savons comment y vivre.

Trop tard, les sabots résonnaient sur le chemin.

Il se hâtait de mettre sa crème de protection et de se vêtir quand la porte s’ouvrit.

Un Inquisitor surgit. En maître des lieux, sans s’être annoncé, il ordonna :

- Suis-moi, nous devons t’interroger.

Les capes à croix des cavaliers leur donnaient un air de mousquetaires d’Apocalypse perdus dans les entrelacs du temps. Pierre sentit la crainte froide des chevaux mutants à tête de champignon.

 

Très vite, ils furent sur le parvis de verre devant la cathédrature. Elle s’érigeait, démesurée et mangeuse de ciel. La grande place était déserte. Une projection holographique s’afficha à leur arrivée, indiquant : An de Grâce 2812, 16 avril, 8 heures 02 minutes.

Très vite, Pierre fut conduit dans une grande salle dont le luxe était inconnu du peuple des manants.

Il ne s’étonna de rien, agrippé à la petite voix qui continuait à lui dire : méfie-toi des hommes en noir... la mort est un passeur d’absence… notre colère navigue dans l’ombre... pourquoi n’es-tu pas venu à nous, fils de l’homme ?

Le Commandateur-Inquisitor le toisa. Le regardant droit dans les yeux, il annonça :

- Nos capteurs ont détecté, hier, tes sécrétions d’adrénaline, pourquoi cette peur ? T’opposes-tu à l’Empire et à sa Foi ? Le doute est un blasphème ! Qu’as-tu à dire ?

La petite voix lui dicta : prétends que tu avais une terrible douleur, pense à tes lombaires.

Dans un sourire plein d’innocence, Pierre répondit :

- J’avais mal au dos, Maître 

Il dut, à moins que ce ne fut la voix qui s’agitât en lui, être convaincant, car le Commandateur acquiesça :

- Je te crois. Fais ta prière d’allégeance

Pierre baissa les yeux, se voûta selon la tradition et entonna le "Merci Maître".

- "Merci Maître de m’avoir laissé la vie. Merci Maître de me laisser respirer l’air de Tes mondes. Merci Maître de me laisser habiter Tes terres. Merci Maître de me laisser manger les fruits de Ton domaine. Je sais que toutes choses de ce monde sont à Toi. Merci Maître d’accepter mon travail en signe de gratitude. Je sais, oh Maître, que Tu es la Loi, en dehors de laquelle nul ne peut vivre".

 

Le Commandateur-Inquisitor eut un sourire condescendant, un sourire de bonté étudiée et mille fois rodé, puis il avança sa main et Pierre la baisa. D’un geste doux, il lui indiqua, sans mots inutiles, qu’il pouvait se retirer.

 

Alors que, soulagé, Pierre s’apprêtait à sortir, la voix seigneuriale tonna :

- Tu es bien bâti, je te prends comme chasseur de mutants et de néochats !

Plus fort que tout, une conscience de mécréant ou d’indien ancien, ou peut-être de chat, s’imposa à Pierre, plus forte que l’instinct de survie :

- Jamais !

*

La fête fut grandiose. La foule était là.

Pierre affronta la fumée en écoutant pleurer les chevaux mutants à tête de champignon. Une voix disait dans sa tête : je t’avais prévenu fils d’homme, je t’avais dit : méfie-toi des hommes en noir… la mort est un passeur d’absence… notre colère navigue dans ton ombre… pourquoi n’es-tu pas venu à nous, fils de l’homme ? Prends la mort comme un sucre car nous sommes la Conscience.

JMS

in : Chronique de la dernière étoile (roman à paraître - SF)

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John Lennon

Publié le par Cheval fou (Sananes)

 

John77.jpg

 

Je pense à toi Lennon,
toi qui chantais
"Imagine les peuples, Vivant dans la paix"1,
si tu savais, comme les temps changent.

Nos utopies ont tari dans des placards de politiciens.
Partout les crève-espoir glapissent leurs aubades à la déréglementation.
Lentement, les jours engloutissent
San Francisco et sa Maison bleue.

Gilles Servat, Glenmore, les insurgés de la conscience, s’effacent.
Partout le silence crépite comme un fusil à crever les mots.
Partout la musique s’étouffe dans de vieux vinyles.
Le vieux Léo hurle encore
comme un prédicateur de mémoires troubles.

Lennon, si tu savais
comme ne rien oublier est une douleur furieuse.
Si tu savais comme dans mon crâne de petit homme
courent encore de vieux rêves.
Comme partout l’espoir se meurt.
La magie et le rêve sont éparpillés.

Lennon, toi qui chantais
"Aucun besoin d'avidité ou de faim"2,
croirais-tu qu'aujourd’hui
il nous faut encore affronter la vie et son désert d’utopies ?
Le futur et ses rêves atrophiés ?
Si tu savais, Lennon, comme la blessure est grande !

Les temps changent.
Nos enfants sont des orphelins du rêve.
Partout les tueurs d’avenir ont capturé l’espoir.
Les utopies tarissent aux coffres des financiers.

Je pense à Dylan, Martin Luther King, l’Abbé Pierre,
à l’île de Wight, à Woodstock.
A ces temps où l'on chantait
"Imaginez tous les peuples, Partageant le monde"3.
Je pense à Colette Magny, Yves Simon, Brigitte Fontaine,
Joan Baez4, Graeme Allwright, Dylan, Higelin, Areski…
Encore résonnent leurs voix.
Je pense à tous ceux, poètes fous et flambeurs d'utopie,
qui faisaient de leurs mots des chansons d’espoir.

Je pense aux soldats du cœur, aux objecteurs de conscience,
aux combattants pour les droits civiques5
en Amérique Noire, Biafra, Vietnam, Chili…
Je pense à Chico Mendes6, Dumont7,
à tous ceux qui se sont opposés aux avidités destructrices.
Je pense aux Mères de la Place de Mai8
à la lutte contre toutes les dictatures.

Je pense à toi Lennon,
toi qui écrivais à ceux qui "n'avaient pas compris la vie".
Je pense à ton mot "heureux",
à l’exigence qu’il enferme en son périmètre,
à l’intelligence qu'il renferme.

Je pense à l’Ile de Lumière9 et aux 'Boat people'.
A la flambée de conscience qui embrasa le monde
en ces temps où l’ambition d’être homme passait par le cœur
et non par une apparence certifiée grand luxe.
Ces temps où sauver un homme primait
sur l’autopromotion carnassière des élites.
Ces temps où des millions de petits épiciers
donnaient du cœur aux villes,
où les grandes surfaces n’avaient pas encore dévasté la France.
Ces temps où les travailleurs chantaient le dimanche.

Tu ne savais pas Lennon, vous ne saviez pas amis,
que si vite reviendrait le temps du martyr de la terre et des hommes.
Le temps où ceux qui paradent
au classement des grandes fortunes et aux box-offices des prédateurs,
substitueraient l’argent
aux valeurs fraternelles que vous aviez chantées.

Les temps changent,
nos utopies tarissent dans des placards de politiciens.
Des hommes pourrissent à genoux
tels de vieilles espèces animales endémiques
qui mendient leurs victuailles.
La conscience meurt dans des livres jaunis et sur de vieux vinyles.

Les temps changent,
je pense au temps d’avant la mort des utopies.
Quand les hommes voulaient changer le monde.
Quand survivre n'était pas un but.
Ce temps où l'on chantait l'amour.

Je pense, et encore, j'"imagine" le bonheur.
JMS


1 "Imagine all the people, Living life in peace..."
2 "No need for greed or hunger"
3 "Imagine all the people, Sharing all the world..."
4 David et Joan Baez son épouse, furent les porte-drapeau des objecteurs de conscience du Vietnam,
5 Les droits civiques : combats de l’Amérique Noire contre la ségrégation raciale (Dylan, J. Baez et d'autres, s’engagèrent au côté de Martin Luther King
6Chico Mendes : défenseur des forêts et des Indiens d’Amazonie, il fut assassiné par les propriétaires terriens
7 Dumont : il fut le premier en France à dire que l’eau potable était en péril
8 Les Mères de la Place de Mai : elles bravèrent la dictature de Pinochet pour réclamer leurs enfants disparus
9 L’Ile de Lumière : bateau équipé par B. Kouchner et Médecins du Monde pour sauver les 'Boat people' en perdition en haute mer quand ils fuyaient l’arrivée des communistes au Viet Nam

 

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Voeux 2013

Publié le par Cheval fou (Sananes)

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Mes Meilleurs Voeux pour cette fin d'année

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Les Voeux de ma petite Natacha (8ans)

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La lettre de Noël du petit Pierrot des collines

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Petit Papa Noël,

Petit Papa Noël, tu peux venir tranquille, la fin du monde est reportée. Moi, je n’arrête pas de parler de toi et je voudrais bien avoir de tes nouvelles. Ici, c’est comme d’hab, la télévision ne parle que de choses catastrophiques. Si maman m’interdit de voir le "Dracula Show" et "Scoubidou" parce que ça fait peur, et de manger des bonbons parce que ce n'est pas bon, elle n’arrête pas de regarder les évènements de Syrie en mangeant des chips pour calmer son stress. C’est vraiment très embêtant parce que ça l’empêche de dormir et que ça réveille papa qui ne peut s’empêcher de piller le frigo. Il a déjà décimé les 13 desserts de Noël. On appelle ça l’effet boule de neige. Mais ce n’est pas vrai, ici il n’est pas tombé un seul flocon, seule la voisine est tombée en glissant sur une des crottes de Kiki, le chien de Madame Josette. Mais, sois sans crainte, Kiki ne sait pas monter sur le toit et le ciel est désert, rapport à la pollution, il n’y a ni rapace ni chauve-souris, même Superman ne se risque pas à respirer l’air de l’usine. Tu vois, tu ne crains rien. N’écoute pas mon papa, je crois qu’il dit des bêtises quand il dit que, cette année, tu ne viendras pas, rapport à la crise. Papa dit aussi que seule la magie peut le sauver, il a acheté un billet du Loto.

À l’école, j’ai appris plein de jolies chansons, il y a une phrase qui me plaît beaucoup, c’est celle des jouets par milliers.

Petit Papa Noël, viens vite, cette année, je n’ai pas piégé la cheminée et j’ai mis mes bottes au pied du sapin. Pour les cadeaux, j’avais peur que tu te demandes que m’offrir, alors, pour que tu n’aies pas de doute, j’accepte tout le catalogue de la Redoute, mais tu peux garder les poupées pour toi ou pour Natacha ma copine.

Ton ami,

Le petit Pierrot des collines

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Chamiaou et ses amis - Un livre pour enfants - JMS

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Trève de Noël

Les contes de JMS

pour la jeunesse et les grands rêveurs

 

Chamiaou et ses amis
"L’histoire des éléphants et du vilain mensonge"

un conte de JMS illustré par JMS

Chamiaou J.M. Sananes Edts Chemins de Plume

 

fanto et le sorcier-refait-001

extrait  pages14 et  15 sur 28

fanto et le sorcier-refait-002

extrait  pages16 et 17 sur 28

fanto et le sorcier-refait-003

extrait  pages 18 et 19 sur 28

Chamiaou-4e---JMS-Edts.-Ch.-de-Plume.jpg

Éditions Chemins de Plume - Petite Collection Jeunesse -  3.90 €

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L’histoire triste et gaie de la Princesse Pamplemousse - Un livre pour enfants - JMS

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Trève de Noël

Les contes de JMS

pour la jeunesse et les grands rêveurs

COUVERTURE-rose-mauve-0k-Princesse-Pampl-DeF-page-par-page.jpg

Illustrations : peintures de Valerio Paltenghi - Texte de  JMS

interieur-princesse-pamplemouse-001.jpg

 extrait  pages 2 et 3 sur 28

interieur-princesse-pamplemouse-002.jpg

extrait  page 4 et  5 sur 28

interieur-princesse-pamplemouse-003.jpg

extrait  pages 12 et 13 sur 28

COUVERTURE-rose-mauve-0k-Princesse-Pampl-DeF-page-copie-1.jpg

 

Éditions Chemins de Plume - Collection Jeunesse -  3.90 €

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Ça m’inquiète

Publié le par Cheval fou (Sananes)

(lettre à Monsieur Depardieu suite  mon àcoup de gueule)

Vous m’en voulez ?
Il y avait des choses à ne pas dire
J’ai été très maladroit
Mon foutoir à idées a basculé
Il y a des maux sur le plancher
C'est pas net
Je perds mes mots
Ma raison vacille
J’ai peur de la chûte
Je cherche, je regarde partout
Où est passé mon carnet d’adresses ?
Mon crayon à papier ?
Le lexique de mes certitudes ?
Ma gomme à effacer les jours ?
La logique me bouscule
Ma raison prend le large
Le temps glisse
Je ne sais plus
Ce qui ne va pas en moi
Mes chemises sont froissées
Mon épouse me regarde de travers
La fête s’est arrêtée sur le palier
Mon sapin a les boules
Le vent souffle dans mes bronches
L’orage vient
Ça craint, ça fait peur    
Ça fait du froid dans les voyelles
Ça met des glaçons dans le verbe
Et plein de vent au fond de moi
Les consonnes en dérivent

Promis
Je ne voulais pas agacer
Seulement dire
J’imagine votre jugement
Tout comme le mien : à l’emporte pièce
Et la pièce n’est pas drôle
Je sais, j’aurais dû me taire
Garder ma tête aussi froide
Que la colère que je vous inspire
J’entends le silence grincer
La pluie de glace pénétrer ce papier
J'ai froid je gèle j'ai peur
Seule la honte m'empourpre et me réchauffe
En attendant que cesse ma con-gélation
Que s’épuise votre con-sternation
Pardonnez-moi

Dites-moi que je ne le suis pas con-citoyen ordinaire
Dites-moi qu'il fait beau de Carcassonne à Nouméa

Je sais votre absence
Et l'absence de pardon me fait d'hiver
Promis, je serai sage
Je mettrai mes mots en cage
Je fais la paix
Je n’ai plus qu’à me pardonner

Et à me rappeler
Que j'aime Noël et le café
Les vieux films, les glaces à la réglisse et les tartes à la crème
Que j'aime les vieux jouets et les marrons glacés
Que j'aime quand l'hiver finit

JMS

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Lettre ouverte à Monsieur Depardieu

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Cher Monsieur Depardieu,

Je regrette de vous voir hissé en porte-drapeau d’une communauté d’expatriés économiques et déplore que vous vous retrouviez sous les sunlights d’un théâtre où vous n’avez pas votre place. Les bravos de Monsieur Copé, de Madame Parisot, ceux des politiciens qui défendent leurs multiples statuts et leurs onéreux avantages, de même que les hourras des grands chanteurs, des grands naufrageurs du petit commerce, de ceux qui font commerce avec des sièges sociaux hors de France pour s’exonérer de leurs devoirs, les magouilleurs, les rois du luxe, tous ces applaudissements et ce bruit, vous vont mal.

Oui Monsieur Depardieu, ce n’est pas vous, c’est ceux qui veulent démontrer l’utilité de tuer le modèle français, ceux qui l’assassinent à coup de dérèglementation qui devraient être sur scène. Cependant, si vous n’êtes pas responsable de l’exode fiscal qui ponctionne les richesses de notre pays, les médias ont fait de vous le symbole d’un affrontement entre ceux qui profitent d’une dérégularisation voulue par le grand capital et ceux qui visent à une régulation du système. Aussi, même si vous êtes loin d’être un cas unique, votre réaction épidermique mais compréhensible, nous laisse croire que pour vous et certains d’entre nous, payer 150 millions d’euros d’impôts est un drame !...

Mais pour d’autres, quel privilège… !

À en croire cette allégation, certains français, ceux d’en bas, constatent que parce que le système le permet, vos seules impositions ont, si mes calculs sont justes, avoisiné 11 200  années de Smic, (une petite partie de vos revenus) alors que nombre de français, après une vie de difficile labeur, n’arrivent pas à cumuler les 41 années de travail nécessaires à leur retraite. À en croire d’autres allégations, le patrimoine que votre métier d’acteur vous a permis d’acquérir, avoisinerait les 85 millions d’euros, le prix d’une multitude de 2 pièces en une période où tant de nos concitoyens sont à la rue et où une vie d’honnête salarié ne permet pas à tous d’avoir son chez soi.  

Le drame, n’en déplaise à vos supporters et aux tenants du grand capital, c’est que vu d’en haut, la misère n’a pas d’odeur et la solidarité a une bien vilaine odeur. La société se scinde entre ceux qui s’octroient le droit de se partager le monde et ceux qui pensent que le monde est un bien collectif auquel il convient d’appliquer des normes écologiques et financières visant à la préservation d’un équilibre global. Ces derniers vous semblent insupportables quand croyant à la justice sociale par l’impôt, ils importunent ceux qui, chaque année, engrangent des centaines d’années de Smic pour un seul foyer. Certes, rassurez-vous, nous savons bien que vous n’avez rien à voir avec les Jean-Marie Messier et autres pilleurs de la France, nous savons bien qu’il est injuste que ce soit vous qui n’êtes en rien responsable des dogmes de la nouvelle économie, qui soit montré du doigt.

Cependant, je suis sûr Monsieur Depardieu, que vous êtes conscient de l’indécence de certains salaires et, parce que vous avez un cœur, vous comprenez que les quelques mois de tournage d’un acteur ne méritent pas 200 à 300 fois le salaire annuel d’un travailleur manuel, ou 200 fois un salaire d’instituteur, et que, même si le rire soigne, il n’est pas normal qu’un comédien gagne 100 fois plus qu’un médecin. 

Ne rejoignez pas ceux de vos amis politiques qui défendent une caste et non la France, ceux qui insultent ceux qui croient en l’utopie citoyenne et à un droit à la non précarité.

Dire qu’aucun Français ne doit dormir dans la rue, ne doit plus être une supercherie politique.

La solidarité n’est pas un "gros mot" !

Penser que l’économie française sera sauvée dès lors qu’on précarisera les salariés, dès lors que l’hôpital public, les retraites, l’école publique et les universités seront privatisés, n’est en rien du réalisme économique, c’est la programmation de révolutions où triompheront les fascismes rouges ou noirs comme on le voit dans les pays en crise.

Je ne sais, Monsieur Depardieu, si le destin vous a tant comblé que vous n’avez jamais usé des allocations chômage des travailleurs du privé, de celle du monde du spectacle, qu’aucun de vos films n’a bénéficié de subventions. Je ne sais si vous avez eu suffisamment de chance pour que votre famille et vous-même n’ayez utilisé ni la sécurité sociale, ni les hôpitaux, ni l’école, ni même les routes de notre beau pays de France. Si cela est, je veux bien croire qu’il vous répugne de participer plus abondamment au financement de la France.  

Mais si cela n’était pas, je ne pourrais croire que c’est la petite phrase de Monsieur Jean-Marc Ayrault, à l’égard de ceux qui s’expatrient, qui vous a blessé. Hélas, je craindrais que ce soit le regard que vous avez porté sur l’abandon de vos utopies qui vous a été insupportable.

De grâce, Monsieur Depardieu, redevenez le sympathique héros de ma jeunesse, ne laissez pas Obélix poignarder Vercingétorix. Ce n’est pas trop tard.

Jean-Michel Sananès

Publié dans Coups de gueule

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