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Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Fuis,
rien ne change.
À coups de mégots et de mains incendiaires,
la France de mes étés souriants soigne ses forêts de charbon
À Téhéran, on tue pour quelques cheveux libres,
on y décime les utopies aux désespoirs sans chaînes.
De pont en pont, de lignes en lignes
l'homme point zéro de la conscience
lance ses drones sur l'horizon des espérances
Partout le sang, la peur, la mort,
les enfants de Kiev pleurent dans la poussière des certitudes.
Rien ne change,
sinon la déchirure de mon cœur,
perdu dans le naufrage des consciences,
et ce vacarme où l'humanité s'égare.

Fuis fuis mon hirondelle,
fuis la biche du bois,
et toi, l'écureuil sur ta branche,
fuis, ça chauffe chez les humains.
Écoute,
écoute grandir le désert,
la colère du vent et des pluies sauvages.
Fuis, fuis petite vipère
j'entends grésiller le mulot, le campagnol et le renard,
ça sent la chair et l'herbe brûlées
ça crame au pays d’homme,
mais comme moi ne ferme pas tes yeux,
n'imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
la larme entravée dans ma mémoire*
ne retient ni colère ni désespoir.
Fuis fuis,
l'homme point zéro, l'homme primaire, l'homme point trois,
l'homme de rien et l'homme supérieur
jouent avec des allumettes, des bombes, et la nature meurt.
Fuis et jamais ne crois
à l'innocence des grands bipèdes,
à l'intelligence de ceux qui disent que la terre est plate,
à ceux qui croient que le cosmos leur appartient,
à la crédulité de ceux qui croient qu’un Dieu nous sauvera.
Fuis fuis,
n’imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
le vent qui te poursuit,
cours renardeau,
ça chauffe chez les humains,
demain il brûleront la Terre,
et toi mon hirondelle,
où es-tu quand j'ai peur pour toi ?


*Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème "Ça brûle" (ils-brulent-brulent-notre-bon-village)
(La deuxième partie de ce texte a été publiée en 2022, mais rien ne change !)

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