Quand crisse le neurone
Quand crisse le neurone, je vois ma vie qui passe,
fétus de cris, de mots,
de désirs et de rêves écornés.
Il y a du vent dans ma caboche, et si je ne me cherche plus,
c’est qu’inlassablement je m’explore,
me cogne à la question, me heurte à la réponse,
j’ébrèche mes certitudes.
Qui suis je quand je sors de moi pour entrer chez les vivants,
dans leur univers tapioca où le caviar ne me côtoie pas,
où l’on dépiaute la misère pour nourrir les riches,
où la vie — ma vie — inexorablement, incurablement,
me mène vers le silence des rires ancestraux.
Où vous êtes vous perdues, mes ombres d’éternité ?
Depuis si longtemps que je découds le temps
pour te connaître, mon père ?
Alors je marche, je cours, je pleure,
où sont passés mes rêves ?
Je croyais en l’humain,
mais la bourse a ses échelles
et la mémoire ses fantasmes.
Pourrais je encore vivre parmi les hommes,
tous les hommes ?
Mémoire, qu’as tu fait de l’humanisme ?
On arrache les âmes à Téhéran,
à Lyon, on défenestre au nom d’une sourate,
il pleut des drones sur Kiev.
La fissure déchire l’espoir
et ma route se perd dans l’incertain.
Partout où passe l’arme à gauche,
là où la mort joue le trépas,
j’ai l’âme en larmes.
Le ciel me dépasse,
le calendrier déverse mes décennies,
la lucidité émiette mon optimisme
et j’ai peur de l’avenir qui se dérobe.
Aux revoyures, peut être,
dans les champs d’éternité,
nous tiendrons nous par la main,
par le cœur,
ou chanterons nous, mon père,
les psaumes de la désespérance ?
JMS 15/02/2026