La complainte de la fleur et du lapin

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La fleur disait au vent :
Je ne veux pas finir ma vie 
comme une grenouille 
qui chante au soleil, 
comme un caillou qui dort, 
comme un brin d’herbe 
qui ne dira jamais 
ce qu’il ressent aux étoiles.

Je ne veux pas être 
un soupçon de vie 
revenu trop tôt 
à l’oubli des poussières.

Et le lapin, 
assis dans l’ombre, réfléchissait. 
Il se disait qu’il ne partirait pas 
sans tenter de sauver le jour, 
sans essayer au moins une fois 
de tenir tête à la nuit.

Il regardait la fleur 
comme on regarde un miroir fragile. 
Il voyait dans ses pétales 
tout ce qu’il craignait de devenir : 
un souffle trop vite passé, 
un silence de plus, 
une vie qui n’aurait rien tenté.

Alors il dit : 
Fleur, si tu trembles, je tremblerai avec toi.
Si tu veux parler au monde, 
je creuserai pour toi un chemin jusqu’à lui.
Si tu veux défier l’oubli, 
je porterai ton parfum plus loin que mes pas.

Et la fleur comprit 
qu’on ne sauve pas le monde, 
mais qu’on peut sauver un instant, 
une lumière,
un geste, 
un souffle.
Et que parfois,
 cela suffit.

JMS  9/05/26

 

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