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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il est là,
 visage d'enfant
oublié à un coin de rue,
douceur
aussi subversive que la larme sur le bonheur.

Il est là,
 sorti des chemins oubliés de l’enfance,
fort comme ses certitudes.
Il voyage nu sous l’armure des apparences,
nu avec des flèches plantées dans le cœur,
nu et agressé par mille regards
dans le remue méninges des indignations,
et le chahut des radios.
 
Mal à l'âme
mal au cœur
mal au passé immuable.
 
Il est homme
aux barricades de la destinée,
nu et fragile comme le rire
quand les couteaux égorgent,
nu comme l'enfant sous la bombe,
nu comme l'homme qui pleure.

Et quand l'automne arrive,
il est nu, et toujours nu
sous l’armure des apparences,
celui qui part.

JMS 2/08/2024         

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Quand j'aurai usé l'espérance, un jour je partirai

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand j'aurai usé l'espérance à lui préférer le plomb et la mort,
quand, à l'indifférence de mon prochain, à la beauté, à la vie, à la fraternité,
j'aurais perdu les saveurs du désir d'être et l'envie d'aller à demain,
alors le moment sera venu de se dire adieu.

Pour autant, oublierai-je les rêves que je faisais pour mes enfants,
l'avenir que j’espérais pareil au monde que j'aurais voulu avoir,
moi qui ne sais plus où vont se fracasser les lendemains,
moi qui ne sais où partent les jours quand l'homme perd ses rêves ?

Il est certain, un jour je partirai, sans j'espère
jamais avoir trouvé l’amertume,
oubliant mon vieux costume de vie au porte-manteau des certitudes,
oubliant ma lavallière à pois, mes pinceaux, mes poèmes,
et mes vieux cahiers inachevés.
Une mémoire emplie d’amour et de ce brillant
que l'on trouve aux yeux des chats et des enfants de l’espérance,
un jour je partirai laissant sur la route mon plein de rêves à léguer.

Que ferez-vous mes enfants de mon costume râpé,
des mots pas encore déballés oubliés au fond de mon stylo ?
Et de ce qui, dans l'ombre, reste de moi, de mes utopies,  
moi qui sans elles, aurais préféré ne pas vivre que d'en être orphelin.
JMS

 

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Comptine de l'enfant fou

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

"Un dieu trois
le paradis est à moi,
un deux trois
crois moi,
toi tu n'en auras pas…"

L'enfant fou ne le chantait pas,
comment l'aurait-il pu
lui qui croyait les hommes semblables
parmi la vie et les fleurs de l’invisible.
Comment aurait-il pu avec eux chanter
quand la guerre était là,
déchirant ceux qui se croyaient seuls
à avoir des droits
sur le ciel, la vérité et le pouvoir !

Jardin tristesse, l'enfant les regardait jouer
comme chiens et chats,
à je porte le drapeau,
à battre de la prière, à déclamer à la parade
des vanités :
"Regardez-nous, regardez-nous bien,
regardez-nous bâtir des cimetières, des temples, des minarets,
nous sommes mandataires du ciel, l'Infini est à nous".
Comment aurait-il pu avec eux chanter !

Non loin d’eux, hors frontières, dans l’immense,
vivaient les sans ciel,
les fils et filles de la vie, les fleurs de l’invisible,
les libérés du devoir de haïr l’infidèle,
les enfants fous fidèles à l’incrédulité,
ceux qui s’opposaient à l'impérialisme des certitudes,
les libres d'identités exclusives, d’a priori et autres suffisances,  
ceux qui vivaient sans haine, accueillant le ciel et la pensée ouverte.

Gambadant hors du périmètre des dogmes,
l'enfant savait que nul n'a de droit suspensif à celui de l’autre,
seule la conscience est loi quand elle ouvre sur l’éthique,
il savait, seule la tolérance rend visible la beauté des mondes.

Jardin tristesse, dans l'universalité des différences,
l’enfant fou savait : chaque vie est un univers
que seule la tendresse des regards rend habitable.
Il savait : seule la conscience de la beauté rend la beauté possible,
il savait le chemin d’humanité, et jamais ne chantait :

"Un dieu trois
le paradis est à moi
un deux trois
crois-moi,
toi tu n'en auras pas…"

L’enfant fou savait qu'en chacun
sommeillent les fleurs de l’invisible.

JMS 4/08/24

.

 

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L'adieu au chat

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'adieu au chat

La traversée du chagrin sur cette route trop en pente
qu'il faut sans cesse remonter,
ce certificat d'aptitude aux larmes
qui mouille un regard que l'on ne sait sécher,
tout ce parcours sanglot qu'il nous faut boire
sans jamais trouver l’oubli,
où vas-tu petite fille dans les clameurs du jour ?
Où vas-tu quand la nuit perd ses étoiles ?

Laisse les envolées du ciel réparer la lumière
et la vie ré-ouvrir ses portes,
douleurs et joie ne sont que le peuple de l’instant.
Laisse tourner la roue,
le bleu et le projet sont dans la route de l’oiseau,
la quiétude dans le sillage du vent,
revient à la vie, le malheur et le rire ne sont que d'un moment.

Laisse les heures te rendre ce que la douleur t'a pris,
les instants tendresse où la nostalgie apprivoise la tristesse
pour devenir douceur, reviendront,
et dans la course du temps,
la souffrance arrachée deviendra une fleur plantée
sur les chemins d’hier.
Tu le sais petite fille
les jours auraient pu passer
où vos regards n'auraient pu ne jamais se rencontrer,
la providence a ses secrets.

Patience petite fille,
le sucre des mémoires te parlera d’elle,
tu aimeras avec elle avoir partagé ce temps,
la mémoire est l'almanach du chemin,
elle y retrouvera sa place.
Rien ne sépare ni n'efface qui aime.

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Je courais, courais, courais

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand j'étais jeune

je ne savais où aller

je courais

après mon père

après ce chat qu'il me fallait apprivoiser

après cet alphabet qu'il me fallait dompter

je courais

après mon âge

et les grands qui partaient à vélo.

 

Seul, en attente d'être grand

à l'âge du duvet sur les joues

laissant mes mots au vestiaire

je courais après filles

dans l'infortune des timides

je courais les échecs et le spleen

je courais la rime

voulais être Rimbaud

sac au dos, je courais des rêves d'aventure

je courais après la vie

les amis, le travail, une raison de vivre.

 

Je courais, courais, dans l'odeur des casernes

courais après le temps

après les larmes, l'exil et le chagrin

dans les rayonnages du mot

à frontière de raison

de l'imparfait au futur je courais le verbe être

je courais après le temps

je courais je courais je courais

jusqu'à ce que s'ouvre ce chemin intérieur

où j'ai couru de mois en mois en mois

où j'ai couru de moi à moi

 

Je ne cours plus

j'ai trouvé de l'encre et du papier

des yeux d'enfants, des yeux de chats

si grands que j'y lis le monde

je ne cours plus

j'ai trouvé des êtres à aimer

plus grands, plus vastes que le champ des étoiles

et toutes les mappemondes du monde

je ne cours plus

je suis enfin arrivé chez moi

pour être, jusqu'à ne plus être.

 

Maintenant je sais

pour aller à soi

courir est inutile.

 

jms

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Je tutoie le Silence et la Question

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Parfois,
quand je tutoie le Silence et la Question,
 j'écris aux jours qu'il me faudra passer sans moi
quand je n'aurai plus a tuer le temps,
quand l'amour sera en absence.
 
Un jour,
je serai un enfant de l'ailleurs
qui au matin se demande
"Où donc habite mon cri,
où suis-je quand je ne suis pas là,
où est-on quand la mémoire se perd ?".
 
Ne serai-je qu'un squatter d’oubli,
un rêve d'avoir été
frayant dans les goguettes du néant,
une particule désactivée se désintégrant
dans le ronronnement d'un Big Bang,
un écho d'univers
en errance dans le voyage de l’intemporel,
le souvenir d'un instant
traquant une image d'enfance ?
 
Ne serai-je qu'un mot qui se cherche
pour supplier le silence,
l'implorant de ne pas effacer
le sourire et la  voix de ceux qui m'ont donné une place,
de ceux à qui j'ai tout donné,
 de ne pas fermer la lueur d'amour
qui allumait  les yeux verts d'un chat,
de ne jamais égarer l'heure du café le matin,
l'odeur du pain grillé,
de ne jamais oublier les rendez-vous loupés
et cette attente de l'impossible,
quand, livré à la candeur,
aux envers de l’ombre je demandais :
"Crois en nous, sauve le rêve, l'enfant et la vie".

Encore, j'aimerais lui demander :
"Et si tu peux, sauve le rire,
le ciel, le bleu,
les jeux de mots, les calembours,
 le café du coin,
et tout ce qu'ici j’aimais.

JMS 13 Juillet 2024

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Partage d'un moment d'intime

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À mon ami Mamadou Michel Atta
À toi, Frère au-delà des ans, et tes enfants pareils aux miens,
et à cette émotion quand ils m'appellent tonton.À toi mon ami, mon frère ce vieux poème qui t'était dédié :

Nous n'avons pas bu le même lait…

 

Nous n'avons pas été nourris des mêmes livres
Nous n'avons pas bu le même lait
Nous n'avons pas bu la même eau
Nous n'avons pas partagé les mêmes minutes.
 
Un peu berbère un peu indien un peu arabe
Je te donne mon étoile et le ciel
Je te donne mes douleurs de terre et de sang
Et cet amour qui va d'Est en Ouest.
 
T'appelles-tu Seattle, Hugo
La Frenière, Neruda ou Beaucarne ?
Je te donne mes douleurs
Et la médiane de mes rêves
Les millénaires ne comptent pas.
 
Un peu berbère un peu indien un peu arabe
Nous avons tous eu la même mère
Celle qui porte le vent et les nuages
Nous avons vu les mêmes étoiles
Nous sommes plus frères que frères.
 
La mémoire remplie du chagrin des hommes
Nous entendons gémir la terre.
 
Tous nous traversons les nuits du vent
Nous n'avons pas été nourris des mêmes livres
Nous n'avons pas bu le même lait
Nos veines saignent du sang
Et des douleurs du vent.
 
Un peu berbère un peu indien un peu arabe
Je te donne mon étoile et le ciel
Et cet amour qui va d'Est en Ouest
Afin qu'Hommes nous soyons
Hommes plus frères que frères
Sur cet arpent de vie qui longe les millénaires.
 
JMS - In "Plus frère que frère",
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Apprenti fantôme

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Apprenti fantôme
arpente ce bitume,
témoin de l'effacement de milliards de vies fossiles.    
Combien de millénaires sous tes pieds ?
Combien d'ancêtres en tes chromosomes ?
Et ce ciel qui se repose sur nous
et s'invente et se recommence.

Je suis l'enfant d'un jour de pluie et d'un nuage,
le rêve d'une fleur,
un plante qui marche,
de la buée et des larmes plein les yeux.

Où vas-tu apprenti ?
L'immense et l'absence nous attendent.
Seras-tu la fleur, le nuage,
pollen sous les ailes d'un papillon,
le soleil du dernier naufrage,
le premier gazouillis d'un enfant,
la larme où s'abreuve la vie ?

Si tu me cherches,
je suis l'enfant du verbe
et la brûlure du jour.
Appelle-moi,
je suis la question.

JMS 8 juillet 2024

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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

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5 juillet - 62 ans déjà

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Ma maison d’autre mer est restée in-accostée
Mes rêves encore y naviguent dans une eau de sel
Mes yeux gouttent comme une mémoire de source et de regards perdus
J’ai du sable et des fissures de pierres dans le flot escarpé d’une enfance qui s’enfonce
Je piétine une obscurité de décennies qui grésillent comme des branches de palmier

Au matin, mon âme se perd dans de petits jours où les boutons d’or sont en exil
Dans la cadence apatride du cœur, j’arpente l’aigre du destin
Je palpe le cri mort du vent dans l’oued, je ploie les rides tristes d’un regard dépoli
Dompteur de chauves souris et de rêves interdits, j’accoutume l’oubli

Mes rêves naviguent encore
Et si le sel se noie, je me souviens la règle sur les doigts et le cri de la craie
Encore je me souviens de la couleur des joies et du partage des rires

Avant qu'on ne déterre le verbe partir et le rouge du sang
J’aimais l’ombre et la tanière des mots
J’aimais le vent et les cyprès

Loin de ma maison d’autre mer
J’ai vu valser les chrysanthèmes
D’hier à aujourd’hui, j’ai vu courir la vie
Et ceux qui en partent comme l’on divorce d’avec le jour
Encore mes rêves naviguent entre la pluie et l’insomnie.

Près de ma maison d’autre mer
Le temps trahit l’enfance
Il n’y a pas de retour
L’ivresse des prières déclame la mort
Jusqu’à la fin, il me faudra fissurer la pierre
En extraire des graviers de mémoires

Courir, écrire, me taire, sur les moiteurs de l’aube
Courir, écrire, se taire
Ne rien oublier n’efface pas la frontière

Je marche sur des cadavres de rêves oblitérés
Les territoires de l’exil enfantent la nostalgie
Mes yeux gouttent comme une mémoire de source et de regards perdus.

JMS - Extrait de "Dieu, le silence et moi" - Éditions Chemins de Plume

1935, mon grand-père et ses amis

1935, mon grand-père et ses amis

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