Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chantez, chantez compagnons

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À Tristan Cabral pour son "Requiem en Barcelona"*

"nous irons à Montjuïc nous écouterons ce fou de Falla

nous irons voir les trois sans noms Ascaso, Durruti et Jover"

À toutes les larmes que Barcelone n'a jamais enterrées

qui encore coulent dans le sang survivants

.

Chantez, chantez compagnons
si aujourd'hui je suis triste
c'est de voir Barcelone pleurer
c'est de ne pas savoir qui a tort qui a raison
c'est de voir dans l'ombre des Ramblas
une odeur de poudre dans le sommeil des justes.

Si aujourd'hui je suis triste
c'est de savoir que l'oubli n'est pas venu
c'est de croire que Franco n'est pas mort
c'est parce que je ne veux pas oublier la mort
c’est parce que le fusil s’oppose à la main tendue
c’est parce que toute douleur est de ma couleur.


Chantez, chantez compagnons
la menace et la force ne sont jamais justes
quand se fissure le droit de la conscience
Si je suis triste c'est qu'aux souvenirs d'hier
de vieilles blessures rejaillissent
et que des hommes sont en prison.

Chantez, chantez compagnons
un peuple fier est à genou
aujourd'hui quand l'ordre claironne

si je suis triste c'est de ne pas savoir

qui a tort qui a raison
si je suis triste c'est de voir Barcelone pleurer.

JMS

*aux Editions Chemins de Plume

 

 

Publié dans Textes de JMS

Partager cet article
Repost0

Jean-Marc La Frenière - Québec - Lancement de son livre "L'âme" publié aux Editions Chemins de Plume

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

Partager cet article
Repost0

Lettre à mes Pères

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai bu tant de chansons, tant de cris, tant de larmes,
tant de rires, de bonheurs, pour devenir un homme,
je ne suis plus qu'une addition de mémoires et de poèmes,
un verbe nocturne qui s'étiole au ressac des ivresses perdues,
un vieux saumon remontant un torrent de souvenirs.

 

Parfois, une magie insolente me percute,
les ombres exhument de vieux mots
tirés du syllabaire des siècles,
des soupirs d'exil viennent à ma rencontre,
émerge le visage d'un enfant mort que je n'ai pas connu,
de vieilles douleurs que portait ma grand-mère,
une chanson et une voix qui ne sait pas tarir,
je suis une mémoire en marche que le temps videra.

 

En ces jours où les farandoles du néant jouent de la paillette,
je cherche ce lieu où le cœur n'a plus sa raison,
je vous cherche, amis des litanies enchantées,
je vous cherche dans les funérariums où s'efface le poème,
où êtes-vous, Jehan Jonaz, Glenmor, Gilles Servat, Caussimon,
Barbara, Eva, Reggiani, Nougaro,
et vous autres les immenses, les Ferland, Brel, Brassens,
vous qui saviez que les poètes meurent quand le verbe se tait.

 

Et toi Colette Magny, qui nommais "Hibakusha"
les survivants d'Hiroshima, les extirpant de l'exil des intouchables,
n'es-tu que cette voix scandée dans le silence des jours
que j'arrache à ce 33 tours d'où suinte ta voix ?
Où sont donc maintenant nos quelques mots égarés
rue de Flandre autour d'un café ?

 

Et toi Sahara, qui au côté de Claude Delcloo et du Full Moon Ensemble de Chicago,
jetais des mots aussi vibrants
que mon désarroi au crépuscule de mes vingt ans ?
Tes paroles encore tambourinent en moi : 
"Amérique Amérique, j'entends crépiter les enfants d’Hiroshima
et claquent en ce poème de Bob Kauffman
aux tréfonds de mes veines jusqu'à me faire japonais. 


Et toi Jacqueline Danno, qui vivifiait Federico Garcia Lorca
quand tu giflais l'impératif du désir
en ces mots qui faisaient frisson à ma peau :
"Dites à la lune qu'elle vienne, le corps d'Ignatio je ne veux pas le voir".
Et vous Anne et Gilles,
qui endiamantaient "La Centaine d’amour" de Neruda.

 

Combien de fois, dans le coma des espérances anémiées,
ai-je bu vos mots pour noyer les désespoirs d'un siècle désabusé,
combien de fois vous ai-je écoutés,
entendus, jusqu'à la confusion des âmes ?
Combien de fois vous ai-je mêlés à mon sang
jusqu'au profond de l'étrange langage qui irrigue mon encre ?
Vous étiez paroles de Poètes, jamais d'hier,
vous qui bousculiez les soubresauts d'un ordre triomphant
qui aujourd'hui s'embusque sous des silences nouveaux.

 

Où es-tu donc Léo,
toi dont la voix, encore en moi, résonne
comme la fascinante stupeur du cri mauve
qui agite l'inquiétude des crépuscules ?
Où es-tu Léo, toi qui t'emparais des vers d'Aragon
dont le cri en moi porte à jamais cet :
"avril à 5 heures du soir, un dragon planta un couteau dans son cœur" ? 
Où es-tu, toi qui reviens toujours
dans les bouffées tristes d'une jeunesse blessée ?

 

Le sais-tu ami, le savez-vous amis,
ici, la télé-réalité joue l'indécence,
le verbe n'a plus sa place,
la violence des stades joue l'indigence des consciences,
ici la sémantique sert les ambitions,
on égorge le sens,
on fait du sexe et du voyeurisme un passeport
pour la notoriété des imbéciles.

 

Voyez-vous amis,
le verbe, la chanson, la parole, effraient,
ici, on sait que votre silence est une révolte désarmée,
ici, il savent qu'à étrangler le cri
on désâme les consciences.

 

Pourtant amis, chez moi vous vivez,
chaque soir vont, viennent, et reviennent des vivants intérieurs,
chaque soir chez moi vous chantez, déclamez, dansez
sur des symphonies de synapses,
des vagues à l'âme intemporels, des valses neuronales,
chaque nuit, une polka de personnages immortels trahit la mort
pour peupler la face blanche des jours de complaintes disparues.

 

Je te cherche Maurice Fanon toi que la radio efface,
as-tu toujours au cou "ce souvenir de soie
qui fait si doux à ma mémoire ?
Et vous James Olivier, Jean Arnulf, Mouloudji, Marc Ogeret,
Jean Vasca,
et vous autres, amis, qui d'un quatrain,
d'une rime, fusillaient la torpeur des bienheureux,
vous qui tordiez les cœurs et le verbe à en saigner les consciences.

 

Revenez amis, ici, chez nous, chaque jour nouveau,
des barbares se parent de dollars et de couteaux,
décapitent et rongent la parole,
revenez amis, ici, chez nous,
chaque jour des poètes meurent aux triomphes de la violence.

 

Amis, combien de fois, ai-je bu vos mots
si fortement mariés à l'intime espoir
d'une humanité que vous chantiez ?

Où êtes-vous donc amis égarés dans le coït de mes nostalgies ?
Où êtes-vous donc quand le silence est une rumeur
qui piétine les évangiles de la révolte et l'espoir que vous portiez ?
Où êtes vous Jacques Douai, Guy Béart, Leny Escudero,

Georges Moustaki, Jean-Louis Caillat, Claude Reva, Léonard Cohen ?
Où êtes-vous donc frères du mot tendre ou révolté ?

 

Revenez amis, dansez, chantez et encore chantez
dans le creuset de ma mémoire,
restez les arquebusiers de l’arc-en-ciel,
jouez, jouez de la mélodie et du verbe
vous les porteurs d'une conscience en souffrance,
soyez les étendards de la lutte contre l'oubli des promesses.

 

Amis d'un temps égaré, squattez encore,
squattez mes jours jusqu’à l'ultime minute,
squattez ma vie jusqu'à la trame de mon âme,
jusqu'à l'insurrection de la passion antérieure des renoncements,
restez les mots de cette conscience enchantée qui, en mon sang,
sans cesse clame toujours les droits d'une utopie désenchantée.

 

Courrez, chantez, hurlez en moi
vous êtes, amis, les malfrats de l'utopie chantée et de l'espérance.
Courrez, chantez, et si, sur les chemins enneigés de ma mémoire,
vous croisez des odeurs de pays perdus,
Henri IV, un instituteur, les 101 dalmatiens ou des jours de fêtes,
c'est que je suis un homme fragmenté tissé aux mille saisons de l'âge,
et si, sur mes pages aphones ou mes crayons maladroits,
vous croisez des musiques d'antan accolées à mes rimes,
si mon verbe devient le suaire de vos âmes,
si mon cri s'arrime à un inconscient que vous forgiez,
dansez, chantez encore,
et si, parfois encore, vos mots dépassent sur ma rime,
je vous reconnais mes Pères
venus à mon insu jeter la braise d'une vieille fulgurance,
venus me rappeler que tous vous m'habitez.

 

Dansez, chantez, vous dont les voix et les visages
suintent de mes nuits sans lune,
dansez, dansez, immortels jusqu'à mon dernier jour,
jusqu'à mon dernier miroir.

 

Ami, le jour vient, peut-être nous rencontrerons nous
car je ne suis plus qu'un vieux saumon qui remonte le torrent des mémoires
et qui, lentement, s'étiole au ressac des émotions perdues. 

 

jms

Partager cet article
Repost0

6-7-8 Octobre Festival du Livre de Mouans-Sartoux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'espère vous y rencontrer

Très cordialement

Jean-Michel Sananès

Partager cet article
Repost0

Cris de vie

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Écoute, écoute ce tam-tam sous ma peau
non, ce n’est pas la plainte du vent
qui se déchire sur les arbres

Écoute, écoute, ces cris dans mon sang
n’est-ce que le tic-tac d’un coeur
ou le compte à rebours du temps ?

Écoute cette musique de l’intérieur
qui minute ma vie

Regarde, regarde entre mes doigts
ne vois-tu pas le temps qui glisse ?

Regarde, regarde au fond de mes yeux
ne vois-tu pas ma vie qui passe ?

JMS - In "Cheval fou - D'amour et de colère" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Cheval fou

Partager cet article
Repost0

Ne croyez pas l'histoire - JMS

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Une petite vidéo, avec une musique de Bruno Sananès, sur un texte faisant partie du livre CD "Occident/Accident de conscience", première fois où j'ai osé lire moi-même quelques-uns de mes textes.  

Tous mes remerciement au peintre Slobodan qui m'a autorisé à introduire un peu de son monde onirique dans cette animation, et au photographe Jean-Paul Pradayrol qui m'a permis l'utilisation de ses photographies de paysages.

 

Pour la petite histoire, toutes les photos de soldats sont des archives familiales de 14/18 et 45, l'un d'eux, comme je le relate dans le livre "Juliette", a écrit des Dardanelles, à sa mère, lui annonçant qu'il ne reviendrait pas du combat annoncé le lendemain ; l'autre celui à veste blanche en début de vidéo, est mort sur son char, le jour de la libération de Paris, tué par un sniper.

https://youtu.be/Wc1twCwFH2E

 

Publié dans Textes de JMS

Partager cet article
Repost0

Salon du livre de Breil-sur-Roya

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Au plaisir de vous y rencontrer - JMS

Au plaisir de vous y rencontrer - JMS

Publié dans Informations

Partager cet article
Repost0

Et encore et encore je chercherai

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Que la mort vienne comme une femme trop belle
Dont on craint l'abandon sur un autre coin de vie
Où, sans elle, plus rien n'aurait de sens


Que le jour s'en aille en ailleurs de crépuscule
Aux lunes arrachées


Encore
Je chercherai une flamme aux yeux de mes enfants
Et les étoiles dont on m'a dépouillé
Et les rires piétinés de mille générations d’hommes esclaves
Que je ne sais réparer


Encore
J'irai parmi les champs de douleurs où s'étiolent les exploités


Encore, je chercherai
Par delà le néant, les routes du pardon


Que la mort vienne
Que le jour s'en aille
Emportant les battements de ce cœur
Qui ne voit plus passer ses rêves


J'irai là où la mort m'attend
Voir
Si encore un peu d'amour peut raviver le vent
Voir
Si l'amour peut encore sauver l'enfance des devenirs.

 

JMS

Publié dans Textes de JMS

Partager cet article
Repost0

Petit délire à trois balles, mais aucune ne tue

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

L'été j'habite souvent à coté de mes pompes

pourtant elles ne sont pas funèbres

 je me cherche
 

à l'intérieur

à l'extérieur

 

me retrouve en

en continent rêve

 

me perds

aux sentiers du doute

alors que mes chaussures

squattent le jardin

en attendant que je revisite la vie.

 

JMS

 

 

 

 

Publié dans Textes de JMS

Partager cet article
Repost0

Je n'irai pas plus loin que mes chaussures

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

Je marche à coté de ma petite voix, je n'irai pas plus loin que mes chaussures.

Je marche à ma recherche, sans savoir si être homme aurait consisté à parler plus haut que les autres ; sans savoir si ma vie valait plus que celle de mes amis, que celle de mes contradicteurs, que celle de mon chat ou celle des tressaillements du silence où s'embusque la Question.

 

Un jour je partirai, à mon doigt l'anneau de croyance sertissant  ma conscience et le diamant bleu de mes doutes aux mille voix contradictoires.

Chaque pensée, chaque brindille, sera à sa place dans la forêt près du grand arbre, près de la vieille maison et de la pierre abandonnée.

La révolte et la douleur des laissés pour compte, ne seront jamais la parure logique des statistiques. Le sang, les représailles, le malheur, se nourrissent toujours de frustrations et de rêves en berne.

Aux rendez-vous de la désespérance, chaque pierre dressée est la muraille d'un passé portant son chemin de raisons. La fleur et l’océan y meurent noyés au triomphe des famines ; les bébés de la soif aux ventres enflés y ferment des yeux démesurés.

Quand l'homme va sur Mars nourrir sa curiosité, les étoiles l’accusent.

La fleur et le rossignol le savent, ce n'est pas plus l'homme qui fait l'Histoire que l'Histoire qui fait les hommes.

Le vieil Iroquois et mon chat le savent, ce n'est pas la nuit qui endort les consciences, c'est le sommeil des consciences qui tue les vérités essentielles.

Sur mes routes intérieures, les mots respect, bienveillance, justice, amour, cherchent leur voie.

Dans le décompte des rires, sans couteau, sans doigt tendu, je n'accuse personne.

J'habite près de mon cri.

Où que j'aille, le renoncement flétrit les utopies de l'homme debout.

Sur les terroirs d’indifférences, le prédateur fait école, brade, troque sa conscience, reçoit des médailles dorées, oublie les gens de peu et les vies de rien, oublie que notre maison commune s'appelle la terre.

 

Si un jour on me tuait, pour mes idées ou quelques haines millénaires, serais-je plus important qu'un battement d'aile, qu'une fleur, qu'un bébé orang-outang ? Irais-je plus loin que les ailleurs du Pourquoi et de la Question ?

Je partirai en paix, sans reproches, car tous auraient dû être mes frères.

Dans une rumeur de fleurs sèches, d'enfants sauvages, de quartiers où la tendresse s'est perdue loin de toute espérance dans la furie des porteurs de haine, je parcours la Question. C'est au mauvais terreau que le chiendent étanche sa soif. 

 

Les temps viennent, ma nuit arrive, je n'irai pas plus loin que mes chaussures.

Où que j’aille,  je serai sans haine.

Je resterai une âme debout parmi les fils des forêts de vie où l'espoir garde sa place, une feuille sous le vent, là où, encore, les enfants chantent les lendemains.  

J’irai, ne renonçant à rien, il me faut vivre et dire ce à quoi je crois.

J'irai, la plume en arbalète combattre mot à mot les maux.

J'irai, recherchant l’harmonie, attendant que ma Mère la Terre reprenne ce qu'elle m'avait prêté.

Je marche, sa petite voix à mes côtés.  

 

Partager cet article
Repost0