Où est ce pays d'âmes nues
si loin, si proche de nos écorces terrestres ?
Y emmène-t-on nos mémoires
et tous les ressentiments attachés aux désirs,
aux ambitions manquées
et aux douleurs égotiques,
pour habiter le Pardon ?
Laisse-t-on ici-bas
nos cicatrices ?
Retrouvons-nous une originelle lumière
qui nous précéda
joyeuse,
et débarrassée du poids des karmas
des douleurs préexistentielles ?
Retrouvera-t-on l'ancêtre
pour y étancher notre soif d'éternité
jusqu'aux confins d'une cellule mère
faite de la vibration de l'atome et de l'Infini ?
Toi, tu pars,
hésites,
toi qui marches vers la réponse.
Depuis que l'âge me prend
même si parfois je crois mieux voir en moi
mon ophtalmo m'inquiète.
dessin JMS Hier, il m'a prescrit des lunettes à double foyer,
un pour voir le monde distant,
un autre pour mes proches,
mais rien pour les univers intérieurs,
peut-être dois-je moins bien m'habiter
car là, il m'a conseillé un psy,
et ceux qui me connaissent confirment.
On ne peut pas vivre en soi,
être droit dans ses bottes et sur Internet !
Mais rien à faire, un doute persiste,
puis-je lui faire confiance alors qu'il ne s'aperçoit pas
que ceux qui me côtoient ne me voient pas ?
Quand il me dit que mon œil à bon fond ?
Alors que moi, depuis que je me cherche,
je ne me trouve pas !
N'ai-je qu'un regard périphérique
inutile quand je me perds à l'intérieur ?
Comment lui faire confiance
alors qu'il ne sait me dire pourquoi
je vois mieux le passé que l’avenir,
ni pourquoi je ne vois pas le temps courir ?
jms
Je voudrais être cet oiseau planant
loin de la lourdeur des temps,
ce goéland qui, venant d'une mer
aux vents hostiles,
pénètre le paysage,
le mesurant comme l'enfant
qui sonde la question.
Que doit-il voir en son maître :
l'homme, le savoir, la bienveillance,
sa propre taille ou son insignifiance ?
Je voudrais regarder la terre
comme le migrant et sa tribu
cherchant un rivage de bon accueil.
Scruter le monde avec un œil de pierre
qui, du haut de sa mémoire,
se souvient de la naissance de l'univers,
du combat du feu, de l'air, de l'eau,
dans le bruissement de cette vie première
émiettée en familles de vivants
et, à jamais mariée
à un devoir de vivre enseignant
le "tu meurs je vis", ses frayeurs d'auroch,
et l'apprentissage des violences faites à l'autre
pour manger, garder la terre, survivre
avec ses abattoirs, ses dieux et leurs armées.
Je voudrais être la mémoire du jour,
posée sur l'infini, contemplant le plus grand que grand
dans l'intégralité de sa dimension cosmique
et les profondeurs d'une nuit effrayante
où encore résonne le tumulte du Big-Bang
me demandant : Est-ce cela la vie ?
Je voudrais être une conscience galactique
scrutant la myriade des disparitions,
des naissances, et des mondes jamais advenus.
Être l'enfant à jamais attendu,
né d'une mémoire des millénaires
qui sonde un horizon multiple
et perçoit l'âme des paysages.
Être l'enfant
qui se sait unique et seul
dans un tissu de cellules
faites d'arbres, de terre, d'animaux.
Être celui qui se demande :
Es-tu là pour aimer la vie, la détruire,
la boire du regard de l'animal
qui en a fait sa maison,
la convoiter comme l'homme
qui se l'approprie ?
Je voudrais être un enfant posé
sur cette facette de l'Éternité
pour qui
aimer n'est en rien un projet
mais un état,
et caresser le vent, la terre, l'eau,
et y croiser son âme.
Combien de temps
la montagne a-t-elle attendu
avant qu'un homme ne chante
"Que la montagne est belle"
et qu'il la nomme par son nom ?
Avec mes amis poètes et romanciers,
je serai au salon du Livre de Nice
du 3 juin au 5 juin,
sur le stand L’ÎLE DES POÈTES,
afin de vous accueillir
et de vous présenter nos ouvrages.
JMS
Pépins d’un même fruit, maillons d’une même chaîne humaine, nous cherchons tous la corde pour se pendre, la corde qui nous lie et nous ligote, du A de l’alphabet au Z de l’azur. Le corps de Sisyphe ne cesse pas de vieillir, ses gestes de s’user. Il ne cesse pas de pousser la même pierre, le dos courbé par les années, les mains de plus en plus saignantes, la pierre de plus en plus pesante, le ciel de plus en plus haut et la falaise plus basse. Il n’y a pas assez de rêve pour ma soif d’auteur. Le temps éponge sur les pages mon droit de bafouiller. Mes doigts ont beau se tacher d’encre, mes droits d’auteur ont mauvaise mine. Chaque matin me ramène à la faim.
Personne n’est né du Saint-Esprit, mais d’un sexe dans l’autre. Personne ne descend d’un dieu. C’est un veau d’or que les peuples adorent. Ils tricotent des bas de laine pour les morts et des mitaines pour les mains éclopées. Du moulin à café au moulin à parole, je broie du noir, le café noir des mots, les raclures de vie, les ratures, les épluchures, les restes de poubelles où se battent les rats. Ma souris farfouille derrière l’écran. C’est là que se prépare la fosse commune des livres. Déjà les algorithmes remplacent les voyelles, une mémoire virtuelle remplace les souvenirs de brosse. J’ai quitté les trottoirs pour des sentiers boueux, les néons pour la lune, des milliers d’hommes pour des milliards d’insectes, le foin en cash pour la monnaie-du-pape, le froid des lampadaires pour la chaleur des arbres, bêtise des culs-de-sac pour l’intelligence des terriers. J’écris la nuit à la lueur d’un cierge. Sa lumière éclaire à peine quelques lignes. J’écris et je m’endors. Je m’éveille quand les enfants ont peur et tiennent par la main une poupée de chiffon. C’est alors que j’embrasse les fées et caresse les anges. Leurs ailes translucides éclairent les cachots. J’ai mal aux éclopés, aux sourds, aux amputés. On a beau changer de chaise roulante, en améliorer le modèle, trop d’infirmes restent assis pendant que d’autres dansent.
Pépins d’un même fruit, maillons d’une même chaîne humaine, nous cherchons tous la corde pour se pendre, la corde qui nous lie et nous ligote, du A de l’alphabet au Z de l’azur. Le corps de Sisyphe ne cesse pas de vieillir, ses gestes de s’user. Il ne cesse pas de pousser la même pierre, le dos courbé par les années, les mains de plus en plus saignantes, la pierre de plus en plus
L'amitié, c'est l'ami dix fois perdu, dix fois retrouvé,
et les temps égarés venus renaître
l'espace d'un instant.
L'amitié, c'est ce sourire étonné
qui regarde nos vingt ans,
c'est se rappeler les minutes arrêtées
aux terrasses du "Félix"
à regarder les mêmes filles.
L'amitié, c'est savoir les heures
des vains ans égrenés sous un uniforme,
c'est te revoir, potier à La Turbie,
et revoir mon carton à dessins
empli d'espoirs froissés.
L'amitié, c'est avoir laissé tourner l'été
l'automne, et la roue,
et nous revoir au temps des mots de l'immense,
toujours prêts à agrafer des utopies à nos discussions,
c'est encore retrouver, dans de vieux disques,
l'odeur de soixante-huit et l'envie de refaire le monde.
L'amitié, c'est toi mon ami
revenu d'un bout du monde,
portant sur ton dos des décennies épuisées,
c'est toi, revenu pour me dire
que les regrets et l'amitié
ne meurent jamais.
jms21/05/22
Pour ceux qui ont lu "Sucre Amer", il s'agit de mon ami Arthur