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5 Avril

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

                                                     à Pierre

À la foire aux jours,
ton anniversaire tombait le 5 avril,
moi, j'avais ramassé le mien une semaine plus tôt,
je ne savais pas que déjà commençait
le compte à rebours des peines et des joies.
J'étais souvent chagrin
et souvent chez toi,
André nous faisait bonheur,
et nos rires éclataient
comme du maïs sur le poêle.
Déjà les hirondelles étaient venues
et le soleil au matin entrait dans la cuisine,
nous attendions la Pâque et les vacances.
Mais toi, déjà t'es parti,
du chemin ne reste qu'un souvenir
que les autres oublieront.
Mais encore résonnent les bonheurs perdus.

jms

mon cousin Pierre 1950

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Remerciements

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Merci à ceux qui ont eu une pensée ou un mot pour mon Léo.
Vous m'avez touché, je vous en remercie.

Mais,
si vous l'aviez connu mes amis…
ce petit bonhomme qui le matin me regardait
avant de m'appeler, me montrant le chemin de la cuisine.
Si vous l'aviez vu
mon petit handicapé à grand cœur,
toujours prêt à faire gros dos
à faire caresses-content.
Si vous l'aviez connu…
lui qui me parlait dans la langue d'œil-doux,
ce petit chat pareil à mon enfant,
qui quémandait la vie
et m'ouvrait sa confiance.
Si vous l'aviez connu…
mon copain, ce petit bonhomme,
à qui, plus que ma mémoire,
je confie ce reste de nous deux,
à qui je donne ma prière,
ce coin de ciel posé sur notre banc,
les quatre fleurs et les épines du jardin,
là où maintenant, près de lui,
l'amour fleurira.


JMS

 

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Le bruit et la fureur

Publié le

Cet article est reposté depuis lafreniere&poesie.

Je fuis le bruit et la fureur. On est vraiment soi-même quand on s’éloigne des autres. J’avance très lentement. Je m’attarde des heures à poursuivre un insecte. Je me perds et me trouve dans la vie d’un brin d’herbe.  La vitesse n’est que le temps qui se répète plus vite. La lenteur, au contraire, est une métamorphose. Il faut traîner la patte pour découvrir une porte invisible. Ceux qui passent trop vite se butent au chambranle du réel. Il est difficile d’harmoniser tous les aspects de l’homme. Le pire prend le pas sur le reste. Le poing parle plus fort que la caresse. Il reste le refus d’obéir, la paresse, l’insoumission, le partage, la soif d’absolu. Ce qui n’existe pas nous sauve de ce qui est. Pour bien profiter du présent, il faut d’abord se débarrasser de l’avenir, savoir marcher lentement, apprendre à goûter la paresse, cajoler l’inutile, respirer sans raison, être à la fois ici et là. L’avoir, le pouvoir et le valoir n’apportent rien à l’homme. Ils le dispensent d’exister. D’un autre côté, la servitude et l’obéissance ne font pas mieux. C’est ailleurs qu’il faut chercher la vie. Peut-être dans la contemplation. Ce qui sidère aimante l’âme. Dans le théâtre de la vie, l’acteur m’intéresse moins que le spectateur. Il n’a pas besoin qu’on l’applaudisse. Il remercie les fleurs avec ses yeux, les choses avec sa main, les mots avec sa bouche. Il y a si peu de nous dans les images qu’on projette. Il y en a plus dans celles qu’on regarde.

Il faut accueillir les fleurs, non les cueillir. On apprend tous à compter, mais on ne sait plus dire bonjour. On écrit sans savoir épeler. On mange sans avoir à goûter, à saliver, à mordre. Je rêve d’une chandelle au milieu des néons, d’une simple parole éteignant les micros, d’un pissenlit sur l’asphalte. À l’abondance du vide, je préfère la qualité du peu. Certains regardent la pluie comme si c’était des larmes. D’autres y voient l’arc-en-ciel. La vie n’est pas faite pour être subie ou méritée. Elle est, tout simplement. Par inadvertance, j’ai échappé mon cœur. J’en ramasse encore les débris. Je les assemble mot à mot comme un immense puzzle. Dans l’église des athées, le partage a remplacé la charité. Dans le troupeau des mots, les bergers sont en laine. Combien de lèvres porte une pomme ? Combien de gestes pour un bras ? Combien d’onces de soif dans un verre ? Il y a des questions servant d’échine à tout ce qu’on ignore. Il faut se présenter vivant face à la mort.

L’argent laisse des cernes à chaque chose que le savon du cœur n’arrive pas à laver. Comment peut-on préférer la médiocrité à l’admirable ? L’habillement, le vêtement, le déguisement importent moins que la manière d’être nu. J’aime le parfum du frêne ameutant les insectes, les boules de buis tendues comme des seins, les vagues d’encre laissant du sel sur la page, les avant-bras de l’herbe soulevant des odeurs, la rosée qui résiste à la poussière d’usine, le frisson du tonnerre dans les oreilles de l’air, les mots qui s’approchent des choses avec leurs pattes de mouche, les roseaux infusés de soleil, les galeries de rats d’eau déchaussant les racines, les loges de verdure encastrées dans la pierre, le rayon vert dans le gris des routines, les papillons nichés sur un filet de flûte, les champs de tournesols impatients de s’ouvrir. Il m’arrive de flotter entre le conscient et l’inconscient, de pêcher à la ligne sans passer à la ligne. Des fragments de musique s’agglutinent pêle-mêle à mes visions d’enfance. En danger de vertige, j’ai le cœur qui louche et l’âme qui tressaute. J’ai plaisir à cueillir des mots sur le bord des fossés. Ils montent des orteils à la tête. Lorsque les fleurs me transmettent leur pensée végétale, je pense par le nez. On m’a privé de pays, mais sa langue m’accompagne. Ma maison n’est pas encore bâtie. Elle est dans l’air des paroles, le froid d’hiver, l’été trop court, les eaux du fleuve, la chair des enfants. J’écris avec mes yeux comme des clefs qui tournent et ouvrent l’invisible.

Que me reste-t-il de toutes ces années à faire le con ? Trop de choses nous heurtent en cherchant l’absolu. On écrit sur le vide pour mieux le traverser. Jamais droit dans ses bottes, serrant de près l’instant, on écrit pour après, pour plus tard, contre le temps aux yeux méchants qui brise les visages. Il n’y a pas d’oiseaux s’inventant une cage. J’écoute la tempête comme un enfant comprend le chien. La moindre goutte de vide cherche une goutte de plein. J’avance mot à mot dans ce qu’on ne sait pas, dans l’entre tout et rien, dans l’infime infini. J’écris surtout la nuit. Je tourne et me retourne dans un grand lit défait. Quand il ne reste que les mots, je m’habille de leurs draps. Je ressuscite entre les lignes d’un cahier, entre les linges du silence. Mes parents sont en moi. Leurs doigts se touchent dans ma voix. Leurs mains témoignent dans les miennes.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Ils disent

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À Léo

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

À Léo                                                                               

Avec mes remerciements à Ile pour ce texte qui m'émeut.

Le petit chat est mort. Il l'a trouvé dans son panier à l'heure de midi, quand il n'est pas venu réclamer sa gamelle. Il a cru qu'il dormait, il ne manquait que le souffle et le regard. Le petit chat gentil est mort gentiment, comme il avait vécu. L'odeur du printemps s'est juste faite triste. Est-ce important la mort d'une bête ? Est-ce important cet amour qui s'arrête ? Est-ce important l'envol silencieux d'une petite âme ? Le petit chat est parti sans bruit, sans se plaindre. Couché sur un coussin de silence il a quitté l'effervescence des jours. Le vieil homme est dévasté. Il fait un trou dans la terre dure du jardin. Tout à l'heure il y couchera la petite boule de poils et de tendresse, la somme des jours heureux. Et plus rien  ne sera plus comme avant.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

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Adieu Léo,

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

31 mars 11 heures

Tu es magnifique, on croirait que tu dors.
Je te croyais mon compagnon de dernière nuit,
comme un enfant je pleure,
je te pleure ma petite boule de tendresse,
mon trois pattes.
Tu n'as rien dit et tu t'es endormi,
tu es parti,
seul, Léo
et cela me fait mal,
pourquoi, m'as-tu fait cela ?
Question inutile, tu ne répondras pas.
Maintenant je sais
qui de nous deux partira le premier,
j'en pleure comme un enfant.
Tu ne me parleras plus,
tu ne m'appelleras  plus,
tu pars emportant une part du jour,
tu nous laisses seuls à affronter
ton absence
immense
comme le présage d'une irrémédiable solitude.
On croirait que tu dors.
Et moi, comme un enfant
je pleure.

JMS
ce matin à 11 heures
 

 

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Quand la peinture me trouble

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Magritte : variante de la tristesse

La poule anthropophage
avec délice regarde
l'enfant de son désir.
 
L'œuf funambule joue les monte-en-l'air
sur fond de chute ; de blanc à jaune,
le chemin est si court !
 
Magritte fige une variante de la tristesse
le glousse sans rire se veut bucolique
sur la montagne bleue où le loup s'est perdu.
 
L'air est frais comme ce regard
qui cherche la petite bête au fond d'un tableau,
mais vite, fuyons avant qu'elle ne grandisse.

jms

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Encore une fois de Ile Eniger dans, "Les pluriels du silence" (à paraître)

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Un soleil neuf réveillait la blondeur des pierres. Le matin poussait le volet de la chambre bleue. Un air frais de jardin souverain s'avançait, lavait le regard. Ton sourire m'attendait porteur d'une odeur de café. Des effluves de thym, romarin et lavande entraient avec toi dans la maison. Ton baiser ouvrait ma journée. Tes gestes arrondissaient l'heure. Tous mes matins ainsi fleurissaient. Retenir ces images. Juste un moment. Sentir ton épaule solide et accueillante. Parcourir avec toi la transparence des oliviers, la terre fertile du potager, le babil des mésanges. Ratisser le pied des lilas, respirer ensemble les roses anciennes, revoir le chat courir après les libellules. Et attendre avec toi la rougeur des cerises, un goût de bonheur sur la langue. Juste un moment, amender l'indigence des jours pour goûter, encore une fois, la douceur des mûres au jardin.

Ile Eniger - Les pluriels du silence (à paraître)

Publié dans Ils disent

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Avant mon chat

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Avant mon chat,
il y avait des gâteaux
et des hirondelles dans ma jeunesse.
Avant mon chat,
j'étais un autre,
mais où que j'aille en mon autre,
il y avait un peu de moi.
Si peu pourtant,
que j'ai fini par devenir cet autre.
Puis, à finir de vouloir être un autre,
j'ai été moi,
mais les hirondelles étaient parties.
 
L'âge m'est venu
comme une tasse de café renversée,
comme un rêve coincé dans l'encoignure d'une porte,
l'escalier s'est cabré,
alors, j'ai eu peur de trop vieillir
de ne plus me rappeler
que, lorsque je vivais parmi les autres,
ils ne me voyaient pas,
ou ne se souvenaient
que du petit moi dont ils avaient besoin.
 
Le temps du printemps  
et des hirondelles est fini
mais il y a mon chat,
mon chat qui est là,
et qui, d'une patte à cinq griffes,
m'affirme que nous habitons le présent,
et que, jusqu'à ce que vienne la nuit, nous serons deux.
 
Mais encore j'ai peur
de n'être que ce qui émerge
de la part des nuages où se perdent mes pas.
Sur l'envers de l'oubli où mes pieds écrivent un chemin
qui joue les 'à quoi rime',
heureusement, il y a mon chat
pour ne pas vivre à moitié.
Jusqu'au jour où j'oublierai d'être là.
 
Jms 28 mars 2022
 

 

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Article publié depuis Overblog

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

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De feuilles et d'oiseaux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)


J'aimerais tant habiter ce ciel de feuilles et d'oiseaux et ne jamais regarder en bas.
Ne plus voir courir au sol la peur des lendemains.
Ne rien savoir de ces heures où, entre chien et loup, la vie se joue au poker des fous.
Ne plus hurler quand on livre le vent, les fleurs et les enfants à la faucille des fossoyeurs de l'Histoire.
Ne rien savoir des dégommeurs du rêve.
Ne plus entendre les jardiniers du crime, leur fumier, leur chiendent, leur râteau, parler d'amour dans le crépitement de gueules de loup et la joie des chrysanthèmes.
Ne rien savoir de l'élite des sourds qui dînent au caviar dans leurs repas d'affaires au nez des affamés.
Ne plus rien entendre des maîtres chanteurs sourds-muets qui, sans sourciller, applaudissent la mort quand la marée-chaussée, au ciel jette des orties, de la poudre et du feu dans les hourras d'une foire grandiloquente où l'on brade la peau humaine.
Ne plus les entendre parler de pétrole et de bienséance quand la parole endimanchée appelle à des parades au pas de loi.
Ne plus voir applaudir ces messieurs de la haute finance qui, du ciel, ne connaissent que les cols blancs des vautours et qui vendent l'acier au cours du canon, si pressés de nous voir tous tomber dans la souricière funeste des tisserands de linceuls, nous parlent d'avenir et envoient les hommes à la mort.
Je ne veux plus entendre les discours toni-truants des persifleurs de haines, leurs envolées lyriques qui résonnent comme des injures à la vie, leurs nostalgies d'un siècle qui s'enivre de ses vieilles blessures et oublient que demain nos enfants piailleront comme des oiseaux gourmands d'alphabets d'amour.
Je ne veux plus les bréviaires de promesses d'hommes niant que les différences sont les facettes premières de la beauté.
Je ne veux pas jouer à triche et gagne.
Je ne sais qui, de vit ou meurt, a la meilleure donne.
Je ne sais que le goût des larmes et le cœur des mères.
Mais j'aimerais tant habiter ce ciel de feuilles et d'oiseaux, et croire que Quelqu'un nous écoute..

JMS  24/03/2022

" Printemps. " Huile sur toile.
Valery Vladimirovich Vatenin, 1967.

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