À voix basse, je fredonne des rêves.
Un jour, je flinguerai les attentes inutiles,
je bâtirai les mots de l’espérance.
Comme le ciment dont on fait les maisons,
chaque pierre de vie y aura son nom
gravé en majuscule.
Du pardon à la tendresse,
ce sera un lexique nouveau.
D'un regard renaissant,
sans concessions ni renoncements,
debout et à voix haute,
j'exigerai la vie.
Blues blues,
j'ai du vert de gris dans ma mémoire,
de l'alcool et des cris dans mes vers,
des pieds posés sur le swing d'une phrase,
des syncopes de litanie qui cherchent leur rythme,
j'ai mis des verres dans mon poème,
un vinyle sur la platine.
Blues blues,
au soir de ce vieil été,
je suis aussi noir que la poudre est blanche,
J'ai des mots emplis de vers,
je ne suis rien d'autre qu'un trop vécu et ses espoirs
qui aux rétrospectives du jour à l'heure du "Summertime",
se joue l'unique version de sa romance.
Blues blue,
j'ai du gris et l'absence dans de vieux horizons,
une bouche sans dents,
du blues et de la nuit en avenir,
un rire et de l'enfance à enfoncer l’éternité,
de l'humour à en apprivoiser la mise en boîte.
Blues blue,
je me rappelle Janis
avant qu'un jour, une nuit,
avant que mes enfants d'au-delà ne soient qu’insectes,
avant que si toi l'Incertain tu m’attends,
j'aille danser avec la mort
encore j'écoute Gershwin.
Blues blue,
au long tempo d’un cœur
qui encore sous ma peau fait ses rifs
et ignore l’heure du couac
quand l’horizon est bas,
je blues, je tangue,
et encore je crois en la valse des mots,
à la main tendue plus vaste que la solitude,
aux promesses et aux rires de l’enfant fraternel,
à mes rêves plus grands que ce rivage.
Blues blue,
je suis aussi noir que noir quand on attend l’espoir
et que l'ange d'utopie se barre sur l'aile d'un missile,
mes derniers blues me remontent l’hiver,
et si encore je meurs de trop en vivre,
encore j’habiterai,
bien plus particulièrement,
le verbe aimer.
Blues blue,
je partirai en habitant mes mots,
au fond de moi Gershwin, un "Summertime",
et les voix de Satchmo et de Janis.
Les tenants d’une vérité qui affirment que la terre est une planisphère, s'attaquent à ceux qui pensent que la terre est ronde.
Au nom de ces "vérités", hélas multiculturelles et millénaires, on tue, on exécute. On déshumanise l'homme, la vie et la nature, un même cri anime ceux qui refusent que l'on laisse libre cours à la pensée logique. Un livre devrait censurer toutes les encyclopédies, toutes les observations de la science, l'évolution, la nature, le cosmos, et surtout le droit à disposer de son identité !
Pour certains, l'homme libre, qui vit dans un monde de conscience et de tendresse, commet le crime de non soumission à leurs croyances. Affirmant leur négation de l’autre, leurs inquisitions, extrémismes et djihads se suivent, faisant de la grandeur du crime, de ses terreurs et holocaustes, la clef d'un autre monde. Le choix des extrêmes ne s'applique pas qu'à leur communauté, ceux qui partagent des valeurs humanistes communes à tout homme, sont en danger. Leur croyance ne devient alternative que lorsque les bienfaits de la science les soignent, les sauvent. Il semble que le monde de la croyance fanatique ne sait l'horreur ressentie par la communauté des consciences que lorsque le malheur la frappe, elle, personnellement. Le droit de l'extrémisme intolérant prédominera-t-il encore longtemps sur la logique, la science, l'altruisme et le respect de l'autre ? L'éducation à une morale tolérante, respectueuse de l'autre et de la vie, du semblable et du dissemblable, finira-t-elle un jour par triompher de l'obscurantisme ?
Chaque soir
je compte
mes doigts brûlent
Habillé d'un manteau d'humour
et de mort vert d'âtre encore fumant
je mange et cabre les heures
je cherche l'ange
dans la fourmilière des malentendus
et dans la fosse
des vivants trébuchés
Chaque soir
la vingt-cinquième heure court
dans les mirages du temps
Chaque soir
je compte les étoiles et les larmes
chaque soir je ris aux éclats
Chaque soir
j'attends ta main
et le nécessaire
le rien
le lien intangible
qui verrouille la nuit
le passe lumière
où habite ma mémoire
Chaque soir
danse ma mémoire
Chaque soir
je vis de ces frissons princiers
où explosent les rêves
je vis et broute
des nuages tachetés
aux blanches nostalgies
que l'on brode
sur ces linceuls de soie
où l'attente dérive
Je sais la route et les trois galaxies
déjà longtemps que je m'y suis perdu
longtemps que je dérive
je reviendrai hier
compter les étoiles et les larmes
Chaque soir
je ris aux éclats
Tu es ma mémoire
Chaque soir
tu ouvres mes lendemains.
JMS
In "Cheval fou" & compilation"Chemin de Pluie et d’étoiles"
Je marche avec vous mes sœurs millénaires du Golghota. Avec vous je ne comprends pas, je pleure, je crie, je prie. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs migrantes arrachées aux terres de vos ancêtres. Avec vous je sais la peur, le désespoir, le rien. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs de partout meurtries, trahies, affamées, assoiffées, muselées, penchées aux dépouilles des vôtres et de vos rêves. Avec vous je sais le hurlement mutique sans écho. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs de tous les univers, malmenées, flouées, torturées, forcées, oubliées. Avec vous je porte le fléau du non amour, son indifférence. Le silence nous accompagne. De loin, de près, toutes mes sœurs, je marche avec vous. Je ne comprends pas mais je marche. Et nos pas qui s'effacent délivrent la lumière.
J e marche avec vous mes sœurs millénaires du Golghota. Avec vous je ne comprends pas, je pleure, je crie, je prie. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs migrantes arrachées aux terres de vos ancêtres. Avec vous je sais la peur, le désespoir, le rien. Le silence nous accompagne. Je marche avec vous mes sœurs de partout meurtries, trahies, affamées, assoiffées, muselée
L'âme des peuples, tu la croises dans les troquets de quartier, dans l'odeur de la sueur des travailleurs, loin des boutiques à flonflons où pacotilles et souvenirs aguichent le touriste.
L'âme des peuples s'ouvre comme l'essence d'un poème, on y entre en immersion, en s'imprégnant de sa clameur, et on en repart imbibé de la peau aigre des petits matins avec leurs cris de rue, ses lueurs d'yeux croisés, et ce ressenti de solitude, de joies paillardes, de tristesse et d'espoir que l'on appelle la vie.
Je pense à toi, la petite fille trop belle qui voulait se vendre et qui ne comprenait rien quand, dans un anglais bancal, je lui disais : "Retourne chez toi, ne vois-tu pas que tu te nourris de pollution ? Fuis le désir crasseux des hommes, fais que ton âme te ressemble". Ange me tirant par la main, toi, la trop belle, je te ressentais pareille à ma petite fille. Je me suis enfui, mais tu restes dans mes mémoires de voyage, près d'une douleur figée qui me tutoie et où, encore je te range près de l'image de cet homme échoué dans un passage souterrain de Bangkok, près de ce lépreux en haillons et sans jambes, qui de ses moignons me demandait l'aumône.
J'ai vu tant de pays que le ciel habitait si peu, que partout je suis chez moi dans la maison du cri. Passager, dis-moi : le poème est-il le gisant d'un désarroi, une révolte du silence ?
Tant de crimes collent aux rêves, que je voyage incognito parmi les arbres et les mondes que l'on dit inférieurs, parmi ce qui vit et espère, sans jamais oser me réclamer de l'engeance des hommes.
Je suis le frère d'un projet qui ne verra pas le jour, une cellule dans l'immensité d'un univers, une fourmi dans les galaxies de l'inquiétude.
L'inaccompli me rassemble. Je me cherche.
C'était il longtemps, si long-temps que ni toi ni moi étions là. Le temps meublait le silence, on n'avait pas encore inventé le cri. La souris attendait le gruyère et le chat n'habitait pas encore l'Egypte. La terre était peuplée de brocolis sauvages et de brontosaures affamés en quête de pâture sous des nuits enlunées.
Paniqué un caféier conscient du danger, partit mettre à l'abri sa progéniture, le plus loin possible, il visita la terre et fit des maisons au bout du monde, en Arabie, en Afrique et en Colombie pensant que ses bébés caféiers - prenez en de la graine- seraient hors danger.
Hélas, après avoir mangé les brocolis sauvages et les brontosaures affamés, la bête à deux pattes, celle qui marchait debout, debout comme un arbre avec deux bouts de pattes, joua à inventer. Elle inventa le cri, le crime, le lard, le larcin, le beurre, l'argent du beurre et aussi l'argent qui ne fait pas le bonheur. Mais la bête n'était jamais satisfaite aussi recommença-t-elle à inventer. Elle s'inventa un nom Homme. Elle inventa le bateau, inventa des rames, inventa des voiles, soumis les femmes, les bateaux à voiles. Puis elle captura un chameau puis deux puis plus, en fit des queues leu leu, en fit des caravanes et fouilla de font en comble et d'est en ouest l'univers contenu dans ses cartes. Brutal comme le silence quand on tait les oiseaux, la bête se glissa partout comme une rumeur, je dis bien comme "une rumeur" et non comme un "on dit". Ce fut une rumeur qui tourna mal, car en fait, très vite elle devint un "on fait", mais pas n'importe quel "on fait", ce fut le plus terrible de tous, ce fut un "on fait tout et n'importe quoi". Cela, était il y a longtemps, mais pas aussi longtemps que quand vivaient les brocolis sauvages et les brontosaures affamés, même, si ni toi, ni moi n'étions pas encore là. En ce temps là, le brouhaha meublait le silence et le silence ne parlait plus que dans les temps morts. Le cri habitait partout. La lune ne parlait plus aux étoiles. Elle se contentait d'être belle et pâle comme le désespoir d'un enfant serin qui sait que le Père Noël ne lit jamais les lettres qu'il reçoit. Les montagnes fatiguées de bouger et de cracher le feu, ne voulurent plus marcher et s'assirent là où elles étaient, sous les étoiles, pour regarder la lune pâle, sans rien dire et impassible. Le ciel lourd se reposa, inconscient du danger, pourtant la bête à deux pattes jouait. Là bas, paniqué un caféier entendait monter le danger. Aux aubes mourantes arrivaient des armées de bêtes à deux pattes. A nuits tombantes elles repartaient des sacs entiers de bébés bonne-graine, gentilles et tétanisées au fond des sacs. De cette atroce situation les papa caféiers tirèrent une expression qui formulait au mieux le le désespoir : être au fond du sac. A l'autre bout du monde la bête qui avait inventé le cri, le crime, le lard, le larcin, le beurre, l'argent du beurre et aussi l'argent qui ne fait pas le bonheur, avait maintenant inventé le café noir, le café au lait, le café au lit, le café croissant, café moka et les marrons glacés. Pour cela, elle grillait les bébés bonne-graine. D'horribles machines à torréfier inventaient l'ère industrielle. Les bateaux à rames, les bateaux sans rame, les bateaux à voiles et ceux qui n'en n'avaient pas périssaient, comme fanent en nostalgie inutile, les rêves de brocolis sauvages et de brontosaures affamés quand le temps est passé et que le sang fragmenté des caféiers se brise en odeurs enivrantes et charnues. Cela agitait et agaçait terriblement le caféier qui se fit énormément de caféine. La bête à deux pattes avait été le plus loin possible, au bout du monde, avait trouvé : en Arabie, en Afrique et en Colombie la maison des caféiers.
Depuis les caféiers savent le cosmos n'est pas assez grand pour que quiconque échappe à la bête qui avait mangé les brocolis sauvages et les brontosaures affamés
Jean-Michel Sananès - in Aube Fantasqueautobiographie d'un vieux rêveur - EditionsChemins de Plume - 12 Euros
Fuis fuis mon hirondelle,
fuis la biche du bois,
et toi, l'écureuil sur ta branche,
fuis, ça chauffe chez les humains.
Écoute,
écoute grandir le désert,
la colère du vent et des pluies sauvages.
Fuis, fuis petite vipère
j'entends grésiller le mulot, le campagnol et le renard,
ça sent la chair et l'herbe brûlées
ça crame au pays d’homme,
mais comme moi ne ferme pas tes yeux,
n'imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
la larme entravée dans ma mémoire*
ne retient ni colère ni désespoir.
Fuis fuis,
l'homme point zéro, l'homme primaire, l'homme point trois,
l'homme de rien et l'homme supérieur
jouent avec des allumettes, des bombes, et la nature meurt.
Fuis et jamais ne crois
à l'innocence des grands bipèdes,
à l'intelligence de ceux qui disent que la terre est plate,
à ceux qui croient que le cosmos leur appartient,
à la crédulité de ceux qui croient qu’un Dieu nous sauvera.
Fuis fuis,
n’imagine pas la douleur qui court parmi les flammes,
le vent qui te poursuit,
cours renardeau,
ça chauffe chez les humains,
demain il brûleront la Terre,
et toi mon hirondelle,
où es-tu quand j'ai peur pour toi ?
*Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème "Ça brûle" (ils-brulent-brulent-notre-bon-village)