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Jean-Marc La Frenière : Le premier mot

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le premier mot vient de loin, du fœtus au berceau. Il continue les phrases dans un carré de sable, poursuit sa route sur une table en bois, entre le sel et le poivre, l’apéro, le fromage et le dessert, les verres de plain-pied avec l’azur, les gouttes de pluie sur une assiette, les mottes de beurre qui ont le jaune des pissenlits, les faïences bleu-ciel qui se joignent aux nuages. Je donne un quignon de pain à la grande faim du monde, un litre de vin rouge à la soif des hommes. J’ajoute un os à la soupe, des nouilles en forme d’alphabet, une gousse d’ail, une pincée d’oignon. La vie colore le visage. Une ombre bouge dans mon dos. Ce n’est pas la beauté qui m’importe, mais l’amour où elle s’épanouit. Un sourire sort de ma bouche comme un oiseau de sa cage. Je lance mes regards le plus loin possibles. La langue passe par mon corps. Elle éponge le cœur.

Le temps lutte contre la montre, le sang contre l’argent, la nuit contre le jour, la vie contre la mort. On sait très bien ce qu’on ne veut pas. On sait moins bien ce que l’on veut. Les nuages font la moue sur le visage du ciel. J’aime que le temps m’offre son temps, que l’espace agrandisse les routes. J’aime les pauses, la flânerie, le vent d’avant le vent, la fleur d’avant le fruit, les mots d’avant la phrase, la rosée d’avant l’aube, la première page du jour, sa montée vers la cime suivie de sa descente, la vie d’avant la vie, le fœtus d’avant l’homme. J’ai été amibe, bacille et poisson. J’ai peut-être été bête, pétale, planète, fleur de mai. J’ai une langue apprivoisant les loups, une main pour l’outil, une autre pour écrire, deux bras pour l’accolade, deux jambes pour la courte échelle. J’ai une bouche pour mordre, la même pour embrasser, pour sourire et parler, la même pour aimer.

Je fais la chaîne avec les arbres et les oiseaux, la sève et l’eau d’érable, les plantes et les ruisseaux, le clair de lune et le soleil. Je saute à la corde à danser avec la ligne d’horizon. Les secondes de l’enfance me remontent à la bouche. Je hume les parfums, l’aubépine, le sureau, le cormier, le vinaigrier couleur lie-de-vin, le bleu des lavandes, le mauve des lilas, le rouge des framboises, les yeux noirs du tournesol. J’ai hâte que la colline remette son tablier de fleurs, que la fontaine soit bordée de cresson et de mousse, que la brume soit rose jusqu’aux yeux des nuages. Les sentiments s’élèvent quand on monte. Le cœur bat la chamade sur les chemins de l’eau et les sentiers pédestres.

Les mains jointes pour prier ne valent pas les mains ouvertes pour donner. Ce ne sont pas les dieux qui ont laissé des traces, bâti des cathédrales, érigé des dolmens entre les croix de bois, ce sont les hommes. Ce ne sont pas les fantômes qui hantent les tombeaux, ce sont les souvenirs. Ce n’est pas le feu qui réchauffe la terre, mais la main à la pâte, à l’épaule, à la roue. Un écureuil surgit entre deux parenthèses, écalant quelques mots. Une couleuvre se glisse entre les lignes. Je reviens souvent à la rivière Larose pour parler aux poissons, aux galets, aux arbres, aux écrevisses. Je mords à l’hameçon du temps, au rapala du rêve. La fin épouse le début comme la faim marie le pain, la fontaine la soif. Il n’y a pas de dernier mot. La même phrase se poursuit, d’une lettre à l’autre, de livre en livre, de maux dits en mots tus. Parfois, une parenthèse s’ouvre sur la vie. Elle se ferme trop tôt.

 

Jean-Marc La Frenière  lafreniere.over-blog.net

Publié le par la freniere

 

 

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Je ne suis pas

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je ne suis pas
que cette cicatrice
qui porte ses 85 kilos de restes de vie
de mémoires, de festins, de larmes
de rires, de défaites et d’espoirs
cette somme de cris et d'enfance perdue
cet œil arrimé au jour d'exil où son monde s’effondra
ce jeu de billes oublié dans les recoins d'un escalier
ce premier sourire d'enfant muet qui te regardait
cet homme fracassé devant les rires d'un huissier
ce souffle qui manque sur un chemin de côte
cet inconnu qui passe sous un ciel de pluie

Je suis l'enfant qui, au matin, marchait main dans la main
avec une femme aux yeux tristes, sur la route du laitier
Je suis cet autre qui hésite entre le moment et hier
cette ombre en partance parmi ces noms que la mort périme
et celui qui se voudrait debout alors même que son siècle bascule

Je ne suis pas qu'un manteau de chair posé sur une âme
Je suis chacune de ces minutes qui me dispersent
ce vieil homme que l'enfant regarde en l'appelant grand-père
ce regard qui se cherche dans des ailleurs d'autres temps
celui qui traîne sa vie comme une cicatrice d’espoir
et se dit que le jour n'est pas encore fini.

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Vœux 2020

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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Noël 2019

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

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Un Noël d'arbre

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai vu passer la vie, j’ai laissé chanter les printemps, mais l'âge des hivers est arrivé. Une  stupeur affolée frémit dans le vent. Le cri des villes est là. C'est un temps d'arbres décapités qui paradent à l'étal des magasins. Une fête où la brillance exhibe la mort de ses sapins. C'est une forêt ensanglantée d'un sang de résine qui pleure sur les collines. Une rumeur in-entendue, un gémissement sous la hache, un pays d’arbres, foulé au feu et à la convoitise, qui ploie sous le pas des marchands. C'est la résignation du faible à l’avancée du bourreau.

Ne faudrait-il pas inventer un droit de l'arbre sauvage, inventer une nuit bleue du sapin, un temps où l'on rendrait hommage aux peuples des bois ? Ne faudrait-il pas inventer un sanctuaire mémorial où nos enfants chanteraient un futur dans lequel les arbres, les oiseaux et les hommes porteraient un même élan de vie ?

Si d'aventure, un jour, par une bizarrerie du sort, mon-temps-psychose se revêtait d'une peau d'écorce et que l'on venait me voler à ma vie pour me farder des rituels et sorcelleries de l'homme en cette Saint Barthélémy des sapins que chaque année vous répétez, que dirais-je à mes oiseaux, au cerf que vous chassez et que je cache, à l'écureuil et aux champignons que je nourris ? Que dirai-je à leur peur qui grandit ? Devrai-je leur dire, n'aie pas peur de l'homme ?...

 

 

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Les voix se sont assises

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Les voix se sont assises sur le chemin
et l’écho s'en est allé
plus loin que les couloirs de l’heure.

Le matin se cherche comme court ce chat
qui m'attend dans un ailleurs des rires
que la raison endigue.

Parfois, sur un rebord de crépuscule,
sous un ciel où se rassemblaient les hirondelles,
une tendresse ou un rire me revient
parmi leurs envolées aux retours incertains.

Est-ce le tien ma mère ?          
Ou une brisure d’éternité
qui retiendrait son souffle ?  

JMS 14-12-19

  

 

Publié dans JMS - A paraître

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Aimer de Ile Eniger

Publié le par Ile Eniger

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

 

Aimer

ne se fond pas dans les codes des foules

existe au plus étroit de ses engagements

va plus haut, plus loin que les doutes

ne laisse ni ruines, ni pleurs derrière lui

ne confond pas désirer et aimer

maintient sa parole debout

invente l'éternité

Aimer

est sans obsolescence.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

 

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Les Pohémiens

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 La soirée sera suivie d'un pot pris ensemble.  

C'est avec le plus grand plaisir que je vous y retrouverai.

 

Parking conseillé : Marie-Antoinette

(face Monoprix) gratuit après 18h )

Publié dans Informations

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Il est des enfants qui naissent si vieux

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il est des enfants qui naissent si vieux qu'aux premières violences ils savent. Il ne leur faudra rien exiger de l'impossible.
Si vieux qu'ils sont fils du tumulte et des larmes des mères, des hurlements du père.
Si vieux qu'ils savent tout de la soupe et la maison froides.
Respirer, regarder le ciel est leur royaume. L’espoir est leur seul luxe.
Apprendre l'envie de vivre est leur seul combat.
J’en ai vu de ces enfants à l'orée des villes, les yeux et le nez collés aux vitrines de l'inaccessible.
J'ai vu ceux qui se nourrissaient de haine et ceux qui attendaient la voix qui leur dirait que le bonheur est un dû.
J'ai vu ceux qui, dans le silence, allaient mourir en eux d'une douce résignation.
J'ai vu les désabusés, les exploités, les enfants vendus et la vie trahie.
J'ai vu, et je n'avais que des mots à jeter sur un papier et un cœur indomptable nourri de la douleur d'être homme quand les dieux fréquentent l’indifférence.
Pourtant, si je ne suis pas en panne d'espoir, je ne veux rien de ce que l'argent achète.
Je ne veux rien que d'être au monde, dans le vivant, riche de la folie de croire qu'une simple plume pourrait sauver la vie.
J'habite un silence empli de toutes les musiques du monde, de l’insecte, de l’arbre, de l'oiseau, de l’homme et de ceux que j'aime.
Je porte en moi, comme une prière, cette extravagance de croire que toutes voix venues de l'amour comptent pour changer le monde.
Si d’aventure, avant que ne vienne l'épuisement du jour, me venait l'assèchement de l'espoir, avec larmes et rires sur mes épaules étroites, je garderais une provision de tendresse à partager et, au cœur, l'inextinguible nécessité de laisser courir le poème sur les pages blanches de ma vie.

Avec, pour seule richesse, de faire au mieux.

jms 2/12/19

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Il y a eu

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y a eu ces heures d'enfance pareilles au cri froid du silence
un couteau d'interjections cinglantes sous l'œil noir du père
le regard froid du maître
et le blanc des pages martyrisées à l'encre violette.


Il y a eu ce chemin de solitude
ces pas perdus dans cet ailleurs de soleil où je n'étais pas
ce vide que je pénétrais à reculons

comme un soldat perdu dans le givre de la Moscova.

Il y a eu ces rêves que je claquais comme une porte qu'on ferme
cette envie d'être que j'enterrais en moi
ce parcours dans le présent de l'absence
ces mots où le poème est né.


Il y a eu le sourire d'une mère plus grand que le désir de partir.

JMS

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