Aiglun 21 au 23 : Hommage à Tristan Cabral

Aucune nuit n'est plus large que le rêve
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Un texte d'Ile Eniger mais quel texte ! Quelle pureté dans le dépouillement d'un cri en diamant de silence. Le "cri", et pas un autre mot. "Le cri mauve des lavandes parfume la serpe", quelle symbolique, la douleur en devient une odeur et le mal n'est pas nommé. Rien n'est dit mais tout est dit, cela dans un monde immense où "Les arbres lentement élèvent leur bonté", et ou chacun peuple l'espace, comme il le peut "Être là, avec ce que l'on est, ce qu'il reste d'outils" sans jamais savoir la taille de l'instant "Nous ne savions pas que c'était le bonheur…".
Magnifique !
Vers quoi tendre le cœur quand tout se désavoue ? Quand le vide se fait plus lourd qu'une montagne ? Quand la blancheur du jour nomme l'absence et sculpte la douleur ? Des sons d'absides pures amplifient le silence. L'erratique du vent conduit des ronciers de fleurs. Le cri mauve des lavandes parfume la serpe. Les arbres lentement élèvent leur bonté. L'embâcle d'un ruisseau donne à boire aux oiseaux. Un ciel de verre bleu allume le rien pour un brin de lumière. Être là, avec ce que l'on est, ce qu'il reste d'outils. Uniques et innocents dans le pouls de la Terre. Nous ne savions pas que c'était le bonheur, nous étions le bonheur.
Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)
http://insula.over-blog.net/2020/08/un-brin.html
Corona et sang
crimes et révoltes
indignations et faits divers
vociférations de salon
battements de pavés
slogans à la manif
quelques euros
pour un engagement
Il y a des êtres affolés sur la route
ce n'est rien qu'une ville qui brûle
l'écran se fractionne, l'horreur est en insertion
Quel est le prix du chagrin ?
L'homme de foi, par sermons lave le monde
"Regardez-moi, écoutez-moi"
Ne rien comprendre mais s'agiter
un évangile ou un livre rouge à la main
Il y a des bouées perdues et un enfant sur la plage
un homme qu'on décapite
Changer de monde
l'enfer est à nos portes
Un sans-abri est mort de froid
une vieille est retrouvée morte chez elle
N'étaient-ils pas des humains ?
Ne craignez rien les bons apôtres
il y a des cris de haine en guise d'amour
l'argent, n'y pensons pas
le temps est trop précieux pour donner
Derrière l'écran, il n'y a pas de cœur
derrière le verre, la mort est une image
monocorde, le speaker pointe le prompteur
Et du vent à partager.
JMS 5/08/2020
Si la mort, ne serait-ce qu’une fois, se pendait à mon cou
si d’aventure je sortais du petit rien de ma conscience
du plein de riens de ma grosse tête avec ses chats et ses poèmes
avec ses éclats d’amours et ses trop pleins de rires
Si d’aventure je n’étais plus rien
ou rien d’autre qu’une gravure de cendres qui affronte l’horizon
rien n’empêcherait Bagheera ma vieille panthère, de courir de vieux rêves
rien ne m'empêcherait de dire encore merci
à Kipling, Hugo et Neruda d’avoir ouvert ma route
rien ne m’empêcherait de dire merci
merci la vie la mort, d’avoir attendu que je sache l’amour.
JMS in Derniers délire avant intentaire
Alors ?
Tu as regardé le ciel et tu n'y as même pas trouvé un ange !
Tu as vu la mer un jour où les poissons étaient de sortie
Tu as demandé l'amour quand le cœur était absent.
Moi, j'étais assis au pied de l'escalier un jour où le matin était trop haut
Dans une boîte à criquets, j'avais enfermé une cigale et des lucioles
La musique était éteinte et la Lumière dormait.
J'avais pourtant bien déchiré la nuit
Ouvert des mots de tête
Mais je n'ai pas gravi l'escalier
Je suis resté seul avec l'envie de Te voir
Je n'ai jamais su si nous étions à l'été de tes vacances
Ou à la porte du mirage.
Déjà, enfant, je jouais à 123, Dieu es-Tu là ?
Quand le Père Noël est parti, j'ai regardé le ciel
Et ce jour-là, aux yeux d'un enfant il pleuvait de l'espoir.
JMS1/08/2020

Photo Sylvie Sananès

Il y a abondance de chaleur
partout et tout autour
dans le jardin
dans ma tête, aux pieds des plantes
et dans les cieux il y a du feu
sur le sol, ça brûle ma plante des pieds.
Le soleil frappe aux vitres
la sieste dans l'ombre se blottit
comme la quiétude d'un ensommeillement
si profond que j'entends ronfler les moustiques
certains sont somnambules et mangent en dormant
cela m'affecte.
Mes chats siestent, affalés dans cet après-midi d'été
où la vie s'est arrêtée de courir.
Je regarde jouer les fourmis
le ciel qui les a faites si petites
leur offre l'étonnant arrondi de mon ombre.
Ce ciel, au-dessus de nos têtes
comme requête de prière
appelle l'eau et la fraîcheur.
Il fait abondance de chaleur.
jms
À Tristan,
C'était un homme tendresse, une blessure, une déchirure,
le fils de l'absolu respect de la vie et d'une mémoire meurtrie.
C'était cet enfant blessé au point zéro de sa jeunesse,
écrasé par la folle croyance en ce possible-impossible
qui avait écorné ses hiers
et plus loin que la vie broyait les devenirs.
C'était un homme frère de tous les hommes
qui mesurait la distance entre la bête identitaire et l'homme Un.
Comme un oiseau dans le miroir,
il se heurtait aux fossoyeurs de l'espoir.
Il était l'homme frère des hommes,
le cri de l'impuissance
perdu dans un monde d'in-amour.
Il était Tristan,
l'homme qui regardait l'enfant derrière les barbelés,
l'homme qui portait en lui toutes les blessures du siècle.
Sans apartheid, il était Barcelone, Auschwitz, Srebrenica,
il était un des suicidés d'Argelès-sur-Mer,
Il était un désespoir d'homme sur le chemin.
cette petite route où se cherche l'enfance,
il était l’enfant de cendres.
Il est la présence qui me parle, il est mon ami.
JMS
L’enfant de cendre
Le corps plein de larmes, les poches pleines de pluie
Il écoute
Il entend des voix sous la cendre
Dans les couloirs, dans le parc, il répète :
"Vous les entendez ces voix sous la cendre ?"
Tout le monde hausse les épaules
Et les infirmières disent :
"Tiens voilà l’enfant de cendre" !
Tristan Cabral
