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Le passé en bagage

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Hammam Salahine près de Biskra en 1904
Trouvée par hasard dans un livre, cette photo d'un lieu, qu'enfant, j'ai visité vers 1950.


Revisitant le passé il y a une vingtaine d'années, je ne sais pourquoi, des impressions d'une journée de voyage en famille dans les années 50, mêlées à un goût d'enfance et à un cri de pays perdu, ont agité mon stylo. J'en ai tiré cette nouvelle insérée dans un livre traitant du rapport au temps et à la réalité : "Le jardin des diagonales".

Dans cette suite de nouvelles, tous les protagonistes sont des internés décalés de la raison et porteurs de mémoires fantasmées.
Aujourd'hui, tant d'années plus tard, cette photo retrouvée me révèle le nom perdu de cet endroit et me ramène un fragment d'enfance.


In "le jardin des diagonales"
(Un passé en bagage)

    Le soleil, le vent, les jeux peuplaient un monde ancien. Heureux, en culottes courtes et en sandales, Manuel l’avait parcouru, traversant des rires ombrés de quiétude. Puis le sang, les cris, les larmes, s’étaient répandus sur les trottoirs gris…
Le bateau, la mer...
L’exil sous un ciel au soleil cassé, la nostalgie pour tout bagage.
Tant de temps passé, depuis, en terre nouvelle.

Manuel, dans sa tête était resté là-bas. Il vivait sur une terre de mémoire où la réalité était devenue étrangère et hostile.
Il n’y avait plus de là-bas.
Là-bas, le malheur avait pris racine.
Là-bas, le sang répandu, les cris, les larmes et des trottoirs inquiets, enfermaient les hommes dans un étrange sortilège.

L’homme avait vieilli depuis… tant de temps, tant de nuits, tant de rêves, tant de larmes. Il  ne vivait plus qu’en cet intérieur de solitude où rien n’existe que sa propre pensée. Il ne vivait plus qu’en ce lieu où les souvenirs épars, embusqués dans des recoins d’âme, rugissent à faire frémir la nuit.

L’homme habitait des recoins du passé, dans la marge du réel.
L’homme vivait en exil.
Manuel, chaque jour, parlait au gamin joyeux et insouciant de son enfance, à celui qui savait courir et sauter, qui avait un père, une mère, du vin et du pain sur la table.
Il était perdu le Manu, coupé de l’enfance, naufragé au pays des hommes. Comme beaucoup d’exilés, il parlait aux habitants de sa tête toujours prêts à raconter les bruits et les odeurs anciennes.

Encore une fois, aujourd’hui Manuel répétait :
- Je suis à la porte du voyage qui mène à hier.
Il savait qu’une odeur de larmes surgissait chaque fois qu’il approchait cette frontière.
Il savait l’étrange buée et la fulgurante nostalgie qui précédaient ses rencontres avec le passé. Il se regardait glisser hors du temps. Il disait tout haut :
- Je fouille, je scrute, j’écoute le silence, je cherche dans un amas d’effluves feutrés et sucrés. Je cherche dans le puzzle des souvenirs. Je vois des fantômes et des morceaux de pays, des morceaux de mémoire.
Parfois Manuel se rebellait :
- Si je pouvais jeter ma mémoire aux orties…
Parfois même, il pleurait et implorait :
- Mémoires, retournez à l’oubli, laissez-moi vivre heureux.
D’autres fois, Manuel était en voyage-mémoire. Il avait huit ans. On l’appelait Manu. Il était dans un bâtiment très long, blanc et bas, un hammam embrumé d’odeurs soyeuses, percé de portes en bois bleu. Manu regardait les rayons fins du soleil s’infiltrer en filets dorés par de vieilles cicatrices du bois. Dans la pièce, l’ombre s’en trouvait découpée en bandes de lumière. Puis, le rêve s’estompait, Manuel le retenait :
- Non, mes chers souvenirs, revenez,  restez...

Ces voyages passaient toujours par la porte entrebâillée d’une larme retenue et d’un serrement de cœur.
Chaque fois qu’il redevenait enfant, dans l’ombre, il sentait la moiteur pesante l’envelopper comme la peau de coquillage sur les épaules d’un bernard-l’ermite.
Aujourd’hui, Manuel partait dans un de ces voyages.
Dehors, le soleil éclaboussait l’ocre tel un feu violent. Par l’ouverture de la porte, il voyait la terre et le vent léger qui tournoyaient en anneaux de poussière. La porte était de forme mauresque. Manuel était dans une grande salle emplie de tables rondes et basses, agrémentées de la lueur rougeâtre de plateaux de cuivre. L’odeur forte du thé à la menthe, les senteurs du miel sur la pâtisserie, caressaient son odorat. Autour d’une table, un cercle magique... l’éclat nacré des dents que libérait un sourire, la voix d’un oncle, celle d’un ami..., un étrange ressenti où le bonheur s’appelait certitude.

Sa conscience se cabrait par moment : "Reviens Manu, l’horloge a tourné".    
Il se sentait loin, si loin… n’était plus qu’un œil qui regarde au-delà du temps. Il était l’intrus dans le jardin de la mort, une âme en dérive.
Manuel ne voyait que le rivage lointain. La rive. Il voulait regagner la rive. Refaire le voyage.
Il voulait refaire le voyage à l’envers, refranchir la porte qui va à hier, rester là-bas. Revoir la palmeraie encore naine, inondée de soleil. Courir entre les palmes, se retourner, voir encore une fois la bâtisse blanche, longue et basse avec ses ouvertures donnant sur une nuit de mémoire, sur une pénombre habitée. Il voulait, comme un forcené, traverser l’étrange brume du temps perdu et revoir, revoir Grand-père... revoir…

Mille fois, il était resté là, dans l’ombre, à décrypter le souvenir. Ils y étaient tous, ils étaient là, tout près, vivants, plus riants, plus présents que jamais.
Ils chuchotaient, attendaient. Leurs voix chuintaient comme une musique incertaine et précise, entendue au hasard d’une route, comme volée au silence et qui colle à l’esprit, plus forte que l’oubli.
Comment voyager vers le passé ?
Où est la clef qui mène à hier ?
Pourquoi cette buée farouche à la porte du souvenir ?
Manuel savait que le mystère du voyage était là, lié à cette moiteur salée qui mouille les regards et précède l’émotion.
Pourquoi toujours revenir à hier par la porte entrebâillée d’une larme retenue ?

Il avait jusque-là sans cesse questionné la mort, la nuit et le néant, sans obtenir de réponse. Pourtant ce soir-là, une voix claire et précise rompit enfin le silence, la voix de l’intime, celle du Condor ordonna :
- Traverse une larme, la clef et le passage sont là.
Instantanément l’homme comprit : en traversant une larme on peut voyager par-delà le temps.
La voix d’ombre insistait :
- Traverse la larme, la goutte salée... tu as la clef du voyage !
Manuel pleurait.
Sans hésiter, il se risqua à l’appel d’un monde antérieur. Il collecta ses larmes et les traversa, pénétrant les brumes salées venues d’outre-monde.

Mystérieusement, il sembla s’y noyer et disparut dans les flux et reflux de sa pupille, ne laissant qu’une ombre bleue couchée sur le tapis.

Je suis l’homme qui parcourt son passé.
Je cours avec mes amis entre de jeunes palmiers pas plus hauts que nous. La terre est rouge, elle joue, elle court avec nous, elle nous poursuit en poussière d’ocre et d’or.
J’ai peur du futur.
Je cours à l’intérieur du bâtiment.
Une porte emprisonne l’ombre et la quiétude, l’ombre cache le bonheur.
Elles sont toutes là, mes ombres de mémoire.
Ma famille y distille une langueur heureuse. Le thé à la menthe et les gâteaux portent une infinie tendresse.
Je suis l’enfant qui connaît le futur.
J’ai peur.
Je suis parti, j’ai quitté mon monde, sans laisser d’adresse.
Je suis loin.
La nostalgie est toujours là...
J’ai fait le voyage à l’envers, à l’aide d’une clef mouillée, j’ai franchi la porte.
Pourquoi cette buée farouche à la porte du souvenir ?

J’ai trouvé le jardin et les enfants qui rient...
Mais, je fouille, je scrute, j’écoute le silence, et maintenant je pense au monde d’où je viens.
Je pense à vous que j’ai délaissés, mangés par mon passé retrouvé.
Je n’ai plus de larmes.
Je suis si loin, je suis l’intrus dans le jardin de la mort.
Je suis l’œil qui regarde au-delà du temps.
J’ai gagné les rivages du passé.
Je m’appelle Manuel Hector Llorca.
Dans ma chambre je crois que l’on retrouvera mon ombre bleue sur le tapis, mon stylo et quelques larmes séchées.

"Le jardin des diagonales" (Éditions Chemins de Plume)

 

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Adieu Leila

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À épurer ma mémoire,
nom après nom, j'égrène des pierres de vie,
le monde rétrécit et les regrets bâtissent leur royaume.
Nous ne nous sommes pas revus,
les jours ont passé,
seule reste la nuit qui tombe sur nos pas.

Je ne t'ai pas revue Leila,
toi, l'héroïque, la combattante,
toi qui étais un feu de vie,
toi la faiseuse de festins,
toi la toujours présente aux désirs de tes enfants.

Tu es partie
toi qui défiais l'inéluctable,
toi qui depuis si longtemps triomphais de la maladie,
tu es partie, mais pas disparue.

Avec toi encore je trinquerai aux crépuscules inassouvis,
aux heures envolées, aux bonheurs en allés,
ce soir ce sera whisky à la nuit car tu es partout.

La vie ne triomphe pas toujours.
Je sais, les forces t'ont manqué,
un jour, une nuit peut-être,
aux résurgences de l'infini,
sur les friches incertaines de l'absence éternelle,
nous nous retrouverons.

Tu étais guerrière,
héroïque, combattante.
Je ne t'ai pas revue.
J'arriverai trop tard.

jms

 

 

 

 

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Ce n'est pas le mot qui piège

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À casse silence
il y a des mots couteaux
qui taillent et entaillent le futur
l'arriment à des promesses, à des espoirs périmés.

Ce n'est pas le mot qui piège
c'est le cœur qui s'accroche à des rêves et des mirages désabusés.

Toi, tu cours
tu cherches l'ami, le cœur qui t'avait tout promis
la vieille école qui a fermé
ta maison inoubliée et ce visage où tu lisais l'amour d'une mère
tu te souviens d'une vieille prière et d'un paradis égaré
tu te souviens de la tempête et des fusils.

Tu  parcours des odeurs de vent, d'amitié et de rêves
où s'encraient les griffes princières de cette chatte que tu aimais.
Tu revois même ce chien avec qui tu jouais…
mais comment s'appelait-il donc ?
Tu cherches dans des puits d'oubli

tu creuses les ricochets d'un silence sans fond

Tu les cherches
tu te cherches où tu n'iras plus.


Où sont les rêves,
les soleils souriants de ce pays de sable, de palmiers et d'enfance
le piétinement des rires avant que l'école n'ouvre ses portes
le bruit des vagues que l'aurore martèle encore ?

Tu cours
tu cours autour de toi
le cri du lointain se fracasse dans des vacarmes d'oubli
mais encore tu t'acharnes à vouloir ouvrir la nuit
tu revois le tableau, le désespoir
l'écharde du jour et les couteaux qui entaillent ta mémoire
il est tard
les hirondelles ne reviendront plus
le cri de la craie vrillé sur le tableau noir s'efface devant l'éponge
la nuit aboie comme un chien oublié.

Il est tard, trop tard
ce n'est pas le mot qui piège
c'est le cœur qui, encore, s'accroche à des rêves.

 

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Le syllabaire des petits crimes (déja publié mais interdit au partage !!!)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je viens d'un temps
où les exigences du bonheur portaient leurs amnésies.
Dans des printemps d'après guerre, nous chantions,
La France croyait habiter en République.

Fut un temps où, se justifiant d'attaques contre le système,
certains affirmaient taxer le négoce pour justifier leurs vols.
Fut un temps où les dictatures, pour habiller leurs crimes,
s'affirmaient démocraties populaires,
Fut un temps où les hommes dansaient dans l'amnésie des fêtes barbares,
un temps où se perdaient les larmes du Chili, de Treblinka ou d'ailleurs.

Rien n'est plus,
mais encore de nouveaux syllabaires reformulent la bienséance,
les vérités se maquillent,
les seniors ont remplacés les vieux,
il n'y a plus de pauvres mais des économiquement faibles,
plus d'évasion fiscale mais de l’optimisation,
on va en prison pour un sandwich
quand d’autres expatrient leurs millions en paradis fiscaux.
Aux festins de l’indécence,
ne dites plus Prince, dites Président.
On traque les chômeurs mais on subventionne les licencieurs,
on laisse les maîtres de la finance orchestrer la désinformation,
le crime économique n'est plus, il y a le libéralisme,
la dépossession des peuples se fait au nom du "il y a pire ailleurs".

Ne dites plus partage des richesses, parlez de ruissellement,
Au pays de leurs ambitions, la liberté semble libertaire,
avoir des droits devient révolutionnaire,
le pouvoir sert ses rois.
Quand l'homme souffre,
la toute-puissance se partage les richesses,
elle écrase le faible et engraisse le capital,
le travail est ailleurs mais on harangue la misère,
on l'accuse de paresse,  
plus d’exploiteurs mais des entrepreneurs,
plus de pauvres mais des assistés
plus de sans-abris mais des cas sociaux.

La Bastille est tombée
mais pour plaire aux Princes
des crétins laissent leur conscience au vestiaire,
le droit chemin ignore la route de l’homme,
le train-train citoyen traine ses réflexes identitaires,
comme papa comme maman,
si t'es de droite tu votes contre la gauche,
si t'es de gauche tu votes contre la droite,
et si tu ne t'y retrouves pas,
ton silence fait leur pouvoir.   

Ton pas cherche l’horizon,
Ton oreille cherche sa voix,
Tu écoutes les faux apôtres,
ceux qui se disent des deux rives à la fois,
ceux qui disent écouter mais te vendent du boniment,
ceux qui, les yeux au ciel et la main sur le cœur,  
affirment avoir compris mais ne changent rien,
et si parfois tu vas aux urnes c'est pour t'opposer au pire.
Si tu aimes la vérité, ferme-la,
si le silence t’indispose,
va aux traquenards des samedis jaunes
où provocateurs et casseurs sont à la fête
pour égorger le vrai cri du peuple,
la police y fait son ball-trap,
l'impunité les gratifie.

Laboratoires et chimies négocient le droit de vivre,
aux clameurs de la Bourse, les docteur Mengele recrutent encore,
une ministre défenestre l’éthique,
dans leurs cages, les vaches garderont leurs hublots,
la recherche torture le vivant,
l’horreur et la douleur ont un avenir.

Aux dimanches des gueules cassées,
le monde s’écroule,
laisse-les à leurs dérives,
nos enfants jugeront.

JMS

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Le syllabaire des petits crimes

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 

Je viens d'un temps
où les exigences du bonheur portaient leurs amnésies.
Dans des printemps d'après guerre, nous chantions,
La France croyait habiter en République.

Fut un temps où, se justifiant d'attaques contre le système,
certains affirmaient taxer le négoce pour justifier leurs vols.
Fut un temps où les dictatures, pour habiller leurs crimes,
s'affirmaient démocraties populaires,
Fut un temps où les hommes dansaient dans l'amnésie des fêtes barbares,
un temps où se perdaient les larmes du Chili, de Treblinka ou d'ailleurs.

Rien n'est plus,
mais encore de nouveaux syllabaires reformulent la bienséance,
les vérités se maquillent,
les seniors ont remplacés les vieux,
il n'y a plus de pauvres mais des économiquement faibles,
plus d'évasion fiscale mais de l’optimisation,
on va en prison pour un sandwich
quand d’autres expatrient leurs millions en paradis fiscaux.
Aux festins de l’indécence,
ne dites plus Prince, dites Président.
On traque les chômeurs mais on subventionne les licencieurs,
on laisse les maîtres de la finance orchestrer la désinformation,
le crime économique n'est plus, il y a le libéralisme,
la dépossession des peuples se fait au nom du "il y a pire ailleurs".

Ne dites plus partage des richesses, parlez de ruissellement,
Au pays de leurs ambitions, la liberté semble libertaire,
avoir des droits devient révolutionnaire,
le pouvoir sert ses rois.
Quand l'homme souffre,
la toute-puissance se partage les richesses,
elle écrase le faible et engraisse le capital,
le travail est ailleurs mais on harangue la misère,
on l'accuse de paresse,  
plus d’exploiteurs mais des entrepreneurs,
plus de pauvres mais des assistés
plus de sans-abris mais des cas sociaux.

La Bastille est tombée
mais pour plaire aux Princes
des crétins laissent leur conscience au vestiaire,
le droit chemin ignore la route de l’homme,
le train-train citoyen traine ses réflexes identitaires,
comme papa comme maman,
si t'es de droite tu votes contre la gauche,
si t'es de gauche tu votes contre la droite,
et si tu ne t'y retrouves pas,
ton silence fait leur pouvoir.   

Ton pas cherche l’horizon,
Ton oreille cherche sa voix,
Tu écoutes les faux apôtres,
ceux qui se disent des deux rives à la fois,
ceux qui disent écouter mais te vendent du boniment,
ceux qui, les yeux au ciel et la main sur le cœur,  
affirment avoir compris mais ne changent rien,
et si parfois tu vas aux urnes c'est pour t'opposer au pire.
Si tu aimes la vérité, ferme-la,
si le silence t’indispose,
va aux traquenards des samedis jaunes
où provocateurs et casseurs sont à la fête
pour égorger le vrai cri du peuple,
la police y fait son ball-trap,
l'impunité les gratifie.

Laboratoires et chimies négocient le droit de vivre,
aux clameurs de la Bourse, les docteur Mengele recrutent encore,
une ministre défenestre l’éthique,
dans leurs cages, les vaches garderont leurs hublots,
la recherche torture le vivant,
l’horreur et la douleur ont un avenir.

Aux dimanches des gueules cassées,
le monde s’écroule,
laisse-les à leurs dérives,
nos enfants jugeront.

JMS

 

 

 

 

 

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Minuscule - Ile Eniger

Publié le

Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Dehors, loin, c'est la Fête de la Musique, l'agitation convenue, chaque année plus médiocre, plus accablante. La chaleur est tombée sur la terrasse, les plantes respirent, se redressent. Je remercie leurs présences si simplement nobles. À la lueur douce d'une lampe, Je lis un livre à l'écriture et la pensée éblouissantes, grâce sans tapage qui replace la beauté au centre. Le silence ronronne de petits bruits rassurants. Le chat dort en boule, il s'étire, bâille, me regarde, étonné de me voir assise au milieu des heures du sommeil. Je suis seule dans la nuit trop grande, dans l'appartement trop grand. Je garde la tristesse à distance. Et les étoiles veillent une minuscule part de bonheur.

 

Ile Eniger - Les mains frêles - (à paraître)

Publié dans Ils disent

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Où es-tu ma mère ?

Publié le par Cheval fou (Sananes)

En ce 10 juin, jour d'anniversaire la naissance de ma mère, d'une mémoire bousculée me revient cette avant dernière lettre écrite quelques jours avant son grand départ et ce cri resté à jamais posé sur l'infini silence des attentes inoubliées.

Où es-tu ma mère ?
 
Où es-tu ma mère ?
Toi qui te perds dans les couloirs du Temps
Toi qui nommes et qui regardes les jours d’hier
Toi qui te cherches à l’orphelinat des vieux
 
Où es-tu ma mère ?
Dans cette foire aux souvenirs
Où le temps voleur efface la couleur
Où les noms et les visages se perdent
 
Où es-tu ma mère ?
Dans ces couloirs blancs
À scruter l’enfance et vouloir restaurer le temps
Et tant d’amours que la nuit emporte
 
Je te suis ma mère
Dans ton ombre je ne suis plus qui j’étais
Les ruelles joyeuses où les enfants chantaient
Ne mènent plus au bar de La Marine
Le jour traîne des vies à marée basse
Nous n’irons plus où tes amies dansaient
 
Je suis à l’heure des comptes
Il n’est plus temps de pleurer
Il n’est plus temps de gémir
Je ne suis plus où j’ai été
Je ne sais plus voler, mes ailes sont coupées
J’apprivoise les regrets
Avant que le Temps voleur n’efface la couleur
Avant que les noms et les visages ne se perdent
Avant d’être convié à la foire aux souvenirs
J’apprends à mieux aimer
Où es-tu ma mère ?
Toi qui te cherches dans les couloirs du Temps.

JMS  in : Et leurs enfants pareils aux miens

 

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Hommage aux disparus du cinéma

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Texte écrit pour le spectacle ayant pour thème le centenaire des studios de la Victorine à Nice,  donné lors du  Salon du Livre de Nice le 31 mai 2019

 

C'est un temps de rien,

C'est votre voix, Monsieur Marielle,

qui à jamais retentit

sur ce chemin d'absence où les heures se perdent.

C’est un temps de rien, un temps de tout.

C'est votre rire, Monsieur Rochefort, qui s'égare dans des nuits d'océan.

C'est la présence indistincte d’un oiseau blessé

et le jour qui revient sur la pointe des rêves.

C’est un chandail de brumes oublié Hôtel du Nord

et Arletty qui traverse le cri d’un amour,

c’est une gueule d'atmosphère qui s’éloigne sur la pointe des pieds.

C’est le rire des oubliés qui claque à contre silence,

Raimu qui "nous fend le cœur",

la nostalgie qui cherche ses mémoires au royaume des disparus.

C'est une dernière larme au rebours d’une montre arrêtée.

C'est encore entendre Jean Gabin dire "T'as d' beaux yeux tu sais"

et ne rien oublier du regard de Michèle Morgan.

C'est à l’encre du rêve et du cauchemar,

ce Vieux fusil, aux mains de Philippe Noiret.

C'est revoir Michel Simon dans Le vieil homme et l'enfant.

C'est Casque d'or aux bras de Serge Reggiani.

À l’heure où le jour s'assombrit,

c’est la nuit qui tombe sur les rires du matin,

Bourvil et Galabru dans leur dernière tirade,

Jean Cocteau et Jean Marais à la Victorine,

Annie Girardot qui retrouverait la mémoire,

Anémone sur Le grand chemin,

 Agnès Varda surfant sur la dernière vague,

et la voix de Sacha Guitry qui nous conte Paris.

C’est un temps de tout, un temps de rien,

une vieille nostalgie oubliée Quai des Brumes.

C'est une muraille de mots

que le silence enferme.

 

JMS

 

Publié dans JMS - A paraître

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En attendant l'Ange

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Je les vois qui courent, s'agitent

Cœur immortel

La fleur aux yeux et des rires en cascade.

 

Je les vois, à la chevauchée des rêves intrépides

Dans des envolées papillons sur les chemins des possibles

Je les vois qui s'embrasent aux candeurs de l'espoir

Qui ignorent les embûches

Oiseaux libres dans un monde où la peur

n'a pas encore dressé ses frontières

Je les vois

À la marelle, à l'encre des alphabets

qui jouent à qui perd gagne

Qui passent le jour et ignorent les impairs.

 

Posé sur un nulle part du Temps

Je cherche l'avenir dans le regard de ces enfants

Je les regarde qui glissent sur les rivières de l'heure

 

On n'arrête pas le vent, on n'arrête pas les jours

Ni le tic-tac chronophage des siècles qui rongent l'éternité

Je n'y peux rien, les minutes me clouent à mon impuissance

Les enfants nous regardent et c'est moi qui tremble

Je ne sais plus où habite l'avenir.

 

Si longtemps que le jour m'a saisi

Si longtemps que j'ai l'âme griffée à de vains espoirs

Si longtemps que j'assiste au naufrage du rêve

Si longtemps que la joie se noie dans des océans de plastique.

 

Ma petite fille me regarde

Moi qui me demande si l'homme dans le miroir me ressemble

Si je suis à la taille du costume qu'elle me prête.

 

Celui que j'aurais voulu être est triste

Comme une entaille dans le futur.

 

Ma petite fille me regarde

Les enfants nous regardent

J'avance sur des solitudes chagrines

Où encore j'attends l'ange.

 

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Festival du Livre de Nice - 31 mai, 1er et 2 juin 2019

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Festival du Livre de Nice - 31 mai, 1er et 2 juin 2019
Festival du Livre de Nice - 31 mai, 1er et 2 juin 2019
Festival du Livre de Nice - 31 mai, 1er et 2 juin 2019

Publié dans Informations

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