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Ile ENIGER

Publié le par Jean-Michel Sananès

Ô mon amour mon amour
Le ô plus haut que o
Le son premier du mot
Le jour celui
Qui n’envisage rien
Que le présent
Sans effets secondaires
Pour aller plus que vivre
Pour aller plus qu’aimer
Pour aller plus
Pour aller
Mon amour
Le mot juste vêtu
De voyelles à ouvrir les murs
Et le sens à écrire
Les bras autour comme un lasso

Ile Eniger, "Bleu miel" Editions Chemins de Plume

Publié dans Ils disent

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Jean-Michel Sananès

Sur le papier glacé (extrait)

Je retourne dans les bois, creusés d’âge et de mousse. Je préfère être pauvre à mon compte que riche aux dépens des autres, ceux qui se graissent la patte et se remplissent la panse en détruisant la vie. J’ai tout appris par la force des choses. J’ai tout appris du feu, du verger, du lichen. Selon le cours du papier, même les bûcherons finissent par mourir de froid. Par le cantouque et la chouenne, des racines à la cime, je remonte la sève jusqu’à la tête des eaux. Que pourraient le bouleau sans le cèdre, l’érable sans le pin, le rhume des oiseaux sans la gomme d’épinette ? Je dirai donc la sève, l’humus et la colère des forêts, les cétacés enfouis sous la mémoire des glaces, le pollen courbé sur l’épaule du vent. Je lirai dans l’écorce ce que l’encre a tué.

La neige, en hiver, quand elle tombe en dansant, remplace les oiseaux. Je préfère le feu à la fumée, la parole au micro, l’écorce du bouleau à la nappe en papier, la barbe au prophète, le poète au notaire, celui qui rêve quand il neige, celui qui dort quand il vente, celui qui sort quand il pleut. On ne demande pas aux chercheurs d’or de sauver un oiseau, on le demande aux enfants. Je suis l’oiseau sans ailes qui vole dans son chant, l’arbre sans feuilles que réchauffe la sève. La neige ne va pas sans ombre ni la pluie sans soleil. En caressant du pied la bavette du poêle, je me réclame du froid, de l’espace et du vent. Je me réclame du pollen survivant au grésil, de la bannique et du portage. Je me réclame du capelan, du chevreuil, du lagopède rutilant. Mon cœur est une bête à portée de fusil.

Jean-Marc La Frenière,  Prose

Publié dans Ils disent

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Une aussi longue absence....

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Où étais-je... si je savais...
Excusez-moi, mais je sais, j´étais sorti de mes gonds, hors de moi, mais pas vraiment fâché contre moi, d´ailleurs mes colères sont sans conséquences, je ne m´en veux pas, je me pardonne tout.
Tout est arrivé à cause d´une de ces aubes livides, une de celles où tu te lèves blanc comme du papier. Le miroir ne te voit même pas, alors tu te mets à table, tu veux tout dire, tu ouvres ta tête, tu sors une plume. Pas une larme, mais ta plume saigne et tu ne sais pas pourquoi. Tu aurais voulu t´appeler Manuel, Pedro, Che Guevara, ou pourquoi pas, Picasso. Mais tu es là, coincé dans une peau trop grande pour toi, tes yeux ne sont même pas à la bonne hauteur, tu vois le monde d´en bas et tu hurles dans ton silence, tu voudrais être un loup, hanter le bois, terrifier la lune, mais tu as une peur d´enfant égaré, abandonné. Ta révolution, tu la fais devant un café froid et l´hiver arrive. La nuit coule comme une pierre ronde qui rejoint le fond du vieil  océan.
Une odeur de vide. Une balle. Un flingue. Un rire de dingue... Non une écume de mots qui dit à quoi rime, qui se fait la belle et se croit poésie. Rien que des mots. J´écris, mais la poésie a honte quand la nuit se cabre.
Je ne sais pas pourquoi, j´étais parti, j´étais hors de moi, loin d´ici, à deux pas de moi, dans deux chaussures froides.
Je me regardais passer comme le silence

JMS - in "De moi à moi" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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La mort de l'alouette

Publié le par Cheval fou (Sananès)

C’était l’avril d’un grand soir
Les espérances étaient à l’Est du grand soleil
Et le chant devait être partout
Qui donc avait dérobé le Nord ?

Les alouettes pleuraient
Pas de Sud, d’Est ou d’Ouest
Triste, un monde où l’on a perdu le Nord

C’était l’aube des matins noirs
Le vent et la pluie s’étaient perdus
Nulle part pour aller, nulle part pour s’arrêter
Les alouettes sont mortes loin de chez elles


Au passe-passe de la vie
On leur avait volé la pluie et les saisons
On leur avait volé le vent et les chansons


C’était une nuit d’abîme et de soufre
La police qui n’arrête que les pauvres gens
bien sûr n’arrêta pas les voleurs de vent
On abandonna le Nord l’espoir et le chant

On bituma l’Alberta, on enterra l’alouette
Qui donc et le président chantèrent la mort de l’alouette
Bras dessus bras dessous chantèrent la mort de l’alouette.

JMS

Publié dans Textes de JMS

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Il jouait de la guimbarde

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Il fallait jouer du violon et de la fable
garder la tête froide et les pieds au chaud
Il fallait avoir l’air d’avoir l’air
avoir le bras long et les pieds plats

Il fallait jouer poker
jouer dans le sens du poil et caresser le loup
jouer des coudes et en découdre
se faire aimer sans rien donner
se jouer de tout et de vous,
se  jouer du jour et des lendemains

Il jouait de la guimbarde
du charme et de la tendresse

Il jouait aux dames et aux échecs
il jouait à ne pas jouer
à tendre la mains et à ouvrir ses bras

Quand il se fit manger comme l’agneau
il jouait encore de la guimbarde
.

 

JMS

Publié dans Textes de JMS

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Cathy Garcia

Publié le par Jean-Michel Sananès

L'art du noeud

je flaire l'aigre du désir
coeur en étendard
la puante imagination
des abysses humaines

lente infection des morsures
dont aucun ne sait voir les traces

géhenne ordinaire
autolyse résigné
l'encre au lit
de l'angoisse
rages entrailles
savamment ligotées

je veux en découdre
absoudre l'absurde !

l'art du noeud
et les noeuds
du lard

un coeur
qui soudain a des crocs
s'auto-dévore

vendanges lycanthropes
à la vulve du monde
ça m'aide la nuit
à raccommoder mes étoiles
à faire jonction
émeute solaire

au cadran j'ai rongé les angles
les ai polis de ma langue
pour en faire le cercle
aléatoire
non parfait

le cercle rugueux
du réel

Cathy Garcia,  POÈMES COMMIS et  DELIT DE POESIE

Publié dans Ils disent

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Colette Muyard

Publié le par Jean-Michel Sananès

Résidence  Principale


 J’habite
au plus fissuré des lézardes,
au lamento du violoncelle.

 En Antigone l'emmurée,
en la vierge folie d’Ophélie,
en toute âme désespérée.

 J’habite
à l'œil paniqué du cheval,
au ventre enflé de la famine.

 En écorchés, en sinistrés,
en corridas, en diaspora,
en toute souffrance infligée.

 J’habite
à la main glacée du mendiant,
aux gerçures de l’exclusion.

 En tous calvaires, en rouges guerres,
en miradors, en camps de morts,
en toute existence arrachée.

 J’habite
au plus sanglant des cauchemars,
au vif tranché de l'animal.

 En désespoir, en abattoirs,
en condamnés, en torturés,
en toute vie décapitée.

Colette Muyard

 

Publié dans Ils disent

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Lettres à mon PC et à ses habitants

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Tu fais tes quinze pouces
trois inches
tu me nargues

Entre ma vie et moi
tu fais écran

Carré blanc
carré mémoire et mémoire vive
j'ai ouvert ma boîte de déception
mémoire informe
tu restes vide

Au carré du silence
mémoire pleine
j’attends
tu es l’indéchiffrable graffiti du vide
l'aube ne viendra plus

Je ne suis qu’un bruit de fenêtre ouverte
sur un carré de solitude opaline
rien
rien à l'intérieur
rien d'attendu, rien d'inattendu
tes silences sont illisibles
l'aube ne viendra plus

J’habite le cri d'un escargot piétiné
le regard impuissant d'une fleur
je suis un silence trop lourd
abandonné aux étoiles
un air de musique qui sent la rengaine
un morceau de vent
que l’aile brisée
porte en bandoulière

je suis l’orphelin
qui arpente une envie de ne pas être
j'ai chuté sur un mauvais rire
 

Au carré blanc
je n’ai trouvé qu’une blessure diaphane
un message qui n’est pas venu
.

JMS

Publié dans Textes de JMS

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Champagne

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Sous vos lèvres carmin
champagne !

Le champagne,
un éclat de mort
et un éclat de rire

A votre cou
la pierre piaille ses clartés de diamant

 

Que de terre
que de mer
entre la mine et le feutré des grands salons

 

Punda a marché
de Mbuji Mayi* à la mine

le ventre tailladé par la faim
les nuits gorgées de peur.
A ses cotés la mort court,
comme un chien agite ses crocs
sur des plaies d’enfant

Que de terre entre Mbuji Mayi et la mine
Que de terre mangée entre les dents de Punda

Sous vos lèvres carmin
champagne !
Un éclat de mort

et un éclat de rire
A votre cou
la pierre piaille ses clartés de diamant

Que de terre entre Mbuji Mayi et la mine
La pierre pleure dans des palaces de divas fardées.

Que de terre sur la tête de Punda
Que de terre sur les 10 ans de Punda.


Comme des centaines d'orphelins, Punda, avait quitté son village, Mbuji Mayi* (Congo), pour travailler dans une mine de diamant : sont-ils esclaves ou libres, les enfants qui meurent ensevelis dans l’effondrement des terriers qu’ils creusent à mains nues, en quête de diamants, pour le compte de quelques trafiquants ?

JMS

Publié dans Textes de JMS

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Paradis latin

Publié le par Cheval fou (Sananès)

19 heures à Bogota
Assis
dans les lueurs blafardes
l’enfant renard
mange des solitudes

La tête
entre ses deux mains
l’enfant
regarde l’eau
couler sous ses pieds

L’heure est aux arrêts
La vie est un chagrin

L’enfant triste déserte
Il rêve

L’enfant renard
mesure demain

L’enfant renard
mange sa faim

19 heures à Bogota

A Bogota
la colle remplace le pain

A Bogota
la colle remplace l’amour


JMS - Extrait de:  Occident/Accident de conscience -   Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Textes de JMS

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