Poète !
Poète, est un mot qui ne s’enferme pas dans une définition, qui ne réside pas dans un fait culturel. Personne ne nous apprend à rire, à regarder, à sentir, à aimer. Certains nous encouragent, ou nous découragent, voudraient faire de nous des soldats ou des littéraires, mais nul ne peut nous imposer d’être ce que nous ne sommes pas. On ne nous apprend pas à vibrer, à parler aux fleurs, aux couleurs ou aux nuages. Les dictionnaires de rimes sont, comme les précis grammaticaux, des outils pour nécessiteux. La règle et l’usage sont deux territoires étrangers. Il n’y a pas de dictionnaire de cœur, de courage, de syllabaire du sentiment, ou de cartographie des rêves. Il n’y a pas de mode d’emploi de la passion. La carte du tendre est enfermée dans le dernier soupir. La Poésie est un mot que les barreaux ne retiennent pas. Si parfois je marche à ses côtés, je reste et resterai ce que je suis, un hippie échevelé sur les routes du rêve. Un vieux rêveur qui cherche son Katmandou et le paradis des éphémères, toujours en quête de la vibration de la lumière, toujours émerveillé par les soleils intérieurs que cachent les yeux d’un chat. Si longtemps que je serai là, je chercherai des poissons qui chantent et des amis en hiver, des rires dégoupillés, des edelweiss en été. Dans les soirs embrumés de la mémoire, je chercherai à revoir Jeux Interdits, agrippé à une tendresse qui saigne. Encore, je chercherai demain dans le lit des rivières, et, si j’en suis enrhumé, soyez sans pitié : riez.
Dernier rivage

Photo A. Richard
***
les escaliers du vent regardent la pleine mer
Un ciel de gris posé sur de vieux rêves
cherche dans la nuée des mots perdus
les lettres de l’espoir
La palette désossée des blancs et noirs
regarde un monde que les jours effacent.
JMS
Le cri d’ombre et la fleur coupée
Photo Virginie Aymard***
Une photo a arrêté le temps
image extrêmement précise
effraction dans le passé – parcours de l’instant
voyage en noir et blanc.
Huit doigts visibles - ceux d’une petite fille.
Enserrées dans la petite main – six fleurs - pétales ébouriffés
à peine étranglées
étrangeté d’une mort sans cris – minute de douce panique
instant volé.
Un regard d’ange qu’on ne peut pas voir
qu’on devine
l’ange contemple le crime invisible
inutile
des pétales de neige sale
un jeu qui arrive.
Déjà, j’entends bruisser le murmure
une comptine se décline
du "je t’aime un peu, beaucoup" - "jusqu’à la folie"
des fleurs jetées – un pré piétiné
et la vie qui court.
dans l’immensité du vertige, où suis-je ?
Dans la photo ?
Des pas… et d’autres pas fracasseront le temps sur des jeux de marelle
et la vie qui court
dans ce déjà passé
confondra le futur.
Je ne sais où, des milliers d’enfants useront leurs rêves
du "un peu, à la folie" - au "pas du tout".
Et partout des fleurs en frayeur.
JMS
Mon chat se questionne

(Dessin JMS - Mon chat en peau de nuit agitée )
La pollution réchauffe l’atmosphère
*
L’amour réchauffe les cœurs !
JMS - In "Les confidences de Maxime le chat" - Editions Chemins de Plume - Petite collection - 10 Euros
Jean-Marc La Frenière
de femmes traquées et d'hommes détraqués,
la guerre a toujours l'estomac vide.
L'appétit du profit est un ver solitaire.
Le capital s'est vendu à son propre néant.
Les hommes rentrent du bureau en se crevant les yeux.
Un bandeau d'apparences leur sert de lunettes,
un mensonge de foi, un mirage d'espérance.
L'oasis n'est pas dans le désert des chiffres.
Si je marche à l'envers,
c'est pour me rencontrer.
Il faudra bien un jour qu'on retourne les mots
pour voir à l'intérieur.
Ont-ils touché mes larmes ceux pour qui j'ai pleuré ?
Ont-ils vu la lumière qui traverse leur ombre ?
Pourquoi le poing tendu, le bras d'honneur,
la crosse des fusils et celle des évêques ?
Il a fallu des millénaires pour apprendre la caresse.
Il suffit d'une seconde pour tuer un oiseau.
Suant de la tête aux pieds,
mes mots attelés comme des chiens
tirent le traîneau de la phrase.
Leurs yeux s'abritent sous la laine frileuse des images.
J'arrache les portes pour faire du feu,
le bois des croix pour me chauffer.
La vérité des arbres me protège du factice.
Il faut redonner l'eau aux fleuves morts de soif,
rendre la parole aux sages qu'on musèle,
effacer de la terre sa date de péremption.
Il ne faut plus marcher vers l'est ou vers l'ouest
mais s'avancer vers l'autre avec les mains tendues,
accorder nos oreilles à la rumeur des étoiles,
que la sève renaisse dans le tombeau des feuilles.
Un jour,
Un jour, quand je serai grand
un jour, quand mes ailes auront poussé
en lieu et place de la constellation du dragon
en lieu et place de la constellation du scorpion
quand les oiseaux-mouches et l’oiseau de paradis
auront gagné la guerre des mondes
sous mes ailes déployées
dans un univers ailleurs
dans les forêts du ciel
dans la tempête des bleus
je sèmerai les mille étoiles
de la constellation du Chat
Même hors d’Égypte il sera mon maître.
JMS - "Dernières nouvelles de mon chat" - Dessins Jms - Editions Chemins de Plume - 12€
Ile Eniger
Ile Eniger, Poivre bleu
Mon Chat a peur
Mon chat a peur, il dit :
Les hommes
ont une telle aptitude à l'intelligence
du bien et à celle du mal
que j'ai peur de l'inadvenu !
Il aurait été préférable
que l'homme soit stupide et bon.
JMS
La Frégate
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A vous, frères d'Afrique, A vous, frères indiens,
Vos mères Vous avez eu une Terre
Vos mères Pourtant,
ce devrait être un bonheur que d'être Homme A tous je veux dire : A toi frère Indien, un cœur de lune sous la peau, je dis : Crains le vent, Frère, Déjà Cortez est chevalier de mort Le vent nous a trahis
Pleure, Déjà, Ils ouvriront si profond la terre
Pleure, Tes larmes jamais Nos larmes jamais
Crains le vent, Déjà, Frère homme, La nuit porte la mort Déjà Le vent nous a trahis Pleure, Déjà, Ils ouvriront si profond la mer Vos larmes jamais
Pleure sœur d'Afrique,
Déjà la-bas, d'où ils viennent,
La mort était dans leurs bagages, Aucune larme Aucune larme
JMS
Spectacle : "Tous les enfants ont un même rire" |