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Adieu Mozart

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Adieu Mozart

 Dans la mémoire écaillée de l'homme, Elsa Belle frissonnait au bord de la méditerranée. C’était à Djerba juste avant l’attentat.

Il avait dit : Mona Lisa est un fantôme dérisoire dans la mémoire de tout homme qui connaît ton sourire.

Sur le sable les vagues semblaient rythmer les battements des cœurs.

Ensuite, il y avait eu un bébé, une maison, des amis, un chat et un chien de petite taille qui faisait le beau pour un carré de sucre… enfin il y avait eu tout ce que l’on peut mettre sous un projet de vie et d’amour inscrit au profond de l’espoir.

 

L’espoir, l’homme y pensait, et là, à cet instant, il se demandait quelle en était la formule : était-ce de croire au futur, de croire aux hommes ou de croire que la bêtise est moins puissante que l’intelligence ?

L’homme se perdait en mille formulations octogonales de l’espoir. Pourtant le jour était jaune.

L’homme ne s’appelait plus, il n’avait plus de nom, il était une image perdue dans un désespérant no man’s land sur les rivières du temps. Le passé était mort. Un vent jaune collait aux vitres de la maison, inquiétant comme ce vide compact où même les solitudes dispersées avaient disparu.

Depuis longtemps les sirènes s’étaient tues. Le nuage jaune était resté là, sur la ville. Les doigts usés, l’homme avait renoncé à appeler les secours. Toutes les voix amies figurant dans son agenda étaient restées silencieuses. Elsa Belle qui, en public détestait ce surnom affectueux, elle non plus, n’avait pas répondu. Inutile de se demander si l’enfant, leur enfant était avec elle, ou s’il était resté emmuré dans un jeu d’écolier. Inutile de se demander si les devoirs étaient faits, il n’y aurait plus d’école.

Rien, plus rien, qu’un vide absolu à poser sur l’insupportable réalité. 

Qu’y a-t-il après l’espoir ?

Ce carré blanc sur l’écran d’une télévision ? L’absence des bruits coutumiers, de ces phrases insipides que l’on répète avec agacement : dépêche-toi, tu vas être en retard, n’oublie pas ton goûter ?

Tous ces mots dans la tête de l’homme reprenaient leur musique, partition inachevée. Il n’acceptait rien, il était simplement en panne de désir, une question qui ne voulait pas de réponse.

Il était celui qui pense à l’homme après l’espoir.

Ivre de colère, lui qui n’avait jamais prié, maudissait les savants, les militaires et les politiques. Ceux qui avaient créé la mort propre, celle qui détruit la vie mais laisse intact la matière inerte et les biens matériels.

Seul dans l’univers, il ne se sentait plus homme, il était cette chose pathétique qu’il avait vue en photo : ce désespoir en habit d’homme, ce sourire comme une balafre sur le visage sans visage d'une ombre, yeux collés à la mort, photographiée aux barbelés d’un camp d’extermination. Le sourire de l’ombre, ressemblait au sien. Comme cette ombre, il s’accrochait au devoir de respirer pour aller plus loin, pour savoir si l’ignominie avait une frontière. Mozart allait disparaître avec lui. Mozart allait mourir du silence du monde. Une douleur étrange oppressait son cœur, son ventre et l’essence même de sa pensée. Encore et encore, frénétiquement, il recommença à composer des numéros pris au hasard des annuaires, des numéros de plus en plus distants. À la lettre D, il avait trouvé le nom Dieu, monsieur Li Dieu "Importation de kimonos". Une résurgence d’humour l’avait incité à laisser un message : si monsieur Dieu père ou fils, pouvaient me rappeler, j’en serais très honoré… puis il avait donné son numéro de téléphone. Bien sûr, il n’attendait plus rien. Les seules voix qui répondaient encore étaient des voix de répondeurs orphelins. L’homme s’étonnait : pourquoi, ne pas s’asseoir et être le dernier à avoir écouté Mozart, à savoir ce que mille siècles d’évolution et d’intelligence avaient créé, ce que cinquante ans d’imbécillité avaient détruit  ?

Il se demandait quelle était cette rage de vivre qui le poussait à vouloir croire que, quelque part encore, la vie continuerait, alors même qu’il avait franchi toutes les latitudes de l’in-espoir. Son rictus s’élargit lorsqu’il pensa que ces voix magnétiques lui survivraient, qu’inutiles elles traverseraient le temps.

Comme elles, les mondes et tout ce qui était, tout ce qui avait été, n’auraient été que mirage, un éphémère inutile n'ayant  trouvé ni sa raison d’être, ni sa raison de disparaître.

Des millions d’années que se posait la question du Grand Mystère : "d’où vient-on, où va-t-on ?", et la question allait disparaître sans réponse. 

Pourquoi la musique, pourquoi la poésie et toutes les questions sur tout ce qui fait le sens de la vie. Tout ce que la philosophie avait enseigné devenait dérisoire.

L’homme écoutait Mozart, le buvait avec avidité, conscient que nul après lui, jamais, ne saurait ce que la beauté peut être. L’homme mesurait l’ironie. Il fonctionnait maintenant comme ces automates costumés que l’on envoyait en mission avec un projet de médaille posthume pour le devoir accompli. C’est à lui que revenait l’ultime questionnement et l’ultime non réponse.

La voix de l’homme, s’il avait encore une voix, était devenue rauque avant de s’enrayer dans un étrange discours sur la raison.

Hâtivement il avait ramassé tout ce qu’il avait pu sauver. Parmi l’inventaire inutile des richesses humaines, il y avait ce manuscrit qu’il avait volé - si l’on peut dire cela quand il s’agit de récupérer dans une ville déserte un des trésors de l’humanité - il l’avait mis au mur de son bunker, comme un vulgaire poster, sous le centre de recherche géo spatial.

Assis à même le sol il regardait le dessin de Vinci et écoutait Mozart. Un tressaillement précéda ce qui aurait dû être un soupir, mais qui, immanquablement, se transmutait en un juron laconique : les cons !

Il parlait à Léonard comme l’on parle à un vieil ami. Le disque tournait : écoute, disait-il, écoute, ils ont tué Mozart, il ont tué Lorca. D’un regard circulaire il mesurait le désastre, partout le long des murs, des livres empilés comme des langues arrachées se préparaient au silence de l’humanité.

L’homme avait vidé son âme, avait vidé son cœur, une seule chose maintenant comptait : mettre à l’abri ce qu’il pouvait. Il pensa à Malraux qui, parlant du nazisme, avait dit : "ils ont donné des leçons à l’enfer", puis il s’insurgea contre son infidèle mémoire. Il ne savait pas restituer la forme démoniaquement belle de cette affirmation.

Il tentait maintenant un inventaire de sa mémoire, courait d’un livre à l’autre, l’ouvrait, lisait quelques lignes pour Léonard, jetait encore un S.O.S. téléphonique, puis encore creusait ses souvenirs, essayait d’en extraire une phrase, un vers ou une raison de vivre. Ses mots butaient dans la confusion des sens. Il se contentait de l’approximatif du souvenir. Mais à quoi bon le souvenir, à quoi bon, quand l’enfer prend sa dernière leçon ?

L’homme fonctionnait maintenant comme le dernier soldat d’une guerre qui meurt sans projet de médaille. Il s’était agrippé à l’impossible et à l’inaccomplissable devoir. Mozart, Verlaine, Neruda allaient vraiment mourir. Tous les combats pour la Conscience avaient été vains.

Il pensa en riant que demander à un poisson d’escalader l’Everest n’aurait pas été plus désespéré que sa mission.

Un disque de Mozart entre les mains, l’homme se coucha sur une mémoire écaillée, Elsa Belle frissonnait au bord de la méditerranée et c’était à Djerba avant l’attentat.

L’électrophone tournait.

Mozart mourait.

SF et Fantasy - JMS (à paraître)

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IL

Publié le par Cheval fou (Sananès)

 Il soulevait les rides du temps

pour parler aux nuages,

celui qui faisait sourire les oiseaux

mais prenait des plumes aux mésanges

 

Il voyait en l'écume

le frisson des vagues,

celui qui sentait dans leurs soubresauts

le tempo de ton cœur

 

Il prenait tes soupirs

pour la tendresse des anges,

celui qui t'appelait aux vents venus

pour que ses mots aillent plus loin que la nuit

 

Il égrenait tes silences

pour oublier toujours à jamais,

celui qui donnait aux vents

la poussière de ses rêves

le jeune homme que j'étais.

JMS - In "Cheval fou - D'amour et de colère" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

Publié dans Cheval fou

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Mon chien dit - 2

Publié le par Cheval fou (Sananès)

La distance vraie ne se chiffre qu'à la douleur du manque

JMS

Publié dans Aphorismes de JMS

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ANICK ROSCHI (Allemagne)

Publié le par Cheval fou

Hommage à Anna Politkovskaïa :

Colombe

Dans un désert avare
D’humanité
Le regard
D’une colombe s’est posé
Où les loups, têtes basses,
Ne se lassent
De hurler,

Dans un désert empoisonné
Avare de vérité
Une colombe, ce soir, est tombée.


ANICK ROSCHI  7 octobre 09

Publié dans Ils disent

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Ile Eniger

Publié le par Cheval fou

Je suis sans toi. Des morceaux de temps entrent dans mes poignets. La page ne saigne pas, se tait. La page, muette, vide. La mer à l'angle de la fenêtre dit plus. Le jour plus frais qu'hier, mes doigts gourds. Ma toute petite vie d'abeille minuscule les yeux sur l'immense. La tasse de café noir, le sucre ailleurs. Ce sont des choses qui font silence. Des mots prétextes qui vont. Solitude innommée. Noyaux secs dans les blancs du manque. Le temps se brise en petits bouts de verre.

Ile Eniger - Un cahier ordinaire

Publié dans Ils disent

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Il y a ceux

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Il y a ceux qui creusent l’aube

les mains avides d’espoir

mais qui ne trouvent que la faim dans le voyage du jour

 

Qui es tu

marin des heures qui accoste les rêves décharnés ?

Une enfance en rade ?

 

À trois pieds trois nœuds de là, dansent les capitaines

et fait chaud dans le matin qui monte

 

Moussaillon oublié tu apporteras le pain

et la vie ne te donnera rien

ta vie tu la donneras

Pour rien

 

En d’autres temps, j’étais baleine

quand je pleurais on me mettait la tête dans l’eau

à l’aube j’ébrouais mes larmes

c’était au temps des grands requins

c’était dans le maintenant des argentiers

il y a loin, les prolétaires avait mangé leurs bas de laine

mais à chaque jour sa peine

 

Il y a ceux qui creusent l’aube

 

Aux matins, les présidents les capitaines

partagent le monde confisque l’espoir

 

Moussaillon oublié tu leur apporteras le pain

dans le voyage du jour tu trouveras la faim

la vie ne te donnera rien

ta vie tu leur donneras

 

Pour rien

 

À trois pieds trois nœuds de là, dansent les capitaines

et fait chaud dans le matin qui monte.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Cristina Castello

Publié le par Cheval fou

Hasard du Net

J’ai découvert dans l’écriture de Cristina Castello une force poétique qui m’a subjugué. J’y ai trouvé quelque chose de ce feu qui couve dans le sang espagnol quand la poésie  et la raison se heurtent aux dictatures et au sort des peuples. Peut-être connaissez vous Cristina Castello.  Vous l’avez compris j’ai aimé ses textes, en voici quelques lignes :

 

Et quand je dis Dieu, je ne dis pas Église.
Je dis Dieu.
Je suis esclave de la Beauté.
Car Beauté est Bien, Vérité, Justice.
Beauté est mains ouvertes pour donner.
C’est éthique et esthétique.
J’ai soif.

Je vis avec les pieds sur la terre.
Parce que je sais.
Que pour se moquer de la réalité, il faut la connaître.
La réalité.
"Cette clé de clôture vers toutes les portes du désir" (Olga Orozco).
Je vis avec le regard sur le ciel.
Parce que je ne me conforme pas à la clé de clôture.
Je veux l’harmonie.
Je veux un monde juste,
Je veux vivre en art.
J’ai Soif.

Je veux une planète d’êtres humains avec des ailes.
Pour que l’intérieur de tous caresse la lumière.
Pour nous lever d’abîmes quotidiens.
Ailes pour roucouler les seuls, les pauvres, les tristes, ceux d’âme absente.
Ailes pour agiter dans l’allégresse de bonheurs infinis.
Ailes pour que la vie de tous soit plénitude et non pas vide.
Ailes pour un Journalisme Sans Masque.
Pour une Vie Sans Masque.

Et par ma soif.
Qui est soif et qui est eau.
Je travaille comme journaliste, il y a bien des années.
Je suis personne.
Je suis poète.
J’ai soif.

 

À retrouver sur http://www.cristinacastello.com

ou http://les-risquess-du-journalisme.over-blog.com

Publié dans Ils disent

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Salon du Livre de Mouans-Sartoux

Publié le par Cheval fou

Salon du Livre de Mouans-Sartoux

Remerciements

 

Je remercie Marie Louise Gourdon et tous les organisateurs du Festival du livre de Mouans-Sartoux pour leur engagement envers une Culture en quête d’humanité responsable, ainsi que les bénévoles, auteurs, éditeurs, journalistes et libraires ayant participé à cette fête du livre.

 

Toute ma reconnaissance aux lecteurs qui chaque année osent franchir les premières de couverture pour ouvrir les portes du partage.


***

 

 

Réflexion après le Salon du Livre de Mouans-Sartoux

 

Les enfants qui ne lisent pas seront des bibliothèques vides.

Les hommes qui n’ont jamais lu, ceux qui ne se sont pas nourris de la diversité des idées, seront encore moins armés que l’arbre, l’abeille ou le chien pour répondre aux choix essentiels que l’homme doit faire pour devenir Homme. À jamais ils resteront marqués du sceau de l’ignorance et épouseront des idées assujetties aux désirs des puissants ; ils dévoreront sur Internet ou écrans TV les vies virtuelles qu’ils auraient voulu avoir. À jamais ils n’auront d’autres valeurs que leur capacité à consommer. Ils ne seront jamais au nombre de ceux qui agissent pour l’humanité. Ils seront ceux que l’on enferme dans des statistiques. À jamais ils ne seront  que sueur et sang, ils ne seront rien d’autre que des ombres que le vent efface. Ils seront la cible du populisme et les supports de tous les impérialismes et intégrismes. Loin des consciences ouvertes, à jamais ils seront des hommes programmables soumis aux prédateurs de l’homme libre. 

 

La lecture n'ouvre pas qu'à l'instruction, elle ouvre au monde et à l'échange. La lecture est la fête de l'humain.

 

JMS

Publié dans Informations

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Il y a des jours

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Il y a des jours

il y a des jours où j'exile mes folies

rien n'y est amoral

rien n'y est anormal

il y a des jours

il y a des jours ou j'ai des troubles de la déraison

je fais le ménage

il y a des jours où mon chat ne dit rien

les heures filent entre ses griffes

je suis normal

je déplie de vieux neurones

je me regarde et j'oublie

De long en large

je fuis le profond

je m'ennuie

et même je fais de la compta !

et pourtant je n'oublie pas de t'aimer.

JMS - In : "Derniers délires avant inventaire" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros

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Mon chien mène l'enquête

Publié le par Cheval fou (Sananès)


ISBN 978-2-84954-086-2 - Éditions Chemins de Plume - 10€

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