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textes de jms

Sa vie

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

 Elle regarde sa vie

Son amour est à demi parti

Son corps est là mais son âme est ailleurs

 

C'est une parole au creux de la brûlure

La voix qui lui disait :

"Je n'ai besoin que de la peinture et toi"

 

Ce sont des pigments durcis et un cri brisé

À l'abandon dans l'atelier du peintre

 

Elle cherche un soleil effacé

Au matin, rien ne disparaît de ce qui n'est plus

Au soir, la larme immortelle ne sait pas sécher

Le jour porte sa douleur

 

C'est un chagrin plus long que le jour.

JMS

 

Publié dans Textes de JMS

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Si tu savais

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Si tu savais comme j’aime la vie
je ne suis pas triste
je vis d’humour et de rire
mais si tu savais comme le monde me fait mal

si tu savais l’inventaire de mes amours
et tout ce que je peux aimer, boire, embrasser d’un simple regard

Si tu savais l’inventaire de mes craintes
le frisson de mes peurs

Si tu savais mon bonheur
J’ai un chat et des fleurs
un soleil posé sur la mer et une fenêtre ouverte.
Si tu savais…

Si parfois j’ai peur
c’est pour ceux qui resteront habiter ce futur de pouvoir
de famine, de djihad et d’argent
sans abeilles, sans rêves

Si tu savais comme j’aime la vie
les enfants, les coquelicots, les moineaux

Si parfois j’ai si mal
c’est pour ceux qui, chaque jour, ont peur du lendemain.

Si tu savais comme j’aime le bonheur et la vie
Quand je partage le rire et la douleur
c’est qu’à ma façon, j’appelle un monde meilleur
je ne demande que du pain et du rêve sur chaque table.

JMS

Publié dans Textes de JMS

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Scaphandrier de la déraison I

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y a longtemps, j'ai cessé de pédaler dans la choucroute, de boire l'eau de feu qui noircit les rêves, de croire que les fabricants de loukoums connaissent le secret des dieux.
J'ai pris mon vélo dirigeable, mis Léo mon chat, sur le porte-bagages, cessé de répondre au Président, à ma mère, et à la raison. J'ai accepté que la terre ne soit plus ronde, qu'elle brise ses amarres et, sans craindre la Grande Ourse, nous avons quitté le droit chemin.
Aux migrations du rêve, parmi les oies sauvages et les monarques, nous avons exploré la courbe, je suis devenu un homme-sommeil, à l’affût de vieilles étoiles cachées sous la lune. Avec un appétit féroce, j'ai grignoté les mêmes silences que mon chat, nous les avons partagés avec une générosité sans faille. Nous avons exploré, dans tous les cadrans de l'heure même les invisibles, ceux de l'intérieur, ceux où se cachent les mi-silences, les murmures et les secrets, sans les endommager. Pitié pour les secrets, pour les paroles enterrées et les petits mots que la larme emporte.
Seul, avec la plus grande partie de moi et la part d'ombre que j'ai confiée à mon chat, fantômes expatriés volontaires de cet ailleurs où le vide s'est fait un royaume, à une heure où les grenouilles chantent et affirment l'été, quand les cigales se taisent, nous glissions dans un bleu d'ombres bienveillantes. Il n'avait jamais fait aussi soleil que sous la pluie quand l'herbe pousse.
Scaphandrier de la déraison, j'ai pris le courage à demain. Le temps est une fiction. La vérité est une quête où les vies se brouillent. Les phrases, les visages, nos yeux, vos yeux, se cognent, où que j'aille. Hier me fait si mal que je fuis, je gravis les ciels par l'escalier Nord d'une tour Eiffel évadée d'une carte postale. L'antirouille des mémoires et trois anges la protègent.
Si le silence est un cri qu'on égorge, qui garde mes douleurs ?

 

Publié dans Textes de JMS

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Petit délire de Pâques (J’ai l’œuf)

Publié le par Cheval fou (Sananès)

Avant que je ne sois
avant d'être frais, rose et neuf
j'ai habité le rêve d'être
j'ai habité dans cette constante du bonheur
où il n'y a jamais ni rires ni larmes
où l'œuf du serpent n'a pas sa place

Avant que je ne sois
j'ai habité un ailleurs où le bleu mangeait l'hiver
un ailleurs où l'hiver n'avait rien à faire
où jamais il n'y avait rien de vieux, rien de neuf
j' habitais les territoires de l'attente
où rien jamais ne froisse l'habitude

Avant même que d'être
j'ai habité
le lieu même d'où l'on avait chassé l'œuf du désir
les neuf voluptés, l'odeur du chocolat
et Ève aux cheveux d'ange    

J'ai habité
où Dieu met tous ses œufs dans un même panier
là où parmi les saints, jouer n'est pas un jeu
partout
des colombes, des dindes
et des poules aux œufs d'or

partout
du ciel au poulailler
du poulailler au ciel une marmaille d'œufs
d'œufs à cheval qui tournent manège
d'œufs coque qui font des petits
d'œufs mimosas qui font le printemps
de Fabergé en paquets d'or, d'œufs en fête
d'œufs mollets qui font tartines
d'œufs durs qui font toupies
d'œufs en goguette qui se prennent pour des coqs

Dans ce monde en coquille d'œuf
aucune grisaille à frontière de ciel
aucune misère
pas une veuve pas un veuf
rien de joyeux de belliqueux
rien de juste de mauvais
ni rires aux enfants sages
ni larmes aux enfants de passage
aucune douleur entre l'œuf et le poussin
toujours de quoi n'avoir ni faim ni froid
toujours de quoi être plein comme un œuf
 
                    Au pays merveilleux                   
que du bleu du bleu du bleu
jamais rien de mieux
jamais rien de pire

l'œuf du désir dormait
les jours se suivaient à la queue leu leu
jamais rien de plus
jamais rien de moins
de quoi toujours avoir l'œuf

Et toujours l'attente d'être un être neuf
qui rit qui mange qui boit qui pleure
toujours l'attente du mystère
toujours ce rêve en quête des neuf euphories
toujours cette impatience qui brise la raison

Je suis parti
en marchant sur des œufs
loin des anges et des dieux
à chercher l'œuf du désir
et Ève aux cheveux d'ange
j'ai laissé ma coquille

On m'avait dit :
En bas,
la vie n'est pas un jeu
là où tu vas
les poules ont les dents si longues
qu'elles tondraient les œufs pour avoir du blé
en bas
on ne peut avancer sans casser des œufs
là où tu vas
on vole un œuf aussi facilement qu'un boeuf
en bas, ne mets jamais
tous tes œufs dans le même panier

Sans un adieu je suis parti
ma coquille s'est brisée
maintenant je suis né
Pâque est passée
j'ai des tristesses et du malheur
j'en suis plein comme un œuf

Partout
des œufs battus des œufs pochés
des œufs pochards des débauchés

partout
des oeufs au beurre noir des œufs fracassés
des œufs cassés des œufs brouillés

partout
des œufs brisés des crânes d'œufs

partout
l'œuf du malheur le ventre vide

partout
des couteaux neufs
sur le cœur des veufs sur le cœur des veuves

partout
l'avenir l'amour que l'on tue dans l'œuf

partout
l'œuf du destin
sur la conscience aveugle piétinée

partout
du malheur plein les coquetiers

Depuis
chaque jour
j'ai des colères que j'étouffe dans l'œuf
je ne fais pas de miracle
les saints les anges ont déserté mes cieux
je ne sortirai pas un lapin de l'œuf

Depuis
chaque jour
je regarde le monde droit dans les yeux  
et lui dis :
va te faire cuire un œuf !

JMS in : Derniers délires avant inventaire (2009)

Publié dans Textes de JMS

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Mes nuits sont des cavernes

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Mes nuits sont des cavernes où les rêves perdus rugissent
comme des terreurs millénaires se désagrègent 
en envolées de chauve-souris que la lune dévore


Je palpe le silence,
je cherche, je fouille le sillage des disparus.
Où êtes-vous, où es-tu, dans cet ailleurs où je m’égare ?
Où êtes-vous mes disparus,
pareils à tant de poèmes dont les mots se sont évadés ?
Où êtes-vous, où es-tu, dans cette flambée de jours consumés ?


Je cherche dans le sillage des disparus,
je scrute l'armée des ombres pliées dans les ressacs des jours perdus,  
j'entends des voix,
je vous vois,
je te vois, ma mère,
les yeux penchés sur mes cahiers à l'orthographe indomptée
.

Où es-tu ma mère
dans cet ailleurs où crissent des chants d'amour oubliés ?
Deux ans déjà…


Je te cherche dans les mémoires de triage,
sur des chemins d’exil.
Je n'ai rien oublié de ces ailleurs où je fus enfant.
Je n'ai rien oublié des tablées fleuries
où tu chantais, ma mère.
Je n'ai rien oublié de ces soirées cachées
où le sel à tes yeux, coulait.


De soupirs en sourires,
mes nuits sont des cavernes où les temps reviennent.
Les jours y flambent dans une clameur heurtée de rires et de larmes.
Enfant, dans l'abécédaire des silences
je décryptais la violence du jour,
je savais qu'il me faudrait attendre
pour un jour déployer mon cri.


Sous des sourires d'apparat, parfois tu pleurais, ma mère.

Mes nuits sont des cavernes
où les rêves perdus rugissent encore comme des terreurs millénaires

jms

Publié dans Textes de JMS

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Matin gris

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Le matin me maltraite
le sort mauvais joue avec mes nerfs
le café gît là
étendu sur la table
le sucre et mes rêves sont mouillés
le réveil n'a pas sonné
l'aube encore une fois est arrivée trop tôt
le soleil brûle mes yeux
Je suis aussi triste qu'un vieux cheval
qui part pour la casse
aussi emprunté qu'un réverbère
qui voudrait visiter le monde
Mais qui a encore besoin de lumière ?
C'est un temps de gris et de nuages
de compromis et d'espoirs usés
Rien ne va
À l'inflation du désir
je perds l'envie d'aller plus loin
Pourtant le temps presse
mes amis se bousculent au portillon de l'ailleurs
la pression monte
comme une odeur de colère sans arme
sans cri et sans violence
Le bruit d'un silence m'invite
à ne pas sortir de mes gonds
à ne pas m'étendre
Je cherche la lumière
implose devant une tablette de chocolat
l'univers me fait mal
un travers d'absence agrafe une douleur
l'avenir ricane
comme une souris dans les griffes d'un chat
à frontière d'âme
je rentre en moi
je parle à mon crayon
et s'il fait grise mine
c'est qu'il joue
la censure de mes velléités
je pose
un carré blanc
sur mes états d'âme
la vie passe
certains matins sont violents.

 

jms

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S'en vont (mes amis)

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

À toi qui part où s'en vont mes amis

S'en vont
s'en vont, emportant de nous mille choses
aux transparences concrètes et indicibles.

S'en vont
laissant de nous le mirage d'un temps à jamais orphelin
de maux inutiles et de mots de rien
de quotidiens de rires et de larmes envolés.

S'en vont
nous laissant seuls dans la traversée de l'inattendu voyage
seuls dans l'attente de tout et de rien,
s'en vont
quand, à la table du jour,
le seigneur des leurres dresse l'addition du néant.

S'en vont
comme tu es parti
et comme je pars, mon ami.

Il est des temps
 où tous allons,
où mes amis s'en vont
emportant de nous des morceaux de vie,
tous s'en vont
emportant des morceaux de nous.

Partez,
partez comme je pars mes amis.

Pourtant, plus loin que les heures,
vous êtes là,
pourtant, plus loin que les heures
je resterai là
les doigts agrippés
à ce qui reste de nous,
à tout ce qu'il nous faut encore regarder,
encore et encore aimer,
car le précieux est fragile
aussi fragile que la clairière aux mots perdus
où les étoiles reposent.
Et même s'il ne reste d'elles
que lumière d'astres disparus,
quelque part au centre de moi,
elles sont là,
comme le cri d'un papillon qui défierait l'oubli
pour éclairer l'éternité du noir.

 

jms-lettre à Pascal

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La photo retrouvée

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Passager d'un regard

à l'arrêt

sur une image en papier glacé

je te regarde

indélébile fantôme

toi

en noir et blanc

ta silhouette reste là, figée.

 

L'image est un muet qui hurle.

 

L'instant n'arrête pas le cri.

 

Passager de l'instant

je te regarde

posé sur ce coin de rue

où tu tends la main.

 

Tu es parti

et le silence

est venu, qui a noyé l'absence.

 

Ta douleur de vivre a-t-elle disparu ?

Si longtemps que ton envie d'être

et de vouloir être s'était tarie…

 

Cette déchirure de désespérance

ton cri

ce silence où sont-ils dans l'agitation du jour ?

 

Photo prise il y a une quinzaine d'années lors de l'écriture d'un recueil "À l'ombre des réverbères", sur l'exclusion des SDF. À Nice, à cette époque la misère ne se montrait pas, en plein été, la mairie de la ville les kidnappait pour les abandonner sur une colline à une quinzaine de kilomètres de leur lieu de vie !

Bien que les photos aient été prises avec le consentement de chacun des acteurs de mes textes, il m'a semblé que la douleur d'être un habitant de coin de rue et d'abris en carton n'est en rien un spectacle, et je les ai, pour la publication de ce livre, remplacées par des dessins.

En quinze ans, le temps a passé, a grignoté la vie, nombre de ces SDF ont déjà disparu. Je les croyais en partance pour cette autre nuit où partent mes mémoires et voici qu'hier, au hasard d'une liasse de photos retrouvées, tous sont revenus là, à encore fouetter ma mémoire avec leurs regards pareils à des mains en attente d'autres mains, avec leurs  mots et leurs yeux si tristes où se noient un flot de vague à l'âme, des regrets et des frayeurs.  

Comme une épine, la requête inquiète de cet homme reste là : "Ne me dénoncez pas, ne me faites pas de mal". Trop à la marge du pays des hommes, à genoux aux portes de l'opulence, son droit de vivre ne lui semblait pas entièrement légitime.

Cette rencontre, comme celles d'autres passagers de ce recueil, réveille une douleur qui me percute quand je revois ces images.

JMS

 

 

 

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J'ai peur

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J'ai des silences irascibles où les non dits rongent l’espace
J'ai des sommeils qui parlent et une mémoire qui pleure
J'ai des amis au parking de l’oubli
D'autres jamais partis et pour toujours perdus
J'ai des mots en prison qui veulent se faire la belle
des espoirs qui font le mur
des rides des rires des larmes, que je ne veux pas répudier
J'ai le doute posé sur la jachère des certitudes
des lendemains cerclés par la parenthèse des jours
des hiers inachevés en pays volé
l'espoir et la nostalgie à jamais mêlés
J'ai peur des certitudes aveuglantes

qui parfois ont fermé le chemin des vérités que je cherchais
J'ai peur de partir sans avoir fait ce que j'étais venu faire
peur de n'être qu'une pâle copie de qui je voulais être
peur que mon cri soit impuissant
peur de ne pas savoir assez aimer
J'ai peur que la musique s’arrête.

jms

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Tourments de mémoire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y a toujours des mots et des cris
dans les mémoires d’hommes.
Moi, je ne sais oublier.
Encore résonnent ces mots
qu'aux veillées
l'on cachait aux enfants.

Derrière l'air grave des anciens
je n'ai rien su de l'oncle disparu dans un camp
ni vu la douleur et les larmes
quand, dans un sourire amer,
on nous disait : "Allez jouer les enfants".

Longtemps, sous les nuages,
des mots et une terre effacée
ont joué l'amnésie
avant que je n’apprenne l'histoire des "Amants d'un jour"
celle d’Odette, cette tante suicidée
qu'Edith Piaf chanta.
 
Longtemps les mots ont joué l'amnésie
avant que l'on ne me raconte
l'histoire d'une lettre insipide
dont l'endos indiquait : "Madame veuve S"
en un temps où Franco assassinait
en un temps où être républicain était un crime.

Sous le franquisme, parler des purges était périlleux !
Un simple revers d'enveloppe nous avait alertés :
le cousin de grand-père était mort

C'était un temps
où la censure imposait le silence
jamais nous ne sûmes
ce qu'il advint de ces parents.

Seul, parfois un cri remonte
d'une mémoire qui ne veut pas mourir.
Cette nuit encore il grinçait
 un peu plus fort que la nuit.

 JMS

"Les Amants d'un jour"

"https://youtu.be/2m-_FzubQx8

 

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