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ils disent

Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou (Sananes)

L’angélisme des fleurs amenuise la dureté du roc. De chaque odeur, un sentier se dégage. Quelqu’un en moi se met en marche. Le jour déborde entre deux pierres.
Extrait de "Comme des peaux d'oignon"
http://lafreniere.over-blog.net

 

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Ile Eniger : La part du pèlerin

Publié le par Cheval fou (Sananes)

La part du pèlerin

Dans quel monde vivons-nous qui ne sait – ne veut - rien voir, entendre, dire, qui ne soit sous la férule de la grande illusion ? La folie destructrice de l'homme court à son apogée. Indifférente, laxiste, accommodante. Partout des leurres. Le culte suprême du plaisir, ronge. Il n'y a pas de petits écarts, même les plus anodins (ceux que l'on s'accorde comme les plus anodins), modifient la vie. Chacun est vecteur de la route. Rien ne peut changer sans décider de faire d'abord en Soi. La part du pèlerin. Le monde va mal parce l'humain va mal. A mal fouler le raisin, le vin vire au vinaigre. Aucun discours, velléités, duperies, réseaux miroirs aux alouettes, ne réparent la part manquante. Seuls les actes d'un simple amour journalier cultivent le meilleur pour tous. C'est par l'infinie transparence et la proximité d'êtres qui s'aiment que la vie sera aimante ou ne sera pas. Nous sommes responsables du monde que nous laisserons à nos enfants, nous sommes responsables des enfants que nous laisserons au monde. Voilà pour la réflexion du jour ! Maintenant, je me rends au silence des arbres, à la messe des herbes dans le grand champ naturel. Leurs présences sûres, réconfortantes. Allons, le jour a ouvert sa galerie d'art, la gratuité de la merveille donne le vertige. Le bon vertige. Celui qui ouvre le travail d'équilibre. Nous avons le monde que nous méritons. Le labourage à ensemencer commence dans l'âme de chacun. C'est dans la rencontre exacte du vertical et de l'horizontal que le point de conjonction met en place la levure du vivre dans la joie. L'amour est une terre cultivable.

Ile Eniger - Le monastère de l'instant - (A paraître)

http://insula.over-blog.net/

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Bruno Odile "LA COLLINE AUX CIGALES"

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Devenir, c’est avoir été.

Tout est invisible pour mes sens. Je me construis dans la lumière qui agonise. Dehors, c’est ici et maintenant. Mon chagrin sculpte les osselets de la mémoire, des os s’entrechoquent dans un épais brouillard. Le grand chapelet de tes sourires s’éteint sous mes doigts. Mon refuge ressemble à la dispersion de tes cendres. Incertain de moi-même, j’habite un temps la porte qui nous sépare. Ma raison a longtemps traficoté avec les faussaires de la perte, étayant le moindre recoin d’abstinence. Le souffle interrompu n’a rien d’une cicatrice, je respire des flaques de poussière recouvrant ton prénom. Nous avons laissé derrière nous un grimoire de silence, une auge à demi camouflée de prétentions inassouvies. Nous n’avons pas pu terminer et c’est cela qui grince dans mes poumons. C’est cette sensation d’arrachement avant le terme qui lamente mon désir. Je t’ai perdue en plein cœur de mon évolution et cela nuit à l’affranchissement de mon âme. A mon tour de fermer les paupières et d’accabler la défaite. J’ai perdu le goût où s’éventrent les sentiments. Je n’ai conservé de toi que la route qui mène à demain. Sur le chemin aux hautes courbes, mon cœur s’est retourné contre le tien, mon amour palpite et tu ne dis plus rien. Le sol est habitable autant que le vide qui semble de l’air. Je ne pars pas, je reviens. 

Le passé toujours nous rattrape, nous sommes ce que nous avons vécu. Il n’y a pas d’ombre plus grande que l’expérience accumulée. Dans cette condition, oublier serait se détourner de soi. 

Je suis le résultat de ce chemin par lequel j’ai traversé le temps. Il convient dès lors d’accepter, d’intégrer et de digérer les heures avalées. Mon esprit et mon corps ont besoin d’une forme de cohérence pour entreprendre sereinement la route à venir.

Aujourd’hui est forcément un jour neuf à appréhender. Etre dans l’immédiat, c’est l’intégrer de tout ce qui résulte de soi sans occulter ses sens. C’est offrir à son appréciation tout ce qui nous est perceptible. C’est intégrer la mort, l’absence et l’inachevé de nous-mêmes pour faire feu de tout bois. Devenir, c’est avoir été. Sans cette notion capitale, l’oubli ne serait qu’une fuite et une parade. Nos fantômes sont des trésors. Des braises toujours prêtes à la renaissance du feu.

L’attente a vécu ses justes moments. Celui du vent tissant vingt grammes de semence, celui du rêve qui se dégourdit les jambes. L’instant est net lorsqu’il frappe à ma porte. Mon cœur s’ébruite comme un violon sans corde que tes mains caressent dans l’ombre. Mon âme insomniaque rivalise d’éternité sous la fenêtre où ton visage fait les cents pas. Le goût des jours heureux n’a pas de posture, il salive dans la mémoire bernée par les heures qui s’enchevêtrent les unes aux autres.

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

http://lacollineauxciga.canalblog.com

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Ile Eniger

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Un ours danse seul

Quand se perd le chemin, à la boîte à lettres du jour, l'enveloppe est vide. Des postures mesurées s'insèrent, elles évitent les cailloux, coupent les épines et les ongles. Les oiseaux, les arbres, tant de choses qui prendraient trop de place ici pour être énumérées, perdent leurs rêves par hasard, comme blanchissent les cheveux. La pluie égare son arrosoir, le chat ne parle pas, le ruisseau ne rit plus, le vent s'époumone pour rien, les poches renoncent à leurs trésors, les boutons s'accrochent aux chemises, les heures tombent du clocher sans toucher une oreille. Le vélo vert a perdu sa sonnette. Quand s'abandonne la marche sur le fil, la maison dans les airs, le livre ouvert et le pot de confiture, ne restent que les gestes raisonnables, les pensées prudentes, quelques photos figées sur la cheminée muette. La petite fille tresse ses nattes bien serrées, comme sa gorge. L'ébouriffant, cloué sur une porte de grange vide, décolore lentement. Ces jours de tiroirs bien rangés désertent les tapis volants, mangent la soupe froide, ne dessinent plus rien dans la buée des vitres. Triste, un ours danse seul, sur une place où personne ne s'arrête. Je rentre à la maison, l'écrire en soulève la poussière. Je me suis égarée tant et tant que le ciel paraît lourd, l'horizon brouillé. Une cisaille abrège les reliefs. Je peine dans l'herbe des vestiges. Les pierres de chemin sont indifférentes. Les ronces et les orties ont perdu leurs fleurs. Quelle est cette poisse qui retient mes semelles ? Cette brume qui floute ma destination ? Un chant de coq indique le matin ou la trahison. On ne revient jamais que de soi. On ne revient jamais qu'à soi.

Ile Eniger - Le monastère de l'instant - (à paraître)

http://insula.over-blog.net/

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou (Sananes)

On fait son trou

Tout doucement, on fait son trou. On se prépare à la neige, à la pluie, à la mort. Les bouquets de pervenches ne chantent plus qu’en habit de concierge. Le saule noie ses larmes sous son ciré de feuilles. L’herbe verte compte ses blessés. Les urubus et les vautours boivent la crasse des chiens morts. Les bouteilles qu’on couche paient pour la rançon du temps. La soif fait provision d’eau morte. Les trompettes du bonheur sont bouchées. Les toilettes débordent. De gros nuages noirs éclaboussent le ciel. La veilleuse blanche des harfangs mange de l’ombre. La rosée n’arrive plus à digérer l’espoir. Le bois des chaises se retient de pleurer. Le temps mâchouille ses atouts et les crachent à la hâte. La main ouverte aux songes a fermé ses caresses. Est-il déjà trop tard pour croire à la rosée, à l’abeille, à la brume ? Je m’ennuie de ce temps où l’homme labourait la terre pour qu’elle sache le nourrir, où les arbres se parlaient en oiseaux pour apprendre à aimer.

http://lafreniere.over-blog.net/ Publié dans : Poésie

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Mebkhout Beghdad

Publié le par Cheval fou (Sananes)

 

Hommage à Kateb Yacine

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Marina Tsvetaïeva

Publié le par Cheval fou (Sananes)

"Éparpillés dans des librairies, gris de poussière, ni lus, ni cherchés, ni ouverts, ni vendus, mes poèmes seront dégustés comme les vins les plus rares quand ils seront vieux"

Marina Tsvetaïeva - 1913

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Adeline (ombrescontrevents)

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Brisés 

 

" Un coup de gueule ? ça peut tuer aussi sûrement qu'un coup de fusil"

On lui avait dit ça un jour
Il avait ri.

Mais quand il L'a trouvée brisée
vide
coeur répandu

Violettes
s'écoulant au long de la vitre des rêves en miettes

Il a préféré se boucher les oreilles
pour barrer la route à la tonitruance des souvenirs

Et boire un autre verre
Tout neuf
Empli de ses larmes
 

Texte Adeline - http://ombrescontrevents.hautetfort.com

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Jean-Marc La Frenière

Publié le par Cheval fou (Sananes)

J’écris avec des mots
qui se cognent aux murs,
des ecchymoses d’amour,
des bleus au cœur,
des blancs de mémoire,
des vis qui dépassent
et des copeaux d’érable.

  J’écris avec les morts
qui continuent leur chant,
les vivants qui se taisent,
les enfants qui s’aiment
et ceux qui les protègent.

J’écris sur la pointe des pieds
comme on sort du lit.
J’écris avec la route
qui ne sait où elle va.

  Je donne mon regard
aux fantômes des rues
et je prête l’oreille
au mutisme des murs.

  Je prête un peu de doigts
aux gestes malhabiles,
des orteils aux trottoirs
qui marchent de guingois.

  Je prête un peu de marches
aux escaliers branlants,
le regard des vaches
aux passagers broutant
les rails de l’ennui.

J’écris avec la mer
qui nous montre ses dents,

la blancheur de l’hiver
qui découpe les ombres.

  J’écris avec une encre
qui dessine les mots,
avec des couleurs
qui portent la parole.

J’écris à la jointure
d’hier et d’aujourd’hui
avec le bruit du temps.

  J’écris avec les fruits
prolongeant les racines,
les ailes des insectes,
les avoines cassées
et les yeux d’un aveugle
qui cherche le soleil

J’écris comme je respire
avec les mots qui passent
mal sapés sur la page.

  J’écris pour la bonté
et la beauté du geste,
le trognon des pommes
enceintes d’un verger,
la fleur entrebâillée
laissant lire à l’abeille
son pollen sémantique.

  J’écris avec la pluie
qui dort dans la neige
et s’éveille au printemps.

 Texte de Jean-Marc La Freniere - Publié dans :  Poésie - http://lafreniere.over-blog.net

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Bruno Odile

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Dans l’embrasure.

Entre nos mains les dès perdent leurs chiffres. Aucune face claire pour nous dire où vont mourir les chemins. Nous touchons à la projection qui nous retire des pieds que nous occupions et aux langues que nous marions à nos désirs. Les sentiers qui traversent nos lagunes s’amenuisent peu à peu. L’étendue perd la signification de l’immensité. Rétrécis à nos simples précarités, nous quittons le nid pour ne pas rester dans le berceau des routes sans chemins. Mais, nos cœurs en dentelles de vent s’envolent d’arbre en arbre jusqu’au bout de la nuit. Au-delà, tout nous accable de ne pas le connaître. Nous restons enlacés à la survivance des pierres que nous avons foulées. Nos bouches se sont dératisées des ombres où flâne l’absence. Notre devenir est redevenu un présent dans lequel flotte la mémoire comme un radeau construit de bois perdus.

L’amour nous a donné de l’air et de la lumière. Maintenant, nous dessinons à l’intérieur de nos caves intimes les tableaux bariolés qui éclairent les couloirs où nous avons déchirés les plafonds. Nos ventres collent au ciel et l’étoile que nous occupions a rendu l’âme de l’autre côté de l’univers. La terre se souvient de la consolation qu’elle a tenue dans son calice. Il nous faudra encore mille ans pour bouturer de la lumière sur le fin fond de la solitude. Nous n’avons rien appris qui ne soit une défaite sans harnais. Nous sommes le fouet de la brume et nous incarnons l’imperceptible mouvement d’une poésie incrustée sur les parois du miroir.

Bruno Odile - Tous droits réservés © - La Colline aux cigales

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