Il y a dans l’air quelque chose de rance, de déjà vu, de déjà entendu. Une odeur de 1936 qui remonte par les fissures du présent. On crie "mort aux Juifs" dans les rues de France, comme si l’Histoire n’avait rien appris de son passé, comme si la mémoire n’était plus un pont mais une arme. Ce qui me choque n’est pas seulement la haine. C’est la falsification. On accuse aujourd’hui l’ensemble du peuple juif d’un génocide. C’est un mensonge double : La majorité des Juifs du monde n’habite pas Israël, ils ne votent pas pour son gouvernement, ne participent pas à ses décisions militaires.
Israël ne mène pas une guerre spontanée mais répond à une attaque massive et à des menaces explicites d’anéantissement formulées depuis des années par des organisations armées soutenues par l’Iran et certains courants islamistes radicaux.
Dire ne revient pas à soutenir un gouvernement. Dire rappelle des faits.
Parmi ces faits, l'idéologie du reconditionnement de l'Histoire par un wokisme devenu pétainiste et participe à l'union des haines. Ce n’est pas une nouveauté mais la répétition d’un mécanisme ancien né de la volonté de purifier le monde en purifiant les mots, les symboles, les mémoires.
Dans l’Histoire, on retrouve ce mécanisme dans les puritanismes religieux, dans les révolutions, qui veulent effacer le passé, dans les totalitarismes qui réécrivent les livres et la réalité présente. Le wokisme est une idéologie morale qui croit 'réparer' le monde en le censurant, qui croit que changer les mots change la réalité, que corriger les symboles corrige l’Histoire, que purifier le langage purifie l’humanité.
L'Histoire démontre que toute idéologie morale finit par exclure, que toute purification finit par condamner et toute réécriture finit par effacer. La vertu devient violence quand elle se croit parfaite. C’est un danger anthropologique qui remplace la conscience par la conformité, la réflexion par la peur, la nuance par la dénonciation.
Au nom d'une notion du bien canonisée, pour purifier le monde Constantin a imposé la vision romaine du bien, condamnant ceux qui réclamaient la suppression de l'esclavage, le repos hebdomadaire, la négation des dieux de Rome, et cela en érigeant une religion unique et d'état. Ce qui fut un instinct d'ethnicité romaine fondé sur la domination en travestissant la vertu.
Cette vision de la pureté a déporté, génocidé les Juifs, les hérétiques, les Africains, les Incas, les Amérindiens, les peuples caribéens...
La repentance contemporaine, elle, voit ressurgir un wokisme qui réévalue l’Histoire, la réécrit dans des livres qui suppriment les couleurs des personnages, dans des films qui modifient les accents, dans des discours s’autoproclamant coupables des fautes des ancêtres sans jamais replacer les faits dans leur époque. Ils oublient que, dans l'Islam, l’esclavage existait, que les blancs aussi en furent victimes. De même, ils oublient que cette infamie fut aussi une spécialité arabo africaine qui, contrairement aux victimes déportées par l'Occident n’ont laissé aucun peuple descendant à cause de leurs castrations.
Le mécanisme d'autoculpabilité est depuis peu contourné, il ne s'agit plus de se lamenter sur les exactions de ses ancêtres, la rigidité de leurs comportements machistes et sexistes, il faut au nom d'une liberté nouvelle se croire parfait et exonéré de son histoire ancestrale en trouvant un coupable plus coupable que soi !
Le grand théâtre est rouvert. Sur la scène, on cherche le bouc émissaire : Ne serait il pas Jésus, celui que l’homélie de la Semaine sainte a déjudaïsé, celui dont la mère vierge efface une origine juive (filiation avec le roi David), celui que Rome a crucifié en faisant croire qu'il avait été donné par les Juifs, ce que contredit l'Évangile de Luc qui nous dit que Jésus s'est rendu de lui-même à Antipas, le roi choisi par les Romains pour le mettre à mort ? (Luc 13:32 - 13, 33).
Les exactions actuelles contre les Juifs ne sont-elles pas une association des haines et la sous traitance d’une vengeance millénaire par une inquisition islamique contemporaine ?
La mémoire blanchie par un coupable de substitution exonère les mémoires coupables !
Ce mécanisme est psychologique, social, politique, religieux, et a fait ses preuves, l’Histoire le confirme. Le mouvement mystico puritain des Taiping en Chine a fait 20 à 30 millions de morts. Mao, 30 millions de morts. Staline, des millions de morts au Goulag. Les inquisitions chrétiennes ont effacé des peuples entiers. Les conquêtes impériales musulmanes ont fait des ravages en conversions forcées.
Le droit à la différence a toujours été un crime.
Hitler et le pétainisme n’ont pas fait tuer les Juifs parce qu’ils étaient Juifs mais parce qu’ils n’étaient pas catholiques : un simple certificat de mise en conformité pouvait les sauver.
Le mécanisme est simple : quand l’idéologie devient jalousie, la jalousie devient peur, la peur devient élimination.
La crise antisémite s'arme de l’occultation des massacres contemporains. C'est une diversion morale au service de l'unification d'une politique du renoncement à la laïcité.
Pour y réussir on flatte le djihad, on croit s'y allier, on blanchit ses crimes, on détourne le regard des massacres contemporains dans l’indifférence générale. On ne compte pas les crimes sur les chrétiens d'Orient et d'Afrique. Les Yézidis sont exterminés, réduits en esclavage. Malheur aux populations et minorités d’Iran. Les Kurdes, Baloutches, Bahá’ís sont réprimés, assassinés. Au Soudan, les massacres ethniques continuent. En Afrique centrale les violences religieuses et politiques font des ravages. Au Nigéria : enlèvements, massacres, villages rasés. En Libye, Somalie, Sahel : esclavage, et aucune solidarité non plus pour les Ouïghours, les Rohingyas …
Pourquoi ces peuples martyrs, ces millions de morts sont-ils oubliés ?
Ils le sont parce qu’ils ne sont pas utiles dans les récits identitaires de l'Occident.
Ils ne sont pas inscrits dans une culpabilité millénaire qu'il faut laver dans l'agitation compensatoire d'une jeunesse qui n'a trouvé ni l'espoir, ni d'idéal.
L’antisémitisme actuel n’est pas seulement une haine, c’est un outil psychologique : il permet d’éviter de regarder les crimes réels du monde.
L’aveuglement est géopolitique. Qu'Israël soit condamné par une ONU dont 57 États sont membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) et par des pays dont les subconscients ont été imprégnés par des siècles d'inquisition et de pogroms, m'interpelle. Quand dans leur combat pour une prétendue justice ils exonèrent tant d'autres pays de leurs crimes en oubliant qu'Israël est le pays attaqué depuis des décennies par l'Iran et ses proxys de Gaza et du Liban, cela ne choque pas grand monde !
Sans ne rien pardonner à la minorité d’extrême droite israélienne, je me demande pourquoi les beaux parleurs n’ont jamais de forces d’interposition quand ils demandent à un pays de ne pas se défendre face à un assaillant qui cache ses bunkers, ses tunnels, sous des installations civiles (hôpitaux, écoles) et utilise des boucliers humains !
La conscience ne devrait jamais être au service d'un parti ou d'une idéologie, d'une culture, d'une religion, mais d'une éthique qui, seule, peut libérer l’homme, car la conscience est la seule force qui peut briser la chaîne millénaire de la domination, la seule issue capable de reconstituer la primauté du bien commun sur la soumission à la brutalité. :!!