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Fête des mères

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Mère, je suis voyageur d'une mémoire que tu as côtoyée pendant plus de sept décennies, avant de partir, l'usure du jour me rapproche, s'il en est un, du pays de l'ombre et des ancêtres. Dix  ans que tu es partie désertant ce chemin borgne où la Question m'interpelle. Encore je pense aux cartes dessinées d'une encre maladroite sur papier Canson, je pense à tes espoirs. C'était au temps des illusions. L'effacement nous trahit et enfante des mots perdus. J'ai retrouvé ce poème qui encore ouvre la déchirure, le voici :

 

Voyageur des mémoires

Quand les arbres retournent à l’automne
et que tes yeux se teintent de pluie

Quand le seuil des tristesses
est jonché de mots morts
et de souvenirs d’hier

Quand le voyage des ivresses
te mène au sud de ta conscience
dans le jardin barbelé des mémoires
là où les oiseaux idées
ont agrafé leur cavale
sur les murs du temps

Quand au détour d’un soupir
une certaine douceur
te blesse et t’étonne

Quand les oiseaux mémoires
brisent la cage des oublis
pour s’appeler souvenirs

Quand les claviers de l’infini
résonnent de mélos à remonter le temps
de mélos à changer de corps et de décor
à changer de rivage et de visage

Quand tu redeviens enfant
et que tu la revois
qui met des sourires dans ta soupe
qui brode sur tes mouchoirs
la couleur de ses espoirs

Quand tu te revois  
peignant sur tes cahiers
la couleur des regrets

Quand elle est là près de toi
dans ce pays où un clown meurt
chaque jour
là où les cris d’enfants sont clameur

Et même si tu es ce clown
et même si tu n’es plus enfant
n’aie pas peur de l’appeler

MAMAN !

JMS In Cheval fou

Publié dans Cheval fou

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Billet d'humeur après les démonstrations antisémites sur les stades, dans les rues et à l'Eurovision.

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Il y a dans l’air quelque chose de rance, de déjà vu, de déjà entendu. Une odeur de 1936 qui remonte par les fissures du présent. On crie "mort aux Juifs" dans les rues de France, comme si l’Histoire n’avait rien appris de son passé, comme si la mémoire n’était plus un pont mais une arme. Ce qui me choque n’est pas seulement la haine. C’est la falsification. On accuse aujourd’hui l’ensemble du peuple juif d’un génocide. C’est un mensonge double : La majorité des Juifs du monde n’habite pas Israël, ils ne votent pas pour son gouvernement, ne participent pas à ses décisions militaires.
Israël ne mène pas une guerre spontanée mais répond à une attaque massive et à des menaces explicites d’anéantissement formulées depuis des années par des organisations armées soutenues par l’Iran et certains courants islamistes radicaux.
Dire ne revient pas à soutenir un gouvernement. Dire rappelle des faits.
Parmi ces faits, l'idéologie du reconditionnement de l'Histoire par un wokisme devenu pétainiste et participe à l'union des haines. Ce n’est pas une nouveauté mais la répétition d’un mécanisme ancien né de la volonté de purifier le monde en purifiant les mots, les symboles, les mémoires.
Dans l’Histoire, on retrouve ce mécanisme dans les puritanismes religieux, dans les révolutions, qui veulent effacer le passé, dans les totalitarismes qui réécrivent les livres et la réalité présente. Le wokisme est une idéologie morale qui croit 'réparer' le monde en le censurant, qui croit que changer les mots change la réalité, que corriger les symboles corrige l’Histoire, que purifier le langage purifie l’humanité.
L'Histoire démontre que toute idéologie morale finit par exclure, que toute purification finit par condamner et toute réécriture finit par effacer. La vertu devient violence quand elle se croit parfaite. C’est un danger anthropologique qui remplace la conscience par la conformité, la réflexion par la peur, la nuance par la dénonciation.
Au nom d'une notion du bien canonisée, pour purifier le monde Constantin a imposé la vision romaine du bien, condamnant ceux qui réclamaient la suppression de l'esclavage, le repos hebdomadaire, la négation des dieux de Rome, et cela en érigeant une religion unique et d'état. Ce qui fut un instinct d'ethnicité romaine fondé sur la domination en travestissant  la vertu. 
Cette vision de la pureté a déporté, génocidé les Juifs, les hérétiques, les Africains, les Incas, les Amérindiens, les peuples caribéens... 
La repentance contemporaine, elle, voit ressurgir un wokisme qui réévalue l’Histoire, la réécrit dans des livres qui suppriment les couleurs des personnages, dans des films qui modifient les accents, dans des discours s’autoproclamant coupables des fautes des ancêtres sans jamais replacer les faits dans leur époque. Ils oublient que, dans l'Islam, l’esclavage existait, que les blancs aussi en furent victimes. De même, ils oublient que cette infamie fut aussi une spécialité arabo africaine qui, contrairement aux victimes déportées par l'Occident n’ont laissé aucun peuple descendant à cause de leurs castrations. 
Le mécanisme d'autoculpabilité est depuis peu contourné, il ne s'agit plus de se lamenter sur les exactions de ses ancêtres, la rigidité de leurs comportements machistes et sexistes, il faut au nom d'une liberté nouvelle se croire parfait et exonéré de son histoire ancestrale en trouvant un coupable plus coupable que soi !
Le grand théâtre est rouvert. Sur la scène, on cherche le bouc émissaire : Ne serait il pas Jésus, celui que l’homélie de la Semaine sainte a déjudaïsé, celui dont la mère vierge efface une origine juive (filiation avec le roi David), celui que Rome a crucifié en faisant croire qu'il avait été donné par les Juifs, ce que contredit l'Évangile de Luc qui nous dit que Jésus s'est rendu de lui-même à Antipas, le roi choisi par les Romains pour le mettre à mort ? (Luc 13:32 - 13, 33).
Les exactions actuelles contre les Juifs ne sont-elles pas une association des haines et la sous traitance d’une vengeance millénaire par une inquisition islamique contemporaine ? 
La mémoire blanchie par un coupable de substitution exonère les mémoires coupables !
Ce mécanisme est psychologique, social, politique, religieux, et a fait ses preuves, l’Histoire le confirme. Le mouvement mystico puritain des Taiping en Chine a fait 20 à 30 millions de morts. Mao, 30 millions de morts. Staline, des millions de morts au Goulag. Les inquisitions chrétiennes ont effacé des peuples entiers. Les conquêtes impériales musulmanes ont fait des ravages en conversions forcées.
Le droit à la différence a toujours été un crime.
Hitler et le pétainisme n’ont pas fait tuer les Juifs parce qu’ils étaient Juifs mais parce qu’ils n’étaient pas catholiques : un simple certificat de mise en conformité pouvait les sauver.
Le mécanisme est simple : quand l’idéologie devient jalousie, la jalousie devient peur, la peur devient élimination. 
La crise antisémite s'arme de l’occultation des massacres contemporains. C'est une diversion morale au service de l'unification d'une politique du renoncement à la laïcité. 
Pour y réussir on flatte le djihad, on croit s'y allier, on blanchit ses crimes, on détourne le regard des massacres contemporains dans l’indifférence générale. On ne compte pas les crimes sur les chrétiens d'Orient et d'Afrique. Les Yézidis sont exterminés, réduits en esclavage.  Malheur aux populations et minorités d’Iran. Les Kurdes, Baloutches, Bahá’ís sont réprimés, assassinés. Au Soudan, les massacres ethniques continuent. En Afrique centrale les violences religieuses et politiques font des ravages. Au Nigéria : enlèvements, massacres, villages rasés. En Libye, Somalie, Sahel : esclavage, et aucune solidarité non plus pour les Ouïghours, les  Rohingyas …
Pourquoi ces peuples martyrs, ces millions de morts sont-ils oubliés ?
Ils le sont parce qu’ils ne sont pas utiles dans les récits identitaires de l'Occident. 
Ils ne sont pas inscrits dans une culpabilité millénaire qu'il faut laver dans l'agitation compensatoire d'une jeunesse qui n'a trouvé ni l'espoir, ni d'idéal.
L’antisémitisme actuel n’est pas seulement une haine, c’est un outil psychologique : il permet d’éviter de regarder les crimes réels du monde.
L’aveuglement est géopolitique. Qu'Israël soit condamné par une ONU dont 57 États sont membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) et par des pays dont les subconscients ont été imprégnés par des siècles d'inquisition et de pogroms, m'interpelle. Quand dans leur combat pour une prétendue justice ils exonèrent tant d'autres pays de leurs crimes en oubliant qu'Israël est le pays attaqué depuis des décennies par l'Iran et ses proxys de Gaza et du Liban, cela ne choque pas grand monde ! 
Sans ne rien pardonner à la minorité d’extrême droite israélienne, je me demande pourquoi les beaux parleurs n’ont jamais de forces d’interposition quand ils demandent à un pays de ne pas se défendre face à un assaillant qui cache ses bunkers, ses tunnels, sous des installations civiles (hôpitaux, écoles) et utilise des boucliers humains !
La conscience ne devrait jamais être au service d'un parti ou d'une idéologie, d'une culture, d'une religion, mais d'une éthique qui, seule, peut libérer l’homme, car la conscience est la seule force qui peut briser la chaîne millénaire de la domination, la seule issue capable de reconstituer la primauté du bien commun sur la soumission à la brutalité. :!!           
     

 

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Être adopté par un enfant

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

J’aimerais être adopté par un enfant, 
un enfant nu d’idées préconçues, 
libre de ces paroles gravées par des barbares 
qui pensent que réfléchir, douter, offense Dieu, 
qui s’imaginent assis à Sa droite 
en train de gérer le ciel et de justifier leurs génocides.
J’aimerais oublier qu’ils croient la terre plate, 
qu’ils accusent une femme d’avoir tué un jardin.

J’aimerais oublier que je suis un homme du passé, 
oublier tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai porté.

J'aimerais être adopté par un enfant, 
apprendre avec lui à regarder le monde 
comme un nouveau-né découvre le vol du papillon, 
le voyage des nuages, l’hirondelle dans le ciel,
regarder avec lui, sans haine héritée, 
sans mémoire empoisonnée, 
croire à un bonheur possible.

JMS 14 mai 2026

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La complainte de la fleur et du lapin

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

La fleur disait au vent :
Je ne veux pas finir ma vie 
comme une grenouille 
qui chante au soleil, 
comme un caillou qui dort, 
comme un brin d’herbe 
qui ne dira jamais 
ce qu’il ressent aux étoiles.

Je ne veux pas être 
un soupçon de vie 
revenu trop tôt 
à l’oubli des poussières.

Et le lapin, 
assis dans l’ombre, réfléchissait. 
Il se disait qu’il ne partirait pas 
sans tenter de sauver le jour, 
sans essayer au moins une fois 
de tenir tête à la nuit.

Il regardait la fleur 
comme on regarde un miroir fragile. 
Il voyait dans ses pétales 
tout ce qu’il craignait de devenir : 
un souffle trop vite passé, 
un silence de plus, 
une vie qui n’aurait rien tenté.

Alors il dit : 
Fleur, si tu trembles, je tremblerai avec toi.
Si tu veux parler au monde, 
je creuserai pour toi un chemin jusqu’à lui.
Si tu veux défier l’oubli, 
je porterai ton parfum plus loin que mes pas.

Et la fleur comprit 
qu’on ne sauve pas le monde, 
mais qu’on peut sauver un instant, 
une lumière,
un geste, 
un souffle.
Et que parfois,
 cela suffit.

JMS  9/05/26

 

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Avec Federico et Mezz Mezzrow

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)


Je n’ai jamais eu besoin de personne 
pour rencontrer mes désespoirs. 
L’émasculation de l’espoir m’a toujours suffi.

Le premier bain d’eau froide
 sur ma peau de nouveau-né, 
les premières fureurs de mon père, 
les premiers chagrins de ma mère,
ont suffi à motiver mon goût de ne pas être.

Pas besoin de guerres, 
de bombes ou de lunettes pour savoir 
que le bonheur est un quiproquo 
que l’on voudrait éternel.

Avec Federico, si souvent j’ai dit :
 "Dites à la lune qu’elle vienne,
 le sang d’Ignacio, je ne veux pas le voir".

La vie n’est elle pas un sang 
qui court et gesticule dans l’arène ?
Combien de fois, avec Mezz Mezzrow, 
le blues en moi s’écriait : 
“See that long lonesome road… gonna be an end someday…”. *

Cette phrase me suivait comme une ombre quand, 
dans la rue, passant sans lunettes,
 le réel me brûlait au profond de l’âme.

Les arracheurs d’espoirs,
 les maîtres du monde, du cri et du clinquant, 
m’avaient désarmé.

JMS 8 mai 2026

* "Vois cette longue route solitaire… elle finira bien par s'arrêter un jour"

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1er Mai 2026

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Quand en ce mois de mai 
les Pasdarans génocidaires
en quelques jours ont massacré
plus de quarante mille enfants 
coupables de rêver de laïcité
dans un Iran qui assiège un pays
et préfère voir ses proxys se faire massacrer
que de déposer les armes ;

Quand aux jeux des déraisons 
on se demande si se défendre et génocider
sont les facettes d'une même médaille,
je me rappelle cet ailleurs 
où un Coran 
ne prêchait ni la mort du Juif 
ni du mécréant, ni du Chrétien, 
dans un temps sans Al-Qaïda 
sans Daech sans Boko Haram 
sans enfants kidnappés
sans homosexuel défenestrés ;

Je me rappelle ces heures 
où, avec mes amis musulmans,
nous déterrions les pavés 
pour y retrouver les fraternités perdues. 
Ensemble, 
nous fréquentions le salon de thé
de la mosquée de Paris
et la place des Vosges

Si, depuis,
nos jeunesses se sont épuisées, 
mes amis sont restés mes amis, 
même si l'international 
des amitiés humanistes 
et des fraternités invincibles
est en déroute ;

Si le rêve
ici est ailleurs
et joue son désenchantement
en sol majeur,
me reviennent 
des désespoirs qui ne veulent pas mourir
et ce temps où parmi des millions
je croyais en un espoir infini


Si encore j'en pleure
c'est que je suis chien de mémoire
fidèle comme le regret ;

Dans cet ailleurs
où mon rêve se perd
parfois je Te nommais
Je Te savais parmi nous
je chantais à Tes côtés
tu t'appelais Paix et Fraternité.

Opus 24
Requiem pour 1968

Je me rappelle ces temps
où les Lolitas, pour un baiser,
pour un tour de bras,
volaient de brefs instants au banal,
un brin d’encens à la main
elles se disaient
égales aux hommes,
les ouvriers rêvaient
pour un Krishna, pour un Jésus
pour un Dylan, pour un Donavan,
les haut-parleurs jetaient l’amour
les yeux jetaient du rire
les oiseaux parlaient de tendresse,
je revois le rabbin Abraham Joshua Heschel
avec Martin Luther King,
disant
"L'Exode n’est pas terminé
tant que des hommes sont encore privés de liberté".

Avec eux je faisais un rêve
Dieu dansait à nos côtés
c'était
bien avant les vacances du ciel.

JMS

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