Trêve de Noël
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Aucune nuit n'est plus large que le rêve
Des mots de craie s’effacent
sur les tabliers de l’enfance,
au tableau noir des nuits,
là où les étoiles se perdent,
mes 8 ans encore me font mal.
L'espoir s'y écrasait comme le trait d'encre rouge
qui incendiait le flux violet des maux d'une dictée.
Au patchwork du bonheur,
j'attendais mon heure,
mais la mémoire restait là,
à écarquiller ses couleurs et à déchirer le noir,
me fallait ouvrir des éclats de jour dans le creux des nuits,
jouer du rêve, inventer un cri pareil
au son des orgues de barbaries
pour y cacher la blessure.
Dehors, le gris d'un bruit de guerre
étouffait le soleil
mais je savais la voix du poème
enfouie dans les déliés d'une plume sergent major,
et l'avenir à écrire.
Même une main attachée dans le dos
car le bonheur peut s'y cacher,
les rires et mon hirondelle habitaient ma cour,
c’était…
JMS
Oui Mebkhout Beghdad, il semble que ce texte, comme nombre de nos écrits, soit d'une même nature tant ces textes naissent de la nécessité de nourrir notre regard non pas de complaisance, d'alliance d'intérêts ou de haines, mais d'une recherche de vérité intégrant le désir de comprendre dans la bienveillance et le respect.
Nul n'échappe au formatage culturel et identitaire qui nous prédétermine, c'est cette glu culturelle que nous devons affiner pour qu'elle ne soit pas poison mais miel.
Vos mots rejoignent ce que je tente d'exprimer dans un essai en cours d'écriture : "Nouveaux paramètres de la conscience". L'engrais de l'unicité ferme la diversité comme l'obscurantisme ferme la lumière. À l'évidence, si nous écrivons d'une même âme, c'est bien parce que depuis l'enfance, nous l'avons choisie, vous nous le précisez dans vos mots : "Nous formions une tribu, unis par des rêves communs, cultivant les mêmes idéaux. C’était plus qu’une camaraderie : c’était une alliance, un serment d’innocence et de solidarité".
L'innocence, n'est pas une utopie, elle est le choix d'une rupture avec la compromission des acquis, et elle est l'ouverture d'une quête de vérités généreuses, condition première du respect et de la fraternisation.
JMS
"Le miel et le poison de la pensée" de Mebkhout Beghdad
Toute pensée qui se fige dans son caractère, incapable d’évoluer, ne respire que ce qui l’engraisse et refuse d’être autre chose qu’elle-même. Elle génère son venin pour se défendre, car tout renouveau la dépouille de sa nature. Elle s’habille du sacré pour interdire toute profanation, érigeant sa rigidité en vérité intouchable. Son désir est d’occuper toujours plus d’espace dans les esprits, pour les asservir à sa propre nature. De là naissent les dictatures des pensées imposées, où la diversité s’efface devant une vérité unique et tyrannique. À l’inverse, toute pensée qui s’ouvre à la pluie des réflexions des autres peut fructifier en une multitude de fleurs, prêtes à être fécondées par d’autres nectars. Elle s’enrichit dans l’échange, s’épanouit dans la diversité, et trouve dans la transformation une source infinie de renouvellement. Ainsi se forgent, à travers le temps, le miel et le poison de la pensée : l’un nourrissant, l’autre destructeur, fruits opposés de ses élans vers la vie ou de son enfermement dans la mort. Tout l'univers est régi par son évolution, et les lois qui le gouvernent sont les leviers de cette horloge où chaque instant est unique, différent de celui qui le précède, et lui-même changeant à chaque battement. Même les constantes de l'univers ne sont là que pour offrir cohésion à cette évolution, permettant à chaque mouvement de s'inscrire dans un cycle perpétuel de transformation. Ainsi, chaque pensée, chaque idée, possède sa propre dynamique, selon qu’elle choisit d’évoluer ou de se figer. Les lois de l’esprit, comme celles de l’univers, ordonnent le mouvement : certaines pensées suivent l’élan du renouveau, tandis que d’autres se laissent capturer dans la rigidité de l’immobilité.
Mebkhout Beghdad
Ne pars pas
J’ai le cœur en hiver
L’oiseau cherche son chemin
Ne pars pas
J’ai le cœur à l’envers
Le monde a perdu l’endroit
Pas maintenant
J’ai le stylo blessé
Un oursin sur ma voix
Je meurs de guerres et de tempêtes
Face aux armes
Le juste n’a pas de droits
Je meurs une radio allumée
Le monde court de travers
Ne pars pas
J’ai le cœur en hiver
L’effroi glace mon sang
Comme une bouffée de mort
J’aspire la radio
Partout guerre et tempête
Le froid gicle en moi
Ne pars pas
Pas maintenant
Je meurs de nouveaux désespoirs
J’ai le stylo blessé
J’ai des rêves d’encre rouge
Va mon fils,
Ne m’attends pas
Ne m’attends plus
Va et marche devant
Aux quatre vents
Je t’ai légué la mort
J’ai cassé la pendule
Et si mon sang se fige
Et s’il n’y a plus d’étoile
Et si l’effroi me glace
J’ai voulu le droit chemin
Marche devant, mon fils
Je t’ai laissé mes cendres
Marche, ne m’attends pas
Ne m’attends plus
Marche et va tout droit
Moi, je ne sais plus rêver
Marche, je n’irai pas plus loin.
JMS - In "Plus frère que frère" - Editions Chemins de Plume - 12 Euros
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Au gré des courants et au fil du temps,
bien avant que l'on invente
le jour et la nuit,
goutte d'eau,
prisonnière d'une membrane,
la cellule première
enfanta la vie,
le temps en avait-il conscience ?
Déjà les tambours battaient
vite, vite
il fallait courir, courir vers l'avenir
manger, manger
muter
manger le vide
prendre place - toute la place
muter, naître
et renaître d'un flux intérieur
dans le crissement de milliards de protozoaires
de cellules à la conquête de l'univers
de trillions de macromolécules germinales
de zygotes, de morulas
filles et fils d'une folie exponentielle
à l'assaut
du ciel et la terre
des ruts de l'infiniment petit
à la guerre des microsomes et des mastodontes
de la sève et du sang
de la faim et des pulsions aux confluents de l'infini.
Vivre vivre vivre !
J'ai tout oublié de vous,
vous étiez rouges, vous étiez blanches,
protocellulaires et passagères d'un même voyage
dans le ventre ancestral des prémices du vivre
de la peur et du plaisir.
Rouges, blanches,
mitochondries modulaires informes ou vertébrées,
j'étais là, nous étions là
quand vos cauchemars neuroniques broutaient l'envie d'être
avant même la copulation des anges
quand l'impatience de nourrir le destin
criait ses ambitions
avant que Bonobo ne connaisse Lucie
bien avant que l'homme se nourrisse de crimes.
Enfants du trépas
fils de la généalogie
rouges, blanches
voyageuses spacio-temporelles
mémoires de chromosomes,
comme la matière de Dieu
vous nous habitiez
dans la filiation des hérédités millénaires
nous offrant le sang de vivre
le repos et la mort.
Dans l'inconscience
cosmique des BIG BANGS
voyageuses millénaires
rouges, blanches
au rythme d'un cœur-tambour
dans l'antérieur des infinis
bien avant nous
petite pulsion de vie
un jour
l'œil premier arriva
greffé aux vies premières.
Vous inventiez le verbe
et les pronoms
le je, déjà, jalousait le vous,
rien ne fut plus jamais pareil,
déjà il vous fallait inventer la paix.
JMS
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Photo PS