Lettre à Mebkhout Beghdad à propos du "Le miel et le poison de la pensée "
Oui Mebkhout Beghdad, il semble que ce texte, comme nombre de nos écrits, soit d'une même nature tant ces textes naissent de la nécessité de nourrir notre regard non pas de complaisance, d'alliance d'intérêts ou de haines, mais d'une recherche de vérité intégrant le désir de comprendre dans la bienveillance et le respect.
Nul n'échappe au formatage culturel et identitaire qui nous prédétermine, c'est cette glu culturelle que nous devons affiner pour qu'elle ne soit pas poison mais miel.
Vos mots rejoignent ce que je tente d'exprimer dans un essai en cours d'écriture : "Nouveaux paramètres de la conscience". L'engrais de l'unicité ferme la diversité comme l'obscurantisme ferme la lumière. À l'évidence, si nous écrivons d'une même âme, c'est bien parce que depuis l'enfance, nous l'avons choisie, vous nous le précisez dans vos mots : "Nous formions une tribu, unis par des rêves communs, cultivant les mêmes idéaux. C’était plus qu’une camaraderie : c’était une alliance, un serment d’innocence et de solidarité".
L'innocence, n'est pas une utopie, elle est le choix d'une rupture avec la compromission des acquis, et elle est l'ouverture d'une quête de vérités généreuses, condition première du respect et de la fraternisation.
JMS
"Le miel et le poison de la pensée" de Mebkhout Beghdad
Toute pensée qui se fige dans son caractère, incapable d’évoluer, ne respire que ce qui l’engraisse et refuse d’être autre chose qu’elle-même. Elle génère son venin pour se défendre, car tout renouveau la dépouille de sa nature. Elle s’habille du sacré pour interdire toute profanation, érigeant sa rigidité en vérité intouchable. Son désir est d’occuper toujours plus d’espace dans les esprits, pour les asservir à sa propre nature. De là naissent les dictatures des pensées imposées, où la diversité s’efface devant une vérité unique et tyrannique. À l’inverse, toute pensée qui s’ouvre à la pluie des réflexions des autres peut fructifier en une multitude de fleurs, prêtes à être fécondées par d’autres nectars. Elle s’enrichit dans l’échange, s’épanouit dans la diversité, et trouve dans la transformation une source infinie de renouvellement. Ainsi se forgent, à travers le temps, le miel et le poison de la pensée : l’un nourrissant, l’autre destructeur, fruits opposés de ses élans vers la vie ou de son enfermement dans la mort. Tout l'univers est régi par son évolution, et les lois qui le gouvernent sont les leviers de cette horloge où chaque instant est unique, différent de celui qui le précède, et lui-même changeant à chaque battement. Même les constantes de l'univers ne sont là que pour offrir cohésion à cette évolution, permettant à chaque mouvement de s'inscrire dans un cycle perpétuel de transformation. Ainsi, chaque pensée, chaque idée, possède sa propre dynamique, selon qu’elle choisit d’évoluer ou de se figer. Les lois de l’esprit, comme celles de l’univers, ordonnent le mouvement : certaines pensées suivent l’élan du renouveau, tandis que d’autres se laissent capturer dans la rigidité de l’immobilité.
Mebkhout Beghdad