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jms - a paraitre

Petit délire

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Image sur une idée de Slobodan

Image sur une idée de Slobodan

Énervé
Contrarié
Exaspéré
Désespéré
Parce que l'heure passe
Parce que je passe
Et qu'à trop passer on très passe
Je suis pas tout seul
L'ombre aussi a des dents
Des cris et des corbeaux planqués
Je suis pas tout seul
Je m'ébouriffe
Et Léo mon chat
Griffe mon cœur
Griffe l'arbre et mes doigts
Pas content du tout
Enervé
Contrarié
Exaspéré
Je suis désespéré
Je voudrais manifester
Je vais demander une autorisation
Combien serez-vous ?
M'a demandé Léo

Comme je ne sors jamais seul
Je viendrai avec moi
D'ailleurs où que j'aille
Je ne manque jamais de m'accompagner
Mais comme j'ai plusieurs personnalités
Et qu'en plus elles sont changeantes
Je ne sais pas combien je serai !
Je vais me compter.

JMS

 

 

Publié dans JMS - A paraître

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Fête des Mères 2016

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Tu as 99 ans
et je valide un vieux poème
écrit en un temps où le ciel était encore bleu
Tu as 99 ans
et je valide l'oubli de cette blessure à couleurs grises
qui a froissé ma vie

Tu es là ma mère en ce lieu de non vie
où le temps n'est qu'une virgule dans l'éternité,
une parenthèse étriquée
où rêves et cauchemars explorent l'oubli

Pourtant ta main dans ma main,
tu décryptes un crépuscule habité d'ombres
Encore tu me récites Le loup et le chien
et tu me parles de ton école,
tu as douze ans
tu me demandes où est ta mère

Je te regarde, petit poisson rouge
emprisonné dans cet aquarium vide
où tu te heurtes à tes limites

Je suis là posé sur une minute
acharné à croire que nous vivons

Reviens me voir me dis-tu…
Les rires et les déconvenues
ont eu raison de nos jeunesses
Pourtant une odeur de tendresse
Reste là intacte

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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Hélas, hélas, hélas

Publié le par CHEVAL FOU (Jean-Michel Sananès)

Hélas, je vais d'hier à qui je serai
Hélas, trois fois hélas
Je vais de demain à qui je ne serai plus
Hélas, hélas, hélas
Je crois que tout cela n'est qu'une maladie génétique
Je me souviens, dès ma naissance j'étais déjà un sans dents
J’étais si petit que l'on m'appelait bébé
Plus tard, en grandissant, j'ai été si gentil
Que l’on me fit ni blanc ni rose ni noir mais, mouton
Un jour de révolte, j'ai rêvé si haut, chanté si fort
Que sans être ange, je suis devenu oiseau
Oiseau sans griffes et sans dents
Avec encore un petit quelque chose qui ressemblait à l’espoir
Puis, sans que je compte les jours les heures et l'amour
Sans que je noie mes envies et mes chagrins
Le temps a passé
J'ai oublié le temps de vouloir être
La pendule glissait, glissait, glissait
Tant et tant que je me suis fait un sang noir

des nuits blanches, du lard et des nostalgies.
Sans que je le sache, j'ai oublié de vouloir
Depuis, je dessine des mots et des rires d'enfant
La nuit, je compte les étoiles et les rides
J'ouvre une porte pleine d'images qui ne veulent pas vieillir
Hier, on m'a appelé pépé
Mais je n'ai rien oublié de mon train électrique
On dit que je deviens chouette
Parfois, je suis si sourd que je ne m'entends plus hululer à la lune
Me revient une vieille chanson : "T'es pas tout seul Jef"
Mais mon miroir reste inconsolable !

Et moi, je ne sais plus en rire.

J.M. Sananès

Publié dans JMS - A paraître

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L'inaltérable chagrin

Publié le par Cheval fou (Jean Michel Sananès)

Quand j'étais jeune j'avais des chagrins inaltérables
Ils survivaient à l'alcool et à l'habitude
Ils me suivaient fidèles comme la poisse et les chiens
Mon ciel en était si lourd que les anges en mourraient.

L'un d'eux s'appelait certitude et l'autre vérité
Je les ai emballés dans le drapeau d'une vieille France
Près d'un cimetière perdu où reposent mes ancêtres.
À la foire aux rêves parfois s'égorge l'utopie.

Quand j'étais jeune on m'a donné le droit
de mourir ou partir
Je ne parle pas d'un temps si ancien
Mais de ces jours où l'exil rognait le soleil et l'espoir,
Où vivre me semblait mission impossible.

Une inquisition rouge fusillait les utopies
Applaudissait au massacre et à l'exil d'un peuple.
Au pogrom des consciences on jouait du goulag
La vieille Mania offrait la dernière vodka.

Quand j'étais jeune le siècle marchait à l'envers
Je portais des millénaires de malheur
J'habitais l'usure et un cri de larmes concassées
Je ne savais pas que le printemps reviendrait.


JMS

Publié dans JMS - A paraître

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Tu es là-bas

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Il y a des silences évidés de leurs cris
Et des gilets que l'on retrouve vides

Là-bas
Des hommes fuient
Toi
Tu as douze ans
 Tu es parmi eux
 Tu es un cri
 Dans ma nuit
 Si loin
 Et je suis là
Qui habite un matin calme
Moi qui voudrais te prendre par la main

Là-bas
C'est un vacarme de mort et d'absence
De bombes et de promesses tombées du ciel
D'albatros que la mer agenouille

Si les hommes de foi
Vendent si bien le tonnerre et le ciel
C’est qu’ils sont experts en cauchemars millénaires

Toi
Tu as douze ans
 Tu es là-bas
Chez les faiseurs de morts
Il y a une mer et des larmes entre nous
Si loin
Si loin que tu n'es qu'un cri dans ma nuit

Une cage de cristal noir assiège mes rêves
Chaque barreau est une arme à suicide ou à crime
Qui s'agrippe à l'espoir
Et toi qui voudrais vivre
Chanter, avoir des cahiers et des rires

Toi qui as mal
Déjà ton ombre pâlit
Tu es le peuple de ma nuit

Chaque douleur
Rapproche l'homme de sa médiocrité

Ici
Dans les salons où l'on cause
Les temps sont aux discours
On parle…
On parle…
Du bien, du mal
Des lueurs de l'amour
Du bonheur au soleil
 De ceci, de cela
On parle à la dernière mode

Moi
 Loin de toi
Je suis ici
Calfeutré dans mon impuissance
J'attends
J'attends des rires, des chants
Et les clefs d'un pardon
Qui ferment les cauchemars
J’attends
Que tu entres dans des jours sans crainte
Que tu vives
J'attends
Que les hommes sachent :
 La paix est le salaire de l'amour
J’attends
Que les hommes enseignent :
  Aimer son prochain est l'unique prière

J’attends
Plus grand que la nuit

Mais toi
Tu es là-bas.

 

 Jean-Michel Sananès

Publié dans JMS - A paraître

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Réflexion de jour d'anniversaire

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Je suis un mot qui se cherche au dictionnaire du sens. J’effeuille des diagonales de silence aux portes de mondes étranges où s’embusquent d’incertains espoirs. Un hibou insomniaque parcourt des cris de feutre. Une pluie de mots cotonneux couvre les plaines blanches de la conscience. Sous chaque flocon sommeille une rumeur, un cri in-entendu, un je t’aime, un j’ai mal, un j’ai peur. La vie est un scope grand écran bercé d’images insipides mêlées aux lamentations des femmes dont on prend les enfants pour leur donner des armes. Des rires piétinent la douleur des autres. La vie court sans mercis, sans écouter les plaintes du jour. Des déments violent l'espoir d'un monde meilleur. La pendule oublie mes utopies, je vacille, farfouille au fond de mes craintes. Au fracas du doute je cherche l'amour indéfectible d'une mère et le sourire d'un père. Je suis un mot qui marche, un cri sur une fracture de rêve, un vieil enfant qui cherche à comprendre sa vie. Je suis la route d’un oiseau perdu qui percute une cathédrale de marbre, le passé qui inventorie ses rêves, le verbe aimer qui conjugue ses larmes. Je suis un jour de pluie quand le poêle et le chat ronronnent, le verbe être qui mesure les années, la fleur fanée qui languit dans un vase, un mot sans syllabe qui ne sait plus se dire. Je suis celui qui cherche son sens, un mot perdu dans l'écorchure du jour.

JMS

 

Publié dans JMS - A paraître

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Enfant tu marchais

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Enfant tu marchais
Lèvres serrées à en tuer tes rires
Ta poupée n'en n'a rien su.

À parcourir un chemin de larmes sèches
Tu t'es noyée dans cette quête inachevée
À chercher un regard de fierté aux yeux d'un père

Était-il déraisonnable de demander l'amour ?

Les larmes que l'on n'a pas su sécher
Enfouissent les chemins du bonheur
Sous d'indéchiffrables douleurs.

 

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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Et ma tristesse

Publié le par Cheval fou (Sananes)

dessin jms

dessin jms

Et l’univers immense
Et ses astres perdus dans leurs rondes
Et ce passé qui s’égare en des myriades d’années-lumière
Et l’infini des mémoires qui arpente son ignorance
Et l’homme grain de sable et d’eau articulé
Qui rampe entre sa faim de vivre et celle de tout vouloir
Et ces nains de terre atrophiés de la connaissance
Qui du haut de leurs incultures prétendent au Tout savoir
Alors même qu’ils n’ont lu qu’un Livre
Et ces atrophiés de la conscience qui cultivent le crime, le viol et la mort
Et mon chat qui sait l’immensité du monde et la puissance de l’amour
Et ces millions d’encyclopédies qui ouvrent la certitude de notre in-savoir
Et ma tristesse posée sur les enfants qui ont faim
Et ma colère encagée dans le rire de ceux qui ont tout
Et ma révolte qui crépite devant la résignation de ceux qui n’ont rien
Et les dévots qui jouent le chacun pour soi et Dieu pour moi
Et la main tendue qui montre son poing
Et les cœurs blindés qui chantent l’amour derrière des portes fermées
Et l’indifférence aux olympiades de l’intolérance
Et le couteau dans la gorge de l’innocent
Et Ruqia Hassan* et les Kurdes à l’abattoir des peuples
Et la mémoire des haines qui ne veut pas mourir
Et le regard de l’homme-frère qui ne reconnaît pas les siens
Et l’amour qui ne sait pas grandir
Et l’univers immense où l’espoir désespère

Et demain qui cherche son destin.

*Journaliste Kurde torturée et assassinée par Daech

Publié dans JMS - A paraître

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Petite mendigote

Publié le par Cheval fou (Sananes)

Je te regarde, petite mendigote
L’œil sombre et le cheveu emmêlé
Une éponge et un seau à la main, tu quémandes
Aux portières des voitures.
 
Petite mendigote, tu traînes en coin de rue
Tu craches sur le sol et sur les indifférents
C’est l’injustice que tu dragonnes
En jaillissements de colère sur la misère.

J’aimerais m’appeler autrement
Coluche, l’Abbé Pierre, ou Magicien
J'aimerais te dire :  
Montre-moi tes blessures
Viens, oublie le froid de tes nuits
Je vais souffler sur l’avenir
Faire disparaître toute la misère.

J’aimerais te dire :
Je suis de taille à effacer le malheur, la souffrance, la peur
Viens, donne-moi la main
Nous allons jouer et chanter
Dans les rayons d’un grand magasin, nous goinfrer
Faire le plein de loukoums
Viens, tes rires seront mes rires
Nous les partagerons avec tous les enfants des rues
 
J’aimerais te dire :
Je connais un pays de droits
Où les enfants ont des lits derrière des murs de pierre
Du pain, du lait, du chauffage
J’aimerais te dire :
Viens, je connais un monde sans douleur
Où les enfants courent sur des chemins de marelles
Où les parents lisent des contes et des poèmes.
 
J’aimerais te dire :
Viens, demain est une promesse
Je connais des lendemains qui chanteront si haut, si fort
Qu'ils feront des ricochets et des étincelles jusque dans tes yeux
J’aimerais te dire…
Mais rien !

J’habite la nuée des nuls
Je ne suis pas magicien
Alors, prends cette pièce
Toi, tu restes là.

Je ne sais plus me battre avec les désespoirs du monde
J’ai peur des banquiers et des fins de mois
S’il te plaît, petite mendigote
Même si j’ai mal
Laisse-moi partir et fermer ma conscience.
 
J’aimerais te dire que j’ai mal
De ne pas savoir changer ton monde
Mais rien !
 
Hé, petite mendigote
Tiens, encore un Euro
Et bon Noël.

 

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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La radio crépite

Publié le par Cheval fou (Sananes)

La radio crépite
Il y a un cri de mémoire froissé
Mes certitudes sont ébréchées
Je suis déconcerté
Il y a quelque chose dans l'air
Une odeur
Un rien
Le grincement pathétique d'un phoque qui fait le beau sur ordonnance
Quand le public applaudit alors que la banquise est loin
Si loin que l'espoir en semble infiniment petit
Je le vois ce phoque à vie loupée
Je le vois de l’intérieur ce loup-foque qui me ressemble
Je le vois avec ce qu’il enferme de silence
Sa banquise est faite de non-dits qui grandissent plus vite que ses cris.
 
Ne vois-tu rien ?
Suis-je vraiment seul à sentir
Que la quiétude s'inquiète à se demander
A quoi pensent les silences
N’entends-tu rien ?
 
Sans haut-parleur et sans phares
Je m’appelle dans un miroir
Où se perdent les mille êtres que je voulais être
Mon nom n'est qu'un écho vide qui n'a pas de nom
Je suis une multitude d’autres où je n’habite plus
Je devrais nous convoquer 

Nous nous rencontrerions tous dans le cri blanc des âmes
Chacun parlerait de ses rêves et de ses peurs
De la vieille école de la rue Marceau
Où nous pensions avoir rendez-vous avec la vie.

Quelque part quelque chose d'effrayant court
Est-ce l'avenir ou le silence qui s'embusque ?
Ne vois-tu pas qu’il m'arrive d'avoir peur de la peur
Et même de l'inconscience du courage
Ne sais-tu pas
Que la vie se prend parfois les pieds dans l’escalier du doute ?
Ne sais-tu pas  
Que parfois on se prend à ne même plus vouloir être qui l'on voulait être ?
 
Pourtant, j'étais ici venu avec l'espérance d’un éclat de rire au soleil
Gai et pétillant comme une bulle de savon
Coincée dans le regard d’un écolier qui regarderait par la fenêtre
Quand l'addition est sur la table et sa liberté dehors
Faut-il jeter le stylo et l'encre, le cri et la parole ?
Parfois j'ai envie de dégainer, de crier, de marcher dans la pluie
De me vautrer dans le ciel, de cesser de ne pas rire.
 
Quand je me parle les mots s'insurgent
Ce matin, ils hurlaient :
Il faut déclarer que l'intelligence est morte le jour où est née l'envie
Il nous faut courir moins vite pour être quelque part

Mais la vitesse
Qui donc contrôle la vitesse ?
 
Les doigts coincés dans le calendrier
Je crie que le monde est fou
Et toi, mon enfant, ma fille, mon fils, prends garde à toi
Si tu ne le sais pas encore, tu es dans le collimateur de mon amour.

Qui es-Tu ?
Où es-Tu,  que je n’attends plus ?
Le monde tourne comme une toupie en vrille
La radio remonte un cri de mémoire froissé
Et des joies d’étrangleurs
Mes certitudes sont ébréchées
Le monde est en marche
Et il tourne sans Toi
Cache-Toi comme le soleil quand la lune rayonne
Cache-Toi comme mon chat quand il s'émeut
À voir les souris grignoter des rires d’enfants
Où es-Tu quand les pluies sont grises
Où es-Tu quand les enfants espèrent ?
 
Les enfants me poussent
Pourtant, j’ai caché ma dent sous l’oreiller
J’ai fait un vœu et des rêves de loukoum
J’ai regardé plus loin que les mirages
Je n’ai rien trouvé qui vole aussi haut que l’espoir
Il y a un quelque chose dans l’air
Une frayeur éveillée, un frisson
Les heures tournent
Cache-moi mon fils, cache-moi ma fille, j'ai peur
J'ai peur d'avoir encore envie de vivre
Encore mes vingt ans grincent
Comme le manque et le miel au désir de l’affamé.
 
Chaque soir éloigne tant d’avenirs
Que je pars loin de moi
Je suis hors de moi, on me croit ailleurs
Je suis allé si loin que je me suis perdu    
Je ne cours plus dans ma tête
Je vis sous un cheveu qui tombe
J’habite un cri qui martèle de lancinantes vérités
Qu'on se le dise, il y a péril à suivre ses rêves
Les grands rêves vont trop loin
J’arpente le naufrage, je n'ai plus de voile
Mon bateau prend l'eau de nulle part
Je dérive
Je cherche
Il y a ce quelque chose dans l'air
Cette odeur de bruit qui court comme un vieux qui part
Il y a ce rien de jeunesse qui ne trouve plus ses goguettes
Et ces quelques mots pathétiques qui grincent aux rires de la déraison.

 

JMS

Publié dans JMS - A paraître

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